Suite chapitre XXX

5000 Mots
  en cause. —   Où l’as-tu connue ? demanda le policier. —   C’est une longue histoire, répondit le mis en cause pour être bref dans sa réponse. —   Explique-toi, dit le policier, et sois pertinent. —   Je l’ai connue dans un cabaret et cette première rencontre  hasardeuse était le point de départ de notre relation amoureuse. Le jour où elle s’est faite arrêtée par la police pour avoir crée un scandale, au café avec Sabah, la fille de  son ex époux, j’ai été en sa compagnie, mais je me suis éclipsé si vite pour semer la police que j’avais à mes trousses. —   Où habitent tes parents ? demanda le policier. —   Dans cette ville, répondit-il. Ma mère est veuve et travaille comme femme de ménage chez des gens Nantis. Mon père est décédé quand j’étais tout petit. Je n’ai ni frères ni sœurs et je me débrouille tout seul pour vivre loin d’elle. —   Tu veux insinuer que tu ne vis pas avec elle, demanda le policier. —   Absolument ! répondit-il. —   Et à quel genre de travail tu t’intéresses par exemple ? demanda le policier. —   Cela n’avait aucune importance pour moi, répondit-il étant donné que je ne suis pas sélectif dans mes choix faute de formation et de qualification. Mes compétences sont assez considérables dans certains domaines où se déroulent mes activités. —   Tu ne réponds pas pertinemment à mes questions. Cela veut dire que tu  me fais perdre patience. Alors ne fais pas le petit madré et parle sans détours. —   Que voulez vous savoir, monsieur, l’agent ? demanda-il. —   Je veux savoir dans quel genre de travail tu t’impliques, insista le policier. —   Je suis un chômeur de luxe et rien de plus, répliqua le mis-en cause. —   Cesse de te moquer de moi, bon sang, et sois clair et net, cria le policier. —   Je ne sais pas comment te répondre pour me libérer de cette avalanche de questions que vous me posez et qui n’ont aucun rapport avec l’amour que je voue à Najat. —   Je m’en balance de ton amour, espèce de crétin. Toutes les paroles mensongères auxquelles tu ne fais pas attention, seront retenues contre toi et tu en payeras le prix fort. —   Mes paroles sont justes et je préfère la vérité aux mensonges, dit le mis en cause. —   Puisque c’est le cas, alors dis-moi une chose, demanda le policier. —   Laquelle ? demanda-t-il —   Tu travailles pour qui ? demanda le policier. —   Pour personne, répondit-il. —   Ce n’est pas ce que je veux que tu me répondes, cria le policier. Tu travailles pour qui ? Avoue-le ! —   Je travaille pour moi. C’est le seul moyen qui me permette de vivre comme tout un chacun, répondit-il. —   Tu fais quoi au juste ? Tu n’es pas par hasard un trafiquant de drogue ? demanda le policier. —   Non, vous vous trompez lourdement sur mon compte. Je suis plutôt employé comme passeur, répondit-il. —   Passeur de quoi ? demanda le policier. —   D’hommes ! marmonna-t-il. —   C'est-à-dire ? demanda le policier. —   Je m’emploie à faire traverser la frontière aux candidats à l’émigration clandestine. —   Et tu trouves que c’est légal ? demanda le policier. —   Je n’en sais rien. Mais c’est grâce à ce travail que mon avenir est plus ou moins garanti. Sur le marché de travail, les débouchés professionnels sont rares et encore moins, ils ne sont pas accessibles sans diplômes et, moi qui fait partie de ces malchanceux à qui la vie n’a pas souri, je n’ai pas pu  poursuivre mes études pour en avoir un à tout le moins. —   Je n’admets pas tes excuses à la con, tu peux les garder pour toi. Aux yeux de la loi, tu n’es qu’un hors la loi. Ce que tu fais est carrément illicite. Et qu’a tu l’intention de faire avec Najat ? —   Je comptais émigrer avec elle à l’étranger pour nous marier nous y établir, répondit-il. —   Et cette femme était-elle au courant de tes manigances ? demanda le policier. —   Non, elle n’en pas idée. Mais, j’aurais lui proposé mon idée si j’avais réussi à la libérer des mains de la justice. —   Désolé pour toi, ironisa le policier. —   Dis-moi, est ce que tu as des antécédents judiciaires ? demanda le policier pour clore cet interrogatoire. —   Je peux dire que mon casier judiciaire n’est pas vierge à cause de quelques incartades qui m’ont coûté quelques mois d’emprisonnement. —   Tu n’es pas par hasard derrière l’agression physique dont un certain Allal a fait l’objet dans sa cellule de prisonnier, dit le policier. —   Vous voulez dire Allal le jardinier ? demanda le mis en cause. —   C’est ça, confirma le policier. —   Ce n’est pas moi qui l’ai agressé, déclara-t-il. —   On sait que ce n’est pas toi, mais c’est sans doute certains de tes acolytes qui l’ont passé à tabac. —   Je ne suis pas responsable de la sécurité des prisonniers, dit-il. Si ces choses arrivent c’est qu’il y a à coup sûr quelques défaillances au sein du système carcéral. —   Tu n’es pas habilité à entrer dans des considérations qui te dépassent, riposta le policier contre ces paroles qu’il jugea diffamatoires et déplacées. —   Je ne juge personne, dit-il, je ne fais que répondre aux questions que vous me posez. Je ne vois aucun intérêt personnel à dénigrer de telle institution. —   Je reviens à te poser la question de savoir au juste la relation qui te lie aux agresseurs d’Allal le jardinier, dit le policier. Et même si tu mens, les faits restent avérés. —   Puisque vous me traitez déjà de menteur, je pense que ma réponse ne vous sera d’aucune utilité et le mieux pour vous est  d’enquêter plus encore  sur le genre de relation qui vous semble exister entre moi et ceux que vous appelez mes acolytes. —   Nous sommes d’ores et déjà en possession de la réponse qui dit que c’est par pure vengeance qu’Allal a été agressé presque à mort, dit le policier. —   Je n’ai pas compris, monsieur l’agent. —   Tu n’as pas besoin de comprendre puisque tu es omniscient dans cette affaire, répliqua le policier. —   Je n’en sais rien à ce propos, marmonna le mis en cause. —   Et moi, dit le policier, je sais tout sur toi et quoi que tu dises pour le nier, tu n’arriveras jamais à me convaincre du contraire parce que je sais par tes acolytes qu’Allal a été tabassé presque à mort tout simplement parce qu’il a agressé ta mère qui travaille comme femme de ménage à la maison de Driss le cafetier. —   Cette femme est bel et bien ma mère. Elle s’appelle Radia. Allal l’a agressée à coups de couteau au moment où elle l’avait surpris en train de faire l’amour avec la fille de Driss avec laquelle il s’est marié en sortant de prison. —   Donc tu connais toute l’histoire, dit le policier. —   Oui, je connais tout et je me suis vengé pour ma mère et quiconque dans ma situation fera la même chose, avoua-t-il. —   Tout est clair maintenant, dit le policier. Mais je veux savoir par quel moyen tu transmettais tes messages à Najat au sein de sa cellule. —   De quels messages ? demanda le mis en cause. —   Je veux dire par quel canal vous vous communiquez puisque par précaution de ne pas être attrapé par la police,  tu ne t’es jamais rendu à la prison, ne serait-ce que pour la revoir et parler avec elle de son évasion. —   Je confiais cette mission à certains de mes amis qui n’avaient jamais de problème avec la justice.   —   Quel genre d’amis peut avoir un fugitif comme toi ? demanda le policier, si ce n’est que des criminels invétérés. —   Si vous le dites sans la moindre preuve qui vaille, vos jugements ne sont qu’ignominieux. —   Les preuves, j’en ai assez, dit le policier. On suspecte déjà la gardienne qui prenait soin de Najat moyennant de quoi se permettre le luxe de passer deux ou trois nuitées à un hôtel trois étoiles et s’acheter du parfum et de belles robes. On est sur le point de clore notre enquêtes sur ses mauvais agissements et de l’arrêter pour de bon.   —   Je ne connais aucune gardienne de ce genre, dit le mis en cause. Les mois dont j’ai écopé me servent amplement de leçon et je ne cherche pas à me créer plus de problèmes et avoir par voie de conséquence des démêlés dans ce milieu carcéral et encore moins à entretenir des relations suspectes avec de telle gardienne. —   Cela m’étonnerait que ça soit vrai ce que tu avances, dit le policier. Je crois que ça suffit pour aujourd’hui. Tu peux te retirer. Gardien emmène le et fais attention à lui, cria un des responsables.                                 CHAPITRE XXXI                Le prisonnier, connu sous le nom du fils de Radia, la femme de ménage, était enfermé dans sa cellule avec deux autres criminels en attendant le jour de son procès. Sa mère, qui l’adorait beaucoup, malgré son comportement aberrant, lui rendit visite pour lui apporter à manger un des repas préférés et discuter avec lui de sa situation. —   Le fils de Radia ! cria le gardien, tu as de la visite. Lève-toi ! Dès qu’elle le voit, Radia pleura à chaudes larmes et lui dit : —   Je croyais que tu es mort et enterré, mon fils. Pourquoi cette rupture ? Tu n’as jamais pris la peine de te rappeler que tu as une mère qui a besoin de ta présence et de ton soutien moral ? Dans quel problème tu t’es empêtré cette fois-ci ? —   Ne me pose pas ce genre de questions, dit-il. Je ne suis pas d’humeur à y répondre. —   Je suis ta mère et j’ai le droit de savoir quand même le motif de ta détention. —   Savoir ou pas, tu n’y peux rien pour me faire sortir de là, dit-il. Trouve-moi un avocat qui prendra ma défense plutôt que de me faire des reproches et des sermons inutiles. Je n’ai pas la tête à ça. —   Je vais mettre des mains et des pieds pour te faire sortir si c’est possible sous caution. —   Et comment tu vas faire s’il s’agit d’une grande somme d’argent ? demanda-t-il. —   Ne t’en fais pas ! Je vais me débrouiller, dit-elle. —   Je sais que tu n’as rien à vendre pour ramasser tout l’argent qu’il faudra, dit-il. —   Je m’adresserai à des personnes bienveillantes et généreuses qui m’aiment et m’apprécient, dit-elle. —   C’est vrai ? demanda-t-il. —   Oui, mon fils. Lors de l’opération chirurgicale que j’ai subie à l’hôpital, elles m’ont assistée moralement et pécuniairement. —   De quelle opération tu parles ? demanda-t-il. —   Tu n’es pas au courant que le jardinier de mes employeurs, m’a agressée à coups de couteau ? —   Si, dit-il. Je le savais. Et c’est pourquoi on l’a passé à tabac au sein de sa cellule. —   Il a regretté son acte et en sortant de prison, il est venu me demander le pardon. —   Et tu as accepté ses excuses ? demanda-t-il. —   Oui ! marmonna-t-elle. —   Pourquoi alors ? Parce qu’il t’a fait les yeux doux ? demanda-t-il. —   Parce que c’est le beau fils de mes employeurs. Il est le mari de leur fille. Et ce sont ces gens sur qui je table pour obtenir gain de cause de ton élargissement. —   Je comprends ta situation, chère mère. Excuse-moi de t’avoir laissée seule. Tu connais autant que moi le genre de vie que je mène. Le contretemps m’empêche d’être à tes côtés au moment où tu as besoin de mon soutien. Je m’en veux beaucoup à notre pauvreté. —   Détrompe-toi, mon fils, la pauvreté n’a jamais été une fatalité. Ne rejette pas tes fautes sur elle. Tu aurais dû suivre le chemin de la droiture et du salut. —   J’ai essayé cette voie, mais je n’ai pas pu m’y accroché parce que je ne suis pas doué en la matière, dit-il. —   Quoi que tu dises, tu as tort sur toute la ligne, reprocha sa mère. —   Je sais que je me suis trompé d’objectif et toutes les erreurs que j’ai commises s’avèrent lourdement  payantes. Si jamais on me libère, je resterai tout près de toi. —   Si c’est le cas, je m’arrangerai à te trouver du travail. Driss le cafetier pourrait nous aider. —   Ok, j’accepte ta proposition et je te promets que je changerai d’attitude et me marier pour faire des enfants. —   Tu me surprends, mon fils. Je suis très émue d’entendre ces paroles de sage. —   Ne sois pas ainsi, je te fais part de mes confidences de prisonnier qui s’est éveillé finalement de sa flemme. —   Le jour où tu te marieras, je serai la femme la plus joyeuse au monde. Compte sur moi pour trouver ensemble la femme qu’il te faut. —   Fais-moi ta bénédiction ! —   Tu l’as mon fils et bientôt tu seras libre, dit sa mère. —   La visite est terminée, lança le gardien. Votre temps vient de se terminer, veuillez  vous en aller sortir, madame. —   Ok, merci de m’avoir accordée le temps nécessaire.                           CHAPITRE XXXII                   Le fils de Radia, quelque peu dévasté, fut ramené dans sa cellule. En s’assoyant à même le sol, il se confina dans un coin, le dos contre le mur, les jambes allongées, les mains jointes sur la nuque, la tête carrément inclinée en arrière, le regard noir dirigé vers le plafond, les yeux grands ouverts fixant pensivement une toile d’araignée où quelque mouche, prise au piège par imprudence se débattait pour l’échapper belle, lui faisait penser en l’occurrence à sa situation de malfaiteur récidiviste. Il paraissait plus dépité et soucieux que jamais. Face à ce destin que  la vie lui a réservé, il se flagellait et s’alarmait sur son malheureux sort d’aller moisir probablement entre les murs hideux de la prison. Il se rendait compte que le retrait de la liberté sous toutes ses formes équivaut à coup sûr à la perte de la saveur de la vie. Il imaginait le déroulement  de l’audience et plaidait tout au début coupable de tous les faits reprochés. Il souhaitait avoir la possibilité de se confesser et exprimer la repentance de ses fautes avant même d’entendre le juge prononcer le verdict de son procès. Il sentait le besoin de s’incliner autant de fois devant Dieu et de jurer aux pieds de sa mère de cesser toute pratique extravagante d’activités à caractère illicite et condamnable. Son camarade de cellule qui s’aperçut de sa préoccupation insolite, le retira à l’emporte pièce de ses pensées : —   Qu’est ce qui ne va pas, mon pote ? Je te trouve un peu bizarre. —   Oui, tu as raison de le constater, répondit-il, l’air triste. —   Un problème ? —   Disons des problèmes ! répondit-il vaguement. —   Je ne comprends pas ta nouvelle attitude, dit le camarade de cellule. —   Nos attitudes changent selon les circonstances et les individus qu’il nous est donné de rencontrer, expliqua-t-il. La présence de ma mère, qui vient de me voir toute à l’heure, m’a beaucoup marqué et je regrette amèrement de m’être éloigné d’elle pendant tout ce temps pour la laisser souffrir de mon absence inexcusable. —   Et cette façon de faire te tracasse depuis si longtemps ? demanda le camarade de cellule. —   Non, répondit-il, je n’ai jamais pensé que l’éloignement et le manque de contact avec ma mère pourraient un jour donner lieu à une sorte  de rupture tacite de liens familiaux qui auraient dû rester souverains et indéfectibles quelques soient les motifs de séparation qui la provoque. —   J’apprécie beaucoup ta prise de conscience et je fais mien ton raisonnement, dit le camarade de cellule. Ce cas de figure ressemble en plusieurs points au mien et, moi aussi, je regrette amèrement tous les actes de voie de fait que j’ai commis contre l’intégrité physique des femmes et surtout celles qui étaient réduites à la mendicité ou à la prostitution. J’ai un dossier lourd et je ne crois pas que je vais sortir de prison sans écoper de la moindre peine. Je ne doute pas un instant  que je suis tombé dans le pétrin et que je passerai le clair de mes jours enfermé dans cet endroit que je peux qualifier de macabre parce qu’il  sent la mort lente et progressive de tous les sentiments de vivacité et de bien-être. —   Je ressens la même chose que toi, ajouta le fils de Radia. Mais je crois que mon cas est gravissime et ça ne sera pas facile pour mes avocats de pouvoir me faire sortir sous caution. Ma mère m’a promis de faire en sorte que je sois libéré dans les plus brefs délais. —   Il n’y a pas lieu de compter sur les promesses faites par ta mère pour s’échapper facilement des mains de la justice, dit le camarade de cellule. La loi en tant que telle doit être intransigeante à l’encontre de tout genre de délit, d’infraction et de crime. —   Ma mère n’est qu’une femme de ménage qui travaille depuis longtemps chez un cafetier qui l’a toujours aidée et soutenue pécuniairement. Il pourrait nous payer les honoraires de l’avocat qui prendra en charge ma  défense et demander à sa fille, avocate elle aussi, de m’assister. —   Mais, dis-moi, demanda le camarade de cellule, qu’as tu fait de mal  pour qu’on t’arrête ? —   Ce que j’ai fait est absolument grave, répondit-il. —   Comme quoi per exemple ? demanda le camarade de cellule. —   J’ai pris l’initiative malheureuse de lancer une attaque contre un véhicule transportant des prisonniers le jour de leur procès, avoua le fils de Radia. —   Pourquoi ? demanda le camarade de cellule. —   Pour libérer une femme que j’aime et l’aider à s’enfuir à l’étranger, dit-il. Mais ce qui aggrave encore ma situation, ce sont  les armes à feux utilisées. Même si je me creuse les méninges pour trouver une solution qui pourra me servir à tout le moins comme un palliatif, je n’en trouverai aucune d’efficace et je ne diffère d’aucune façon, aux yeux du droit juridique, d’un véritable criminel et d’un hors la loi. —   Tu aurais dû temporiser et réfléchir sur les conséquences avant d’entreprendre quoi que ce soit, reprocha le camarade de cellule. A ta place, je me serai empêché de commettre de tel acte gravissime. —   Tu as raison, dit-il, je me suis mal comporté et en agissant de façon  impulsive, me voilà maintenant en train de payer le prix fort de mes bêtises de délinquant immature et d’un esprit étriqué. —   L’amour de cette femme, même s’il est fou, ne te confère pas le droit d’enfreindre la loi en agissant aveuglément, expliqua le camarade de cellule. —   Figure-toi, mon pote, que c’est un amour sans nom ! Et combien le cœur l’emporte sur la raison ! —   Quoi que tu dises, tu te trompes lourdement, dit le camarade de cellule. —   C’est exactement parce que je me trompe que je n’ouvre pas droit au bénéfice de doute, déclara le fils de Radia. —  Ton cas est condamnable d’office et ça ne mérite en aucun cas des circonstances atténuantes, dit le camarade de cellule.  Même les avocats qui prennent ta défense seront trop embarrassés pour présenter une plaidoirie bien argumentée. Toutes les preuves irréfutables à l’appui seront contre toi et même le diable ne sera de ton côté pour admettre la fusillade que tu as provoquée. Je ne crois pas ton histoire de libération sous caution. Un crime de ce cette envergure n’est pas exempt de châtiment. Prépare-toi pour le pire et mets-toi à prendre ton mal en patience. Tu vas écoper d’une peine lourde et les antécédents judiciaires que tu as aggraveront encore ta situation. —   En parlant ainsi, tu es en train de me faire un procès sévère, dit le fils de Radia. —   C’est la vérité ! Ne te flatte-pas en fondant tes attentes d’être acquitté sur de mauvais espoirs, dit le camarade de cellule. —   L’amour m’a vraiment aveuglé. Je n’ai pas supporté le fait d’être séparée de ma dulcinée, marmonna le fils de Radia. —   Quand est ce que tu vas finir de répéter la même rengaine ? Tu as tendance à tout rabâcher, dit le camarade de cellule. —   C’est mon point faible, mon pote, et je ne peux me méprendre facilement de ce tic de citer le nom de Najat à chaque fois qu’il s’agit de parler d’amour. Cette femme m’a fait perdre tous mes moyens et je n’avais pas le courage nécessaire de me détourner d’elle. Cet amour est manifeste, crois-moi et notre histoire n’est pas comme tu pourrais l’imaginer. Elle est autrement que tu le penses. En somme, elle ne se limite pas à une passade. J’ai beau essayer de l’oublier, je n’ai pas pu réussir. Le cœur a ses raisons que la raison ignore. —   Il est manifeste, je suis d’accord, mais trop payant pour toi. Les jours que tu passeras en prison seront une pure perte et le temps perdu ne sera jamais rattrapé, contrairement à ce qu’on avance dans nos jargons quotidiens. —   En prenant au sérieux tout le discours que tu me fais, dit le fils de Radia, je comprends bien qu’à présent toute ma vie est pratiquement perdue et que tout en  étant au creux de la vague, je me sens plongé sans retour au fond du gouffre de telle manière que rien ne me garantira la sortie de ces profondeurs si sombres et ténébreuses. —   Même en te parlant ainsi, mon pote, je ne vise pas à dramatiser ta situation, loin s’en faut. Le but de cette discussion n’est qu’un récapitulatif et une allusion à des cas précédents similaires au tien, relatifs à certains de mes amis qui ont usé d’une arme à feu contre des gens innocents et qui ont écopé de plusieurs années de prison. Leur emprisonnement, qui perdure encore, m’a fait penser au jour triste où  le verdict de leur procès a été prononcé devant le tribunal. Excuse-moi d’avoir évoqué ce passé douloureux et de te dire avec toute franchise que ta prétendue défense va devenir cauchemardesque. —   J’ai le droit de bénéficier quand même de cette défense même s’il te parait si louche de l’admettre, cria le fils de Radia qui se sent importuné par les dires de son camarde de cellule. —   Personne ne pourra t’enlever ce droit, soyons en sûr. La question ne réside pas dans le fait d’avoir une défense à son appui. Cela ne suffira pas à faire disparaître à coups de baguette magique toutes les charges lourdes qui pèsent sur toi. —   Tu veux me dire que je suis coincé ? demanda le fils de Radia, la gorge serrée. —   Plus que ça, répondit le camarade de cellule. Avec la loi, on ne badine pas. Tu n’as nullement d’argumentaire pour réfuter  les chefs d’accusation retenus contre toi et de plaider non coupable. Tu es pris en flagrant délit et je ne pense pas que tu auras droit à être libéré sous caution. —   Cesse de me faire peur avec tes supposées jugements à dormir debout, dit le fils de Radia. Tes raisonnements de pseudo connaisseur m’indisposent et  me donnent  du fils à retordre. —   Mes raisonnements sont autrement que ce que tu penses, dit le camarade de cellule. Tu vas finir par y croire le jour où ton jugement sera prononcé. Je crois que j’en ai assez dit, mon pote et le mieux pour nous deux et de changer de sujet. —   Je suis au bout du rouleau et trop éprouvé pour continuer à parler. J’ai besoin de repos à cette heure-ci. —   Mets-toi à ton aise, mon pote. Tu n’es pas obligé d’écouter ces  paroles inhabituelles. Je n’aurais pas dû te choquer tout en étant si franc avec toi. —   L’enquête de police m’a d’ores et déjà donné une idée sur la gravité sévèrement condamnable de mes actions de criminel et toi, mon pote, tu n’as pas  fait attention de  remuer le couteau dans la plaie. —   J’en suis conscient au final, dit le camarade de cellule. Pardonne-moi de t’avoir malmené par toutes ces paroles inopportunes. Cela ne se répète plus, je te le promets. Je prie pour toi afin que tu aies un peu plus de patience et de résilience pour affronter ce qui est à venir. —   Je trouve que tu as bizarrement une longueur d’avance sur mes deux avocats réunis, maugréa le fils de Radia qui en a assez d’entendre parler son pote. —   Tu dis quoi ? dit le camarade de cellule, je n’arrive pas à saisir ce que tu dis parce que tu commences à parler dans ta barbe. C’est apparemment le signe précurseur du stress. —   Peut-être ! Et c’est une raison de plus de me laisser reposer, j’en ai besoin, dit le fils de Radia. —   Ok, mon pote !                             CHAPITRE XXXIII                Najat qui sentait le vide autour d’elle, s’inquiétait du retard indu de ses règles menstruelles. Elle commença à se faire à l’idée que ce n’était pas normal et qu’il peut-être anguille sous roche. Ces doutes l’ont amenée jusqu’au cabinet d’un gynécologue qui lui annonça après examen qu’elle est bel et bien enceinte : —  Tu es venue seule, madame ? —   Oui, pourquoi ? demanda Najat, l’air inquiet. Qu’y a-t-il Docteur ? Un problème ? —   Non, aucun, répondit-il. —   Et pourquoi vous voulez que mon mari soit avec moi ? —   Pour lui annoncer la nouvelle ? —   Je n’ai pas compris, dit Najat en feignant de ne pas être en mesure de deviner  où le médecin veut en venir exactement. —   Tu es enceinte, dit-il, et tout va bien chez toi. Félicitations ! —   Enceinte ? —   Oui, enceinte ! Tu as encore des doutes ? demanda-t-il. —  Je me suis fait piégé derechef, marmonna-t-elle. —   Tu n’as pas pris tes précautions, c’est tout, dit le médecin et ça arrive souvent à plusieurs femmes. Mais, je pense que ton mari sera content quand tu lui auras appris la nouvelle. —   Il sera super content ! dit-elle, d’un ton ironique. —   Je ne le crois pas, Docteur. Parce que je ne suis pas mariée et ce bébé ne sera que le fruit d’une relation amoureuse extra conjugale qui me lit fortement à un homme dont je me suis entichée. —   Cet enfant  pourra être la raison de votre mariage, dit le Docteur. —   Comment puis-je, Docteur, lui annoncer ma grossesse à un moment pareil ? demanda-t-elle. —   Tu as peur de lui annoncer la nouvelle ? demanda le Docteur. —   C’est un mélange de peur et de regrets, dit-elle. Je n’avais pas l’intention d’avoir un second enfant. Cela n’entre pas en ligne de compte de mes désirs. —  Tu as déjà un enfant ? demanda le Docteur. —   Oui ! C’est une fille issue d’une relation hors mariage avec un collègue. C’est une longue histoire et je n’ai pas envie de vous en parler en détail. C’est ma première grande erreur. —   Je ne t’oblige à rien. Je respecte tes intimités. Je crois que le temps de la consultation est d’ores et déjà fini. Tu peux t’en aller. Je suis à votre disposition pour tes prochains examens. —   Merci Docteur ! excusez-moi de vous avoir pris plus de temps.   Après avoir payé les honoraires de la consultation à l’infirmière en charge du service, Najat quitta illico le cabinet du gynécologue.  La nouvelle de cette grossesse inattendue l’a complètement bouleversée. En faisant le récapitulatif de ses moments de plaisir avec son cher amant, elle s’est rendu compte que le responsable de ce prochain rejeton, qui va naître au bout de neuf mois au plus,  est bel et bien le fils de Radia. Elle héla un taxi. Le chauffeur lui proposa de s’asseoir dans le siège d’à côté pour laisser de la place vide à un client qu’il devait prendre avec sa femme. —   C’est où, demanda le chauffeur ? —   Direction de la prison municipale, s’il te plaît, dit-elle, d’un air stressé. —   Tu travailles là bas ? demanda le chauffeur d’un air curieux. —   Ah non ! Je n’ai jamais rêvé de travailler dans ce genre d’endroit hideux qui sent le moisi. —   Tu fais quoi dans la vie ? demanda-t-il. —   J’exerce une fonction libérale, répond-elle vaguement. —   Comme quoi ? insista-t-il. —   Comme monsieur tout le monde, dit-elle, et d’ailleurs ce n’est pas important. Je ne suis pas censée dire à tout un chacun qui je suis et ce que je fais. C’est stupide ! —   Comme tu veux ! lança-t-il. Chacun est libre de se réserver le droit de garder le silence sur son jardin secret. —   De quel jardin tu parles ? demanda-t-elle. Le chauffeur qui s’est rappelé avoir vu Najat  quand elle travaillait comme barmaid, fait semblant de ne pas la reconnaître en lui répondant : —   Je veux dire par jardin secret les intimités. —   Je te comprends à demi-mot ! dit Najat. Vous, les chauffeurs de taxi, vous voulez savoir tout sur vos clients et à vrai dire, c’est embarrassant de votre part. Je peux savoir pour qui vous essayez de dénicher de telles informations ? —   Pour personne ! répondit-il. —   Je n’en crois pas mes oreilles, dit Najat. A chaque fois qu’un client monte dans votre taxi, vous le mitraillez de questions comme s’il s’agit d’un interrogatoire policier  pratiqué de façon détournée.      —Je ne suis qu’un chauffeur de taxi qui passe au quotidien ses journées à offrir son service payant à des citoyens non motorisés. —  Si tu veux me qualifier d’informateur, tu fais erreur. Je ne le suis pas, dit le chauffeur. Je suis un peux curieux d’en savoir sur les personnes qui me paraissent digne d’intérêt. Je voudrais dire ceux qui méritent qu’on les approche pour en faire des amis. —   Je te remercie beaucoup de l’intérêt que tu as bien voulu me porter. Mais 
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