PDV Kena
Lorsque je me remémorais mon passé, je souffrais. Pourtant, malgré les désagréments que nous avions traversés ensemble, je me rendais compte que nous étions toujours aussi épris l'un de l'autre. Jordan était devenu tout pour moi.
Lorsque notre relation a débuté, je me sentais unique, d'abord parce qu'il avait trouvé en moi plus qu'une simple aventure d'un soir, et qu'il avait développé de véritables sentiments à mon égard. Ensuite, parce que j'étais la compagne d'une personnalité publique, et je dois admettre que le voir dans son élément ne me laissait pas indifférente, même si la jalousie faisait également partie de l'équation.
Je me rappelle encore la première fois où je me suis rendue chez lui. Mon cœur battait la chamade dans l'avion. C'était une plongée dans l'inconnu, et pour la première fois de ma vie, j'avais pris une décision qui me faisait sortir de ma zone de confort.
Heureusement, Aurore m'accompagnait. Elle était impatiente de retrouver Shannon, qu'elle n'avait pas vu depuis un mois et demi. Pour une personne comme elle, passionnée de contacts physiques, cette attente était un véritable supplice. Je l'observais s'agiter sur son siège, vérifiant sa montre toutes les trente secondes. La situation m'amusait tellement que je ne pouvais m'empêcher de rire. De mon côté, j'attendais avec impatience de voir Jordan, mais nous étions encore en phase de découverte mutuelle. Par conséquent, je n'éprouvais pas le même manque que mon amie.
Depuis le hublot, je voyais les paysages défiler sous les nuages. Étant une fille de la terre, je n'aurais jamais cru un jour m'envoler pour les États-Unis, dans le but de rejoindre l'homme que j'aimais, qui se trouvait être en plus une personnalité connue.
Je dois admettre que j'étais stressée, j'appréhendais mon séjour aux États-Unis. Bien que j'aie de bonnes notes en anglais, je ne le parlais pas couramment. Lors de nos appels vidéo, nous devions souvent faire appel à un traducteur web, même si lui-même avait des notions de français, il nous était parfois difficile de nous comprendre. Ajoutons à cela un décalage horaire de neuf heures, l'un de nous deux était toujours fatigué de sa journée.
Je me demandais comment Aurore s'y prenait. La dernière fois que je lui avais posé la question, elle m'avait répondu avec nonchalance qu'elle ne faisait pas d'appels vidéo, mais qu'elle préférait envoyer des SMS coquins agrémentés de photos pour attiser leur désir. J'étais hésitante, je n'arrivais pas à déterminer si elle se moquait de moi ou si elle était réellement sincère, sachant que les deux options étaient envisageables connaissant le phénomène.
Nous avions pris un vol direct, certes un peu plus cher, mais au moins, on gagnait une à deux heures sur sa durée qui avoisinait les 12h. J'avais le sentiment de partir au bout du monde.
Afin de ne pas passer tout le vol à dormir, j'avais pris de quoi m'occuper, car notre arrivée était prévue pour 21 heures et je souhaitais m'adapter au décalage horaire rapidement. Lorsque j'ai posé le pied sur le sol de l'aéroport de Los Angeles, j'ai dû admettre que j'avais l'impression d'être dans un autre monde, très éloigné de ma chère France.
Les senteurs n'étaient pas les mêmes, bien que Paris ne soit pas réputé pour ses doux parfums, celui de la campagne me manquait. L'atmosphère était étouffante, le climat étant plus lourd que celui que je connaissais. Je me sentais perdue dans cette immensité, l'aéroport était d'une taille exceptionnelle. Il y avait de grands lampadaires aux couleurs psychédéliques. Des bâtiments d'une architecture contemporaine, avec des arcs et de grandes fenêtres. J'avais l'impression d'être propulsée dans un autre monde, où tout ce que je connaissais n'avait plus cours.
Bien que j'étais émerveillé par le spectacle qui se déployait devant moi, Aurore m'a exhorté à poursuivre notre route. Ce qui m'a amusé. En effet, elle ne devait pas être plus impatiente qu'à cet instant. Elle allait enfin revoir Shannon, et le paysage qui s'offrait à nous n'avait guère d'importance à ses yeux.
- Bon sang, mais dépêche-toi !
Je ne parvenais pas à retenir ce rire qui risquait de franchir la barrière de mes lèvres, elle sautillait sur place comme une enfant, ses yeux ne cessaient de parcourir les alentours à la recherche de l'homme de sa vie.
Je suis obligé de reconnaître que j'éprouvais de l'envie face à sa situation, je n'avais pas personnellement ce sentiment d'urgence de le voir, au contraire, j'étais plus tendu qu'excité. Contrairement à Shannon et Aurore, avec Jordan, nous avancions à notre rythme et n'avions pas encore passé le cap, si je peux m'exprimer ainsi.
Les battements de mon cœur s'accéléraient au fur et à mesure que j'avançais. J'avais l'impression qu'il pouvait exploser à tout moment, et je ne comprenais pas d'où venait cette peur qui s'emparait de moi.
Auparavant, lorsque nous nous étions vus, j'étais en France, dans un environnement que je maîtrisais. Mais là, je me lançais dans l'inconnu, dans un pays que je ne connaissais absolument pas. J'allais pénétrer dans son foyer, dans son existence, sans même savoir ce que j'y ferais. J'avais tout abandonné pour un homme avec qui je n'avais jamais eu de liens physiques et que je fréquentais seulement depuis quelques mois. Qu'est-ce qui m'a poussé à prendre un tel risque ? Je ne me reconnaissais plus.
- Allez, dépêche-toi un peu, bordel ! râle Aurore.
Elle me fait sortir de mes pensées, et je remarque que nous arrivons à l'endroit où nous devons récupérer nos affaires, ce que je fais de manière automatique. Il faut dire que ce n'est pas bien compliqué pour moi, à part une grande valise, je n'ai rien d'autre qu'un sac à main, ce qui n'est définitivement pas le cas de mon amie qui a besoin d'un porte-bagages pour y entreposer toutes ses affaires, à savoir trois grosses valises, un petit sac de voyage et un bagage à main en plus de son sac à main.
- Ben alors, dis-donc, tu fais dans la commande en gros ou quoi ? demandai-je avec humour.
Un regard acéré me transperça, mais elle reprit rapidement son aplomb avant de me répondre sans ambages.
- En tant que partenaire d'une personnalité publique, il est important de se préparer à faire face à diverses situations qui peuvent se présenter. Cela nécessite une certaine adaptabilité et une capacité à gérer les imprévus.
Je n'ai pu m'empêcher d'éclater de rire. Était-elle en train de se prendre pour quelqu'un d'important ?
- Si tu le dis ! Lançai-je ne voulant pas attiser la bête en elle.
Nous progressons ensuite vers ce que j'appelle la salle "des retrouvailles", où les voyageurs et leurs proches se réunissent. Je commence d'ailleurs à voir des embrassades, ce qui fait accélérer les battements de mon cœur. Je sens une boule se former dans ma gorge, entravant ma respiration. Je parcours la pièce du regard et j'aperçois Shannon. Aurore court vers lui, se jette dans ses bras et enroule ses jambes autour de lui. Je me sens mal à l'aise d'assister à cette scène intime, et je trouve que cela devient indécent, surtout avec des enfants présents dans la pièce.
Je m'avance vers eux, puis je chuchote quelque chose à l'oreille de mon amie, mais je ne m'approche pas trop non plus.
- Il y a des chambres d’hôtel pour ça !
Malgré le fait qu'elle ne se détache pas des lèvres de Shannon, j'essuie néanmoins un coup de sa part sur mon visage.
- Comme tu veux, mais si tu te fais arrêter pour attentat à la pudeur ne viens pas te plaindre !
Je fais quelques pas de plus et examine attentivement la pièce, il est évident que Jordan n'est pas là. Je dois admettre que cela me dérange, je suis arrivée il y a à peine une heure et je me sens déjà délaissée.