— Mais pour l’instant, je n’ai pas la tête à ce genre de connaissance. J’en assez de m’accoquiner avec des personnes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et finissent par me laisser sur le carreau telle une masse de chair d’une proie avariée qui n’est propre à la consommation que pour les charognards.
— C’est dur, cette comparaison, dit le taxi man. Tu n’es pas comme telle. Tu es une jolie femme qui mérite beaucoup d’attention.
— Et quoi d’autres ? demanda-t-elle.
— Et d’amour, ajouta-t-elle.
— C’est toujours la parole des hommes. Ils disent une chose et en font une autre. Ce sont des imposteurs et on peut dire aussi des manipulateurs qui se payent la tête des femmes.
— Je ne suis pas les hommes pour admettre ou pas ce que tu avances. Ce n’est qu’une discussion improvisée. Je n’aime pas qu’elle soit tournée de cette façon. Tu t’exprime très dur envers les hommes, pourquoi donc ? demanda le taxi man.
— Parce que ceux là ne m’ont apporté que du mal, répondit-elle et je ne souhaite pas en rencontrer encore plus. Ils m’ont fait voir de toutes les couleurs au point que leur comportement aberrant voire pervers a chamboulé toute ma vie. Arrête et laisse-moi descendre. C’est la prison !
— Oui, c’est bien ça.
Après avoir payé le taxi, Najat en descendit si vite qu’elle pouvait, en claquant nerveusement la portière. Le chauffeur, mis en colère, cracha dans sa direction, histoire de protester contre ce geste mal placé. Sans prêter aucune attention à la réaction de celui-ci, elle fila directement et à pas de géant vers le portail d’entrée de la prison où se tenaient quelques visiteurs munis de couffins à moitié pleins de ce dont leur prisonnier aurait besoin. Elle s’adressa précipitamment à l’agent de garde sous son ex titre pour obtenir de lui la priorité d’être servie sans coup férir :
— S’il te plaît, monsieur, je suis l’infirmière Najat, je voudrais te demander un service.
— Enchanté madame, dis-moi en quoi puis-je t’aider, dit l’agent.
— Je suis la femme d’un jeune homme, en détention ici même. Il répond au nom du fils de Radia. J’ai besoin de le revoir.
— Ok, va dans cette salle et attends un peu, on va l’amener vers toi.
Najat prenait place sur le banc réservé à cet effet et se mit à aligner ses mots pour pouvoir aborder son amant et sauveteur défaillant le sujet brûlant qui la préoccupait tant. Elle envisagea la possibilité d’avorter pour se libérer de ce qu’elle a dans le ventre sans rien avouer à son amant. Mais elle évita de délibérer seule sur cette solution et préféra attendre l’arrivée de son amant.
— Le fils de Radia, lève-toi, tu as de la visite, cria l’agent.
— Homme ou femme ? demanda-t-il.
— C’est une femme ! C’est peut-être ton épouse. Avance et cesse de poser les questions inutiles.
— Ah ! c’est toi. Quel bon vent t’amène.
— Oui, c’est moi, dit Najat, en chair et en os.
— Je pensais que tu m’as si vite oublié, dit-il.
— Ne dis pas ça, comment je peux oublier le père de mon enfant, répondit-elle.
— Le père de ton enfant ? Je rêve ou je suis dans la réalité ?
— Tu ne rêves pas et si c’est le cas ton rêve s’est réalisé.
— Tu veux dire que tu es enceinte de moi ? demanda-t-il.
— Oui, je viens de consulter le gynécologue. Il me l’a confirmé, dit-elle.
— Et qu’en penses-tu ? demanda-t-il.
— Je ne veux pas de ce bébé. Il va me compliquer la vie et surtout qu’il sera issu d’une relation extra conjugale. Je me méfie beaucoup des commérages et des qu’en dira-t-on. Les gens, quand ils apprendront la nouvelle, ils vont condamner ce genre de conduite irréfléchie qui porte atteinte à l’éthique morale et aux bonnes mœurs.
— Abstiens-toi de penser à l’opinion des autres et estime-toi heureuse d’avoir ce bébé qu’est le fruit de notre amour pur. Aussitôt que tu commences à sentir le mouvement de ses jambes frétiller à l’intérieur de ton ventre tout rond, la fibre maternelle se réactive en toi et tu vas te raviser. Garde ce bébé, je t’en supplie et ne lui fais rien de mal quand il naîtra. Ce que tu viens de m’annoncer égaye ma vie de prisonnier bien qu’il n’écourtera pas mes jours de détention.
— Et qu’en est-il de ta situation ? demanda Najat.
— Un camarade de cellule m’a laissé entendre que mon cas est gravissime et laisse beaucoup à désirer. Même avec la défense et l’appui d’un avocat des plus chevronné, le risque d’écoper du maximum n’est pas à exclure.
— Ne crois pas à ce genre de racontars. Sois fort et en remets-toi à la volonté de Dieu, conseilla Najat.
— Ma mère est venue me revoir, la semaine dernière. Elle va solliciter son employeur à s’occuper en personne de mon cas.
— Et tu crois que cet employeur est capable d’intervenir dans une affaire si grave ? demanda-t-elle.
— Bien sûr que je le crois, répondit-il. Ma mère travaille chez lui en tant que femme de ménage et tous les membres de cette famille ont beaucoup d’admiration pour elle et à maintes reprises, ils l’ont soutenue dans des situations difficiles. Qui plus est, c’est sa fille, l’avocate, qui va s’occuper de mon affaire.
— J’ai de la peine pour toi et j’espère que le verdict de ton jugement ne soit pas si dur.
— Le temps de visite est terminé, lança l’agent à l’adresse de Najat et son amant. Madame, tu dois t’en aller, ça suffit pour aujourd’hui. Je dois respecter les consignes.
— Ok, je m’en vais. Merci tout de même pour m’avoir autorisée cette visite.
— Prends soin de mon bébé Najat, cria-t-il. Je vais sortir !
CHAPITRE XXXIV
Amina, la sœur de Meriem a fait un infarctus et on l’a transportée d’urgence à l’hôpital où Najat d’autrefois exerçait. Meriem, accompagnée de Driss et tous les autres membres de la famille accoururent si vite à son chevet pour s’enquérir de son état de santé. A leur arrivée au bloc opératoire, Jamila, la nièce du cafetier les rassura, avant même de dire quoi que ce soit. Elle leur annonça qu’Amina était dans un état grave, mais heureusement, on a pu la stabiliser et elle était hors de danger.
— Mais où est-elle, lança sa sœur Meriem de but en blanc, je veux la voir.
— Reprends-toi, tante Meriem, ne t’inquiète pas, elle va récupérer, le médecin qui l’a examinée est optimiste sur son état.
Meriem qui pleurait à chaude larmes, insistait encore :
— Montre-moi la chambre où elle est alitée. Je sais que c’est une vieille grabataire et ce n’est pas étonnant qu’elle fasse l’objet de crises répétées.
— Ce n’est pas ce que tu penses. Elle va mieux que ma grand-mère, dit Jamila avec un ton d’humour.
— J’ai peur que tu ne me dises pas la vérité ! dit tristement Meriem.
— Tu vas le savoir tout de suite, dit Jamila. Mais attends à ce que le médecin finisse sa tournée matinale dans les chambres des patients.
— Pour meubler le temps, Driss demanda des nouvelles à Jamila :
— Dis-moi, ma nièce, comment vont Farid et les enfants ?
— Ils vont bien oncle, répondit-elle.
— Et qu’en est-il de leurs études ? demanda-t-il.
— Ils obtiennent d’excellents résultats, répondit-elle, et j’en suis ravie.
La discussion s’est interrompue dès qu’on a fait signe aux visiteurs. Une infirmière leur annonça :
— Les familles ! vous pouvez voir vos malades. Ils sont seuls maintenant, mais, je vous en prie, ne chahutez pas trop.
Bien qu’elle ne sache pas le numéro de chambre dans laquelle était alitée sa sœur, Meriem devançait toute la famille sans même savoir par quelle porte entrer. Jamila lui demanda d’attendre :
— C’est par ici, tante Meriem. Ta sœur doit-être là au fond dans la chambre huit.
— Excuse-moi, je ne suis pas douée en la matière pour connaître facilement les dédales des hôpitaux, dit Meriem.
— Ici, dit Jamila, c’est comme un labyrinthe, tu peux te tromper facilement de couloir. Alors ne te précipite pas, je vais vous amener au bon endroit. Je connais ce lieu sur les bouts des doigts.
Dès leur entrée dans la chambre, Meriem éclata en sanglot et s’approcha au chevet de sa sœur qui commençait à reprendre ses forces.
— Ma sœur ! Ma bien aimée, Comment tu te sens ? Je suis très inquiète pour toi.
— Rassure-toi ma belle, ça s’est passée, Dieu merci ! dit Amina.
— J’avais tellement peur de te perdre, dit Meriem d’un air éploré.
— Personne ne peut empêcher sa mort quand l’heure de casser sa pipe est venue. Ce n’est qu’une question de temps. Grâce à cet infarctus, j’ai l’ai vue.
— Tu as vu quoi ? demanda Meriem.
— J’ai vu la mort ! répondit Amina.
— Oublie-la, lança Driss, ton âge se prolongera encore et tu n’as pas à te méfier de quoi que ce soit. Nous sommes là pour t’apporter notre soutien et si tu veux qu’on t’amène à la meilleure clinique et te faire passer des radios, nous répondons à ton désir.
— Ne vous préoccupez pas trop de moi, dit-elle. Quand mon heure sonne de quitter l’ici-bas, mon départ serait imminent. Mais avant de quitter ce monde, je voudrais me décharger d’un fardeau que j’ai sur la conscience.
— Qu’y a-t-il ma tante ? de quoi s’agit-il ? demanda Lina, d’un air suspicieux.
— Tu vas savoir de quoi est-il question, ma chère Lina, depuis le jour où tu m’as quittée, ma vie est devenue sombre et ennuyeuse à cause du mal que je t’ai fait. Il est temps, pour moi, de me confesser à loisir avant que la mort me prenne de court. Mais, je voudrais que, toi et moi, nous restons seules pour te révéler une chose qui m’a fait souffrir le martyr.
Qu’est ce que tu veux lui avouer, ma sœur ? lança Meriem qui culpabilise. Tu es encore faible et sous traitement pour dire quoi que ce soit. Tu as besoin de repos. Laisse ce que tu as à dire au temps voulu.— Le temps voulu et opportun, c’est aujourd’hui même, marmonna Amina. C’est l’occasion ou jamais pour divulguer un secret que je ne veux pas qu’il soit enterré avec moi dans la tombe.
— De quel secret veux-tu nous parler ? lança Allal le jardinier. Tu nous surprends Tata Amina.
— C’est entre femmes, répondit-elle. Tu n’as pas besoin de le savoir. Je sais que tu aimes Lina et ton petit fils et c’est l’essentiel. Même si les profondes blessures laissent des cicatrices indélébiles et cachées sous notre chemisier, le pardon et l’indulgence sont le meilleur antidote susceptible de faire disparaitre le ressentiment et la haine.
— Je ne comprends toujours pas à quoi tu fais allusion, dit Allal qui se sent un peu indisposé.
— Avant de dire ce que j’ai sur le cœur, je demande à vous tous de sortir et me laisser seule avec Lina, dit Amina.
Quand tout le monde est sorti de la chambre, Amina demanda à Lina de s’approcher :
— Ma petite, bien aimée, aujourd’hui, c’est l’heure de la vérité.
— Quelle vérité, ma tante, je ne comprends rien. Tes paroles me paraissent ambiguës et je pense que cela est dû aux effets des médicaments ou des piqûres qu’on t’a administrés.
— Détrempe-toi ma petite ! Je suis très consciente de ce que j’ai à te dire, dit Amina. Mais, avant de te révéler ce secret, promets-moi que tu vas le garder sans m’en vouloir et que si jamais il te fera du mal, tu ne t’en prendras pas à moi.
— Je te le promets et je te jure sur la tombe de ma grand-mère maternelle que je respecte ton secret.
— C’est facile à dire qu’à faire, dit Amina, qui prit languissamment les deux mains de sa nièce et les porta sur ses tempes pour mesurer le degré de sa température. J’espère que cette froideur ne se transforme pas en chaleur émotionnelle de colère et de haine contre moi.
— Dis-moi ce que tu as à dire, mon père, ma mère et Allal, mon mari, vont s’inquiéter beaucoup trop de nous avoir laissées seules sans savoir au juste le genre de secret que tu veux ne révéler qu’à moi.
— Ok, ma petite, je vais te le dire tout de suite avant que la mort ne vienne me chercher. Le jour où tu es tombée enceinte, ta mère avait peur. Elle savait a priori que la réaction de ton père ne serait que des plus mauvaises si jamais il se rendra compte de ta grossesse et cela pourra, à coup sûr, provoquer chez lui un nouvel infarctus. Elle t’a emmenée chez moi pour que vos voisins aussi ne soient au courant de rien qui puisse porter préjudice à la dignité de notre famille. Mais, le revers de la médaille, une chose horrible s’est passée contre ma volonté. J’ai beau essayer de l’éviter, je n’ai pas réussi à trouver un autre moyen plus efficace, pour taire la naissance de ton bébé, que de le confier à une autre femme pour l’élever et s’occuper de lui. Or, il s’est avéré de sitôt que cette personne était l’épouse de ton père.
— C’est toi qui m’as volé mon bébé ? hurla Lina en arrachant les cheveux. Tu n’es qu’une criminelle. Tu dois être passée par les armes ou dilapidée sans pitié. Je ne te le pardonnerai jamais.
En entendant les cris et pleurs de Lina, Driss, Meriem et Allal rentrèrent dans la chambre de la malade. Ils étaient surpris de voir leur fille, les cheveux ébouriffés, les rigoles de larmes qui coulaient sur le visage. Sa mère qui en savait long sur cette histoire, la tira vers elle et se mit à la câliner en lui disant :
— Calme-toi, mon ange, je sais ce que tu ressens en sachant la vérité, dit Meriem qui se rendit compte que sa sœur est en train de se débattre contre la mort. Docteur, infirmière, de l’aide. Ma sœur est en train de rendre l’âme.
Malgré les efforts faits par le médecin et les infirmières pour la sauver, Amina a succombé à la mort sans pouvoir réussir à obtenir le pardon de sa nièce qui ne cessait guère de crier à qui voulait l’entendre : — Qu’elle aille brûler en enfer ! C’est une criminelle ! Elle m’a volé mon bébé dès sa naissance. Je ne la pardonnerai pas.
— Calme-toi, chérie, dit Allal, respecte la dépouille de ta tante.
— Comment veux-tu que je me calme ? cria Lina. C’était elle l’instigatrice du mal. Elle va le payer cher dans l’au-delà.
— Ma fille ! dit Meriem, l’air chagriné de consternation, calme-toi, veux-tu ? Ce n’est ni le lieu ni le moment de t’en prendre à une personne morte. Laisse de côté tes remontrances sinon tu vas nous faire passer un sale quart d’heure en cet hôpital. Ma défunte sœur n’est pas la seule et unique personne à mettre en cause. D’ailleurs, c’est nous qui l’avons cherchée pour camoufler ta grossesse hors mariage. Tu as oublié d’avoir commis la bêtise de tomber enceinte ? Tu as intérêt à changer d’attitude vis-à-vis d’une morte qui, sous peu, sera six pieds sous terre.
— Ecoute ta mère, dit Allal, et ne t’accroche pas à des évènements du passé qui ne t’apporteront que plus de mal. Estime-toi heureuse d’avoir récupéré ton fils à temps. Profite du temps pour le voir grandir, sourire, apprendre à marcher et observe avec un tant soit peu d’admiration sa façon d’articuler les premiers rudiments du langage en commençant de prononcer le vocable de maman et papa. De son vivant, la défunte vient d’implorer ton pardon, mais ce ne sera pas peine perdue si tu pries pour elle pour que Dieu la pardonne.
— Comment veux-tu que je la pardonne alors qu’elle a cherché à ravager ma vie et détruire mes ambitions de jeune mère ? Même si je le crie haut et fort sur un minaret, mon cœur réfute catégoriquement ce pardon. Maintenant qu’elle est morte, Dieu seul se chargera de la pardonner ou de la condamner.
— Tu me parais sous un nouveau jour, je ne savais pas que tu es emplie de venin et de haine. Je ne te reconnais plus, ma fille, dit sa mère. Si quelqu’un est fautif dans cette affaire, c’est bien toi. Tu étais la source de tous les maux que j’ai endurés le jour où j’ai appris que tu es enceinte. Si j’avais osé annoncer la nouvelle de ta grossesse à ton père, il t’aurait tordu le cou sans la moindre hésitation. J’ai agi en poule mère pour te protéger de la vindicte populaire et t’épargner tous les bruits qui auraient dû courir sur tes incartades de fille indécente et impure. Mais, ton attitude d’ingrate me montre aujourd’hui combien tu es pathétique et non redevable. Tu m’as beaucoup déçue et je n’oublierai jamais tes paroles grossières et insolentes que je considère, pour tout dire, comme étant des flammes brûlantes qui dégorgent d’un volcan en pleine ébullition.
— Ne te montre pas si blessante envers moi, cria Lina. Je me suis toujours dit que vous avez été de mèche toutes les deux. A maintes reprises, il m’est venu à l’esprit que tu m’as éloignée de chez moi pour me séparer sournoisement de mon nouveau-né. J’aurais dû dire la vérité à oncle Hamid qui sentait instinctivement tout le mal, qui m’a finalement frappé de plein fouet, lorsque vous étiez en train d’esquisser votre combine.
Décidément, tu me fais honte par ce comportement si extravagant et ces commentaires désobligeants ! hurla sa mère. Je m’en veux énormément de t’avoir laissée venir avec nous à cet hôpital où tu as trouvé l’occasion propice de te dresser contre moi, de me malmener et encore moins de jeter la suspicion sur ma crédibilité de mère à cause de tes lubies incongrues dont tu es la seule responsable de ma souffrance s’appelle Tante Amina, je le dis et je le maintiens et personne parmi vous ne pourra me convaincre de son innocence. Avant d’accoucher, j’ai tellement rêvé de tel moment de plaisir d’avoir un enfant dans les bras, de me sentir comme une mère poule dès les premiers jours de sa naissance, de le nourrir des ses premières tétées en lui donnant le sein maternel et de sentir la mollesse de sa langue et de ses lèvres si tendres en train.
Driss, attiré par les cris de chamaille qui a failli tourner au vinaigre entre Lina et sa mère, a coupé court à ce bavardage qu’il considéra inutile et inopportun :
— Je peux savoir ce qui se passe entre vous deux ? Ce n’est ni le moment ni l’endroit de vous comporter comme de petites mégères. J’en ai assez de vous engueulades mutuelles. On dirait que vous êtes de pires ennemis. Alors ça suffit ! J’en ai ras le bol d’entendre vos reproches de bas étage. Comportez-vous en femmes correctes et sages et oubliez vos démêlés. Cela ne vous mène, à vrai dire, qu’à l’inimitié. Vous voulez noircir l’image de notre famille ? Mettez-vous, une fois pour toutes, dans l’esprit que « le linge sale se lave en famille » et pas comme vous le faites en ce moment, dans les couloirs de l’hôpital.
Avec son intervention ferme, Driss a réussi a cloué le bec à Meriem et sa fille Lina qui se sont tus sans broncher. Jamila qui a été aller s’occuper des formalités concernant l’enlèvement du corps de la défunte, est revenue pour leur annoncer que tout est fin prêt. Les funérailles de la défunte ont été organisées dans les normes et selon le rituel habituel. Toute la famille était réunie autour du cercueil de la défunte, en pleurant sa perte, excepté Lina qui s’est montrée rebelle et entêté. Elle s’est juré de ne déverser la moindre larme en pareille occasion de consternation de recueillement. Après son ensevelissement qui fut l’un des moments les plus tristes de la journée, Driss qui s’est chargé des tous les frais inhérents à la mort, organisa une veillée religieuse où le prédicateur qui a bien prêché a invité les présents à lever les mains au ciel et implorer Dieu à ce qu’il pardonne la défunte et l’ait dans Sa Sainte Miséricorde. Lina, les yeux rivés sur l’imam qui récita la Fatiha coranique en psalmodiant également quelques versets, ressentit de l’affection et de la compassion et son cœur si endurci, s’est tellement adouci qu’elle répéta silencieusement et son for intérieur : je te pardonne ma tante, je te pardonne ma tante, je te pardonne ma tante…C’était plus fort que moi d’accepter le mal que tu m’as fait. Sur ces entrefaites, Lina a fait une crise et s’affala par terre en répétant à qui veut l’entendre : j’ai été dure avec toi, excuse-moi, ma tante. Meriem qui s’est aperçu de l’état de sa fille, la releva avec autant d’amour, l’étreignit et lui demanda de cesser de pleurer.
Aicha, la femme de ménage de la défunte, qui en savait beaucoup sur cette histoire, observa attentivement la scène et s’en voulu énormément d’avoir participé au pêché de vol d’un bébé à sa mère juste après sa naissance. Elle se sentait si embarrassée de cet acte malsain et pervers qu’elle souhaitât trouver le moment opportun pour se confesser et se décharger du poids du sacrilège qu’elle avait sur la conscience.
CHAPITRE XXXV
L’amant de Najat et père biologique de son futur bébé a été déféré devant le tribunal. Malgré la défense composée de deux avocats, son procès criminel s’est passé à huis clos et le détenu qui a plaidé coupable des faits qui ont été retenus contre lui a écopé de la peine d’emprisonnement appropriée. Le juge d’instruction a catégoriquement rejeté la demande de libération sous caution.
— Se servir des armes à feux pour s’attaquer aux citoyens et encore moins aux biens et à la souveraineté de l’Etat, était un délit gravissime que j’ai commis par esprit immature, dit le fils de Radia à Najat qui a suivi jusqu’au bout le déroulement du procès
— Je savais que tu as commis la pire des choses le jour où tu nous as surpris avec tes balles traceuses. N’attends de moi plus rien qui vaille. Ma vie va prendre une autre tournure. Et toi, tu n’a rien à faire que de prendre ton mal en patience et de purger de gré ou de force ta peine. C’est juste le prix à payer qu’il faut pour les pots cassés ! Je te souhaite un bon séjour. Le bébé que tu crois que j’ai dans le ventre n’est rien d’autre que du mensonge. Ne te fais pas d’illusion à ce sujet et commence dès aujourd’hui à chronométrer le temps qui passe avant que tu puisses sortir de prison. Laisse-moi te dire Adieu ! Je ne suis pas le genre de femme qui se marie avec un criminel. Ma relation avec toi n’avait rien de sérieux et je ne compte pas te voir encore. C’est mon dernier mot. Adieu !
Menotté, le prisonnier qui sentit de l’amertume et de la déception après avoir entendu les mots blessants proférés par Najat, a été conduit sous bonne garde à la prison où on l’a enfermé provisoirement dans une cellule d’isolement.
Radia, la mère du prisonnier, qui entendu toutes les grossièretés débités à l’égard de son fils, s’en est pris à Najat en la traitant de fleur fanée, de g***e, de débauchée et de croqueuse de diamants qui, en cherchant son intérêt, finit toujours par apporter malheurs aux hommes qu’elle côtoyait.
— Et Najat de répondre : je ne suis pas celle que tu penses, vieille harpie. Tu n’as pas le droit de me reprocher quoi que ce soit. C’est entre ce prisonnier et moi. Mêle-toi de tes oignons et laisse-moi tranquille.
— Comment veux-tu que je te laisse tranquille au moment où tu es en train de dénigrer mon fils et de le mépriser sous mes yeux ? dit Radia.
— Ah, je ne savais pas que ce prisonnier est ton fils !
— Et maintenant que tu le sais, ferme ta gueule, espèce de morue ! Je te connais sur les bouts des doigts et tu dois avoir honte de m’affronter parce que tu n’es qu’une femme insignifiante et sans scrupule.
— Je suis tout, sauf femme de ménage, servile et obséquieuse, qui vit dans l’humiliation et la misère.
— Une femme de ménage qui s’accroche à son travail pour servir les autres moyennant le salaire gagné sur le sueur de son front, vaut mille fois plus qu’une ex infirmière limogée de son poste à cause de son manque de professionnalisme et de sa vengeance contre un patient alité, qui n’était, cerise sur le gâteau, que son ex mari. S’il est tenu à moi, tu aurais dû être à l’heure qu’il est en prison pour y moisir à cause de tous tes antécédents judiciaires. Je m’en veux beaucoup à Driss qui a été derrière ta libération sous caution.
— Pourquoi tu ne t’y es pas opposée ? Tu n’as pas le droit de véto ou quoi ? Cet homme m’aime toujours et cet amour qu’il manifeste à mon égard n’est que le fruit de notre bonne relation qui n’a rien à voir avec le mariage. Il est redevable à tous les services que je lui ai rendus inconditionnellement. Tu n’es pas à ma hauteur et encore moins tu ne m’arrives pas la cheville pour que je continue à te raconter ma vie.
— Ta vie, je la connais de fond en comble, et le mieux pour toi serait de t’épargner la peine de m’en rappeler les détails. Je connais ton manège et toutes tes astuces qui ne t’ont amenée qu’au fond du désastre.
— Tu ne connais rien et tu n’es qu’une pauvre femme miséreuse qui a un faible pour les rumeurs et les commérages de bas étage. Je t’ai consacré plus de temps qu’il n’en a fallu pour entendre tes balivernes bon marché.
— C’est plutôt moi qui t’ai accordé l’opportunité de vider ton sac et de déverser sur moi tes colères de prostituée en manque de victimes.
— Je peux savoir pour quelle raison tu es venue assister au procès de mon fils ?
— Je n’ai pas de compte à te rendre, espèce de vieille décrépie, répondit Najat pour couper court à cette chamaille.
— Ta réponse à ma question m’est inutile et sans elle, je sais déjà tes intentions d’infirmière déchue.
— Et puisque tu connais déjà quelles sont mes intentions, pourquoi diable tu ne cesses pas de m’importuner ? demanda Najat. J’en ai plein le dos de tes taquineries.
Attirée par leur chamaille qui lui semblait interminable, une dame bien apprêtée et d’âge mur s’interposa entre elles. Elle leur demanda de cesser de perdre leur temps dans une dispute si inutile qui ne mènera à rien qui veille. Ayant pris en considération ses conseils de bon offices, les deux rivales se sont séparées et chacune d’elles s’en est allée.
Après la mort d’Amina, Zakaria, le fils de Driss, et son épouse Bouchra se sont rendus chez Meriem pour lui présenter en particulier leurs sincères condoléances. Profitant de la présence plénière de tous les membres de la famille, Driss, le cafetier, a jugé bon de leur présenter encore une fois son fils :
« Aujourd’hui, c’est pour moi un grand jour de vous présenter un homme qui, dès à présent fait partie intégrante de notre famille. Jamila, ma nièce et son mari Farid, l’ont déjà connu et c’est grâce à eux que j’ai pu établir le contact avec lui. Cet homme, ici présent, devant vous s’appelle Zakaria. Il est bel et bien mon fils et autrement dit votre demi-frère. Il est le fruit d’une relation amoureuse, antérieure à mon mariage avec votre mère Meriem, qui me liait à sa mère Farah morte et enterrée depuis si longtemps. Lui et sa femme Bouchra Sont actuellement deux cadres qui travaillent pour une entreprise d’import-export. Ils sont les voisins de palier de Jamila et Farid. A cette occasion de retrouvailles, la fête que nous organisons en leur honneur est un signe d’affection et d’amour. J’avoue, à vous tous, qu’avec la bénédiction de Dieu, je suis si content d’avoir retrouvé l’équilibre et la paix intérieure. J’espère que ma vie se prolonge un peu plus pour savourer ce plaisir d’avoir un homme de taille à mes côtés.
Et comme le dit le dicton : « Le père a mangé le raisin vert, et son fils a grincé des dents. Tu es fils, père tu seras, comme tu feras tu auras. L’expérience des pères est toujours perdue pour les enfants. Tel père, tel fils ; fils de son père. »
Vive notre famille !
Fin