1.A la fin d’octobre 1870, on voyageait en chemin de fer avec aussi peu de rapidité que de régularité. Parti de Tarbes pour rejoindre à Rennes mon régiment en formation, j’avais résolu de passer par Lyon au lieu de passer par Bordeaux. La raison de ce détour était de voir un cousin que j’avais à Lyon ; nous avions longtemps vécu ensemble, c’était le seul parent, le seul ami vrai qui me restât ; dans le désordre d’idées où j’étais, dans l’accablement qui m’écrasait, j’avais besoin de serrer sa main : je me disais que son regard doux et loyal panserait les blessures de mon cœur. Le voyage fut long ; j’eus tout le temps de réfléchir à ma position et d’en sentir la tristesse dans son amertume. Les grandes douleurs ont cela de bon qu’elles nous forcent à revenir sur nous-mêmes : plus le coup


