venir me voir et de t’inquiéter du sort de mes enfants. Je te laisse toute liberté de t’approcher de mes enfants quand ça te chante, dit Jamila, l’air confiant
— Puisque tu m’as donné ton aval, dit Bouchra, ton fils et ta fille seront considérés plus encore comme étant mes propres enfants. Et je ne lésinerai pas sur les moyens pour les combler d’amour et d’affection. Je me ferai un grand plaisir de les amener à me voir comme leur deuxième mère.
— Fais ce qui te rend la vie agréable, dit Jamila. Désormais, tu es considérée comme étant des nôtres. Nos bras te seront toujours grand ouverts et cela fait partie des traditions du bon voisinage.
— On te comprend, lança Zakaria, le mari de Bouchra. Ma femme et moi sommes très fières de faire votre connaissance. Le jour où nous avons mis le pied ici, mon père, nous a parlé de vous en louant vos qualités de bonhomie et de gentillesse. C’est pour cette raison que mon épouse ne voyait pas d’inconvénient de s’approcher de tes enfants, en particulier le petit Zaki qui compte beaucoup pour elle. Bouchra, ajouta-t-il, qui voit en lui le sosie de son défunt fils, avait de bonnes intentions quand elle le faisait entrer chez nous à votre insu. Il lui sert, m’a-t-elle toujours dit, d’élément de substitution et de compensation.
— Veuillez nous excuser de vous avoir connu autrement, dit Farid. votre attitude qui n’avait rien d’anormal, nous semble prêter à confusion. C’est pour cela qu’il ne faut pas se fier aux premières impressions qui sautent aux yeux avant de prononcer des jugements hâtifs et improvisés.
— Notre attitude vis-à-vis de nos voisins n’avait rien d’étrange bien qu’elle paraisse comme telle. Nous sommes tous les deux éprouvés par la mort de notre petit enfant qui a laisse un vide flagrant dans notre vie. Et surmonter de telle épreuve rapidement n’est pas chose aisée et c’est pour cette raison que nous paraissons d’une étrangeté inouïe. Le propriétaire de cet immeuble où nous habitons tous est mon père et moi, je suis son fils unique. Elle a cinq filles avec une autre femme. Je les ai jamais vues ni connues. Ma mère est morte depuis que j’étais tout petit et c’est ma tante Nadia qui s’est chargée de mon éducation.
— Et comment s’appelle votre père ? demanda Jamila, l’air confus.
— Il s’appelle Driss, répondit-elle, sans savoir avec qui il a affaire.
— Driss, tout court ? demanda-t-elle.
— Driss le cafetier, expliqua-t-il. C’est un homme bancal, il se sert de béquilles pour se déplacer.
— Et comment tu sais qu’il est marié et père de cinq filles ? demanda Jamila d’un air étonné.
— C’est ma mère qui me l’a dit quand j’avais huit ans. Moi, je ne connais pas mon père parce que j’ai vécu mon enfance loin de lui. Mais, lui, il sait peut-être qu’il a un enfant né d’une relation extra conjugale.
— Ce que tu racontes, me parait bizarre, dit Jamila.
— En quoi ça te semble bizarre ? demanda-t-il.
— En plusieurs points, répondit-elle.
— Lesquels ? demanda-t-il.
— Je ne peux pas le dire tout de suite avant de m’assurer de ce que tu viens de nous apprendre, répondit Jamila.
— Qu’est ce que je vous ai appris ? demanda-t-il. Je ne fais que parler de mon identité.
— Et ta mère comment s’appelle-t-elle ? demanda Jamila qui regarda son mari comme si elle voulait le prendre à témoin.
— Ma mère s’appelle Farah, répondit-t-il.
— Et ta tante ? demanda-t-elle.
— Ma tante s’appelle Nadia, répondit-il.
— Tu connais vraiment tes demi-sœurs ? demanda Farid.
— Non, je les ai jamais vues, répondit-il.
— Ton histoire me touche énormément, dit Jamila.
— C’est la vérité, je n’invente rien dit-il. Je n’avais jamais eu l’idée de chercher à connaître mon père. Juste après le décès de ma mère, ma tante Nadia m’a éloigné dans une autre ville pour brouiller les pistes à mon père.
— C’est très difficile de vivre sans jamais connaître l’un de ses parents et encore moins son père, lança Farid, d’un air plein de pitié.
— Absolument ! dit Zakaria. Mais cela ne dépend pas de nous et l’on doit l’accepter sans toutefois rester dans la passivité ou de se résigner à de telle situation. Le mieux est se mettre en devoir de chercher à gauche et droite son géniteur ou sa génitrice pour combler le manque d’affection et d’amour dont on est frustré.
— Votre situation me préoccupe beaucoup, avoua Jamila, et si vous voulez que je vous aide à trouver qui est votre père, je le ferai volontiers. Vous pouvez compter sur moi car je vous promets que je pourrai vous être utile.
— Si tu fais cela, tu me rendras un grand service et je t’en serai gré, dit Zakaria en doutant cependant de cette promesse qu’il jugea un peu anticipée.
— Je le ferai, promit-elle. Mais à condition que tu me laisses un peu de temps. Et le concierge connait-il ton problème ?
— Non, répliqua Zakaria. Je ne lui ai jamais parlé de ma vie privée. Je vous prie de ne rien raconter sur moi et surtout à ce genre de personne qui ne garde aucunement le silence quand il s’agit de divulguer le secret intime des autres.
— Tu as raison, dit Jamila. Ce concierge ne m’inspire toujours pas confiance car je le trouve beaucoup plus curieux de dénicher le maximum de renseignements sur les résidents de cet immeuble. Il n’en finit pas de guetter continûment toutes nos paroles et gestes.
— Il n’est pas aussi différent des autres concierges que je connaisse, lança le mari de Bouchra. Il est à mes yeux quelqu’un d’imprudent qui ne se contrôle pas au moment où il doit retenir sa langue pour ne pas médire des résidents de cet immeuble.
— Mais il tout de même une personne serviable, déclara Bouchra.
— Oui, mais ce n’est pas suffisant pour quelqu’un qui passe tout son temps à filer du mauvais coton, dit Zakaria qui entretient de mauvais rapports avec cet individu.
— Ne soit pas misanthrope, mon cher mari, fit Bouchra d’un air aigri.
— Avec ce concierge, dit-il, je m’entends mal et ça n’a rien à voir avec le fait que je sois misanthrope comme tu viens de le dire Bouchra.
— Ce n’est pas important d’en discuter davantage, dit Jamila. Tous les concierges sont de même acabit comme une peau de chagrin qui rapetisse et se rétrécit autant que leurs âneries et bêtises se multiplient.
— Ne sois pas aussi dure, Jamila, envers ces gens, dit son mari. Ils ne sont pas quand même de la pire espèce pour qu’ils soient traités de la sorte. Tu as intérêt à ménager ton langage, sinon tu risques de perdre toutes tes qualités de bonne femme empathique et bienveillante que tu as.
— Je n’en perdrai aucune si je dis ce qu’il en est de ses messieurs qui feignent passer pour des gens serviables et pleins de volonté, répliqua-t-elle.
— Je ne te reconnais plus, dit son mari. J’ai du mal à comprendre où veux-tu en venir en parlant mal d’eux.
— Ne sois pas naïf, mon cher mari. Je sais que la franchise est toujours blessante et pour l’admettre, il ne faut pas être de ce monde où l’hypocrisie et la duplicité règnent en maître.
Sans hypocrisie, le monde changera de nom et devient je ne sais quoi, dit Farid. Entre le bien et le mal, il y a le continuum. Et si tu veux dire le no man’s land. Contentons-nous de nous positionner là où ça ne fait pas mal.
— Je suis d’accord avec toi Farid, dit Zakaria. Prenons la perche par le milieu et soyons modérés et modestes avec tous nos congénères pour que chacun de nous ait le droit de se sentir dans sa peau et bien à l’abri des affects venimeux qui empoisonnent notre quotidien.
— Modestes ! Nous le sommes déjà, fit Jamila. Mais certains enfoirés nous imposent parfois de choisir la manière impérieuse de nous comporter pour contrer toutes leurs bêtises. Et c’est ce que, moi, je ne cesse de diaboliser quand je me rends compte de certains procédés maniérés visant à ébranler ma vie et avec elle mon équilibre moral et psychique.
— Veux-tu changer de regard, ma chère épouse, demanda Farid. Ce moment est tellement précieux que l’on n’a pas le droit de le gâcher dans l’échange de propos futiles et insensés. Bouchra et Zakaria ne sont pas là pour écouter des balivernes. Samar ! Apporte-nous du thé à la menthe.
La servante s’exécuta sans tarder. Les voisins de palier ont été en fin de compte très satisfaits de la convivialité de Farid et son épouse et les en ont remerciés en espérant que ce genre de visite soit mutuel et régulier et que leurs rapports de bon voisinage prendront une nouvelle dimension. Aussitôt que ce couple sortit, Jamila se demanda comment son oncle Driss va réagir quand il sera mis au courant de l’existence de son fils.
— Je me pose la même question que toi, dit Farid, en s’adressant à sa femme.
— Peux-tu me dire comment dois-je procéder pour aborder le sujet avec mon oncle ? demanda Jamila.
— Dans certaines situations qui s’annoncent délicates, il faudrait savoir s’y prendre pour amener le sujet de façon douce et souple. Toi, tu connais ton oncle plus que moi et tu n’as pas besoin de conseils pour l’informer d’une chose si importante.
— Je dois lui annoncer la nouvelle tout de suite, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.
— Ce n’est pas facile de dire à quelqu’un une chose que peut-être, lui, il ignore, expliqua Farid. Commence d’entrée de jeu par lui poser quelques questions qui ont un lien indirect avec ce que tu veux dire.
— Par exemple ? demanda Jamila.
— Je n’en sais rien. C’est à toi de voir la manière adéquate dont il faudrait l’aborder. Je pense que tu ne manques pas de tact pour ce faire.
— Veux-tu qu’on lui fixe un rendez-vous hors de chez lui, demanda-t-elle, pour ne pas froisser son épouse, Meriem qui ne peut pas digérer facilement la nouvelle.
— Je ne vois pas de raison valable qui puisse énerver Meriem et la mettre mal à l’aise, dit Farid. Au contraire, elle pourrait se réjouir en entendant la nouvelle. N’est ce pas elle qui lui a recommandé un second mariage pour avoir un fils ? Tu as oublié ou quoi ?
— C’est vrai que c’était elle, répondit Jamila. Mais, ne crois-tu pas pour le moins au monde que l’on doit faire la part des choses entre un mariage légalement projeté et une relation extra conjugale discrètement entretenue ?
— Le hic, c’est que ce jeune homme est issu d’une liaison illicite, répondit Farid et annoncer son existence à toute la famille pourrait discréditer aux yeux de tout le monde l’honnêteté de votre oncle et altérer par voie de conséquence son image de marque.
— Que proposes-tu alors ? demanda Jamila.
— J’aimerais bien que les choses se fassent sans bruit d’aucune sorte. Meriem pourrait se révolter contre ton oncle et lui faire une scène.
— Je n’en doute pas, confirma Jamila. Elle risque de devenir facilement susceptible quand elle saura que son bien cher mari avait une aventure amoureuse à son insu et que ce jeune homme en est le fruit.
— Dans ce cas laisse-moi faire. C’est une affaire entre hommes, dit son mari.
— Et comment tu vas procéder si je te laisserai le soin de t’en occuper ? demanda-t-elle.
— J’ai ma méthode propre pour lui dire ses quatre vérités, répondit-il.
— Mais fais attention ! Je ne veux pas que mon oncle soit surpris de ta manière froissante de lui divulguer de tel secret.
— Ok ! Ne t’inquiète pas. Je sais ce que je dois faire, rassura-t-il.
CHAPITRE XXIV
Farid se rendit dans un café. Il téléphona à Driss pour l’y rejoindre. En l’espace d’une demi-heure, ils se trouvaient tous les deux attablés dans un coin où personne ne pouvait les voir. Le garçon de café leur servit du thé à la menthe. Au début, leur discussion était désintéressée et se déroulait à bâton rompu, mais elle prenait une autre tournure quand Farid demanda :
— C’est dommage que l’enfant dont ton ex femme a accouché ne soit pas un garçon.
— Ce n’est plus important pour moi, marmonna Driss, d’un air simulé.
— Je ne sais pas comment tu serais si c’était un garçon, dit Farid, qui essayait d’amener Driss à l’essentiel de cette discussion.
— Tout dépend de la volonté de Dieu et moi, je n’y peux rien. Je ne savais pas que toi aussi tu tiens encore au rêve que je me suis fait, dit-il, sans savoir ce qu’il va apprendre sous peu.
— Raconte-moi un peu comment tu mènais ta vie de célibataire avant de te marier avec Meriem, demanda Farid.
— Ah ! tu veux que je te parle de mes petites aventures ou quoi ?
— Tu veux dire que tu en as plusieurs ! s’étonna Farid.
— Absolument ! Mais cela fait partie d’un passé que je n’aime pas évoquer, dit Driss.
— Chacun de nous doit avoir un passé dont il a le droit de parler quand cela lui chante, dit Farid.
— Mon passé de célibataire n’a rien de particulier. Il ne diffère pas beaucoup de celui d’autres hommes.
— Je suis d’accord ! Mais je voudrais savoir si tu avais aimé une ou plusieurs femmes.
— Mais attends un peu Farid ! tu commences à me surprendre par ce genre de questions que tu n’étais jamais avisé de me poser. Je pense que tu me caches quelque chose.
— Peut-être ! Mais j’insiste d’abord à ce que tu me dises combien de femmes tu as aimées ?
— Je ne me rappelle plus leur nombre. Mais, le nom de l’une d’elle me reste encore gravé dans la mémoire, dit Driss en poussant un long soupir comme s’il regrettait d’avoir perdu un quelconque objet précieux.
— Comment s’appelle-t-elle alors ? demanda Farid qui feint de ne rien connaitre de ce qu’il veut entendre de la bouche de Driss qui n’a jamais avoué son secret auparavant.
— Elle s’appelle Farah et elle était d’une beauté exceptionnelle. Je me suis entiché d’elle dès notre première rencontre. Elle avait grosso modo tous les traits de charme qui fascinent.
— Combien de temps tu as passé avec elle ? demanda Farid.
— Plusieurs mois, répondit-il, et nous étions sur le point de nous marier. Mais je me suis ravisé au moment où j’ai découvert qu’elle attendait un enfant.
— Et cet enfant, n’était pas le tien ? demanda Farid.
— Je n’en sais rien parce que j’ai été trop méfiant pour le croire.
— Et qu’est ce que tu as fait alors ? demanda Farid.
— Je me suis éloigné d’elle pour éviter les problèmes.
— Et tu n’avais pas des remords de l’avoir abandonnée ? demanda Farid.
— Pourquoi devrais-je en avoir puisque nous n’étions pas mari et femme.
— Tu n’as pas cherché à l’amener chez un gynécologue ? demanda Farid.
— Pourquoi devrais-je faire une chose pareille ?
— Ne crois-tu pas que tu as mal agi ? demanda Farid.
— Je ne pense pas parce que je n’aimais pas créer un esclandre.
— Et n’as-tu jamais demandé après elle ? demanda Farid.
— Non ! Je ne m’intéressais plus à elle à cause de ce qu’elle avait dans le ventre.
— Tu étais sûr qu’elle était vraiment enceinte ? demanda Farid.
— Oui, j’en étais sûr et certain parce que je l’apercevais quelques fois dans la rue avec sa sœur Nadia.
— Est-elle toujours en vie ? demanda Farid.
— Non, je ne crois pas. On m’a dit qu’elle était morte au moment de son accouchement qui s’est passée dans de mauvaises conditions.
— Et l’enfant a-t-il été sauvé ? demanda Farid.
— Je n’en ai pas cure, répondit Driss.
— Tu aurais dû le savoir pour ne pas avoir sur la conscience sa grossesse et son accouchement mortel, reprocha Farid.
— J’ai regretté sa mort, mais je n’en suis pas responsable et je ne culpabilise pas sur quoi que se soit, répliqua-t-il.
— Je trouve que tu es dur à cuir, oncle Driss.
— Ne le prend pas mal, dit-il. Je ne suis pas de ceux qui se délecte trop d’une relation extra conjugale en fassent leur objet de prédilection. Mais dis moi, bon sang qu’as-tu au juste derrière la tête pour me poser toutes ces questions. Tu veux m’embêter ou quoi ?
— Ce n’est pas ce que tu crois, cher oncle ! répondit Farid. Ce que j’ai derrière la tête ne peut que te réjouir et à l’entendre, tu seras l’homme le plus heureux de la terre.
— Tu me surprends cher Farid en me tenant ce discours qui ne fera que me perdre patience.
— J’ai une bonne nouvelle pour toi, rassure-toi !
— Dis-la et libères moi de ce suspense si embarrassant, dit Driss.
— Ecoute, oncle Driss, les voisins de palier, viennent de nous rendre visite pour nous présenter leur sincère désolation à propos de la disparition de Zaki qu’on vient heureusement de récupérer grâce aux recherches entamées par notre femme de ménage qui a fait des mains et des pieds pour le retrouver et le ramener à la maison sain et sauf…
— En quoi cela pourra-t-il me concerner ? demanda Driss en lui coupant la parole.
— Tu vas le savoir si tu me laisses continuer ce que je voulais dire, répondit Farid.
— Vas-y continue, je ne t’interrompe pas.
— Eh bien ! Au cours de notre conversation avec ce couple, nous avons appris des choses importantes.
— Par exemple ? demanda Driss qui brûle d’impatience de savoir exactement de quoi était-il question.
— Cet homme nous a parlé de son identité en nous disant qu’il ne connait pas son père biologique et qu’il était tout petit quand sa mère est décédée. De ce fait, dit-il, il n’a pas goûté la moindre affection paternelle. Il nous a avoué qu’il a été élevé par sa Tante qui l’avait pris en charge.
— Et quoi d’autre ? demanda Driss.
— Il n’a pas cessé de citer ton nom au moment où nous nous sommes mis à le questionner.
— Pourquoi a-t-il cité mon nom ? demanda Driss.
— Parce que tu es peut-être le seul homme qui soit son père et dont sa tante lui a parlé.
— Moi ! Son père ! C’est faux ! Je n’en crois pas mes oreilles, dit Driss d’un air étonné.
— Tu ne peux pour l’instant avancer aucun jugement défavorable pour contrarier ses propos, dit Farid.
— C’est la vérité ! cria Driss.
— Non ! Ce n’est pas la vérité tant que tu n’as pas les preuves irréfutables pour l’infirmer, dit Farid.
— Et lui ! Quelles sont ses preuves ? demanda Driss.
— Tu dois le rencontrer dans ce cas pour le savoir, répondit Farid.
— Rencontrer un homme avec qui je n’ai aucun lien de parenté pour lui annoncer à brûle pourpoint que je suis son père, marmonna Driss.
— Oncle Driss, tu dois prendre au sérieux cette nouvelle. Elle peut être bénéfique pour toi.
— Je ne suis pas le type qui croit aux contes de fées, dit Driss.
— Arrêtons cette discussion et permets-moi d’organiser un rendez-vous spécial pour te mettre en face de cet homme si poli et tellement affable. S’il s’avère qu’il est votre fils, tu n’auras pas perdu ton temps d’avoir pris en considération mes dires.
— Pour infirmer ou confirmer cette nouvelle, je te laisse le soin de gérer cette situation.
— Ok ! Je vais m’en charger, dit Farid qui était si fier de jouer ce rôle d’intermédiaire.
Après avoir fixé un rendez-vous, Farid se trouvait seul à seul avec Zakaria dans un café de la ville, loin des vues de leurs proches. Ils s’attablaient dans un coin soit disant VIP où personne ne pouvait les déranger ou interrompre leur discussion.
— Tu ne sais peut-être pas pourquoi je t’ai invité à ce rendez-vous, Zakaria ? demanda Farid qui se versa de la limonade.
— Non !
— Eh, bien, il s’agit de votre père biologique ? lança-t-il.
— Je n’ai pas compris. Peux-tu être un peu plus clair ? demanda Zakaria.
— Ne t’inquiète pas, je vais l’être comme il se doit et c’est pour ça que nous sommes là, dit Farid.
— Je t’écoute, vas-y.
— L’homme dont tu as parlé l’autre jour, je le connais, il fait parti de ma famille. Son nom est Driss. C’est un cafetier. Ma femme Jamila est sa nièce. Nous nous entretenons de bonnes relations. Je l’ai rencontré en privé, il y a à peine une semaine et je lui ai étalé toutes les cartes.
— Quel a été sa réaction alors ? demanda Zakaria.
— Il a été surpris d’entendre la nouvelle et il n’en croyait pas ses oreilles.
— Mais, que t’a-t-il dit à propos de sa relation amoureuse avec ma défunte mère ?
— Je ne peux pas te raconter en détail tout ce qu’il m’a dit. J’aimerais bien que c’est à toi de le découvrir le jour où tu le rencontreras.
— Et comment faire pour le rencontrer sachant que je ne le connais pas.
— Tu vas le connaître grâce à moi, mais avant que cette rencontre soit réalisée, j’aimerais bien que tu m’accompagnes au labo.
— Au labo ?
— Oui !
— Mais pourquoi faire ? demanda Zakaria, d’un air étonné.
— Tu vas le savoir si tu acceptes ma proposition, dit Farid.
— Laquelle ? demanda Zakaria.
— Allons-y ! Nous allons demander un test ADN pour nous assurer s’il y a un lien de paternité.
— J’accepte ta proposition, dit Zakaria en esquissant un sourire à l’adresse de son compagnon.
Les deux hommes se sont dirigés vers le labo le plus proche. Farid s’est déjà débrouillé pour avoir quelques brins de cheveux de Driss. L’opération d’analyse a été effectué sans coup férir et le résultat obtenu dans les quarante huit heures qui ont suivi, était positif et prouve que Driss et Zakaria sont père et fils. Farid, son épouse jamila, Zakaria et sa femme Bouchra, se sont dirigés vers la maison de Driss où tout le monde les y attendait. Après le salut d’usage, on les fit passer à la salle de séjour. Meriem et ses filles n’en savaient rien qui vaille. Elles restaient dans l’expectative sans être en mesure d’avancer quoi que ce soit à propos de ces nouveaux venus qui n’étaient que les voisins de palier de Jamila. Quand Farid s’assura que tout le monde était de bonne humeur et que l’ambiance était si favorable à lancer la nouvelle, il commença à débiter quelques généralités et se tourna vers Lina en lui demandant :
— Que pourrait-elle être ta réaction si on te disait que ce jeune homme ici présent est quelqu’un de ta famille ?
— Mais que veut-tu dire par là, Farid, demanda Meriem, tu es en train de plaisanter ou quoi ?
— Je n’ai jamais eu l’occasion de plaisanter avec Lina et je ne sais pas si elle me prend au mot, répondit Farid d’un air des plus sérieux.
— Soit un peu explicite Farid, demanda Driss, les devinettes dérangent parfois et font mal à la tête. Epargne-nous cet effort. Moi, je ne suis pas si sûr de ce que tu veux insinuer et je préfère que tu appelles les choses par leur nom.
— Tu ne nous as jamais parlé de la sorte, dit Meriem, d’un air abasourdi.
— Je ne voulais pas vous annoncer la nouvelle de façon spontanée, histoire de ne pas vous stupéfier au point de me considérer comme un imposteur qui trouve le plaisir de se payer de la tête des gens qui l’entourent, ne serait-ce que pour se faire donner de l’importance.
— Dis donc, tu as commis l’erreur de ne pas avoir nous présenté au moins ce jeune homme et cette femme qui l’accompagne, lança Driss qui se pose mille questions à propos de ce couple qu’il n’a jamais vu.
— Ces gens ne sont que nos voisins de palier avec lesquels nous entretenons maintenant de bonnes relations et le fait qu’ils vivent si près de nous était une belle occasion de les connaître et d’en faire des amis.
— Nous sommes enchantés de vous connaître, monsieur dame ! dit Driss.
— Mais ils sont plus que ça, ajouta Farid en esquissant un sourire optimiste.
— C'est-à-dire ? demanda Meriem qui ne s’arrête pas de s’interroger silencieusement sur la raison de leur présence.
— Cet homme s’appelle Zakaria et cette dame est sa femme. Elle s’appelle Bouchra.
— Depuis le jour où ils viennent habiter près de nous, Jamila les regardait d’un œil méfiant et ne s’est jamais permise de leur adresser la parole ou à tout le moins les saluer au passage dans l’escalier. Samar notre femme de ménage qui n’avance aucun préjugé à l’égard de personnes inconnues, les a bien appréciés tout comme le concierge de l’immeuble.
— C’est vrai, avoua Jamila, je me suis mal comportée avec eux et ce sans raison valable sauf que j’avais peur que Bouchra pouvait faire du mal à mes enfants. Mais grâce à son savoir faire de grande dame tout est rangé maintenant dans l’ordre…
— Et que Zakaria qui m’a raconté toute son histoire s’avère avoir un lien de parenté avec Jamila.
— Explique-toi bien, demanda Meriem.
— Zakaria est bel et bien le fils d’oncle Driss, dit Farid. J’en ai les preuves.
— Quelles preuves ? demanda Lina, l’air abasourdi.
— Regarde ! dit Farid en lui tendant le résultat.
— C’est quoi ça ? dit-elle.
— Lis-le ! et tu comprendras.
— C’est le résultat d’un test ADN ? demanda Lina, l’air étonné.
— Exactement, il y a quelques jours, nous avons, Zakaria et moi demandé un test ADN pour infirmer ou confirmer la relation de paternité et le résultat a été concluant.
— C’est dire ? demanda Meriem
— C'est-à-dire que oncle Driss et Zakaria sont véritablement père et fils et il n’y a aucun doute là-dessus.
— C’est vrai petite mère, le test est positif et nous avons un demi- frère.
— Je peux savoir, demanda Meriem, comment se fait-il que tu es marié à mon insu ?
— Je te l’expliquerai plus tard, ma chère épouse, quand nous serons seul à seul. Tu comprendras toutes les circonstances inhérentes à cette union dont est issu mon fils Zakaria qui m’est tombé du ciel à point nommé. C’est une bénédiction divine d’avoir entre les mains ce cadeau inattendu. Je suis très fier de toi mon grand. Tu es là pour sécher mes larmes et me donner gout à la vie. Tes sœurs ne seront que très fières que tu sois parmi nous. Viens, mon bonhomme, mes bras te sont grands ouverts.
Driss et Zakaria se firent des accolades et s’enlacèrent fortement et échangèrent de gros bisous et tous les membres de la famille ainsi présents se rejoignirent à eux. C’était un instant exceptionnel où l’amour et l’affection prirent le dessus sur le côté mystérieux du passé de Driss qui avait tant attendu ce genre d’ambiance familiale. Zakaria remerciait Dieu de l’avoir aidé à retrouver un père qu’il n’a jamais vu ni connu. Ses remerciements allaient également à Farid, sa femme et Samar, leur femme de ménage d’avoir été la clé de sa chance. Avec ce fils, Driss se la coulait douce. Tout le poids du passé qu’il a vécu et toutes les blessures que Najat lui a provoquées s’estompaient. Il se jura d’aider cette femme pour lui rendre la pareille malgré ses incartades. Il a pris l’initiative d’entreprendre de nouvelles démarches en justice pour la faire sortir de prison. Avec les efforts de ses avocats mandatés, son ex femme a été libérée sous caution. Et c’est lui qui s’est chargé de payer tout l’argent exigé pour sa liberté. Najat l’avait remercié de tout cœur et s’est même rendue chez lui pour présenter toutes ses excuses d’avoir nui à toute la famille et en particulier Sabah et Lina. Tout le monde était content de la recevoir malgré quelques réserves émises d’entrée de jeu par celles qu’elle considérait comme ses ennemis.
CHAPITRE XXV
A cette occasion Allal était là. Najat qui s’est rendu compte de sa présence demanda à lui parler en privé. Il accepta sans réticence en lui lançant à brûle pourpoint :
— Tu veux me parler ?
— Tout à fait ! répondit-elle.
— Au sujet de quoi ? demanda Allal en feignant d’ignorer le sujet de discussion.
— J’ai besoin de ton aide, dit-elle.
— En quoi puis-je t’être utile ? demanda-t-il.
— Tu es mon seul espoir et ma seule bouée de sauvetage, dit-elle.
— Dis-moi au juste ce que tu veux que je fasse.
— Tu le sais déjà et ce serait inutile de te l’expliquer, dit-elle.
— Dis-moi ce que je sais, demanda-t-il.
— C’est au sujet de ma fille que je demande votre aide. Je veux savoir où doit-elle être maintenant.
— Tu n’es pas contradictoire par hasard avec toi-même ? fit-il. A ta place, j’aurai dû avoir honte.
— Sois un peu indulgent avec moi, Allal.
— Comment oses-tu penser encore à une fille que tu as abandonnée dès sa naissance dans une poubelle ? répliqua-t-il.
— C’était une faute monumentale de ma part, avoua-t-elle.
— Et moi, je dis que c’est un crime répréhensible et ce geste ne peut que te hanter pendant toute ta vie.
— J’accepte tous tes reproches et je te donne mille fois raison, mais, crois-moi, je me suis dupée en me comportant en criminelle. Sois doux avec moi, je t’en supplie et dis-moi où est ma fille?