Chapitre 2 : À la recherche d'une conquête

986 Mots
--- Point de vue de Sébastien Vidya --- Je m'appelle Sébastien Vidya. Trente ans. Héritier d'une lignée redoutée et respectée, je suis le seul fils d'une dynastie bâtie sur le pouvoir, la richesse et l'apparence. Mon père, Donovan Vidya, n’est pas seulement le président de la République d’Homère, il est aussi l’un des hommes les plus influents et redoutables du continent. Un milliardaire pur sang, né avec le monde à ses pieds. Sa fortune, transmise de père en fils, repose sur des empires industriels, politiques et médiatiques. Ma mère, Laurentine Vidya, issue d’une lignée royale tombée en disgrâce, a ramené dans notre sang une élégance froide et un sens stratégique acéré. Et moi ? Je suis leur unique espoir de pérennité. Le prince sans couronne. L’homme destiné à incarner le futur de cette famille. Quatre sœurs, toutes mariées dans de bonnes familles, me laissent seul au milieu de ces attentes écrasantes. Mais la vérité ? J'étouffe. J’étouffe dans ce palais doré, entouré de domestiques, de voitures de luxe et de regards hypocrites. Je vis toujours chez mes parents, non par faiblesse, mais parce qu’ils veulent surveiller chacun de mes pas. Ils veulent un héritier. Un petit-fils à élever à leur image. Un enfant dans cette maison. Et pour cela, il leur faut une épouse. Ma femme. Une future première dame. Mais ce que mes parents ignorent, c’est que je ne veux pas d’un mariage arrangé avec une aristocrate froide et programmée. Je veux une femme vraie. Une femme qui me regarde sans trembler, qui ne me voit pas comme un compte bancaire ambulant. Une femme de caractère, capable de me défier… et de m’aimer malgré tout. Alors j’ai changé de peau. J’ai abandonné mes costumes de créateur et mes montres suisses. J’ai troqué mes berlines pour une moto banale. Je suis descendu dans les rues de Lili Beach, cette ville côtière où le sable cache plus de vérité que n’importe quel palais. J’y ai erré chaque jour pendant trois semaines, jouant les anonymes, observant le monde ordinaire. Et c’est là que je l’ai vue. Elle. Émmerencia Ella. Une beauté d’ébène à couper le souffle. Elle capturait la lumière comme une muse, son appareil photo à la main, les pieds nus dans le sable. Elle riait parfois avec ses amies, parfois elle semblait lasse, triste, comme si le monde l’avait trop blessée. Mais elle continuait, chaque jour. Une battante. Une femme libre. Je ne savais rien d’elle, et pourtant j’avais l’impression de tout ressentir. Alors aujourd’hui, j’ai décidé de me révéler. --- — Salut, puis-je avoir votre attention ? Elle ne s’arrête pas. Elle avance d’un pas vif, concentrée, ses cheveux noirs flottant dans le vent marin. Je m’approche davantage. — Je vous cause ! Elle se retourne brusquement. Ses yeux. Mon Dieu… ses yeux. Deux braises sombres dans un visage sculpté. Elle me fusille du regard, les bras croisés. — Oui. J’écoute. Sa voix est grave, ferme. Ce n’est pas une fille docile. Je sens déjà que je vais aimer ce jeu. — Épousez-moi. Vous aurez une belle récompense en échange. Elle hausse un sourcil. Elle pense que je plaisante. Je le vois dans son regard. Elle observe autour d’elle, cherche la caméra cachée. — Vous parlez d’un faux mariage ? — Oui. Vous jouez un rôle. Juste quelques semaines. Silence. Elle réfléchit. J’aime ça. Elle pèse le pour et le contre, avec une logique qui me fascine. — C’est quoi la récompense ? — Treize milliards. Je lâche ça sans réfléchir. Treize milliards. Une somme absurde pour un inconnu. Je m’attends à ce qu’elle éclate de rire. Ou qu’elle me traite de malade. Mais non. Elle ne bouge pas. — Vous êtes sérieux ? — Très. Je peux signer un chèque immédiatement. Elle m’examine comme si elle essayait de lire à travers moi. Son regard est précis. Déroutant. Presque douloureux. — Comment je vous crois ? Qu’est-ce qui me prouve que ce n’est pas une arnaque ? Je lui tends une photo de mon père en pleine campagne électorale. Elle regarde. Elle fronce les sourcils. La ressemblance est indéniable. Mon nom est sur tous les panneaux d’affichage de la ville. Elle comprend. — Alors. Vous doutez encore ? — Je vais réfléchir. Une amie à elle s’interpose. Léonie, je crois. — Émmerencia, tu ne vas quand même pas te jeter dans cette histoire juste parce qu’un inconnu te propose un chèque ! — Léonie, peut-être que c’est enfin ma chance. Peut-être que c’est ça, le grand tournant de ma vie. — Tu ne le connais pas ! — Justement. C’est peut-être pour ça que c’est mieux. Je n’ai rien à perdre. Un silence lourd s’installe. Puis elle se tourne vers moi. — D’accord. J’accepte. Mon cœur rate un battement. Elle me suit jusqu’à la limousine. Elle hésite en montant. Elle jette un dernier regard à ses amies. — Comment on va la revoir ?! s’inquiète l’une d’elles. Je souris. — Avez-vous une télévision ? Elle sera à l’écran très bientôt. Première dame en devenir. Les portes se ferment. Et nous roulons. --- Assise à mes côtés, Émmerencia reste droite, fière. Elle ne tremble pas, mais je sens sa tension. C’est une lionne en cage. Inquiète, mais déterminée. Elle est différente. Aucune des vingt autres filles à qui j’avais proposé cet arrangement n’avait eu ce regard. Elles étaient toutes tombées à mes pieds, motivées par l’argent ou le rêve. Pas elle. Elle m’analyse. Elle me jauge. Et moi ? Je suis captivé. Je crois qu’en jouant ce jeu, je suis en train de le perdre. Ou peut-être… de le gagner autrement. Ce qui était au départ une simple stratégie politique pour amadouer mon père et embellir mon image pourrait bien devenir… la plus dangereuse aventure de ma vie. Parce que si elle reste jusqu’au bout, si elle m’affronte vraiment… Je n’aurai pas d’autre choix que de lui offrir plus que l’argent. Je lui offrirai mon cœur.
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