— Et ce n’est pas toi qui l’a enlevée des mains de ma mère quand elle se baladait en ville ?
— Non, ce n’est pas moi, je te le jure, avoua-t-elle.
— Et comment se fait-il qu’elle soit maintenant insérée dans un orphelinat ? demanda-t-elle.
— Personne ne le sait à l’exception des responsables de cet établissement, répondit Allal.
— Et que fait ta mère maintenant ? demanda-t-elle.
— Elle travaille dans cet établissement comme femme de ménage, marmonna-t-il.
— Est-ce que je peux la voir ? demanda Najat.
— Pas de problème pour moi, mais il faudra bien que je lui demande son avis, dit-il.
— Fais-le pour moi s’il te plait parce que c’est une question de vie ou de mort, dit-elle d’un air presque éploré.
— Tiens !
— C’est quoi ? demanda-t-elle.
— C’est son adresse, répondit-il. tu peux venir la voir le jour où je t’appellerai.
— D’accord ! C’est très gentil de ta part, je t’en serai gré, dit-elle.
Après cet entretien en privé avec Allal, Najat remercia encore une fois Driss, son ex époux, de l’avoir soutenue dans de telles circonstances et demanda derechef à tous les membres de la famille de l’excuser d’avoir froissé leur amour propre en usant de faux-fuyants pour gagner l’estime de Driss qui a failli succomber dans le gouffre du malheur. Après avoir joint l’utile à l’agréable, elle se rendit chez elle et commença à envisager la possibilité de trouver un travail susceptible, à ce qu’elle imagine, de l’éloigner, une fois pour toutes, de ces lieux malfamés, qui l’ont plongée dans la débauche, depuis le jour où elle a été virée de son poste d’infirmière.
Sur un coup de fil en provenance d’Allal, Najat s’est rendit à l’adresse indiquée. Elle sonna à la porte et Allal l’ouvrit. Après le salut d’usage, il la fait installer dans un salon étriqué, équipé de trois fauteuils usagés et mal rembourrés, au milieu desquels était placée une vielle table ronde, apparemment bancale, couverte d’une nappe de plastique bon marché, zébrée d’un mélange de couleurs. Sur un des quatre murs, étaient accroché un vieux pendule dont le tic-tac, scandé au rythme immuable, était incessant et vrombissant. La mère d’Allal qui était au courant de cette visite, ne savait pas que le visiteur n’est personne d’autre que Najat. Dès qu’elle entra dans le salon, elle a été surprise de voir chez elle la mère biologique de la petite fille qu’elle appelle sa fille.
— Que viens-tu faire chez moi ? Ne me dis pas que tu vas m’enlever ma fille.
— Ne t’inquiète pas, je ne suis pas venue t’importuner, rassura Najat.
— Du calme, petite mère. Ce ne sera pas ce que tu crois. Souhaite-lui au moins la bienvenue pour ne pas faillir aux traditions.
— J’ai peur de cette femme, c’est une criminelle. Il faut qu’elle sorte de chez moi. Je ne supporte pas sa présence parmi nous, cria la fouineuse à gorge déployée.
— Tout ce que tu dis est vrai, mais fais-moi au moins pour cette fois le bénéfice du doute. Je ne suis plus celle que tu penses maintenant. Je me suis expiée de mes fautes et je viens vers toi pour quémander ton pardon. C’était une erreur indélébile que j’ai commise aveuglément.
— Comment aurai-je le courage d’excuser une femme qui fait abandonner sous mes yeux son bébé dès les premiers jours de sa naissance ? dit la mère d’Allal. Ce que tu as fait est impardonnable et mérite que tu sois brûlée sur le bûcher.
— Ne dis pas ça, s’il te plait, supplia Najat.
— Baisse le ton, petite mère ! Qui de nous n’a pas commis d’erreur ? s’indigna Allal. Cette femme est venue chez nous uniquement dans l’intention de demander après sa fille.
— Sa fille n’est pas là et si elle veut la voir, elle n’a que se rendre à l’orphelinat.
— Mais je veux que tu m’y accompagnes, ne serait-ce que pour la voir sans lui parler.
— C’est ton problème ! cria la fouineuse, laisse-moi tranquille, je n’ai pas de temps à perdre avec toi, espèce de harpie ! Va-t-en ! Veux-tu ?
— Qu’est ce que c’est que cette façon de traiter cette femme ? Tu es devenue folle ou quoi ? hurla Allal. Je ne te reconnais plus.
— Cette femme mérite d’être enterrée vive avec tous les damnés de la terre pour ce qu’elle a fait. C’est sa punition.
— Cesse de dire des bêtises sinon, je me fâche contre toi et te laisse toute seule, menaça Allal d’un ton autoritaire. Je n’ai jamais pensé que tes réactions soient annoncées avec de telle intensité.
— Je ne changerai jamais d’attitude vis-à-vis de cette criminelle. C’est mon dernier mot, répliqua sa mère toute en rogne.
— Tu dois avoir au moins l’obligeance de l’excuser pour ce qu’elle a fait par aveuglement.
— Nan…Lança-t-elle. Qu’elle aille de chez moi. Je ne suis pas d’humeur à écouter ses excuses à la con.
— Ferme ta gueule, espèce de malapprise et grossière. Il faut que tu cesses de m’insulter. Je ne supporte plus tes folies. Je ne suis pas venue pour subir tes invectives.
— Fais attention Najat ! Ne sois pas comme elle. Reprends-toi. Allons-en ! Ma mère n’est pas le genre à qui il faut se fier.
— Excuse-moi de t’avoir importuné, demanda Najat à Allal en sortant dans la rue.
— Tiens ! dit Allal, fume cette cigarette pour te calmer et reprendre tes esprits.
— Merci, dit Najat. Ta mère me parait dangereuse et ne sait pas ce que veut dire l’excuse ou le pardon.
— Tu vas où maintenant ? demanda Allal.
— Allons dans un café.
— Ok ! acquiesça Allal.
Ils s’attablèrent tous les deux dans un coin soit disant VIP et demandèrent à la serveuse de leur apporter des rafraîchissements et continuèrent leur discussion.
— Dis-moi, Allal, pourquoi ta mère est toute en rogne contre moi ?
— Je n’en sais rien, Najat. Peut-être a-t-elle vécu dans un entourage si ferme où personne n’a droit à l’erreur. Ce comportement est la résultante de son éducation et de son esprit borné qui ne sait pas ce que signifie l’excuse ou le pardon. Je n’y peux rien contre elle. C’est ma mère et je ne l’ai pas choisie. Je dois l’accepter en tant que telle.
— J’abonde dans cet avis et je ne peux en aucun cas te plaindre. En tout état de cause, elle a toujours raison de s’en prendre à moi et je ne suis pas en mesure de riposter à tous ses sermons. C’est sa parole contre la mienne.
— Ne t’en fais pas Najat, je sais que tu as un grand cœur malgré tous nos différends.
— J’espère que ces différends et cette haine soient volatilisés sous peu pour laisser la place aux valeurs de substitution que sont entre autres la bienveillance et l’empathie.
— Avec un tant soit peu de temps, tout cela va disparaître et tu pourras te réhabiliter par toi-même. Mais, je peux savoir où étais-tu pendant tout ce temps avant qu’on te mette la main dessus ?
— Ce n’est pas important, Allal. C’est du passé. Oublie-le, je t’en prie. Je ne veux plus parler de moi et de mes aventures de femme légère qui a perdu son poste à cause de son œil de convoitise. Je suis déjà marquée comme au fil rouge par les mauvais événements que j’ai vécus et que je ne peux empêcher quand ils remontent en surface, de façon intempestive.
— Je te comprends Najat, la vie nous réserve parfois des occasions imprévisibles. Personne n’est à l’abri de subir le plein fouet de la déveine. Mais pour éviter de se faire piéger par soi-même, il faut s’armer de prudence et faire profil bas au moment où les choses ne tournent pas rond et que le souffle du vent du mal s’annonce plus dangereux et handicapant.
Effectivement, je me suis fait piégée à plusieurs reprises et comme tu le vois, je suis maintenant en train de récolter ce que j’ai semé. C’est moi seule qui suis responsable de ce malheur qui me frappe et me déchire le cœur en mile morceaux. Excuse-moi d’avoir enlevé ton fils pour en faire mien et gagner par scélératesse et mensonges l’estime de mon ex époux qui s’est porté volontiers à mon secours. C’est grâce à lui qu’on m’a élargie sinon tu n’aurais pas dû me voir assise devant toi à cette table.
— Je suis très content que tu l’as échappé belle, dit Allal. Je te conseille de prendre ta vie à bras le corps et repartir du bon pied. Tu es encore jeune et tu peux te racheter en suivant le chemin du salut.
— Merci pour tes conseils. Je compte suivre le droit chemin et me déprendre de toutes les idées fantaisistes. Ce qui me préoccupe maintenant, c’est de chercher mon ex amant qui est le père biologique de ma fille pour exiger de lui de reconnaître sa fille. Au cas où il refuse, je serai obligée de lui intenter un procès.
— Et que vas-tu faire avec ma mère qui considère que cette fille lui appartienne.
— Je l’attaquerai en justice, elle aussi et ce serait mon dernier recours, avoua Najat.
— Mais, je crois que tu n’obtiennes pas gain de cause, dit Allal.
— Et pourquoi alors ? demanda Najat en croisant les bras.
— Parce que tu as commis l’erreur d’abandonner ta fille volontairement et avec préméditation, cria Allal. Je te conseille de ne pas t’aventurer de façon irréfléchie. Toutes les preuves sont contre toi et tu ne sortiras de cette affaire que perdante. Fais gaffe et suis mes conseils.
— Et comment devrai-je procéder alors ? demanda-t-elle.
— Laisse-moi un peu de temps pour régler à l’amiable ton démêlé avec ma mère. J’ai une certaine influence sur elle et je peux à la rallier à ta cause. C’est la seule solution à ton problème.
— J’ai confiance en toi, Allal. Fais ce que tu peux faire pour m’aider à m’approcher de ma fille et pouvoir la dorloter et la comble de câlins et de bisous.
— Calme-toi Najat et compte sur moi. Tu ne peux pas passer le restant de ta vie à vivre si frustrée et loin de ta fille. Je connais le tempérament de ma mère mieux que personne et je vais essayer d’adoucir son cœur afin qu’elle accepte de t’accorder l’opportunité de voir régulièrement ta fille. Ce qu’on doit faire maintenant, c’est d’aller chercher le père de ta fille, je sais où il peut se cacher. Je l’ai aperçu se balader dans la rue le jour où je me suis arrêté pour m’acheter des cigarettes auprès d’un vendeur de détail. Quand je lui ai posé la question de savoir où il réside, il m’en a parlé long.
— C’est vrai ce que tu dis ? demanda Najat.
— Absolument ! Mais ce n’est pas difficile de le retrouver. Il n’est pas comme l’aiguille dans la paille. Toute personne est identifiable et cet homme ne peut pas s’échapper à ses responsabilités de père. Il faut qu’il les assume de gré ou de force.
— Merci de ton aide inconditionnelle, j’en serai très reconnaissante. Toi, tu restes à distance de ce problème. Moi, je m’en charge. Je connais le lieu de son travail et je vais m’y rendre à pied d’œuvre pour lui mettre la pression. S’il refuse de collaborer, je n’hésiterai pas à l’attaquer en justice quitte à payer pour mes erreurs et l’entraîner avec moi et si c’est le cas, il perdra lui aussi son poste. Nous sommes tous les deux responsables de la naissance extra conjugale de cet enfant et il est temps de régler ce problème et de payer le cas échéant pour notre faute.
— Reconnaître son enfant n’est pas un péché, dit Allal. Moi aussi, j’ai vécu à peu près dans la même situation que vous, mais je me suis si vite rendu à l’évidence. Votre problème est soluble et il n’y a pas trente six solutions pour le résoudre.
— Il n’y en a qu’une seule ! C’est la reconnaissance ou la prison, dit Najat d’un air décisif et ferme.
CHAPITRE XXVI
Après avoir régler l’addition, Allal et Najat quittèrent le café. Ils se sont passé le mot de rester en contact et de suivre continûment cette affaire jusqu’au dernier stade de sa résolution. Ils se séparèrent sur un dernier bisou et chacun prit une direction différente. Najat qui n’avait pas sa voiture héla un taxi pour l’amener au dispensaire où travaillait son ex amant. Arrivé au lieu indiqué, elle demanda à voir celui qu’elle considère comme étant le père véritable de sa fille. On lui a répondu après quelques minutes que l’homme qu’elle cherchait n’était pas de service ce jour. En usant de son savoir faire, elle a pu obtenir son adresse et son numéros de téléphone auprès d’une collègue qui a travaillé à ses côtés.
— Je vois que tu as l’air un peu bouleversé Najat, que se passe-t-il ? demanda l’infirmière.
— Non, rien ! Je vais bien. Je suis un peu stressée, c’est tout, mais ça va aller.
— Pourquoi es-tu si stressée ? demanda l’infirmière. Un problème ?
— Disons oui, répondit Najat en esquissant un sourire forcé.
— De quel type ? demanda l’infirmière, d’un air étonné.
— C’est long à expliquer, je préfère garder le silence et ne rien dire à ce propos, répondit Najat.
— C’est donc un secret que tu me caches ? demanda l’infirmière.
— Disons quelque chose de ce genre… répondit Najat à bâton rompu pour ne pas entrer dans les détails.
— Dis donc, Najat, comment ça se passe là bas à l’hôpital ?
— A l’hôpital ? demanda Najat d’un air abasourdi.
— Oui, à l’hôpital, c’est ça !
— Tout va bien, rien de spécial qui mérite d’être dit, répondit Najat qui ne veut pas révéler le fait d’avoir été virée. Et dans ce dispensaire comment ça se passe ?
— Veux-tu que je te dise que ça va à merveille ?
— Tu veux dire que le service marche à la normale ? demanda Najat en cherchant à se libérer de l’infirmière qui n’en finit pas de la questionner.
— Oui, tout à fait. Notre situation n’est pas du tout inquiétante et tout le monde doit s’estimer heureux d’avoir au moins un travail pour subsister.
En écoutant cette déclaration, Najat qui avait le vertige, prit la tête et se sentit apparemment mal en point. L’infirmière, surprise de son mauvais état, lui demanda :
— Qu’est ce que tu as Najat ? Des maux de tête ?
— Non ! Non ! Ne fais pas attention à moi, ça va passer, répondit Najat qui ne veut en aucun cas divulguer ses secrets à cette commère qui n’a pas la langue dans la poche.
— A ce que je sache, tu n’avais jamais eu ce genre de mine, dit l’infirmière qui ne cesse de tourner le couteau dans la plaie sans savoir ce que ça peut coûter à Najat le fait d’entendre ce babillage à propos de sa santé et de son travail perdu. Tu me parais étrange à ce que je pense. Veux-tu me dire ce qui te tracasse ma collègue. Ne me cache rien. Je suis tout ouïe et j’espère entendre tes confidences.
— Je n’en ai aucune à te livrer pour l’instant, chère collègue, dit Najat. Ne dramatise pas les choses, je n’ai rien qui vaille à te confier. Laisse-moi partir s’il te plaît, je dois y aller. Nous avons suffisamment parlé et l’essentiel est déjà dit et je n’ai pas à rajouter une couche à ma situation qui n’a rien d’anormal comme tu viens de le dire.
— Ok, chère Najat, je ne suis pas disposée à te gêner par d’autres questions.
— Tes questions ne me gênent absolument pas. Ce qui m’importuner le plus, c’est le temps si insuffisant dont je dispose pour continuer à discuter avec toi des bels moments que nous avons passés côte à côte.
— Hélas ! le manque de temps tue parfois l’amitié et la fait dissoudre au bas fond de l’oubli, feignit d’avouer Najat.
— Laisse-moi ton numéro de téléphone ou ton adresse personnelle au cas où j’ai besoin de toi, dit l’infirmière qui n’est pas à la page pour savoir ce qui vient d’advenir à Najat.
— Mon téléphone, je viens de le perdre je ne sais où et je ne m’en suis pas encore acheté un autre. Quant à mon adresse, mon appartement est maintenant mis en vente et quand le marché sera conclu, j’en acquerrai un autre dans la périphérie où je pourrai profiter de l’air pur.
— Tu as raison, dit l’infirmière. S’éloigner des nuisances du centre ville et des quartiers populaires est le meilleur remède qu’il te faudra pour récupérer ton charme et ta forme habituelle. Mais dis-moi, je vois que tu as l’air un peu boiteux, qu’est ce qui s’est passé au juste.
— J’ai fait un accident. Une voiture conduite par un teenager a failli me tuer. Heureusement, Dieu merci, ce n’était pas si grave que tu peux le penser, avoua Najat par mensonges.
— Excuse-moi, je ne suis pas au courant que tu étais victime d’un pareil accident. Le manque de temps nous empêche de nous enquérir du devenir des collègues avec lesquels, il nous arrive de nous séparer.
Ne t’en fait pas ! Je vais bien maintenant, dit Najat d’un air impatient.
— Tu t’es mariée, je suppose ? demanda l’infirmière.
— Oui, mais maintenant, je suis divorcée, rétorqua Najat en poussant silencieusement un soupir enragé.
— Tu as fait des enfants ? demanda l’infirmière.
— J’ai une fille en bas âge, répondit-elle.
— Elle vit avec toi ? demanda l’infirmière naïvement.
— Non, elle est chez ma mère qui se charge de son éducation et moi, je la vois régulièrement.
— Mais bâtir sa vie sur le mensonge ne mène jamais à bon port, dit l’autre infirmière qui a écouté toute la conversation sans que Najat la perçoive. Cesse de raconter des bêtises, espèce d’enfoirée. Pour qui, tu prends ma collègue ? Tu as si vite oublié ce que tu as fait à l’hôpital le jour où tu as tenté de tuer ton ex époux ? Ne la crois pas, ce n’est qu’une menteuse.
En écoutant les paroles de cette infirmière qu’elle considérait toujours comme étant sa première ennemi, Najat resta bouche bée et ne sait à quel saint se vouer pour pouvoir s’éclipser avant de continuer à subir les remontrances désobligeantes de celle qui a été sa rivale.
— Attends, toi ! Pourquoi tu te permets d’insulter mon amie. Tu es folle ? demanda l’infirmière.
— Cette femme est ton amie ?
— Absolument ! répondit l’infirmière.
— Eh bien ! Pose lui la question de savoir ce qu’elle fait maintenant et d’où elle vient de sortir.
— Cesse de m’injurier, espèce d’enfoirée. Je ne savais pas qu’on t’a balancée dans ce dispensaire. Ta place doit être à l’enfer.
— Calmez vous, s’il vous plaît, ne soyez pas grossières toutes les deux. Un peu de respect ! Nous sommes devant un hôpital et entourées de gens qui ne méritent pas d’entendre vos invectives réciproques. Si vous continuez à vous chamailler comme des mégères, je m’en vais.
— Non, c’est moi qui dois y aller, dit Najat en quittant ces deux infirmières.
— Quelle sale hypocrite ! lança sa rivale. Je ne sais pas ce qu’elle est venue faire ici. Elle n’a pas froid aux yeux de s’approcher des hôpitaux. Quelle g***e !
— Mais dis donc ! Qu’est ce que tu as contre elle ?
— Toi, tu ne sais rien sur elle ! Elle te parait peut-être affable et amène.
— Que t’a-t-elle fait pour que tu t’en prennes cruellement à elle ? demanda l’infirmière.
— Cette ex infirmière a fait beaucoup de mal à des gens innocents et moi je la déteste à cause de son hypocrisie et son manque de décence.
— Aie au moins la délicatesse de la pardonner ! dit l’infirmière. Tout le monde commet des fautes. Elle n’est pas la seule sur terre qui soit fautive pour rejoindre les rangs des damnés. Ne sois pas vindicative et cruelle à son endroit.
— Ok ! je comprends. Le message est passé, marmonna la rivale en prenant congé de sa collègue.
Najat qui était mise dans un état de stress sans précédent à cause des propos désobligeants lancés à son égard par sa rivale, se dirigea directement vers le domicile de son ex amant. Chemin faisant, elle se mit à soliloquer : il faut que je le retrouve vaille que vaille pour l’obliger à reconnaître sa fille. Cette fois, il va m’écouter, ce plouc, se dit-il. J’ai fait un mauvais calcul au moment où j’ai cédé à l’aveuglement et à l’attrait de l’argent. Mon histoire est devenue un sujet à discussion. Cette infirmière effrontée qui était toujours à mes pieds dans le passé, s’est permis aujourd’hui de me tirer à boulets rouges. Bien qu’elle ne m’arrive pas à la cheville, elle se croit supérieure. Quel monde immonde ! Elle croit que je suis en position de faiblesse et que je ne suis pas en mesure de la remettre à sa place. C’était vraiment ma rivale et comme si arrogante, soit-elle, elle se croit toujours l’être. Aujourd’hui, se dit-elle, c’est mon dernier jour de chance. Je dois aligner toutes mes idées, voir clair et savoir m’y prendre avec ce bouffon et imposteur qui m’a dupée en me faisant toujours les yeux doux. Je ne dois pas continuer à ressasser tout ce que j’ai enduré. C’est inutile maintenant de faire remonter le temps. Ma vie a changé que je le veuille ou non et tous les moments que je croyais faussement favorables m’ont porté la poisse et l’ont disloquée en mille morceaux. J’ai l’intuition que je vais le convaincre et le rallier à ma cause. Il ne pourra pas dire non s’il se rendra compte que la justice ne sera pas de son côté et qu’il risque de perdre son poste au cas où il se fera emprisonner. Au quartier où son ex amant habitait, Najat s’est fait aider par quelques habitants du voisinage et grâce à eux, elle a réussi à localiser la maison. Après avoir respiré longuement, elle sonna à la porte et un bambin apparaît.
— Que voulez-vous madame ?
— Ton papa est là, mon petit chéri, demanda-t-elle d’un air souriant.
— Absolument ! répondit le garçon en esquissant pareillement un sourire angélique
— Dis-lui que je veux lui parler, lança Najat d’une voix maternelle.
— Ok, dit le petit garçon en revenant vers sa maman qui s’affairait dans la cuisine.
— Qu’est ce que c’est, mon petit ? demanda-t-elle de façon désintéressée.
— Une femme est venue demander après mon papa, dit le petit en manipulant machinalement son petit jouet.
— Tu la connais ? demanda sa maman.
— Non, je crois que je ne l’ai jamais vue. Elle n’a pas l’air d’une voisine. Que dois-je lui dire ?
— Mais attends ! Ne dis rien à ton père, laisse-moi voir de qui s’agit-il.
La maman qui était en train d’éplucher les légumes pour préparer le repas de déjeuner, posa le tout sur le potager et alla à la porte que le petit garçon a laissée entrouverte. Bonjour madame, dit-elle, que puis-je pour vous ?
— Je voudrais parler à monsieur de la maison, répondit Najat.
— Je peux savoir à quel sujet, dit-elle.
— C’est une affaire privée, répondit Najat.
— Mais, bon sang ! Je suis sa femme et je dois savoir de quelle affaire s’agit-il. Je déteste que mon mari s’accoquine avec des femmes à mon insu.
— Dis-lui que l’infirmière Najat souhaite te parler au sujet des clés de bureau et d’un dossier médical.
— Clés de bureau ? Dossier médical ? C’est étrange non ? cria l’épouse. Tu crois que je suis naïve ?
— Non madame, je ne crois rien à ton propos. Ne fais pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai seulement demandé à voir ton époux.
— Et pourquoi veux-tu le voir ? demanda l’épouse en la dévisageant de fond en comble.
— Je te l’ai déjà dit, madame. Sois un peu plus compréhensive et ne me fais pas perdre patience. Je ne suis pas là pour te demander l’aumône.
— Si tu me la demandes, tu ne l’auras pas. Je ne suis pas charitable envers les gens qui me comblent d’ironie, dit l’épouse.
— Tu n’en as pas l’air. C’est écrit sur ton visage, dit Najat toute en rogne.
Quand l’homme de la maison se rendit compte des cris des femmes qui s’élèvent de plus en plus, il se montra séance tenante en demandant :
— Calmez-vous s’il vous plait. Je ne veux pas de scandale devant la porte de ma maison. Laisse-moi voir que ce veut ma collègue, demanda-t-il à sa femme.
— Non, je ne bouge pas d’ici parce qu’il y a anguille sous roche. Je ne sais pas ce que tu fricotes avec cette harpie que tu appelles ta collègue.
— Laisse-moi, bon sang, savoir de quoi s’agit-il. Ne me mets pas les bâtons dans les roues. J’en ai assez de ton manque de confiance et ta méfiance à mon égard.
— Ne crois pas que je suis dupe. Je sais bien ce qui se passait entre vous deux dans le passé. Le bouche à oreille est le moyen le plus efficace qui ne laisse aucun secret perduré.
— Et si c’était le cas, que ferais-tu pour le prouver ? demanda Najat.
— Ce que je n’aurais pas fait dans le passé ne m’importe aucunement parce que, lui et moi, n’étions pas mariés au moment où tu te payes le luxe de te jeter dans ses bras. Mais dans le cas présent, je t’interdis de le toucher. C’est mon mari et le père de mes enfants.
— Et n’oublie pas qu’il est aussi le père de ma fille et que c’est à son sujet que je suis venue le voir.
— Le père de ta fille ? Tu es folle ? cria l’épouse.
— Non, détrompe-toi, je dis vrai. Ton mari et moi avons une fille qui est née d’une liaison extra conjugale. Il est temps que tu le saches pour savoir avec quel genre d’homme tu t’es mariée.
— Est-ce que c’est vrai ? demanda-t-elle à son mari.
— Oui, mon épouse, dit-il, j’avais une relation amoureuse avec Najat, mais je ne sais toujours pas si cette fille dont elle parle est bel et bien la mienne.
— Cette fille est la tienne, cria Najat. Je t’oblige à assumer ta responsabilité. Tu n’as pas le choix. Comprend le une fois pour toute.
— Tu m’as trompée, espèce d’hypocrite, tu vas me le payer, hurla sa femme.
— Ne m’en veux pas ma chérie. Je ne vais pas me vanter d’être un bon exemple de rectitude. Je suis comme monsieur tout le monde. Cette femme était une collègue. Elle m’a tellement épaté que je me suis entiché d’elle après ma séparation avec toi. Et avant de nous remarier tous les deux, toi et moi, elle avait déjà épousé un vieux cafetier qui croyait que le bébé dont elle était tombée enceinte était le sien, alors que ce n’était pas le cas. Le jour de la naissance de ce bébé, elle s’est aperçu que ce n’est qu’une fille et l’a si vite abandonnée dans la poubelle car son ex époux tablait sur un garçon et puisqu’elle ne voulait pas le décevoir, elle a réussi à voler le bébé d’une autre qui n’était que le fils de la fille de son mari. Lorsque l’on en vient de découvrir ses plans au grand jour, tout le monde s’est retournée contre elle et en particulier ce cafetier qui a rompu avec elle. L’histoire est longue et je ne veux pas m’accorder plus de temps pour te la raconter toute entière.
— Arrête, pas un mot de plus. Je comprends maintenant le genre de femme qu’elle est. Cette criminelle doit quitter immédiatement ces lieux sinon, j’appellerai la police.
— N’appelle personne, madame, je t’en prie, supplia Najat. J’ai déjà reconnu les faits et payé cher tous les actes que j’avais commis. Jamais je n’avais à l’idée que je deviendrai un jour comme telle. Pour l’amour du ciel, accorde-moi un tant soit peu de temps pour résoudre mes problèmes avec ton mari. Je ne compte me chamailler avec lui. Ce ne sera qu’une brève discussion spécialement autour de cette fille qu’on vient de jeter à l’orphelinat.
— Ce travail, c’est moi qui l’avais fait, dit-il. Je suis derrière son insertion dans cet établissement pour son bien parce que, toi, tu n’es pas en mesure de la prendre en charge. Au moment où la police te traquait, cette fille, telle une poupée, se trouvait entre les mains d’une fouineuse qui passait tout son temps à faire la manche dans la rue. Tu ne trouves pas que c’est la solution adéquate pour l’épargner des griffes de la misère.
— Mais pourquoi tu ne lui as pas donné la chance de vivre avec tes enfants sous le même toit ? demanda Najat.
— Et crois que mon épouse aurait accepté le fait que j’ai une fille avec une autre femme ? cria-t-il.
— Je ne l’accepterai jamais ! hurla l’épouse. Il ne me manque que ça ! S’il est tenu à moi, je vous aurais jetés tous les deux en prison, avec la peine maximale. Ce que vous avez fait est inconcevable et personne ne l’admettra. Entretenir une relation amoureuse en catimini, enfanter une enfant hors mariage et l’abandonner avant son septième jour, dans une poubelle sans la moindre pitié, est à mes yeux un pêché qui mérite le châtiment.
— Ce n’est que le résultat de notre imprudence,
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