Suite chapitre XXI

5000 Mots
 exigences. —  T’ont-ils menacée ? demanda Najat. —   Je sais que mes agissements sont de l’ordre d’une subornation contre laquelle je n’y peux rien. Leurs désirs sont toujours des ordres et si jamais il nous arrive de les exécuter à moitié, ils nous punissent à leur manière. Plusieurs de nos collègues qui ont contrarié leurs ordres, ont été lynchés sans pitié et moi, la pauvre que je suis, je ne peux en aucun cas réfuter leurs recommandations ou dénoncer leurs menaces à mes supérieurs hiérarchiques parce eux aussi entrent toujours dans leur jeu. Bref, ce n’est pas le moment d’étaler tous ces problèmes, l’essentiel c’est qu’il faut que tu sortes indemne et sans coup férir de cette évasion qui ne vas pas se passer à ce que je sache de la façon attendue et souhaitée. —   Tu me fais peur, avoua Najat. Ce que je veux moi, c’est d’être acquittées de toutes les charges retenues contre moi. Je n’ai tué personne. La police qui s’est basée sur le faux témoignage de cette sale fouineuse se trompe lourdement sur les circonstances dans lesquelles le meurtre de cet ivrogne s’est produit. Je puis te dire que c’est ma servante Zineb n’était pas là en ma compagnie, je serais été dévorée cru par ce crasseux qui m’avait surprise. —   Maintenant, je te laisse te reposer et t’attendre à toutes les éventualités. Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? —   Non, merci, répondit Najat. Je dois au moins essayer de dormir pour oublier toutes ces ennuis qui me taraudent interminablement. Tu dois garder le silence et de ne rien avouer à qui que ce soit. —   Sois en rassuré, c’est mon rôle et je  suis habituée à le jouer sans fautes. —   La femme gardienne sortit subrepticement de la cellule de Najat et cadenassa silencieusement la grille en fer forgé. Pour marquer sa présence, elle feignit faire des rounds de routine en passant dans toutes les autres cellules. Najat, assise en tailleur sur son lit, les deux coudes appuyés sur un coussin, alluma une cigarette, tira quelques bouffées de fumée et les souffla longuement sur le bout allumé pour voir par plaisir le petit feu en braise s’attiser. Elle se mit à faire le tour des événements du passé de façon désintéressée sans en accorder le moindre intérêt à aucun. Elle laissa son imagination débridée fonctionner à volonté et se déplacer d’un point à un autre  sans se fixer sur une idée quelconque qui pouvait retenir son attention plus de temps qu’il n’en fallait. Elle lui arrivait souvent de passer des nuits blanches face à elle-même en se faisant à l’idée que la routine qui sévissait en prison matin et soir n’est rien d’autre qu’un calvaire dont elle ne pouvait débarrasser que grâce à l’aide apportée par son partenaire qui entretenait avec elle une relation amoureuse des plus fortes et passionnantes.           C’est à la veille de sa première comparution que sa gardienne vint lui rendre visite au milieu de la nuit et lui chuchota à l’oreille : —   Ecoute-moi bien ! C’est à demain que va débuter ton procès au tribunal. Tu dois bien dormir cette nuit pour te reposer et avoir les idées claires. —   C’est à partir de quelle heure ? demanda Najat qui n’en croit pas ses oreilles. —   Je pense que cela commence à dix heures et il ne tient qu’à toi de savoir répondre aux questions du juge. Ton avocat sera là pour te défendre. Tes acolytes disent que c’est le meilleur qui soit et que toutes les affaires qu’il a plaidées à ce jour ont été recevables et ont permis à ses clients d’obtenir gain de cause. —   J’ai la certitude que je suis innocente et je serai acquittée sans conteste. Je me suis ravisée sur la question d’évasion et préfère affronter la justice pour me libérer une fois pour toutes de ce poids des charges retenues contre moi. —   J’espère que tu bénéficieras de circonstances atténuantes qui  pourront faciliter ta libération définitive et que tu repartir de bon pied pour mener une  vie départie de tout soupçon. —   Ma vie, je l’ai ratée à mi-chemin, le jour où j’ai accepté de me marier avec un vieillard décrépit non pas pour ses beaux yeux, mais c’est uniquement pour son argent et c’était une faute irréparable et monumentale que j’ai commise par manque de maturité d’esprit et de réflexion. Et c’est aujourd’hui que je suis en train de payer le prix fort de tous les mauvais agissements, qu’une femme comme moi se contente de commettre imprudemment, sans prendre le temps nécessaire pour en  peser les conséquences. J’ai agis telle une vache affamée qui se lance par réflexe élémentaire sur une touffe d’herbe, sans se préoccuper du gouffre camouflé qui l’en sépare. —   Ressasser le passé fait mal, l’oublier repose. Contente-toi donc de la seconde solution pour garder ton équilibre morale et pouvoir tenir de main de maître  les gouvernails de ta vie pour dépasser ces tourbillons creux et arriver à bon port. —   Quand on fait des bêtises sans se soucier des conséquences au moment même où l’on se rend compte que notre regard est en porte à faux avec la logique des choses, on se perd facilement dans les illusions et les fantasmes. Et dès qu’il nous arrive d’échouer au milieu des problèmes, notre vie se transforme de pire en pire. —   De toutes les façons, prépare-toi au moins  moralement pour demain où tu seras déférée devant le tribunal. Je te laisse dormir. —   Mais attends un instant ! demanda Najat. Que vont-ils faire nos hommes ? —   Je n’en sais rien ! Aucune information à ce sujet. Ils n’ont pas de compte à rendre à moi qui n’est qu’une gardienne. Les choses importantes se tranchent à un haut niveau. Moi, Je me tiens loin de ces considérations bien qu’on m’oblige parfois à me rouler dans la fange de la corruption. La gardienne est au courant de tout ce qui va se passer, mais elle s’est abstenue de raconter quoi que ce soit à Najat qui ignore ce qui va se produire. Elle ne fait qu’appliquer les consignes qu’on lui prescrites, sinon elle risque de se faire tordre le cou à la moindre transgression. C’est une femme de grande expérience qui n’avait pas le choix de bâtir sa vie autrement.                    Aussitôt que le jour commença à pointer, Najat qui a mal dormi se réveilla. Elle se redressa dans son lit et se mit à frôler ses cheveux ébouriffés, l’air pensif, les paupières gonflés et le regard furieux et plein de colère. Elle se tint debout, bâilla à s’en décrocher la mâchoire, s’étira, les bras tendus vers le plafond, puis à l’horizontal et commença à arpenter la cellule exiguë, comme un ours en cage. Pour soulager son visage, tonifier sa peau et en améliorer l’aspect, elle se lava lentement à l’eau froide et se sentit rapidement arrachée de sa pesanteur, pareil à un ivrogne qui reprend ses esprits quand il trouva un moyen efficace pour surmonter la cuite.  Elle focalisa toute son attention sur ce premier jour de tribunal où sa vie prendra une tournure mystérieuse. Elle n’était pas si sûre que les choses aillent tourner à son avantage.                   Toutes les prémonitions qu’elle avait seront de mauvais augure et aucun signe favorable venant de ses hommes ne prouve le contraire.                 C’est exactement vers dix heures sonnantes qu’on en vint à la chercher. Tous les hommes de l’escouade policière ont été équipés d’armes individuelles. Toutes les dispositions de parer à toute éventualité ont été prises pour que la mission de la transporter à bord d’un véhicule soit accomplie dans de bonnes conditions. La prison est située à dix kilomètres du tribunal. La route était sinueuse. Elle passe entre un mouvement de terrain suspect où le danger d’une embuscade était imminent. Deux patrouilles de police  quittèrent la prison. Najat était dans le  véhicule d’en tête. Elle n’était pas menottée comme toutes les autres prisonnières. Quand les deux véhicules s’engagèrent sur un tronçon  de route crevassée, on commençait à tirer sur eux. Tout le monde descendit et se mit à terre. La police riposta. Profitant de cette situation confuse, Najat voulait prendre la fuite sous les feux des deux parties, elle a été grièvement blessée aux deux jambes par une rafale d’un pistolet mitrailleur. Le chef de la patrouille appela à la rescousse et on lui a diligenté du renfort. L’attaque a été repoussée. Deux hommes armés de mitraillettes ont été capturés. Ils étaient blessés tous les deux. Une ambulance les a évacués à l’hôpital tout comme Najat qui ne cessait de se lamenter et crier au moindre tangage à cause de ses blessures. Le procès a été reporté compte tenu des nouveaux éléments qui intervinrent dans cette affaire. Les autorités compétentes accompagnées du chef de la police, sous une bonne et due escorte  se dépêchèrent sur les lieux pour s’enquérir de la situation.                                  CHAPITRE XXII              Jamila s’est complètement rétablie de sa crise soit disant paraplégique. Elle vaquait tous les jours à ses occupations. Elle était là au moment où l’ex épouse de son oncle Driss et les deux hommes qui se sont attaqués à la police sont arrivés à l’hôpital. La nouvelle de cet événement s’est vite propagée de bouche à oreille aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de cet établissement. Najat a défrayé la chronique. Elle est devenue un sujet à discussion et tout le monde en parlait continûment. Jamila a été mise au courant par une infirmière. Celle-ci connait bien Najat. Elle travaillait à ses côtés dans le même bloc. Elle lui raconta en détail ce qui s’est passé et Jamila qui avait un bon cœur avait pitié de celle qui était la femme de son oncle, mais qui a commis la pire des bêtises le jour où elle l’a surprise en train de l’étouffer avec un coussin. Elle n’a pas pu s’empêcher d’exprimer sa grande tristesse et montrer son empathie à l’égard de cette prisonnière qui s’est plongée au creux de la vague lorsqu’elle a bifurqué vers une autre direction pour s’engager malheureusement dans une fausse piste. Elle n’a pas hésité un instant pour aller voir la patiente. Cette infirmière l’accompagna jusqu’à la chambre de Najat. Dès qu’elle fit son entrée, elle constata son mauvais état. Elle est était alitée, les yeux mis clos, le visage blême, les lèvres blafardes, les cheveux ébouriffées, les bras frêles  allongés tout au long du corps. Les deux jambes présentaient apparemment de profondes blessures qui supposent une opération chirurgicales plus compliquée. Sa respiration était plus ou moins saccadée et elle poussait itérativement des cris plaintifs, tout étouffés et languissants pour exprimer sa souffrance et ses douleurs physiques. Jamila s’approcha d’elle et se tenait à son chevet, la regarda longuement et lui dit : —   Je suis désolée pour ce qui vient de t’arriver. Je suis attristée et plus encore consternée de ce malheur qui t’a frappée de plein fouet. Prends ton mal en patience et remercie l’univers  de t’avoir épargnée la vie.     En entendant ces mots d’empathie, Najat ouvrit les yeux,  posa son regard expressif sur celui de Jamila, se mit à pleurer en silence, lui prends la main et la posa sur son visage comme si elle voulait lui exprimer son regret et sa déception d’avoir été injuste avec toute la famille de son oncle Driss. Avec sa voix empâtée, elle lui lança à brûle pourpoint : —   Excuse-moi de vous avoir fait tort. J’ai maintenant conscience de toutes les scélératesses que j’ai imprudemment commises sans prendre la peine d’en mesurer un tant soit peu la portée. —   Ma présence à ton chevet témoigne déjà de toutes mes excuses exprimées à ton égard. Je suis là pour t’apporter réconfort et soulagement. Compte sur moi en pareilles circonstances. Je serai très contente le jour où je te verrai complètement rétablie. Ce qui importe pour toi maintenant, c’est votre santé, le reste, il faut le reléguer au second plan. —   Je te suis gré et reconnaissante de cet esprit de bonhomie et de bienveillance. Je te promets que le jour où j’aurai repris toutes mes forces, je viendrai chez toi pour te présenter publiquement toutes mes excuses et je ferai de même pour mon ex mari qui m’avait toujours traitée de la façon la plus affable et courtoise. —   Avant que cette petite conversation ne prenne fin, la police fit irruption dans la chambre de Najat. Deux agents en charge du dossier demandèrent à Jamila et l’infirmière qui l’accompagnait de sortir et celles-ci s’exécutèrent sans dire un mot. Sitôt qu’elles quittèrent la chambre, Le policier ouvrit son enquête et demanda en guise d’introduction: —   Dis donc comment tu te sens ? —   Pas bien, répondit-elle d’un air triste. —   C’est normal, mais ne t’en fais pas, tu vas guérir, la rassura-t-il. —   Je l’espère de tout cœur, dit-elle. —   Connais-tu ces deux hommes qui vous ont tirés dessus lors de votre déplacement vers le tribunal ? —   Non je ne les ai pas vus pour les connaître. Quand nous étions tombés sous les feux, j’ai été surprise et ne savait sur quel pied danser. J’ai couru à gauche et à droite pour trouver un refuge, mais les balles étaient plus rapides que moi et m’ont atteinte aux deux jambes et quand je suis affalée sur le terrain, je me suis évanouie et j’ai perdue le contact avec le monde réel. —   Comment on te traitait à la prison ? demanda le policier. —   Comme monsieur tout le monde, répondit-elle en feignant de dire la vérité. —   Comment tu te permets de dire des mensonges ? demanda le policier. —   Je ne mens pas, c’est la vérité et rien que la vérité, répondit-elle. —   Comment était ta relation avec les autres prisonniers ? demanda-t-il. —   Elle était au beau fixe, répondit-elle. —   Et avec les gardiennes ? demanda-t-il —   Pas mal, répondit-elle brièvement pour couper court aux réponses détaillées. —   Combien de fois, tu as reçu la visite des personnes qui te connaissent ? demanda le policier. —   Je n’ai jamais reçu de visite de qui que ce soit, répliqua-t-elle. —   Est-ce vrai ? C’est ta réponse définitive ? insista-t-il. —   Absolument ! répondit-elle. —   Combien de lettres as-tu reçu ? demanda-t-il. —   Aucune, répondit-elle. —   Est-ce que tu as de la famille ? demanda le policier. —   Non, je n’ai personne. Ma mère, avec qui je vivais, est déjà morte et Zineb, notre servante, à ce qu’on raconte, s’est suicidée en se jetant dans le fleuve. A part ces deux là, je ne connais personne d’autre. —   C’est dommage que tu nie la vérité, dit le policier. —   Je ne nie rien qui vaille. Mes réponses sont justes. Vous pouvez les vérifier. —   Nous connaissons notre travail. Tu n’es pas tenue à nous dicter ce qu’on doit faire ou ne pas faire, cria le policier —   Je ne suis pas habilitée à donner des conseils, dit-elle. —   Si tu ne veux pas nous dire sur ces deux hommes, tu seras considérée comme étant leur complice, tu comprends. —   En quoi au juste je serai complice à des gens que je ne connais pas. —   Sois sûre que ces deux gaillards vont dire le contraire de ce que tu nous racontes et tu seras complètement démentie. —   Najat ne supporta plus cet interrogatoire. Elle se mit à crier en demandant aux flics sur un ton plein de rage : —   Allez-vous-en ! Laissez-moi tranquille. Je n’ai pas la tête à vos questions. Le médecin, accompagné de deux infirmières, qui effectue des contrôles sur ses malades, demanda aux policiers : —   S’il vous plait, messieurs, sortez de cette chambre, ma patiente n’est pas encore en mesure de répondre à toutes vos questions. Laissez-la se reposer et venez une autre fois. La situation n’est pas opportune. —   Excusez-nous Docteur ! Nous sommes en train de faire notre travail. Vous avez intérêt à nous laisser continuer notre interrogatoire. —   Détrompez-vous, messieurs, ici c’est qui suis responsable, je vous prie de quitter immédiatement cette chambre sans quoi je serai dans l’obligation de contacter le substitut du procureur pour l’informer de votre conduite agressive vis-à-vis d’une patiente qui se trouve dans état de santé critique. —   Ne soyez pas dur envers nous, Docteur, parce qu’il s’agit d’un travail urgent qui ne fait pas attendre. Mais puisque, tu ne nous laisses pas terminer notre enquête, nous rendrons compte à notre chef. —   Faites ce que vous voulez, mais quittez d’abord cet hôpital, je vous en prie. Je ne vais pas vous laisser importuner cette femme qui ne s’est pas encore remise de son traumatisme. —   Nous n’importunons personne. Vous vous trompez, Docteur. Vous vous interdisez de collaborer avec la police purement et simplement.                        —   Prenez-le comme vous voulez, lança le médecin.  Les deux policiers ont obtempéré aux injonctions du médecin et sortirent, sans atermoyer, de la chambre de la patiente.      Dès qu’il a été informé par Jamila, sa nièce, Driss le cafetier s’est rendu à l’hôpital pour s’enquérir de l’état de santé de Najat. Ni Meriem ni ses filles n’étaient au courant de sa visite rendue à celle qu’il considérait comme son ex-femme. Quand il entra dans sa chambre, elle était endormie et sa respiration plus ou moins haletante brisait le silence qui régnait dans la chambre. Il s’approcha d’elle jusqu’au se tenir à son chevet. Il regarda avec attention tout son corps et en particulier ses deux jambes qui ont été criblées de balles traceuses. Il n’a pas pu s’empêcher de lui poser la paume de la main droite sur le front qui suait. Elle ouvrit les yeux et le regarda d’un air stupéfait. Elle pensa qu’il est venu uniquement pour prendre sa revanche sur elle  et lui demanda d’une voix faible : —   Ne me tues pas, vas-t-en, sors de ma chambre. —   Du calme, Najat, je suis là pour m’enquérir de ton état de santé. Ne crois pas que je vais te faire du mal. Tu étais mon épouse et avant de l’être, tu étais l’infirmière qui avait pris soin de moi quand j’ai été hospitalisé deux fois, mais, bien que  tu aies  voulu m’étouffer lors de mon dernier infarctus, j’ai de la peine à supporter tout ce qui vient de t’arriver. Cela me fait mal au cœur  de te voir faire l’objet de ce genre d’esclandre. —   Excuse-moi de m’être trompée lourdement sur ton compte, dit-elle, en poussant, toute haletante, un soupir chargé de regrets et de remords. Je ne savais pas que tu allais si vite oublier le mal que je t’ai causé. Je reconnais amèrement que j’étais une vraie scélérate et je m’en veux beaucoup d’avoir été ainsi. —   Oublie ce qui s’est passé entre nous et pense maintenant à ta guérison. Je me suis marié avec toi parce que je t’aimais. J’ai toujours souhaité que tu sois la femme qui m’apporte un peu plus de bonheur. Malheureusement tous souhaits ont été voués à l’échec et je n’ai récolté en guise de résultat que de la déception. Je mettais toujours ta personne en avant et te considérais comme mon capital le plus précieux. Effectivement, je m’attendais à ce que tu me donnes un fils et pour éviter de me chagriner, tu as fait des mains et des pieds pour m’en présenter un qui n’était pas de mon propre sang de mari. —   Mon intention n’était pas mauvaise. J’ai seulement agi de la sorte pour te donner une nouvelle image de marque et te rendre ta crédibilité d’homme capable d’enfanter aussi des garçons. Mais, c’était mal parti et me voilà en train de subir les conséquences de mes bêtises insensées et de mes insanités d’une idiote. Tout cela s’est retourné contre moi parce que  je me suis jetée aveuglément dans le creux de la vague. —   J’admets que l’erreur est humaine, mais la votre n’est pas une erreur. C’est plutôt une ânerie, voire un crime que toute femme douée d’un tant soit peu d’esprit de lucidité et de discernement n’aurait dû commettre pour sauver un mariage d’intérêt. —   Mon mariage avec toi, avoua-t-elle, était bel et bien basé sur l’intérêt plutôt que sur l’amour et je pense que la chose la mieux partagée pour toute femme, c’est le désir de pouvoir se marier avec un homme nanti susceptible de lui permettre de mener une vie luxueuse qui ne souffre d’aucun manque. —  Bien qu’on dise  qu’une faute avouée est à moitié pardonnée, dit-il, moi, je te pardonne totalement toutes tes fautes et les considère comme nulles et non avenues. C’est en me comportant de la sorte à ton égard que je me sens non perdant au moins  en matière d’empathie et de bienveillance. La situation dans laquelle tu te trouves maintenant m’adoucit le cœur et me rend responsable en quelque sorte de ton mauvais sort. J’en veux aussi et beaucoup plus à ma femme Meriem qui m’a poussé à me marier une seconde fois. J’aurai dû temporiser et réfléchir suffisamment avant d’entreprendre quoi que ce soit. Il m’arrive souvent de répéter que si ce n’est pas moi, qui t’avais cherchée, tu n’aurais pas arrivé au stade dans lequel ta vie se déroule maintenant. C’est à cause de moi que tu as perdu ton statut d’infirmière et suivi par la suite un nouveau mode de vie qui ne correspond nullement à la personne que tu étais. C’est dommage que les choses aient pris de mauvaises tournures à notre corps défendant. Patauger dans l’extravagance ne s’apparente pas avec le genre de femme que tu incarnais. —   Epargne-toi ces regrets, dit-elle. Je suis maintenant devant le fait accompli et je dois répondre devant la justice de toutes les accusations dont je fais l’objet. Tu n’es pas sans savoir qu’on m’inculpe dans une affaire de meurtre en plus d’autres incriminations. Ma vie est déjà f****e en l’air et le fait de me mettre à pleurnicher, comme une madeleine, s’avère déjà  comme une peine perdue, puisque cette façon de faire  ne va en aucun cas  arranger les choses à mon bénéfice. —   Ce que je peux, en l’occurrence, faire pour toi afin de te rendre la pareille à tout le moins, c’est te garantir une meilleure défense et pour ce faire, je te promets que je vais te trouver deux meilleurs avocats qui prendront en charge ta défense pour que tu sortes acquittée de toutes les accusations. —   Je ne puis que te remercier de me soutenir dans ces conditions difficiles que je suis en train de traverser maintenant. Je salue du fin fond de mon cœur ce coup de main qui va me rendre sûrement  ma confiance et préserver en moi le peu de dignité qui me reste. —   Ne me remercie pas, dit-il, c’est pour moi un devoir de me porter à ton secours. Compte sur moi. Je vais en toucher un mot à Jamila pour qu’elle  prenne soin de toi. —   Elle est déjà venue me voir, dit-elle. J’en suis très contente. —   C’est un bon geste de sa part, dit-il. L’inimitié n’a plus droit de cité dans les cœurs plus ou moins blessés quand on sait à présent que celui de celle qui était notre rivale l’est d’autant plus. Eu égard à ce que tu vis aujourd’hui, je me mets en devoir de passer l’éponge sur les mauvais souvenir que j’ai gardé sur toi. Je ne te reproche plus rien et te souhaite un peu plus de force et de patience pour que tu puisses surmonter ces épreuves difficiles que tu traverses en ces instants. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi et j’y répondrai sans tarder. —   Merci beaucoup pour votre empathie, dit-elle. —   Ne me remercie pas, dit-il. C’est un devoir moral avant tout. Je te laisse ! A bientôt ! —   A bientôt, dit Najat en poussant un long soupir chargé de rage et de mélancolie.                               CHAPITRE XXIII                 Les voisins de palier sont revenus dans leur appartement. Jamila et son mari se souciaient beaucoup de les avoir vus revenir. Samar, la femme de ménage les informa aussi bien sur la disparition de Zaki que sur la paralysie de sa mère provoquée par cet événement malheureux. La femme étrange qui aime beaucoup cet enfant a promis à Samar qu’elle viendrait voir Jamila pour lui présenter ses respects à propos de ce coup de mauvais sort qui l’avait frappée de plein fouet. Dès qu’elle s’est assurée du retour de Jamila à la maison, elle frappa à la porte, son mari l’accompagna.  —   Samar, va ouvrir, demanda à sa femme de ménage sans prendre la peine de s’interroger sur  ce qui peut être.  Cette dernière s’exécuta sans tarder. Dès que le couple apparait dans le vestibule, Jamila demanda : —   C’est qui alors ? Et Samar de répondre : —   Ce sont nos voisins du palier, lança-t-elle d’un air souriant. —   Bonjour madame ! Nous sommes vos voisins de palier. Nous sommes venus vous voir, toi et ton mari,  pour vous présenter notre sincère désolation sur ce qui vient de vous arriver. Nous en sommes très touchés au fin fond de notre cœur. Permettez-moi de vous avouer que j’aime beaucoup votre fils Zaki. Quand je le vois, je me rappelle mon seul et unique petit enfant qui s’est fait tué, il y a à peine une année, dans un accident de la circulation. Son père et moi sommes le plus souvent attristés de l’avoir perdu. C’est pour cette raison, madame que je me suis attachée à Zaki en qui je vois beaucoup de ressemblance avec mon défunt bambin. Je dirai même  qu’ils sont presque identiques comme deux gouttes d’eau. —   Moi aussi, je suis désolée, madame, dit Jamila. Excuse-moi de m’être trompée sur votre compte. Je m’en veux beaucoup de m’avoir mal renseignée sur vous. —   Dorénavant, tu vas me connaître mieux. Je ne suis pas celle dont  certains voisins pensent. Mon mari et moi sommes deux cadres et nous travaillons pour une entreprise d’import-export. Il est le fils unique d’une mère décédée, il y a longtemps. Nous habitons toujours ici et pouvons nous absenter de temps en temps pour raison de service. —   On nous a dit que vous avez emménagé, dit Jamila et que vous ne retournez plus ici. —   Ce n’est pas vrai, dit la femme dont Jamila ignore encore le nom. —   Je crois que nous devrons nous présenter l’une à l’autre pour pouvoir nous appeler par les noms. —  Tout-à-fait, moi, je m’appelle Bouchra et mon mari s’appelle Zakaria. —   Et moi, je m’appelle Jamila et mon mari s’appelle Farid. Nous sommes tous les deux infirmiers et comme vous le voyez, nous avons une fille et un garçon que nous aimons beaucoup plus. Et Samar, c’est notre femme de ménage. Je crois que tu la connais. Je sais qu’elle vient toujours chez toi pour te donner un coup de main. Elle m’a parlé beaucoup de votre générosité et moi à vrai dire, je ne l’ai pas crue. Mais maintenant, je pense que nos relations de voisinage vont prendre d’autres dimensions. —   C’est ce que je pense, moi aussi. Nous allons devenir de bonnes voisines. Mais dis-moi, qu’a-t-il arrivé à Zaki ? demanda Bouchra. —   Il a disparu presque un mois et nous avons cru qu’il a été enlevé. Mais ce n’était pas le cas. Il a seulement été amené dans une fête d’anniversaire par je ne sais qui et Samar l’a retrouvé en fin de compte en train de jouer près d’un groupe d’enfants dans le quartier qui se trouve près du parc où Samar l’a amené avec Samia, notre fille. —   Et pourquoi Samar ne s’est-elle pas occupée d’eux comme il se doit ? —   J’ai commis la grande bêtise de ma vie de les avoir laissés livrés à eux-mêmes en pensant que rien ne leur arrive, en me disant à tort que puisque ils jouaient avec d’autres enfants sous les yeux de leurs parents, rien ne pourra leur arriver. C’est une faute qui ne devra plus se répéter. —   Une négligence est toujours payante, dit Bouchra d’un air plein de regrets. Ce qui est arrivé à mon fils est à l’origine d’imprudence commis par notre nounou qui l’a laissé seul dans la rue au moment où elle discutait avec quelqu’un de sa famille. Il demeure irremplaçable et le pire c’est que je n’enfante plus à cause d’une maladie dont j’ai souffert au niveau de l’utérus et que je ne peux pas vous expliquer en détail.   —   C’est dommage ! tu es d’une beauté plantureuse et ton état de santé ne fait pas penser de prime abord à ce que tu viens de dire. Les apparences, comme on dit, sont trompeuses. Cependant, rien ne laisse à croire que les vôtres le sont vraiment. —   Il ne faut jamais juger un livre par sa couverture, dit Bouchra. En prendre connaissance du contenu est toujours nécessaire. —   Tu as raison, dit Jamila. Le premier jour où il m’a été donné de te croiser dans les escaliers, je t’ai mal jugée et ma méfiance émotive l’a emporté sur ma raison. Je suis même allée jusqu’à interdire à Samar de te laisser t’approcher de mes enfants. C’est la pire des choses qui m’ait arrivée et je le regrette amèrement. —   Il arrive à nous, tous parfois, de laisser nos  émotions et  impressions prendre le dessus sur notre  raison, dit Bouchra, en regardant fixement Jamila comme si elle voulait lire véritablement et pour la première fois tous les traits de son caractère. —   A vrai dire, avoua Jamila, je n’ai jamais voulu m’inscrire en faux contre le comportement des gens, de quelque nature que ce soit, et ne suis en aucun cas ni  antipathique ni pathétique.  Je te crois sur parole, dit Bouchra. Ta franchise est claire et nette comme l’eau de roche. J’apprécie bien le type de personne que tu es. La prudence suppose au préalable des précautions bien     —  définies avant de  poser le pied dans un terrain de jeu de quelque nature que ce soit. —   Moi, aussi, j’apprécie de même votre amabilité d’avoir pris l’initiative de 
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