Suite chapitre XXVIII

5000 Mots
 des mortels, la tutelle de cette  fille revient à moi de droit. —   Quoi que tu dises, chère mère, aucune règle à ce que je sache ne  te donne le droit de priver une mère ou un père de leur progéniture dont ils étaient séparés pour une raison ou pour une autre. Si tu continues à soupeser le pour et le contre à ta manière, tu n’en sortiras pas victorieuse et tu risqueras de  t’enfermer dans un cercle vicieux, en gaspillant inutilement  ton temps et ton énergie. —   En me parlant sur ce ton, tu me fais peur, mon fils. Ta façon de voir les choses me stresse et me donnes du fils à retordre. Cesse de filer le mauvais coton, je t’en conjure. Si tu es là à mes côtés, cela doit vouloir dire que tu te rallies à ma cause. C’est ce n’est pas le cas, ta présence ne feras que compliquer mon litige avec cette mauvaise mère, qui ment sur toute la ligne. Je n’étais qu’une crève la faim et je me  suis dédoublée pour faire la manche, fouiller dans les poubelles  et courir à  la recherche des rebuts, me débrouiller pour acheter du lait en poudre à ce bébé, lui repriser des layettes et confectionner ses couches… —   Et après ? coupa Allal en criant fort. —   Tu ne veux rien comprendre, mon fils. Tu crois comme toujours que je suis en train de te balancer toutes mes horreurs à la figure. —   Ne me fais pas penser ce que je n’ai jamais pensé. Ce que tu débites n’est que le fruit de ton imagination et de ton esprit étriqué qui n’a pas évolué pas même d’un iota. Tu es ma mère et cela fait un bail que j’ai compris que tu pousses jusqu’au  fétichisme l’attachement et l’amour aussitôt que tu poses les yeux sur un objet de quelque valeur que ce soit et tout particulièrement sur un bébé-fille que tu as souhaité enfanter du vivant de feu mon père. —   Ton père que Dieu ait son âme dans Sa Sainte Miséricorde, était fou furieux contre moi parce qu’il voulait avoir une fille. —   Et tu ne t’es jamais accouchée d’une fille ? demanda Allal. —   Si ! Il m’est arrivé de donner naissance avant terme à une fille qui a fini par succomber à la mort, dès ses premiers mois, à cause d’une maladie incurable dont je neveux pas citer le nom. Depuis ce temps, je suis devenue apparemment stérile et par manque d’argent, je n’avais pas la possibilité de consulter un gynécologue qui pourrait m’éclairer. —   Je suis désolée, petite mère, c’est maintenant que je viens de comprendre pourquoi tu souffres tant. —   Oui, en effet, tu as raison de le dire, je souffre de ne pas avoir eu la chance d’enfanter encore plus. —   Ne t’en fais pas ! chère mère, tu m’as moi. Je te jure sur la mémoire de mon père que je resterai toujours à ton entière disposition. —   Je le sais, mon fils bien aimé, je n’ai pas de doute là-dessus. Tu m’aimes autant et cet amour qui me fait grandir dans ton cœur, je le trouve tellement profond et intarissable que tu  mérites en contrepartie toute ma bénédiction. J’en suis ravie. —   Mon capital précieux en ce bas monde, c’est bel et bien ta bénédiction. Mais permets-moi, petite mère de te demander pour la dernière fois une faveur. —  Je ne me contente pas de te voir user de ce vocable dans ton langage. Etant ta mère,  je ne suis pas là que pour te distribuer  des faveurs. Tu en vaux beaucoup plus que ça et personne ne pourra t’enlever tes droits sur moi. Demande-moi ce que tu veux et je ne déclinerai en aucun cas tes désirs. —   Ce que je vais te demander a un rapport avec Najat, dit Allal. —   Lequel ? demanda-t-elle. —   Je veux que tu nous accompagnes, elle et moi, chez le directeur de l’orphelinat. —   Pourquoi faire ? demanda-t-elle. —   Pour résoudre définitivement ce problème qui nous hante tous. —   Mais dis donc, tu as oublié ou quoi ? —   Oublié quoi ? demanda Allal l’air étonné. —   Que cette femme qui te préoccupe autant est à présent hospitalisée à cause de son dernier trébuchement dans nos escaliers. —   Elle en est sortie, elle n’avait rien de grave. J’ai oublié de te le dire. La police lui avait posé quelques questions sur sa chute et elle  leur a répondu que ce n’est que le fait d’un accident survenu par mégarde. —   Cela n’a aucune importance pour moi, qu’elle sorte ou pas, je m’en balance. Ce qui compte pour moi, c’est cette fillette, qui en grandissant, elle devient de jour en jour la prunelle de mes yeux. J’ai la conviction ferme  que je mérite son amour mieux que personne. —   Personne ne t’enlèvera cet amour si cet enfant ne s’empêche en aucun cas de l’exprimer à ton endroit, lança Allal. —   Le fait qu’elle soit accueillie dans cet orphelinat, me réconforte suffisamment et je suis très satisfaite des soins dont elle est entourée parmi ses camarades. Même si je ne connais pas l’identité exacte de la personne qui l’a inscrite dans cet établissement, j’avoue que je suis reconnaissante de cet acte de bienveillance, bénévole et charitable. Je me suis même donné un mal de chien pour découvrir le responsable de son enlèvement d’entre mes bras, mais en vain. —   N’entre plus dans ces détails, dit Allal. L’essentiel, c’est que cette fille n’en manque de rien. —   Tu as raison mon fils, je la considère comme étant chanceuse et gâtée. —   Arrêtons là, petite mère, nous avons passé pas mal de temps à discuter de ce sujet. Que penses-tu si je te propose d’aller la voir demain ? —   Je ne dirai pas non, mon fils. Je ne veux voler la vedette à personne. —   C’est très bien, je suis ravi de ton consentement. —   Moi aussi, pour avoir le cœur net, je veux me décharger de ce poids plutôt que de continuer à mentir à cet enfant en lui disant, à chaque fois qu’elle me pose la question de savoir la vérité, que ses parents sont en voyage. Il est temps que j’arrête cette fausse stratégie. —   Je salue ce changement brusque, petite mère. Cette nouvelle attitude venant de ta part, ne fait, j’en suis sûr, que  profiter à la vie de  cette fille  et maintenir, peu ou prou,  au beau fixe son équilibre moral et psychologique. —   Si par devoir moral je dis à cette fille le nom de ses parents, je serai à coup sûr la meilleure mère adoptive qui gagnera de l’estime et de la considération. —   Je n’en doute pas, ma mère, dit Allal qui s’apprêta de sortir. Sois prête, je t’appellerai demain. —  D’accord, mon fils, que Dieu te garde ! Fais attention à toi ! —   Ok, petite maman, à plus !                               CHAPITRE XXIX              Le lendemain, Allal, sa mère et Najat se rencontrèrent devant le portail de l’orphelinat. Ils demandèrent à voir le responsable. Sa secrétaire les a annoncés au directeur qui lui fit signe de les faire entrer. Après le salut d’usage, il les invita à prendre place en lançant de but en blanc : —   Quel est votre problème, monsieur dames ? —   Nous sommes venus vous voir, dit Allal, pour mettre un terme à un litige qui oppose ces deux femmes depuis pas mal de temps. —   Oui, monsieur le directeur, dit Najat, j’ai un problème que je me suis crée moi-même. —   De quel genre de problème ? demanda le directeur, l’air surpris. —   C’est une longue histoire, monsieur le directeur, intervint Allal, que nous ne pouvons pas vous  raconter par le menu. —   Vous me surprenez ! lança le directeur. —   Effectivement, dit Allal, c’est une histoire si surprenante, mais le mieux serait de ne pas ressasser le passé et de nous limiter à l’essentiel. —   Dites-moi au juste l’objet de votre visite, marmonna le directeur. —   Nous sommes venus au sujet d’une fillette, interne dans votre établissement, qui ne connait à l’heure qu’il est que sa mère adoptive, qui est ma mère biologique, dit Allal, en l’indiquant du doigt. Sa vraie mère, c’est cette femme, elle s’appelle Najat. —   Oui, monsieur le directeur, avoua Najat, je suis authentiquement la mère génitrice de cet enfant que j’ai abandonnée dès les premiers jours de sa naissance. Et veuillez m’excuser si je n’arrive pas à vous expliquer le pourquoi et le comment de la chose. —   Tu l’as abandonnée où ? demanda le directeur. —   Au giron de cette femme, répondit Najat, en se tournant vers la mère d’Allal, qui l’a élevée et pris soin d’elle et je lui en suis très reconnaissante. —   C’est toi la mère adoptive ? demanda le directeur à la fouineuse et actuellement femme de ménage au sein de cet établissement. —   Absolument, c’est bien moi, bredouilla  la mère d’Allal, je vous ai déjà raconté mon histoire, monsieur le directeur. —   Ah, je vois, rappelez moi le nom de cette fille, demanda-t-il. —   Elle s’appelle Houda, se précipita de répondre Allal pour ne pas laisser Najat citer l’autre  prénom qu’elle a donné à sa fille quand elle l’a enlevée la première  fois de chez la fouineuse. —   Que fais-tu dans la vie ? demanda le directeur à Najat. —   Moi, j’exerçais dans le secteur de santé, répondit-elle. —   Comme quoi ? demanda-t-il, d’un air curieux. —   Comme infirmière diplômée d’état, répondit-elle. —   Tu connais le père de ta fille ? demanda-t-il. —   Absolument, avoua-t-elle. —   Etiez-vous mariés ? demanda-t-il. —   Pas légalement, se limita de dire. —  Tu veux dire que cet enfant est le fruit d’une relation extra conjugale. —   Disons oui, parce que je ne peux pas le cacher. —   Et que fait-il le père de votre fille ? demanda-t-il. —   C’était un collègue, il exerce toujours dans le secteur médical. —   Est-ce qu’il est au courant qu’il a une fille ? demanda le directeur. —   Oui, mais malheureusement, il s’obstine à ne pas la reconnaître. —   Et qu’as-tu fais pour l’y obliger ? demanda le directeur. —  Je compte lui intenter un procès, dit-elle. —   C’est la voie royale à ce que je pense, mais, moi, je ne suis pas là pour te conseiller d’entreprendre quoi que ce soit à son encontre. C’est une affaire plus ou moins intime qui ne concerne que vous deux. Excuse-moi d’avoir franchi les limites. —   Vous n’avez pas à vous excuser ! dit-elle, Je retiens ce genre de conseil parce qu’il va de pair avec mes intentions. —   Que voulez vous faire maintenant que vous m’avez sommairement parlé de votre situation. —   Ce que nous voulons, c’est de parler à cette fille, répondit Allal. —   Ok ! on va vous la ramener tout de suite. Sur un coup de sonnerie retentissant dans le bureau d’à côté, la secrétaire entrouvrit la porte et ne se montrant qu’à demi. Et le directeur lui lança : —  Va chercher la fillette  Houda et ne lui dit rien. —   Tout de suite, monsieur le directeur, marmonna-t-elle.                             Après quelques instants, la secrétaire rouvrit la porte du bureau du directeur, lui présenta la petite et s’en est sortie sur son injonction. —   Approche ma petite, dit le directeur. Tu connais ces trois personnes ? —   Je connais ma maman et mon frère Allal, dit la petite à mi-voix. —   Embrasses-les, veux-tu ? demanda le directeur. La petite se jeta si vite sur sa mère adoptive qui l’a couverte de bisous et passa ensuite dans les bras d’Allal qui lui demanda de faire un bisou à Najat qui éclata en sanglot et pleura à chaudes larmes en répétant : —   C’est ma faute, j’ai été stupide et dingue d’avoir commis l’impardonnable. Oh, mon Dieu, qu’est ce que j’étais bête !  La petite, si hésitante, resta bouche bée  et regarda les larmes sidérant  de sa mère jaillir sur son visage. Ne sachant à quel saint se vouer, elle demeura raide et immobile jusqu’au moment où Najat, sa vraie mère, la tira vers elle, l’embrassa fortement, la câlina, la couvrit de bisous, lui caressa les cheveux en lui murmurant dans les oreilles : —   Je suis ta mère, ma petite. Tu n’as pas idée combien j’avais envie de te voir ainsi entre mes bras. Un jour quand tu grandiras, dit-elle, silencieusement, et que tu entreras dans le monde mystérieux des adultes, tu comprendras les tenants et les aboutissants des tendances humaines, qui nous entraînent parfois au bord de l’abîme et finissent par nous faire tomber au plus profond de ce gouffre.          La petite fille, qui n’a pas encore atteint l’âge de maturité et de discernement pour réprimander et  repousser sa génitrice à cause des bêtises qu’elle a faites à son égard, savoura sans broncher tous les bisous et câlins dont elle était frustrée. Le directeur qui assista aux démonstrations d’amour et d’affection qu’une mère porte à sa progéniture, la félicita d’avoir retrouvé sa fille et la conseilla : —   Ce que tu dois faire maintenant, c’est d’aller chercher le père et exiger de lui à ce qu’il la reconnaisse comme sa fille. —   Merci, monsieur, de m’avoir facilité la tâche ; je t’en suis si reconnaissante. —   Tu n’as pas à me remercier, dit le directeur, tu en dois une à cette femme salvatrice qui était là le jour où tu as commis ton erreur. Mais, bref, n’en parlons pas. —   Je n’oublierai jamais, dit Najat, le grand amour avec lequel elle l’a élevée. Je jure devant Dieu que jamais je ne la priverai de cet enfant. Je n’en finirai pas de la considérer comme étant la mère la plus digne de ce nom. —   C’est très gentil de ta part, dit Allal, au nom de sa mère. Cette fille s’avère maintenant très chanceuse d’avoir deux mères qui vont l’entourer d’autant plus d’amour et d’affection. Désormais, elle continuera à grandir sans souffrir de quoi que ce soit. —   C’est ce que je pense moi aussi, dit Najat, et le comble pour elle, tout comme  pour nous tous, serait de voir le visage de son  père et de le connaître de plus près. —  Puisqu’il y va de notre intérêt, faisons encore, mais ensemble, une nouvelle démarche auprès de cet entêté de père. Et je veux qu’il m’entende cette fois-ci pour  assumer ses responsabilités comme il se doit. —   Ce serait une bonne idée d’aller le voir tout de suite, dit Najat.  Allal et les deux femmes se dirigèrent en direction du domicile  du père de cet enfant. Dès leur arrivée à destination, il frappa à la porte et l’épouse de la maison qui entrouvrit, tête penchée à demi vers l’extérieur, lança de but en blanc et sans user de la moindre règle de civilité : —   Qu’est ce que vous voulez ? Pourquoi vous êtes venus frapper à ma porte ? —   Excuse nous, dit Allal, ce n’est pas ce que tu crois. Nous ne sommes pas là pour vous importuner, madame. Nous ne sommes pas des gens malintentionnés. —   Ah, je vois ! Vous vous êtes débarqués chez moi pour le plaisir ? Je n’en crois pas mes yeux ni mes oreilles ! cria-t-elle. —   Avant de juger de notre attitude qui te parait bizarre et de déblatérer contre nous, veux-tu m’écouter, je t’en prie. —   Qu’as-tu alors derrière la tête ? demande-t-elle, en fixant Najat d’un regard qui ne sent que de la haine et du mépris. —   Je n’ai rien d’étrange qui puisse te surprendre, dit Allal. Tu es déjà au courant de se qui s’est passé entre ton mari et cette femme que tu as déjà vue. —   Je ne suis au courant de rien et je n’ai pas besoin d’entendre vos idioties qui ne font que m’indisposer, cria-t-il. Allez-vous- en, et n’y reviendrez pas parce que vous serez toujours éconduits. —   Nous n’allons pas quitter ce lieu avant de discuter avec votre cher époux, lança Najat, d’un air enragé. —   Mon époux n’est pas disponible et ne le sera jamais pour discuter avec toi et écouter tes jérémiades, espèce de pimbêche. —   Baisse d’un ton s’il te plaît, je t’en supplie, dit Allal. —   J’ai le droit de demander après le père de ma fille, répliqua Najat, d’un air impatient. Tu ne peux pas m’en empêcher, espère d’impolie. Tu ne sais rien d’autres qu’à m’insulter ? Tu n’es qu’une femme indécente et sans caractère. Je plains amèrement le père de ma fille de s’être uni avec toi. —   Je vaux mille fois plus que toi, dit-elle. Tu n’es qu’une g***e  et ta place  se trouve derrière les comptoirs de bars et plus encore dans las maisons closes. —   Fais attention à ce que tu vitupères contre cette femme, dit Allal. Et dis-moi où es ton époux parce que je ne veux pas que les choses se terminent en branle bas. —   A peine sorti de la douche, l’ex amant de Najat, a été surpris par les cris du scandale. Il n’a pas hésité à donner signe de vie. Dès que la mère d’Allal l’a vu, elle le reconnait sans peine et cria spontanément : —   Oh, mon Dieu ! C’est lui en cher et en os. C’est cet homme qui m’a arraché des bras mon bébé. —   Du calme maman, ne sois pas stupide. Tu risques de le tourner en ridicule, murmura Allal.    —   Non, c’est lui. Il doit payer pour ça, dit-elle, d’un air stupéfait. —   Et toi qu’est ce que tu as à voir dans cette affaire, lança l’ex amant à l’adresse d’Allal —   Eh bien, j’ai beaucoup à voir, monsieur. Je te rappelle que je suis le fils unique de cette femme qui a sauvé la vie à votre garnement le jour où il a été abandonné dans la nature. —   Ah bon ? Je ne le savais pas. Je dois la congratuler alors pour son assistance à personne en danger, dit-il. —   Vous faites des enfants et vous vous contentez de vous en débarrasser comme si vous le faites avec vos vieilles chaussettes. Vous n’avez pas un peu honte de nier leur existence. —   En quoi cela te regarde ? cria l’ex amant de Najat. Garde pour toi tes reproches, je n’ai pas besoin d’écouter tes sermons, toi aussi. Je reconnais le fait que ta mère a sauvé la vie à cette fille, mais je ne suis pas d’accord sur la manière dont elle voulait l’élever. —   De quelle manière veux-tu parler ? demanda Allal. —   Faire la manche sur le trottoir et à longueur de journée avec un bébé porté dans les bras te parait-il normal ? demanda l’ex amant de Najat. —   Absolument pas ! répondit Allal. Et d’ailleurs je m’en suis pris plusieurs fois à ma mère pour qu’elle cesse de pratiquer la mendicité. Et c’est grâce à moi qu’elle travaille aujourd’hui à l’orphelinat près de sa fille adoptive. —   Et c’est grâce à moi aussi que cette fille se trouve placée là où votre mère travaille, avoua le père de cet enfant. —   Donc c’est toi qui l’a enlevée et placée à l’orphelinat ? demanda Allal. —   Oui, c’est bien moi et ce n’est pas important que je te l’explique en détail. —   Ce que tu as fait pour cette fille mérite chapeau bas. Il te manque seulement la décence de la reconnaître comme ta vraie fille. —   Et c’est pour cette raison que nous sommes venus te voir, lança Najat. Nous n’avons aucun intérêt à nous chamailler sur ce sujet. Si votre épouse met un peu du sien, l’affaire se résoudra sans coup férir. Qu’en dis-tu ? —   Bien que mon épouse s’oppose avec véhémence à la solution qui arrange tout le monde, je vous donne mon accord de principe que je vais reconnaître cet enfant comme ma fille biologique, quitte à subir les conséquences de ne pas l’avoir déclarée dans les délais limites fixés par la loi. —   Ne t’inquiète pas, je suis là pour te soutenir dans cette démarche, dit Najat. La faute de ce laisser aller incombe à nous deux qui devrons trouver une solution à ce problème. —   Et ma mère et moi, ajouta Allal, sommes de votre côté et souhaitons vous voir réconciliés pour le bien de cette fille. Nous commettons tous des erreurs et le mieux réside dans le fait de les avouer sans avoir à se justifier.  Quand Allal, sa mère et Najat quittèrent ce quartier, l’ex amant et son épouse rentraient chez eux. En se trouvant face à face avec lui, celle-ci lui demanda des comptes à rendre : —   Dis donc, peux-tu m’expliquer ce que tu voulais dire par accord de principe. Je pense que je ne me trompe pas sur ta capitulation. —   Ne dis pas de bêtises. Il ne s’agit pas de ce que tu penses. Je dois maintenant me confesser à toi et te dire toute la vérité pour en avoir le cœur net. —   Qu’est ce que tu peux me dire de ce que je ne sais pas encore sur tes incartades de mauvais mari ? cria sa femme. —   Calme-toi un peu et ne me tiens pas rigueur de ce que je faisais avant de me marier avec toi. Cette fille est le fruit aléatoire d’une relation amoureuse extra conjugale que le commun des mortels pourra dénigrer et condamner au cas où l’un des deux conjoints s’entête de ne pas assumer ses responsabilités de père ou de mère. Mais étant donné que je ne veux  pas continuer à faire partie de ce cas de figure, les choses deviennent de plus en plus claires et nettes et prennent leur tournure normale. —   Attends, attends, je ne comprends pas ce discours de moraliste qui vient finalement de battre sa coulpe et reconnaître l’une de  ses bévues. N’essaye pas de  le jouer fine avec moi. —   Si, pour le bien de notre amour, dit-il, tu te mets à considérer que mon problème avec cette femme est également le tien et que tu me laisses le temps suffisant pour le surmonter, notre vie conjugale ne souffrira d’aucun malaise qui pourrait la dévier du bon chemin. —   Tes problèmes sont les miens, cher mari, avoua son épouse, et je ne vois aucun intérêt à le nier. Moi, aussi, je veux qu’on en finisse une fois pour toutes avec cette affaire de paternité. Tu aurais dû m’en parler le jour où nous avons accepté de nous marier. —   Je ne savais pas, dit-il, que Najat était enceinte de moi. La seule chose qui m’a donné le plus de confiance et de liberté c’est le fait d’avoir réussi à me séparer d’elle sans coup férir pour lui laisser l’opportunité de se marier avec le bancal qui s’est entiché d’elle dès le premier regard. Je ne peux te cacher que cette femme ne s’est mariée avec ce vieux décrépit qu’uniquement pour profiter de sa fortune. —   Je le vois sur son visage, confirma-t-elle. Le mariage pour elle n’est qu’une farce et rien de plus. —   Ecoute, chérie, je crois qu’il n’y a pas lieu d’évoquer maintenant son passé qui ne nous intéresse en rien qui vaille.    —   Tu as raison, dit-elle. Ce qui compte pour nous, c’est de prendre soin de nos enfants et de reléguer au second plan l’histoire de cette femme condescendante qui s’est fait piégée par elle-même. —   C’est ce que je désire, dit-il. Mais, je dois d’abord te demander de m’accorder le temps nécessaire pour que je puisse résoudre mon problème avec cette femme. —   Prends le temps qu’il te faut, dit-elle. Tu me trouveras toujours à tes côtés pour te mâcher la besogne. —   Ok, merci pour votre soutien, j’en suis ravi, dit-il. —   Ne me remercie pas, dit-elle. C’est mon devoir d’épouse qui me l’impose.                            CHAPITRE XXX             L’un des deux hommes qui ont attaqué à main armées le véhicule qui transportait Najat vers le tribunal, est mort. Il a succombé à ses graves blessures. L’autre qui restait en vie s’en est bel et bien remis et les deux agents de police en charge du dossier de cette affaire l’ont ramené au poste pour l’interroger. —   Assieds-toi, ordonna le policier, et dis-moi quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez tous les deux attaqué avec des armes à feu le véhicule qui transportait Najat, l’ex infirmière. —   Je n’ai rien à vous dire, marmonna le mis en cause. —   Comment ça ! Si tu ne veux pas collaborer, tu risques la peine de mort ou la réclusion à perpétuité, menaça le policier. —   Je n’en sais rien. Je ne peux rien vous dire là-dessus. Faites ce que vous voulez, dit-il. —  Tu vas le dire que tu le veuilles ou non, cria le policier en tapant fort sur la table. Quelle est ta relation avec Najat ? —   Je ne la connais pas, dit le mis en cause. —   Mais, elle, te connait. Dis-moi la vérité et ne la joue pas fine avec moi si tu ne veux pas te compliquer la situation. —   Si elle vous a dit qu’elle me connait, c’est son problème, répliqua le mis en cause. —   C’est le tien aussi, hurla le policier. Vous travaillez pour qui ? —   Pour personne, répondit-il sèchement. —   Cesse de mentir, bon sang ! cria le policier. Tu n’a pas honte de ton impudence ? —   Je n’ai honte de rien, dit le mis en cause, j’ai voulu seulement sauver mon amour de la brutalité et la cruauté de la justice. —  Ton amour ? s’étonna le policier en le fixant d’un regard perçant et sévère. —   Oui, cette femme est mon amour et elle compte tellement  pour moi et je la protège, s’il y a lieu,  au risque de ma vie. —   Et que comptiez-vous faire en lançant votre attaque de fous furieux, la tuer ? C’est ça l’amour ? —   Non, la tuer n’entre pas en notre ligne de compte. Je voulais seulement la libérer de vos mains et lui montrer mon acte héroïque d’un amoureux qui ne craint pas le danger de la mort quand il est question pour lui de sauver sa dulcinée. —   Je suis si content de ta franchise, dit le policier. Et tu trouves que cette façon d’agir est logique quand il s’agit de déroger à la loi ? —   A mes yeux l’amour l’emporte sur la logique même si le droit de l’exercer est en porte à faux  avec toutes les convenances sociales en vigueur. —  Ta philosophie m’intrigue, dit le policier. —   Disons plutôt mon attitude, marmonna-t-il parce que je ne connais la philosophie que de nom et partant je ne suis qu’un homme qui ne sait faire qu’une chose. —   Laquelle ? demanda le policier. —   confier tout ce qu’il a sur le cœur sans crainte ni prétexte, répondit le mis en cause. —   Tu veux dire que tu vas répondre à toutes nos questions ? demanda le policier. —   J’y réponds quand cela ne nuit pas aux autres, répondit le mis en cause. —   Cesse de jouer sur les mots, bon sang, cria le policier. Ce qu’on est en train de faire est un interrogatoire officiel qui se déroule au poste de police. Alors ne fais pas le malin et dis- moi comment tu as su la date et l’heure exactes du passage du véhicule. Auprès de qui tu as pu dénicher de tels renseignements ? —   Auprès de personne, répondit-il. —   Quels rapports entretiens-tu avec les gardiennes de prison, en particulier, celle qui s’occupait de ta « dulcinée » ? —   Je n’ai de rapports avec personne dans le milieu carcéral, répliqua-t-il. —   Je n’en crois pas mes oreilles, s’étonna le policier. —   C’est à prendre ou à laisser, moi, je ne dis que la vérité. —   Tu ne dis que ta vérité accessoire et superficielle. L’essentiel, tu le gardes dans le but de  protéger tes acolytes. —   Je n’ai pas d’acolytes, dit-il. —   Et d’où vous sortez ces armes ? demanda le policier pour coincer le mis en cause. —   Je ne peux pas répondre à cette question qui me dépasse, répondit-il à mi voix. —   Pourquoi, diable, tu ne veux pas collaborer avec la justice pour déculpabiliser. —   Parce que c’est dangereux et on peut me faire la peau même à l’intérieur de ma cellule. —   Qui donc vous a fourni ces armes à feu ? demanda l’autre policier, parle ! —   Je ne connais pas son nom, répondit-il. —   Et si l’on te montre son portrait robot, tu peux le reconnaître ? —   Non ! —   Pourquoi ? —   Parce que je l’ai jamais vu, répondit le mis en cause. —   Et comment ça se fait que vous avez ces armes entre les mains ? demanda l’autre policier. —   Ces armes, on nous les a données pendant la nuit où la visibilité était nulle et la seule lumière n’était que celle de torche de poche. Les gars qui nous amené à la cachette portaient tous des cagoules et des gants. —   Peux-tu me dire l’endroit exact où se situe cette cachette, demanda l’autre policier. —   Ce n'est pas possible, répondit le mis en cause. —   Pourquoi ? —   Parce qu’on nous a bandé les yeux et de ce fait je n’ai aucune idée sur la destination que nous avons prise pour nous rendre à cette cachette. —   Et quelle langue parlent-ils ces gars ? —   Une autre que je ne peux pas identifier. Je ne m’y connais pas en dialecte. —   Et quel a été l’objet de votre mission ? demanda le policier. —   Libérer Najat, répondit-il, et cette mission, c’est moi qui l’ai initiée et pris l’initiative de l’accomplir pour mon propre compte bien que notre objectif principal  ne soit  pas  celui de nous attaquer aux véhicules de prisonniers. —   Et pourtant tu t’es avisé de le faire, dit le policier. Pourquoi ? —   Parce que j’aime cette femme à la folie et je ne peux vivre sans elle que difficilement, répondit le mis en 
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