2 – Les groöls-1

2001 Mots
2 Les groölsAssise sur la chaise, elle n’avait aucune réaction. Ni avec Maître Jasond, qui la rassurait du mieux qu’il pouvait (n’étant toujours pas au courant de ce qu’il s’était passé), ni avec Maître Tojin, qui lui posait une multitude de questions, ni avec le médecin qui, après l’avoir examinée, avait déclaré qu’elle était en état de choc. Elle ne s’était pas évanouie, non. Cependant, toutes ses forces l’avaient subitement abandonnée, elle n’avait pas réussi à articuler le moindre mot. Maître Jasond l’avait rattrapée juste avant qu’elle ne touche le sol. Il l’avait aidée à s’asseoir par terre, aidé par Maître Tojin, en lui demandant ce qui n’allait pas et ce qu’il s’était passé. Ils s’étaient inquiétés sur ses blessures en lui demandant comment elle s’était fait ça. En remarquant son regard vide plein de larmes et son mutisme, ils l’avaient escortée jusqu’à l’infirmerie, d’où ils étaient partis chercher un médecin. Celui-ci avait voulu savoir si elle avait une blessure autre que toutes ses coupures, et la jeune fille lui avait montré son omoplate gauche, sans un mot. Il l’avait regardée rapidement, avant de lui demander de retirer son tee-shirt pour mieux évaluer les dégâts. Devant son refus, il avait passé autour d’elle une étrange machine ressemblant à un détecteur de métaux, et une radio était apparue sur l’écran de son bureau. Elle affichait une fêlure sur l’omoplate. Elyne finit par ôter son haut pour que le médecin puisse lui faire une piqûre et lui appliquer un onguent qui ressouderaient l’os rapidement et proprement. Elle n’aurait plus rien dans trente-six heures. Il l’avait autorisée à retourner sur Terre et au collège le lendemain, en précisant qu’elle devrait bouger le moins possible. Maître Jasond, qui faisait de son mieux pour la détendre et la sortir de son silence, avait appelé ses parents pour les rassurer, en leur disant qu’Elyne était avec lui, qu’il ne savait pas ce qu’elle avait, mais qu’ils ne devaient pas s’inquiéter. Bluter était arrivé peu après elle, et était lui aussi resté muet. Puis le médecin avait commencé à leur poser des questions, mais n’avait pas insisté longtemps, car Maître Tojin avait inconsciemment pris le relais. – Tojin, c’est bon, arrête, souffla Maître Jasond. L’intéressé cessa de la questionner. Il annonça qu’il retournait dans la salle d’entraînement et sortit de l’infirmerie. Maître Jasond resta avec Elyne, finit de désinfecter et de nettoyer ses blessures. Le médecin lui avait ôté les petits morceaux de verre qui s’étaient plantés dans ses bras. – Elyne. Elle regarda son Maître. – S’il te plaît, dis-moi ce qu’il t’est arrivé. La jeune fille se mura dans son silence et évita son regard. Bluter, posé sur ses jambes, fit de même. – Tu ne veux pas me parler ? Elle pinça les lèvres. – Je te propose quelque chose. Je vais te poser des questions, tu me feras juste oui ou non de la tête pour me répondre. Je ne te demanderai pas de te justifier. D’accord ? Elle hocha la tête. – Parfait. Tu t’es battue au collège ? Elyne hésita avant d’acquiescer. – Avec quelqu’un de ta classe ? Elle secoua la tête. – Avec quelqu’un de plus grand ? Réponse positive. – Les mêmes que la dernière fois ? Négation. – Avec une seule personne ? Elle hocha la tête. – Et toi aussi tu étais seule ? Hochement positif. – C’est lui qui t’a blessée comme ça ? La jeune fille hocha encore la tête. – Tu as utilisé ta magie ? Elle le regarda avec appréhension, à deux doigts de fondre en larmes. Puis elle acquiesça avec honte. Maître Jasond ne cacha pas sa colère, mais continua sans faire de commentaire : – Tu as utilisé ta magie sur un terrien ? Elyne secoua la tête. Son Maître fronça les sourcils. – Tu veux dire que… la personne avec qui tu t’es battue venait de ce monde ? Elle affirma. – Est-ce que c’était un adulte ? La jeune fille acquiesça. – Et c’est lui qui t’a attaquée ? Réponse positive. – Tu le connaissais ? Mouvement de négation. Dans les yeux de Maître Jasond, l’irritation avait été remplacée par une franche inquiétude. – Et Théo n’est pas censé être avec toi, au collège ? Elyne fit oui de la tête. – Mais tu m’as dit que tu étais seule lorsque c’est arrivé, donc il n’était pas avec toi à ce moment ? Elle secoua la tête, puis lâcha : – Après. Maître Jasond eut une esquisse de sourire lorsqu’elle parla enfin, bien qu’elle n’ait prononcé qu’un seul mot. – Théo est arrivé après ? répéta-t-il. – Oui. – Et où est-il, maintenant ? – Je… je ne sais pas… dit-elle, les larmes aux yeux. Il est arrivé à la fin, il est venu m’aider, mais… Elle ne termina pas sa phrase, la gorge serrée. – Ne pleure pas, Elyne, ne pleure pas. Tu n’y es pour rien. – Je ne pleure pas, répliqua-t-elle. – Si je résume, tu étais au collège, et tu t’es fait attaquer par quelqu’un que tu ne connaissais pas, un adulte qui venait de ce monde. Théo est arrivé après, et tu ne sais pas où il est passé. C’est ça ? – Oui. Maître Jasond se tourna vers le médecin, qui écoutait en silence. Tous deux semblaient prostrés. – C’est volontairement que ton agresseur t’a blessée ? – Oui. – C’est grave, déclara le médecin. C’est très grave. – Je dois le dire… à mes parents ? – Bien sûr, répondit le médecin. Ce qu’il vient de se passer est extrêmement alarmant : quelqu’un de ce monde a pris le risque d’aller sur Terre pour s’en prendre à toi. C’est un danger qui concerne les deux mondes. – Mais, ils vont… ils vont… me changer de collège… – Cela serait inutile, intervint Maître Jasond. Si cette personne t’a prise pour cible, alors ce n’est pas un simple changement de collège qui l’empêchera de te retrouver. – Si je leur dis ça, ils ne voudront plus que je vienne ici… – En tant qu’Apprentie et terrienne, tu es obligée de venir régulièrement sur Hartaine, parce qu’officiellement, le gouvernement te prend en charge. Tu ne peux pas rester uniquement sur Terre, tout comme tu ne peux pas rester uniquement sur Hartaine, puisque tes tuteurs légaux, Kathy et Mike, ne vivent pas dans ce monde. Ils restèrent un instant silencieux. – Tu veux que je les rappelle ? demanda Maître Jasond. La jeune fille refusa d’un mouvement de tête. – S’il te plaît, il faut que nous sachions exactement ce qu’il t’est arrivé, insista le médecin. Elyne le regarda avec fièvre, et se referma dans son mutisme. C’est alors que la porte s’ouvrit brusquement et que Théo apparut, essoufflé. Il avait dans les mains son sac ainsi que celui de la jeune fille. Et, au grand soulagement de cette dernière, il était indemne. – Elyne… je t’ai cherchée… partout… lâcha-t-il, à bout de souffle. – Théo ? s’étonna Maître Jasond. Est-ce que ça va ? – Oh, Théo, c’est moi… c’est de ma faute, je suis désolée… geignit Elyne. – Ça va… je n’ai rien… répliqua-t-il sèchement. Il lui en voulait, cela s’entendait dans sa voix. – Je suis désolée, je n’aurais jamais dû partir comme ça… Maître Jasond et le médecin ne semblaient pas comprendre de quoi ils parlaient. – Écoutez, il va falloir que vous m’expliquiez tous les deux ce qu’il s’est passé, intervint Maître Jasond. Cette histoire va beaucoup trop loin à mon goût. Théo posa les sacs à ses pieds et inspira un grand coup. – Je ne sais pas si ce que je vais dire va beaucoup vous aider… Personnellement, je n’ai pas tout compris non plus. Mme Pleven a demandé à Elyne de rester à la fin de l’heure, pour lui parler. On l’a attendue, mais la prof n’a pas accepté que l’on reste dans le couloir, alors on est sorti et on a patienté à l’entrée du collège. Un type nous a abordé, il a voulu savoir où était Elyne. Anaïs lui a répondu qu’elle était à l’intérieur, alors qu’on ne connaissait même pas ce gars. Quand je lui ai demandé qui il était, il m’a dit qu’il était son oncle et il est entré dans le collège. Les autres sont partis, et comme ça commençait à être long, je suis entré à mon tour. Et dans une salle de classe, il y avait Elyne, par terre, et deux types qui se battaient, dont celui qui était venu nous voir. J’ai pris Elyne pour la faire sortir de la classe, et je crois que j’ai reçu un rayon de magie, parce qu’après, c’est le trou noir. Je ne me souviens de rien. Je me suis réveillé sur Hartaine, avec les deux sacs juste à côté de moi. Je suis venu au palais en courant, j’ai cherché Elyne partout, et c’est comme ça que je suis arrivé ici. Maître Jasond et le médecin échangèrent un regard chargé d’incompréhension. – Un homme cherchait Elyne, en affirmant qu’il était son oncle ? répéta Jasond. – Oui. Ça m’a alerté : Elyne n’a pas d’oncle. Mais c’est bizarre : il avait l’air inquiet de ne pas la voir sortir du collège. – Tu crois que c’est lui qui s’en est pris à Elyne ? – Non, intervint la jeune fille. Celui qui m’a attaquée a fusionné avec le corps de Mme Pleven, ou quelque chose dans le genre. Enfin c’est l’impression que j’ai eue, parce qu’il est sorti d’elle. Un autre type est arrivé après, il m’a demandé si j’allais bien, et il a dit qu’il allait me sortir de là. Je pense que c’est l’homme dont parle Théo. Il n’avait pas vraiment l’air de vouloir me faire du mal. Par contre, je ne sais pas du tout d’où il sortait, je ne l’avais jamais vu avant. Maître Jasond se leva en soupirant. – Le mieux serait d’aller porter plainte tout de suite. Étant donné que ça s’est passé sur Terre, les autorités réagiront rapidement, ça ne fait aucun doute. Le médecin acquiesça sans un mot, et leur fit signe qu’il restait à l’infirmerie. On ne savait jamais, peut-être que d’autres Apprentis auraient besoin de se rendre ici. Elyne et Théo suivirent docilement Maître Jasond, prenant leur sac de cours au passage. Ils sortirent du palais, et prirent un taxi magnétique pour se rendre dans l’un des centres des autorités. Sur toutes les voitures volant dans le ciel, rares étaient celles qui appartenaient à des particuliers : la majorité des gens se déplaçaient en taxi, les tarifs étant relativement bas, ou bien prenaient les Nova, nom que portaient les bus. Avoir une voiture n’était donc pas fréquent, et cela car les nombreux modes de déplacement fournis par la ville étaient si pratiques qu’on préférait se déplacer avec les transports en commun que par ses propres moyens. Ils finirent par arriver à destination, au « plysjeburo », sorte de commissariat. Le Maître d’Elyne paya le chauffeur, puis descendit, suivi des deux adolescents. Ils se trouvaient devant un bâtiment tout à fait banal, mais très actif au vu de toutes les allées et venues qui s’effectuaient autour de lui. Le petit groupe entra, et se dirigea vers l’accueil. Maître Jasond se renseigna pour savoir où ils devaient aller pour déposer une plainte. L’hôtesse lui indiqua la voie à suivre. Après une longue attente, un homme arriva, se présenta comme étant le commissaire Mélard, serra la main du Maître, puis les invita à le suivre jusqu’à son bureau, dans lequel il les fit entrer et s’installer. Il leur demanda de lui résumer ce qu’il s’était passé, puis demanda à Maître Jasond, ainsi qu’à Théo, de sortir du bureau pour qu’il puisse enregistrer la plainte d’Elyne. Il enregistra leur conversation, et lui posa toute une série de questions, exigeant le plus de détails possibles. Elle répondit le plus précisément qu’elle put. L’entretien dura une petite demi-heure, au terme de laquelle le commissaire Mélard la remercia, puis la laissa sortir du bureau afin qu’elle puisse rejoindre son Maître, tandis que Théo venait la remplacer pour témoigner à son tour. Ils ressortirent du plysjeburo deux heures après être entrés. Maître Jasond les ramena au palais, et les conduisit dans le réfectoire des Apprentis, déserté car ces derniers étaient déjà venus prendre leur déjeuner. Il partit dans les cuisines pour demander à ce qu’on leur donne de quoi se restaurer, eux qui n’avaient rien avalé depuis le matin. Elyne et Théo prirent une table, et mangèrent ce qu’on vint leur apporter. Le médecin arriva peu après, et vint vaporiser un peu de peau artificielle sur les blessures de la jeune fille, afin d’accélérer la guérison. Maître Jasond les laissa ensuite seuls quelques minutes, le temps d’appeler leurs parents pour leur dire qu’ils rentreraient dans un peu moins d’une heure. Alors qu’ils mangeaient tranquillement, Maître Mraam entra dans la salle, impressionnant avec sa stature d’Elfe, et se dirigea vers eux à pas décidés. – Akasha Laël, dit-il en guise de bonjour en arrivant devant Elyne. Il ne l’appelait plus que par ces deux mots étranges depuis qu’elle avait rencontré Bluter et, par la même occasion, sauvé Hartaine d’un fou qui comptait la faire mourir à petit feu. L’Elfe inclina ensuite la tête pour saluer son Apprenti. Théo lui rendit son signe. – Combien étaient-ils ? demanda Maître Mraam à la jeune fille. – Qui donc ? s’informa Bluter. – Les corrompus. – Les corrompus ? répéta Elyne. Ceux qui m’ont attaquée tout à l’heure ? Il acquiesça. – Il n’y en a qu’un seul qui s’en est pris à moi. Le second est intervenu après, mais il semblait vouloir me venir en aide. – Cela ne fait pas de lui un allié. Il reste ton ennemi. – Comment ça ? intervint Théo. L’Elfe ne dit rien. – Mais… Maître Jasond vous a dit ce qu’il s’est passé ? l’interrogea Bluter. – Je ne l’ai pas croisé.
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