Suite chapitre XXVI

5000 Mots
—  marmonna Najat. Nous sommes maintenant tous les deux devant le fait accompli et il nous faudra trouver impérieusement une solution pour en finir une fois pour toutes avec cet imbroglio. —   Va la chercher toute seule et éloigne-toi de mon mari, vociféra l’épouse. Je suis à bout de patience. Une femme comme toi ne mérite jamais de porter le titre d’une maman. Tu n’es comparable à aucune mère sur terre. Tu incarnes, à toi seule, la honte et l’opprobre. —  Arrête, s’il te plait, chère épouse, dit-il. Rentre à la maison et laisse-moi gérer cette situation. J’ai déjà pris mes dispositions. Si Najat veut voir sa fille, elle n’a qu’à se rendre à l’orphelinat toute seule.  —  Comment puis-je m’y rendre toute seule pour leur annoncer que cette fille est la mienne ? Je n’ai aucune preuve pour les  convaincre du lien de sang qui m’unit à elle. —   Débrouille-toi et laisse-moi tranquille, hurla-t-il. J’ai d’autres chats à fouetter. J’ai les nerfs à fleur de peau et je ne supporte plus ta présence ici. Tu n’as aucune raison de chercher une fille que tu as jetée au rancart de bon gré et sans aucune pression. —   Ne sois pas cruellement si dur avec moi ! Toi aussi, tu as ta part de responsabilité dans tout ce qui m’arrive. Tu as profité de moi autant que tu as voulu avant de me laisser tomber. Les promesses que tu m’as faites n’étaient trompeuses et mensongères. A chaque fois que tu me prenais entre les mains tu me faisais les yeux doux et moi, la naïve que j’étais, je croyais aveuglément à tes paroles de soupirant défaillant. Je dois t’entraîner en justice pour que tu reconnaisses cette fille et de la faire bénéficier de tous les droits de paternité. —  N’en reste pas là ! Va où ça te semble bon ! Je m’en fiche royalement de tes menaces. Personne n’écoutera tes banalités de femme tarée et récidiviste. —   Tu vas voir cette femme tarée de quoi est-elle capable, cria-t-elle. Tu n’es qu’un pauvre type. Tu vas brûler en enfer pour ce que tu as fait de ma vie. J’ai été une femme sérieuse, dit-elle, d’un air éploré, intègre, philanthrope, disponible pour servir tous mes patients. Sans toi, j’aurais dû être à la place qui m’a échu. Tu n’es qu’un enfoiré et rien de plus. Attends-toi à une poursuite judiciaire. C’est fois, je vais jouer le tout pour tout sans crainte ni recul. —  Vas-y ! Va au tribunal ! et dis-leur la vérité pour que tout le monde sache de quel genre de mère tu es. C’est moi qui devrai t’attaquer en justice pour abandon d’un nouveau-né d’un amas d’ordures. Mon procès contre toi est d’ores et déjà gagné. Tu seras mise au courant dès que tu te présente devant le premier juge. Jusqu’à présent, tu n’as récolté que le malheur de ce que tu as semé avec les yeux bandés. Je n’ai jamais placé parmi mes priorités la possibilité de me marier avec toi. Cet enfant n’est que le fruit amer de ta négligence et ton manque d’attention. Si elle est là, c’est contre ma volonté. Ce n’était pas à moi de prendre la pilule contraceptive pour qu’aucune grossesse ne soit produite. Tu étais infirmière et tu savais mieux que personne ce qu’il fallait faire devant de telle situation. Tu as profité de cette opportunité pour gagner l’estime de ce vieux décrépit et te tailler la part du lion dans tous ses biens. —   Cesse de m’importuner ! Tu n’es qu’un lâche et un profiteur, gronda Najat, la gorge serrée et la mine renfrognée.                             CHAPITRE XXVII                    Son ex amant qui n’a pas pu supporter plus qu’il n’en fallait les cris  et les plaintes de son ex maîtresse, claqua la porte et rentra chez lui. Najat resta  devant la maison à proférer des injures, à tort et à travers. Jamais, elle ne lui arrivait de se sentir si désemparée. Plusieurs commères du voisinage immédiat, attirées par ce spectacle étrange, se sont approchées d’elle pour la réconforter et savoir de quoi est-il question. Prenant connaissance de son histoire, elles se sont toutes liguées contre le comportement irresponsable de cet homme qui ne mérite pas même un simple bonjour. Après l’avoir soutenue moralement, elles lui ont demandé d’aller faire le nécessaire pour que justice soit rendue. Najat qui se sentait avoir les mains liées pour entreprendre quoi que ce soit en justice, se résolut  d’aller encore une fois frapper à la porte de la fouineuse. A son  arrivée devant  le pas de la porte, elle tendit l’oreille pour savoir s’il y a présence de quelqu’un à l’intérieur de cette garçonnière qui sentait l’odeur des poubelles. Sans attendre encore, elle frappa à coups de poings successifs. Allal, venu récupérer ses clés oubliées l’autre jour, était là, il ouvrit la porte et se trouva à nez à nez avec Najat. —   Quel bon vent vous amène ! lança-t-il —  Tu connais la raison, Allal, dit elle à mi-voix. —   Dis donc en quoi puis-je vous aider ? demanda Allal. —  Veux-tu me laisser entrer s’il te plait. J’ai besoin de ton aide, avoua-t-elle. Je suis arrivée à un stade où toutes les portes ont fermées devant moi et il n’y a pas mieux que toi qui puisses me donner un coup de main. —   C’est toujours le problème de ta fille qui te hante ? —   Absolument, c’est bien de cela qu’il s’agit, répondit-elle, l’air éprouvé. —   D’où viens-tu à l’instant ? demanda Allal. —   J’ai été devant la maison de mon ex amant. Quand, j’ai demandé à le voir en privée, sa femme s’y est opposée et la situation a failli tourner au vinaigre. —   Vous vous êtes chamaillées ? demanda Allal —   On était sur le point d’en venir aux mains, répondit Najat. Mais je me suis maîtrisée en gardant la tête froide. —   Tu as bien fait de ne pas t’emporter ! dit Allal. —   Nous avons trop bavardé sans résultat. Cet homme refuse catégoriquement de reconnaître cet enfant comme sa fille. Je me sens dans l’obligation d’aller demander auprès du juge un ordre écrit stipulant sa soumission  à un test ADN. —   Je trouve que c’est maintenant la voie royale que tu vas suivre, dit Allal. Quand il aura reçu cette ordonnance, il acceptera sans broncher. Tu étais infirmière et tu es censée connaître ces procédés mieux que personne. A ta place, une autre femme aurait fait la même chose. Pourquoi tu te mets à te plaindre de  tes problèmes à cor et à cris sous les yeux de tout un chacun ? Cette façon de faire ne te rapporte pas la paix. Elle ne fait que te donner plus de fil à retordre. —   Tu as raison, Allal, je n’aurais pas dû agir contrairement à la loi et me faire justice moi-même. Suivre cette voie est intrinsèquement considéré comme étant une dérogation à l’institution judiciaire. —   Tu n’as pas intérêt à passer pour une personne contrevenante, dit Allal. Avec ton casier judiciaire actuel qui n’est pas du tout vierge, tu risques d’encourir de sévères punitions. —    Merci Allal, tu m’as bien sensibilisée contre mes faux pas. J’aurais dû penser comme toi. —   Il est temps de le faire maintenant, dit Allal. Si tu veux que je t’accompagne au siège du tribunal, je le ferai volontiers. Je connais plus ou moins les dédales de ce genre  d’édifices. —   Je te serai gré, si tu m’aurais épaulée. Plus que jamais, j’ai besoin de ta présence à mes côtés. Maintenant que je me sens toute soulagée, apporte-nous à boire pour trinquer ensemble et fumer à loisir quelques cigarettes. —   Qu’est ce que tu veux prendre ? demanda Allal. —   Je veux de la bière un peu glacée. —   Ok ! Attends-moi, je descends à l’épicerie. J’en ai pour quelques minutes. —   Prends ton temps, dit Najat en se levant de ce vieux fauteuil, mal rembourré, qui lui a engourdi les jambes.               En allumant une cigarette, elle s’appuya sur la fenêtre du petit balcon donnant sur la rue, fuma et souffla silencieusement. Quand elle posa ses yeux, balayant tout le champ visuel, sur tout ce qui anime cette circulation interminable qui frappa son regard, elle resta interloquée au moment où elle se croyait avoir vu une silhouette qui ressemblait à celle de la mère d’Allal. Elle demeura intriguée voire si stupéfaite et attendait que l’on en vienne à frapper à la porte. Comment devrai-je ? se demanda-t-elle, me comporter avec cette harpie si jamais c’est elle qui vient de sonner. Que faire alors ? Le mieux pour moi est de mettre le loquet pour ne pas laisser cette fouineuse rentrer avant qu’Allal n’arrive. Après quelques minutes, Najat entendit le bruit de la clé qu’on introduit dans la serrure. C’est peut-être elle, qui se mit à la  tourner à bloc et dans les deux sens. Elle secoua la porte plusieurs fois sans pouvoir l’ouvrir et se mit à crier :   —   Qui est là ?  Répondez ! c’est moi, bon sang ! Ouvrez cette porte, vous m’entendez ? Najat qui a changé le timbre de sa voix lui demanda d’attendre le retour d’Allal. —   Tu te payes de ma tête ? Ouvre cette porte, espèce de voleuse. Qui es-tu pour t’enfermer dans ma maison ? —   Je ne suis personne ! marmonna Najat. —   Dis-moi, qu’est ce que tu fais là ? Réponds ou j’appelle la police. —   Allal va arriver et ce n’est qu’à lui que je vais ouvrir, dit Najat en feignant ne pas reconnaître la fouineuse. —   Je peux savoir où est ce qu’il est allé ? demanda la mère d’Allal, l’air enragé. —   Il est descendu à l’épicerie pour s’acheter des cigarettes, cela fait un moment, répondit Najat. —   Et c’est lui qui t’a suggéré de mettre le loquet ? demanda la mère d’Allal. —   Non ! C’est mon initiative qui me l’a dicté, répondit Najat. Et même si tu restes plantée toute la journée, cela ne me fait ni chaud ni froid. Je ne suis pas habituée à laisser la porte ouverte quand je suis seule et encore moins l’ouvrir à une étrangère. —   Mais, je suis la mère d’Allal. —   Ce n’est pas vrai ! La mère d’Allal n’est pas là. Elle est à l’orphelinat. Elle pourrait être à l’heure qu’il est en train de faire le ménage. Toi, tu n’en as pas l’air d’être elle, en chair et en os. —   Comment pourrais-tu le savoir alors que tu n’as même pas vu mon visage ? cria la mère d’Allal. —  Tu n’as pas la même odeur qu’elle ! se moqua Najat. —   Peux-tu me dire de quelle odeur tu parles ? s’indigna-t-elle. —   Je parle de l’odeur nauséabonde des poubelles qu’elle sent à chaque fois qu’elle s’approche du nez. —   Tu n’es qu’une pauvre g***e, hypocrite et criminelle. Je te reconnais maintenant. Tu vas voir de quel bois je me chauffe. Je vais te tordre le cou. —  Tu ne peux rien faire contre moi, dit Najat, et encore moins maintenant que tu es une femme de ménage et qu’au moindre chamaille avec qui que ce soit, tu risques d’être virée et revenir par nostalgie dans le monde des poubelles. —   Et qu’en est-t-il de toi criminelle ? Tu as si vite oublié le mal que tu as fait à la famille d’Allal et la facilité avec laquelle tu t’es débarrassée de ton nouveau-né en le faisant jeter dans les amas d’ordures. J’étais  là le jour où l’une de ces deux damnées femmes que tu as payées, amenait le bébé dans les bras pour l’enterrer vif. J’étais là, espèce de minable, où l’enfant délaissé lançait des vagissements pour appeler à l’aide. J’étais là où ce terrain vague qui dégorge de rats et d’oiseaux d’ordures témoignera devant Dieu de l’avoir sauvé du danger imminent. Elle mérite aujourd’hui que je sois sa mère, celle qui avait pris soin d’elle, qui la lavait, changeait ses couches, l’habillait des layettes de rechange, l’allaitait et dormait à ses côtés… —   Maman ! lança Allal à brûle pourpoint. Que se passe-t-il ? Tu parles toute seule ? Pourquoi tu n’es pas rentrée ?  —   Comment veux-tu que je rentre ? Tu ne vois pas que la porte est fermée ? —   Mais pourquoi, bon sang ? Najat est à l’intérieur de la maison. Tu ne lui as pas demandé de t’ouvrir ? —   Ouvrir quoi ? Tu veux me rendre malade en me citant le nom de cette criminelle qui me continue à me coller au train. Peux-tu me dire ce que cette chipie fait chez moi ? —   Elle est venue te voir, petite mère ? répondit Allal en essayant de calmer sa mère. —   Pourquoi veut-elle me voir ? répliqua sa mère. Je n’ai rien qui vaille à partager avec elle. Elle doit quitter immédiatement ma maison sans quoi je serai obligée de lui faire une scène. —   Calme-toi, petite maman ! Cette a changé de comportement et n’est plus celle que tu connaisses. La prison et les mauvaises circonstances dans elle a vécu ces derniers temps l’ont redressées de fond en comble et voilà que maintenant elle ne fait pas de mal à une mouche. Sois compréhensive, s’il te plait et aies  un tant soit peu de décence pour l’aider à s’approcher de sa fille. —   C’est une folle, mon fils ! Elle ne veut pas m’ouvrir la porte. —   Peut-être qu’elle ne t’a pas reconnue, dit Allal calmement. —   Elle te l’a dit ? demanda-t-elle. —   Non, non, je suppose, répondit Allal qui ne sait quoi dire pour défendre l’attitude anormale et excentrique  de Najat.  Allal frappa à la porte et un seul coup de poing a été trop suffisant pour que Najat accoure pieds nus vers la porte. Elle  retira subrepticement le loquet et regagna les toilettes. Quand il s’est rendu compte que la porte n’est pas fermée de l’intérieur, il en  tourna le poignet et  poussa. Suivi de sa mère, il remarqua que la lumière de la salle de bain était allumée et il cria : —   Najat ! Najat ! Tu es là ? —   Oui, je suis là ! Je suis en train de retoucher mon maquillage. Veux-tu attendre à ce que je finisse. —   Mais dépêche-toi, j’ai à discuter avec toi, dit-il. —   De quoi ? demanda-t-elle en faisant la naïve. —   Sors et tu vas le savoir, lança-t-il sèchement. —   Qu’y a-t-il, cher Allal ? —  Tu te moques de nous ? hurla en répondant par une autre question. —   C’est toi espèce de morue ! Tu ne t’es pas fatiguée de me talonner. Je vais te tordre le cou, dit la mère d’Allal toute en rogne et fulminante de rage. Elle se jeta sur elle, la tira sauvagement par les cheveux et lui griffa le visage. —   Mais lâche-la, ma mère ! Ce n’est pas juste ce que tu fais. Tu uses toujours de violence pour corriger les gens ? Tu ne trouves pas d’autres moyens adéquats pour agir dans de telle situation. —   Avec cette femme, je suis au bout du rouleau et je ne peux plus. Fais-la sortir de chez moi tout de suite. Je ne la supporte plus. Je la considère comme étant mon ennemi numéro un. Le mieux est qu’elle parte pour me laisser en paix. J’en ai assez de ses histoires à dormir debout. Pour moi, cette harpie  est indésirable  et elle  n’a pas droit de cité sous mon toit. La prochaine fois, si tu veux la voir, invite-la ailleurs. Ses problèmes ne sont aucunement les miens. Si elle veut voir sa fille, elle la trouvera à l’orphelinat, là où l’on s’occupe bien d’elle. Elle  est  logée,  nourrie et habillée. Elle n’en manque de rien. Tous les jours ouvrés, je la comble d’amour et d’affection. Elle me connait bien et m’appelle maman parce que c’est à moi qu’elle doit sa vie. —  Tu me répètes toujours le même discours. Tu n’es qu’une misérable femme, vociféra Najat. Je ne reviens plus chez toi, je te le promets. Arrête donc de m’insulter plus qu’il n’en faut.  C’est ce que je veux, moi, dit la mère d’Allal. Je préfère que tu t’éloignes de ma zone. Tes choix et les miens n’iront jamais de pair. Va te chercher un travail qui puisse te donner la chance de te faire réhabiliter ou si ça te chante encore et que tu es toujours  tentée par la concupiscence, reviens à tes belles soirées  d’orgie et tiens-toi loin de cette fille que tu as abandonnée de ton plein gré. —  Tu n’as pas à me dicter ce que je dois faire et ne pas faire, répliqua Najat et encore moins tu n’es pas la personne la plus indiquée  qui puisse  rectifier mes attitudes si jamais elles sont en porte à faux avec la réalité. —   Sors de chez moi ! cria la mère d’Allal en ouvrant la porte grande ouverte.    Najat qui ne daigna pas rester une minute de plus, salua Allal et sortit précipitamment. En dégringolant les escaliers, elle trébucha et tomba à la renverse et se mit à crier : —   Au secours ! Au secours ! A l’aide ! Veuillez m’aider, s’il vous plaît ! Je suis blessée !               Alerté par les cris de détresse, Allal accourut vers Najat, il la trouva affalée en bas de l’escalier. En l’examinant, il s’est rendu compte qu’elle était grièvement blessée. Sa mère, qui restait toute ébahie en haut de l’escalier, regardait le spectacle de ce drame et ne s’est pas empêchée de se dire silencieusement  que cette femme est une damnée de la terre et que toutes les fautes qu’elle avait commises se sont avérées chèrement  payantes. Les voisins, tout paniqués, en sont venus à son secours et on s’est dépêché de la transporter aux urgences. A l’hôpital où il a exercé pendant une tranche de temps non négligeable, Najat y était admise. Secondé par un trio d’infirmières, Le médecin qui s’est chargé de son traitement, l’a si vite reconnue. Il n’a pas pu s’empêcher d’éprouver de la pitié, de la compassion et de se montrer, tout comme le personnel soignant ci- présents, si empathique à son égard. Cliniquement, son état était tellement grave qu’il a nécessité une intervention si rapide. La nouvelle de l’accident s’est vite propagée. Un voisin du palier a si vite signalé la chute de la victime. Deux éléments de la police locale ont été diligentés sur les lieux pour enquêter sur les faits. Ils ont été mis au courant que c’est à cause d’une chamaille qui a failli se terminer en branle bas que l’accident était survenu. Allal et sa mère ont été interpellés :    —  Racontez-nous ce qui s’est passé au juste, demanda l’agent en dévisage la mère et son fils. —   Il s’est passé que cette femme a glissé dans l’escalier, répondit Allal. —   Que faisait-elle chez vous ? demanda l’agent. —   Elle est venue voir ma mère, répondit Allal. —   Pour quelle raison ? demanda l’agent. —   Je n’en sais rien, répondit Allal en feignant dire la vérité. —   Et moi je sais, cria sa mère. —   Dis-nous alors, demanda l’agent. —   Je ne sais pas si vous êtes au fait du dossier de cette sainte nitouche qui a réussi à tremper son ex mari durant toute une période. —   Explique-toi, dit l’agent. —   Je ne vais pas vous répéter toute son histoire. Ce que je peux vous dire c’est qu’en revenant de mon travail, j’ai beau tourner la clef dans la serrure pour ouvrir la porte, elle était fermée de l’intérieur à l’aide du loquet. Quand je lui ai demandé à ce qu’elle m’ouvre, elle a refusé en me moquant. —   Ce que ma mère vous raconte est vrai, dit Allal. Quand Najat est venue sonner à la porte, j’étais seul à la maison et sur le point de sortir. —  Tu avais un rendez-vous avec elle ? demanda l’agent. —   Non ! Ne dites pas ça. Je suis un homme marié. Elle est venue peut-être pour autre chose. —   C’est quoi alors ? demanda l’agent. —   Elle est venue pour me tracasser avec des histoires, dit la mère d’Allal. —   Des histoires ? s’étonna l’agent. —    Oui, des histoires qui ne tiennent pas debout, dit la mère d’Allal. Elle cherche sa fille qu’elle a abandonnée, il y a presque dix ans, dans une poubelle. —   Sois claire, demanda l’agent. —   Cette femme, dit Allal, avait accouché d’une fille qu’elle a abandonnée dans les amas d’ordures, au début de ses premiers jours de naissance. —   Et c’est moi qui l’avais récupérée pour l’adopter, ajouta la mère d’Allal parce que j’étais là le jour où j’ai vu deux femmes se débarrasser à la hâte d’un paquet contenant le bébé. —   Que faisais-tu là-bas ? demanda l’agent. —   J’étais en train de chercher des rebuts, répondit-elle. —   Et cette fille où se trouve-t-elle maintenant ? demanda l’agent. —   Elle est à l’orphelinat, répondit-elle. —   Et comment ça se fait qu’elle est là ? demanda l’agent. —   Un jour, raconta-t-elle, en pleine rue, où je l’avais dans les bras, quelqu’un que je n’ai pas pu identifier me l’a arrachée pour  la placer  dans cet établissement. —  Vous connaissez le père biologique de cette fille ? demanda l’agent. —   Najat le connait plus que nous, dit Allal, elle est même Allée le chercher à son domicile pour exiger de lui la reconnaissance de cet enfant comme étant sa fille légitime. Mais puisque cette fille n’est que le fruit d’une relation extra conjugale, son ex amant a refusé de donner suite à sa revendication. Et c’est pour cette raison qu’elle s’est rendu chez nous pour solliciter notre aide. Mais ma mère, qui ne supporte pas la voir se profiler, s’est chamaillée avec elle et c’est en sortant, toute coléreuse de notre appartement, qu’elle a perdu l’équilibre et tombé dans l’escalier. —   Nous savons déjà qu’elle est tombée dans l’escalier,  mais ne crois-tu pas que quelqu’un  l’a poussée ? demanda l’agent en insinuant que ça pourrait être sa mère. —   Mais quelle est la personne qui aurait avoir intérêt à commettre de telle tragédie ? s’interrogea Allal. —  Nous ne sommes pour rien dans cet accident. Cette femme a culbuté toute seule et le d’incriminer quelqu’un dans ce qui lui arrive, serait une injustice pure et nette. Je puis vous dire que c’est une source intarissable de poisse. Elle n’incarne que le malheur, l’inquiétude et n’en finira guère de porter  préjudice aux gens, partout où elle passe, dit la mère d’Allal. —   Ok, ça suffit pour aujourd’hui, dit l’un des agents. Vous pouvez rentrer chez vous. Nous n’avons plus besoin de vous pour l’instant. Merci pour votre témoignage.                            CHAPITRE XXVIII              La fouineuse et son fils rentrèrent à la maison. Allal  avait pitié pour Najat. Il s’en voulait de l’avoir laissée partir dans un état coléreux et hystérique. Mais il se rendit à l’évidence en croyant à l’inévitable. Il se fit à l’idée que personne ne pourrait braver l’imprévisible s’il était incapable de prévoir sa survenance. Pour déstresser et se calmer les nerfs qu’il avait à fleur de peau, il se versa subrepticement trois coupes de vin qu’il a bu d’un seul trait, tira machinalement de sa poche une cigarette, l’alluma à coups de briquet, s’appuya sur la fenêtre donnant sur la rue et se mit à observer pensivement cette populace du quartier qui se profilait sous son regard dans un mouvement de va et vient interminable. Sa mère qui s’affairait dans la cuisine, se mit à soliloquer sans forcer son imagination. Sa réflexion tournait autour  de sa fille adoptée que Najat, sa mère biologique, qui s’est brûlé les ailes lorsqu’elle  l’avait  abandonnée, voulait récupérer de gré ou de force. Allal qui la rejoignit, constata qu’elle était en train de marmotter des prières au moment où elle faisait la vaisselle et lui demanda à brûle pourpoint : —  Que mijotes-tu, petite mère ?  Qu’est ce qui t’inquiète pour marmonner toute seule ? —   C’est l’avenir de ma petite fille qui m’inquiète, répondit-elle. —   En quoi cet avenir est-il inquiétant ? demanda-t-il. —En plusieurs points, répondit-elle, et l’essentiel dans tout ça… —   C’est quoi alors ? demanda-t-il, sans lui laisser le temps de terminer sa phrase. —   Cette fille que je vois presque tous les jours à l’orphelinat n’en finit pas de me mitrailler de questions, dit-elle. —   Elle veut savoir où sont ses parents biologiques et me demande pourquoi ne viennent-ils pas la voir à l’instar des parents de ses camarades. —   Et que lui réponds-tu ? demanda Allal. —   Je lui réponds qu’ils sont en voyage et quand ils seront rentrés, ils viendront la voir. —   Et comment réagit-elle à cette réponse ? demanda Allal. —   Elle ne m’en croit pas et a beaucoup de doute. Je ne sais pas comment devrais-je m’y prendre avec elle. Le pire, c’est que ses camarades se moquent d’elle en lui reprochant le fait de ne pas savoir où sont passés ses vrais parents. Le directeur est allé même jusqu’à exiger de moi l’identité exacte de ses parents, morts ou vifs. —   Et qu’as-tu fait ? demanda Allal. —   J’ai gardé le silence en tergiversant, répondit-elle. —   Ecoute-moi bien, petite maman, cette fillette a le droit de connaitre, avant qu’il ne soit trop tard, qui sont ses vrais parents. Suis mes conseils et dis lui la vérité et le jour où tu l’amèneras ici à la maison, appelle-moi pour que je sois présent. Mais, d’entrée de jeu, il faut la préparer moralement pour qu’elle ne soit pas choquée, voire traumatisée quand elle saura toute la vérité sur ses parents. Le fait de lui annoncer à brûle pourpoint de quelle union est-elle issue serait pareil à un coup de gifle qui la marquera comme au fil rouge durant toute sa vie. A mes yeux, tous les éducateurs invétérés auraient raison de convenir peut-être que nos vrais parents sont irremplaçables, quelques soient nos relations avec eux. Au moment de leur disparition, c’est toute une douleur manifeste qui nous  envahit et nous fait souffrir et ce à n’importe quel âge. —    Ce que tu viens de dire, mon garçon, est absolument clair comme l’eau de roche, et on ne doit le nier en aucun cas. Cette fillette doit connaître ses parents avant qu’ils ne soient tard. L’orphelinat ne va pas la prendre en charge durant des lustres. Il viendra un jour où elle devra rejoindre le foyer parental et moi, je ne suis pour l’instant qu’une deuxième mère dont le destin m’a chargée d’assumer ce rôle. Donc, je ne suis à vrai dire qu’une mère de remplacement qui ne porte pas le sceau d’authentification. —   Estime-toi heureuse, d’assumer ce rôle, petite maman ; J’ai la conviction que  tu seras récompensée et gratifiée au centuple pour avoir sauvé la vie d’un nourrisson jeté dans la nature, tel un joujou sans importance. Même si Najat reconnait son crime à cor et à cri, elle ne sera qu’à moitié pardonnée aux yeux des personnes mises au courant de sa forfaiture. —  Moi, je jure sur la tombe de mes parents que je ne la pardonnerai jamais quelques soient ses excuses. Je dois être lâche pour passer sous silence ce crime répréhensible et odieux. Si jamais je prends l’initiative  de  la pardonner, ma conscience s’y oppose et étouffe dans l’œuf la moindre  excuse velléitaire qui soit envisagée.  —  Tu es dure à cuire, petite mère, tu ne fais preuve d’aucune indulgence à l’égard de cette femme qui n’est pas une sainte pour ne pas commettre d’erreur. —   Dans ce cas de figure, il  ne s’agit  d’un délit qui a été commis avec préméditation. —   Laissons nos jugements de côté, suggéra Allal, et faisons preuve d’un tant soit peu d’indulgence à l’égard de cette femme qui a déjà perdu son prestige et sa réputation d’infirmière exemplaire et serviable. —  Personne n’est responsable de sa perte. C’est uniquement son excès de zèle et sa vanité qui l’ont amenée à cette situation de débauche. —   Cesse de la dénigrer, petite maman, tu as intérêt à baisser du ton. Occupe-toi de tes oignons et laisse-moi gérer la situation. —   Qu’est ce que tu vas gérer, mon fils ? Tu vas agir contre moi pour me délester de ma petite fille ? —   Cela fait des milliers de fois que je te répète que cette fillette a un père et une mère biologiques et que, toi, tu n’es qu’une mère de circonstance. Je crois qu’à ce stade où nous en sommes, il m’est devenu difficile de te faire inculquer ces choses, même en le faisant à coups de marteau. —   Ne m’importune pas mon fils, je n’ai pas la tête à tes sermons. Laisse cette femme agir toute seule et ne lui donne aucun espoir de pouvoir récupérer un jour l’enfant dont elle s’est privée volontairement de mériter. Occupe-toi de ton fils de sa mère et tiens-toi à distance de mes problèmes avec cette criminelle qui ne sera jamais soulagée, et ce durant le restant de sa vie, des remords qu’elle a sur la conscience. —   Mais, petite maman, toi et moi, nous avons convenu tout à l’heure que cet enfant mérite le droit de connaitre ses vrais parents. Je ne sais pas pourquoi tu persistes  à tourner autour du pot. —   C’est mon attachement amoureux envers elle qui m’interdit de faciliter la tâche à Najat pour s’en approcher. C’est plus fort que moi et je n’y peux rien contre ça. —   Tu n’es qu’une femme hantée par la jalousie et l’inimitié et ce sont ces deux sentiments qui entravent ta volonté de collaborer pour le bien de cette fillette. Si Najat t’attaque en justice, elle obtiendra  gain de cause sans coups férir. —   Elle ne peut pas le faire parce que moi j’ai vu les femmes qui se sont débarrassées de celle qui est maintenant ma fille. Je ne m’y connais pas en jurisprudence, mais d’après ce que je pense, tout comme le commun des 
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