Tête a tête

721 Mots
Cela fait trois jours que je vis reclus dans cette cage dorée. Refusant de quitter la chambre, je passe mes journées et mes nuits enfermée à ressasser mes angoisses. On m'y apporte directement les repas, mais je peine à me nourrir tant l'angoisse me noue l'estomac. Depuis ma sortie de prison, je n'ai pas revu le prince. Aïcha, la femme qui m'a tirée de ma cellule, vient chaque jour m'aider à faire ma toilette. Elle est d'une grande douceur et semble nourrir pour la famille royale une loyauté sans faille, teintée d'un attachement sincère. C'est la seule personne avec qui j'ai un contact humain. J'ignore encore ce qu'il est advenu de Raph, et cette incertitude me ronge. Est-il en vie ? Est-il libre ? L'a-t-on torturé ? Où est-il ? Allongée sur le ventre, la tête posée sur mes bras croisés, je contemple la vue par la fenêtre. En d'autres circonstances, j'aurais pris le temps de m'émerveiller devant l'océan qui s'étend à perte de vue. Cette chambre est sans conteste la plus belle que j'aie jamais vue : dans des teintes beiges apaisantes, elle abrite un majestueux lit à baldaquin, entouré de fins voiles blancs. Une grande armoire déborde de vêtements somptueux, étonnamment tous à ma taille. Sur le balcon, un petit salon invite à la rêverie, tandis que la salle de bain est digne d'un conte des Mille et Une Nuits. Et pourtant, au milieu de tant de splendeur, je me sens déplacée. Étrangère. La porte de la chambre s'ouvre derrière moi. Instinctivement, je ferme les yeux, feignant le sommeil. J'entends les roues d'un chariot glisser jusqu'à la terrasse, puis des pas s'approcher du lit. Un frisson parcourt mon dos lorsque je sens le matelas s'affaisser. J'ouvre lentement les yeux et me retrouve face au regard perçant du prince. Mon cœur rate un battement, avant de s'emballer furieusement. Mes joues s'embrasent aussitôt. Il est penché au-dessus de moi, les mains de chaque côté de ma tête, me bloquant toute échappatoire. Son visage est impassible, mais son regard balaie lentement chaque trait du mien, comme s'il cherchait à déchiffrer un mystère. Incapable de soutenir cette intensité, je baisse les yeux, troublée. Que me veut-il ? A-t-il découvert la vérité sur Nash ? Vais-je mourir aujourd'hui ? — J'ai appris que vous ne touchez pas à vos repas, dit-il d'une voix grave, presque caressante. — Ce n'est pas vrai ! m'écria-je sans réfléchir, levant vers lui un regard affolé. — Vraiment ? sourit-il. C'est donc que vous ne mangez pas suffisamment. — Si... enfin, non... je... Ce n'est pas ça... bredouillé-je, paniquée. — Ils ne vous plaisent donc pas ? demande-t-il en se redressant légèrement. — Bien sûr que si ! répliqué-je aussitôt, me redressant à mon tour. — Alors, quel est le problème ? La tête basse, je tortille nerveusement mes doigts. Que dire ? Les mots me manquent, comme toujours en sa présence. Je ne le sens pas se rapprocher. Avant que je ne puisse reculer, il saisit mon coude et, usant de sa force, me tire vers lui. Mon corps se heurte à son torse ; l'un de ses bras s'enroule autour de ma taille, m'empêchant tout mouvement. Mes paumes se posent instinctivement sur sa poitrine, que je sens chaude et ferme à travers le tissu de sa chemise. Je rougis de plus belle. Forcée de lever la tête pour croiser son regard, lui me dominant d'une bonne tête, je découvre dans ses yeux sombres une étrange lueur, presque hypnotique. Un frisson me parcourt, une chaleur diffuse envahit mes membres. Il esquisse un sourire en coin, conscient, sans doute, de l'effet qu'il produit sur moi. Honteuse, je baisse de nouveau les yeux. Mais il glisse une main sous mon menton pour relever doucement ma tête. Nos regards se croisent à nouveau. Sa main caresse tendrement ma joue. — Vous allez manger tout ce qui se trouve sur ce chariot. Sinon, je me chargerai personnellement de vous nourrir, murmure-t-il d'un ton ferme. Incapable de prononcer le moindre mot, je hoche simplement la tête. Il m'emmène alors vers le balcon et tire une chaise pour moi. Silencieuse, je m'installe et commence à manger sous son regard attentif. Intimidée par cette proximité, je fais tout pour éviter ses yeux. Ce tête-à-tête inattendu me trouble plus que je ne l'aurais imaginé
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER