que l’enfant a été retrouvé par Samar qui va le ramener tout de suite à la maison. Avant de terminer ses phrases lancées à la hâte, Samar frappa fortement à la porte, on l’ouvrit et l’enfant se dirigea directement vers sa mère planquée dans le fauteuil roulant, se redressa en criant fort :
— Mon enfant ! Mon enfant ! Oh ! Mon Dieu.
Elle le prit dans ses bras, l’embrassa, l’étreignit et se mit à pleurer de joie et tout le monde éclata en sanglot. Le choc est dépassé grâce aux efforts et la persévérance de Samar qui a réussi à réparer sa faute. L’information se propagea entre les habitants du bâtiment et tout le monde accourut vers Jamila pour la féliciter d’avoir retrouvé son enfant et de s’être remise de sa paralysie. Driss, ses filles, Radia et Allal était là et la discussion tournait autour de cette disparition inconcevable.
— L’enfant n’a pas été enlevé, lança Samar.
— Comment oses-tu dire qu’il n’a pas été enlevé ? cria Allal.
— Moi, aussi, je ne crois pas à cette histoire d’enlèvement, ajouta Meriem.
— Si c’était un enlèvement, les ravisseurs, auraient demandé la rançon pour le libérer. C’est juste un malentendu, dit Samar.
— Peut-être, dit Driss. Un garçonnet peut toujours n’en faire qu’à sa tête et suivre ses instincts.
— Oui, c’est vrai, vous avez raison, monsieur Driss. C’est grâce à une fillette éveillée qui m’a aidée à suivre les traces de Zaki que j’ai retrouvé près d’un panel d’enfants qui jouaient non loin de leur maison. Quelqu’un l’a amené, m’a-t-elle dit, à un anniversaire organisé dans une maison dont les locataires viennent de déménager sans laisser de trace. Un vieil homme m’a dit que ce sont des infirmiers, mais la fillette l’a démenti.
— Je te suis très reconnaissante, Samar, lança Jamila qui se remit à articuler ses mots. Je me suis trompée lourdement sur ton compte. Fais-moi le plaisir de reconnaître que l’erreur est humaine sans quoi je demeure toute bouleversée. Souvent il nous arrive, à tous, de nous tromper de jugement au risque de nuire purement et simplement à autrui.
— J’aime tes enfants, comme les miens et cet amour va jusqu’à la moelle des os. Cette femme que tu hais n’est pas celle que tu penses. Elle est généreuse et bienveillante et c’est elle qui acheté la bicyclette au concierge pour lui faciliter ses déplacements. Elle aime beaucoup Zaki et Samia et vu sa gentillesse et sa sympathie, je ne pense pas qu’elle est antipathique et désagréable.
— Et même Najat qui a toujours la police à ses trousses, je ne crois pas qu’elle soit derrière la disparition de Zaki. Ces derniers, elle ne donne plus aucun signe de vie. La police la cherche partout. Elle est toujours inculpée dans cette affaire de meurtre de cet ivrogne retrouvé mort assassiné à coups de pierre au dépotoir. Ma mère m’a dit que c’était sa servante Zineb qui l’avait tué pour libérer Najat que cet homme avait essayé de v****r.
— Et qu’en est-il de Zineb ? demanda Meriem.
— Elle s’est déjà suicidée en se jetant dans le fleuve et ce pour ne pas passer le restant de sa vie à moisir dans la prison, répondit Allal.
— Et qu’en est-il de la fille de Najat ? demanda Lina ?
— On ignore encore son sort, répondit Allal qui n’en sait rien.
— Et ta mère, comment va-t-elle ? demanda Meriem.
— Elle va bien, répondit Allal.
— Elle continue toujours à travailler à cet orphelinat ? demanda Driss.
— Absolument, elle s’y est habituée. Elle prend sa vie en main et paye son loyer à temps. Je la vois de temps en temps et nous parlions de tout sauf de cette petite. A chaque fois qu’elle veut évoquer son nom, je l’empêche d’en faire un sujet à discussion. Ce n’est pas sa fille. Elle a une mère. Mais je ne sais pas si c’est elle qui l’a enlevée où son père biologique. L’autre fois, le vendeur de cigarette au détail, m’en a parlée, mais à bâton rompu et je compte le revoir pour enquêter à ma façon sur le devenir de cette fille.
CHAPITRE XVIII
Au téléviseur allumé dans le salon où tout le monde était installé, on en vint d’annoncer :
« L’ex infirmière, connue sous le nom de Najat la barmaid vient d’être arrêtée au large de la méditerranée, avec un groupe de candidats à l’émigration clandestine, qui était à bord d’un bateau pneumatique, interceptée par les éléments de la marine de surveillance. L’accusée du meurtre du clochard du dépotoir sera présentée devant la justice pour répondre aux faits reprochés. Les témoins de cette affaire seront présents et cités le jour de l’audience. »
Tout le monde a été surpris d’avoir entendu la nouvelle et chacun se mit à commenter son arrestation en louant les efforts de la police qui a réussi en fin de compte à lui mettre le grappin dessus. Et Driss, son ex-mari, avait de l’empathie pour elle et aurait aimé que cette ne soit pas impliquée dans le meurtre de cet homme. Il regretta amèrement le résultat de ses incartades. Mais le reste des membres de la famille souhaitèrent à ce qu’elle écopera du maximum pour payer ses fautes. Jamila demanda à ce qu’on changea de sujet pour se concentrer sur les circonstances dans lesquelles Zaki a disparu. Elle demanda à son mari de se rendre au poste de police pour l’informer que son fils est retrouvé dans le quartier voisin du parc d’où il a disparu. Farid demanda à Samar de l’y accompagner. Ils se dirigèrent, séance tenante, vers le commissariat. Ils demandèrent à voir le chargé du dossier. On les faisait entrer dans le bureau et le policier lança :
— Quoi de neuf ? Installez-vous d’abord et dites-moi ce que vous avez derrière la tête.
— Samar, notre bonne, vient de retrouver mon fils Zaki, porté disparu il y a presque un mois, dit Farid.
— Oui, la police est au courant de cette affaire qu’elle considère comme un enlèvement et elle ne ménage aucun effort pour mettre la main sur les ravisseurs.
— Mais, moi, je l’ai retrouvé le quartier avoisinant le parc où il jouait le jour de sa disparition, lança Samar.
— Même si vous l’avez trouvé, l’affaire n’est pas encore résolue pour nous. Les criminels doivent payer le prix de leur acte. Tous les moyens d’investigation sont mobilisés pour démanteler ce réseau qui sème la terreur et la peur dans les esprits des parents. Mais, dis donc ! comment, toi, tu as pu retrouver cet enfant puisque tu es la seule responsable de sa disparition ?
— C’est pour me racheter auprès de ses parents que je me suis mise à le chercher et grâce à la volonté divine, j’ai réussi à le localiser.
— Raconte-moi comment tu as procédé et avec l’aide de qui tu as pu découvrir sa position.
Samar se mit à raconter au policier toutes les étapes de sa recherche et indiqua en fin de compte l’adresse de la maison où s’est déroulée la fête d’anniversaire où l’on a amené Zaki.
— Maintenant que votre bonne m’a mis au courant de la situation de votre enfant, vous pouvez disposer. Je vous félicite d’avoir retrouvé cet enfant.
— Merci pour votre aide, lança Farid en quittant le bureau du policier avec sa bonne qui le suit d’un air fier et souriant comme si elle voulait montrer aux autres que c’est grâce à elle que le problème de disparition de cet enfant a été résolu sans la moindre intervention policière. Et dorénavant, elle a toutes les raisons de raconter ce qu’elle considère comme étant un exploit à toutes les commères du voisinage.
CHAPITRE XIX
Allal décida de résoudre le problème d’enlèvement de cette fille adoptive que l’on a arrachée à sa mère dans ses propres bras. Il se dirigea à bord d’un taxi vers le quartier où résidait Najat. Il passa directement à l’endroit où se tenait d’habitude le vendeur de cigarettes au détail, mais il ne l’a pas trouvé. Il interrogea quelques gardiens de voiture sur sa situation et on lui a dit qu’il est six pieds sous terre. Il s’est fait écrasé par une voiture conduite par un chauffard qui roulait en trombe, au moment où il était en train de traverser la rue. Allal s’indigna beaucoup et au point de ne pas pu cacher ses sentiments de tristesse et de consternation pour ce pauvre homme qui lui a rendu un grand service le jour où il cherchait sa mère qui a été portée disparue. Il s’est donné un mal de chien pour découvrir la maison exacte du père géniteur de la fille de Najat, mais il n’a pas réussi à dénicher le moindre renseignement qui vaille à son sujet. Peut-être, lui disait-on, il a déménagé dans une autre ville pour raison de service. Il retourna sur ses pas et passa directement à la garçonnière où habite sa mère. Elle l’a trouva toute attristée et de grosses larmes jaillissaient sur son visage, les cheveux ébouriffés et l’expression de misère apparaissant à l’évidence. Sans s’attarder de savoir ce qui la prenait, elle lui demanda à brûle pourpoint :
— Qu’est ce qui ne va pas, je te trouve toute blafarde avec les lèvres exangues comme si tu viens de recevoir un coup de massue sur le crâne.
— Effectivement, je viens de subir une autre déception. On m’a chassée de l’orphelinat ?
— Pourquoi alors ? demanda-t-il d’un air pressé.
— Parce qu’on m’a surpris en train de faire le mur pour fuir ma petite fille que j’ai rencontrée par hasard au préau de cet établissement.
— Que fait-elle là, cette fille ? demanda-t-il.
— Je n’en sais rien. On a voulu appeler la police pour m’arrêter ; je leur ai beau expliquer que cette fille est mienne et que je l’ai récupérée du dépotoir le jour où sa mère a voulu s’en débarrasser, personne ne voulait écouter ma version en me traitant de folle et psychopathe. Le responsable de l’orphelinat a donné ses ordres à ses subordonnés pour qu’ils me chassent à coups de bâton. Maintenant, j’ai perdu toutes les chances de garder mon travail ou de récupérer ma fille.
— Tu ne veux absolument pas comprendre que cette fille n’est la tienne. Comprends-le une fois pour toutes. Que vas-tu faire maintenant ? Revenir à la poubelle des voisines pour y fourrer la tête et humer l’odeur nauséabonde et dégoûtante ?
— Cherche-moi un autre travail si tu veux que je ne fouille pas dans les poubelles, demanda-t-elle.
— Tu n’as pas honte, ma petite mère de me faire ce chantage. Tu ne veux plus te départir de tes mauvaises habitudes, cria-t-il, l’air irrité et mélancolique. N’oublie pas que tu vas comparaître devant le tribunal lors de la prochaine audience, en tant que témoin oculaire dans l’affaire du meurtre. On vient d’arrêter Najat au large de la mer. Elle a failli l’échapper belle, mais le groupe avec qui elle se trouvait à bord n’a pas réussi à tromper la vigilance des marins de surveillance. Attends-moi, je vais voir avec le directeur pour tirer cette affaire au clair.
— Fais ce que tu peux faire pour qu’ils me rendent ma fille, marmonna-t-elle d’une voix rauque.
— Cesse de me casser les pieds avec l’histoire banale de cette fille abandonnée que tu considères comme étant ta vraie fille. Si tu continues à me donner du fil à retordre, je prends mes distances sans idée de retour. Je te montre le vrai chemin, mais toi, tu ne l’a jamais suivi de façon constante.
— J’ai beaucoup aimé cette fille depuis l’instant où je l’ai ramassée de la poubelle. Mes sentiments sont plus forts que tu le penses et si tu continues de me menacer ainsi, je me rendrai à la police pour me plaindre de ce qui vient de m’arriver.
— Calme-toi, demanda-t-il à sa mère qui commença à divaguer sans retenue. Laisse-moi le temps de m’occuper de cette affaire de renvoi.
— Fais ce qui te semble bon, dit-elle, moi, je ne suis pas du tout dans mon assiette et j’envisage la possibilité d’aller faire la manche pour gagner de l’argent facile plutôt que de laisser sans que ces ronds de cuir de l’orphelinat me maltraiter comme une esclave. Tu dois savoir que depuis le jour où j’ai mis les pieds là-bas, on ne cessait de me traiter de fouineuse et de folle.
— Peux-tu dire au moins le nom de ces gens, demanda-t-il.
— C’est inutile de te le dire parce que tu ne peux rien contre eux.
— Tu m’offenses avec tes gémissements répétés que rien au monde ne peut calmer. Va doucher pour reprendre tes esprits. Mois, je vais sortir tout de suite.
CHAPITRE XX
Allal tira une cigarette de sa poche, la porta à ses lèvres, l’alluma à la flamme de son briquet, d’un geste rapide et machinale. Il en tira une bouffée et envoya des ronds de fumée vers le plafond. Pour extérioriser son chagrin et sa peine, il souffla violemment et à répétition tout en soupirant de rage. Mit son petit sac en bandoulière et se dirigea vers le pas de la porte. Il s’arrêta là quelques instants. D’un air pensif et plein de tristesse et de mélancolie, il passa légèrement sa main droite sur ses cheveux et prit le temps nécessaire de se gratter la tête avec le bout des doigts comme s’il cherchait une réponse à des questions qui le démangeaient. Il se sentait tout éreinté et incapable de supporter encore le poids du malheur que sa mère ne cessait guère de lui occasionner. Plusieurs idées lui passèrent rapidement par la tête, mais son esprit ne s’en est focalisé sur aucune. Pour ne pas sombrer dans la déception et le désespoir, il reprit ses forces et se mit si vite à chasser avec une nouvelle énergie le flot de sentiments de passivité et de flegme qui ont failli l’accabler et immobiliser son dynamisme. Il ferma la porte et non loin de la maison de sa mère, il héla un taxi qui le déposa devant l’entrée de l’orphelinat. Après avoir fumé une autre cigarette pour se rafraîchir les idées et prendre le temps nécessaire d’aligner ses phrases, il demanda à voir le responsable de cet établissement. Un agent de sécurité l’annonça et l’on accepta de le recevoir. Dès qu’il fit son apparition, le directeur qui lisait son courrier administratif leva la tête et lui demanda de vouloir s’installer sur le canapé d’en face. Avec cet accueil qui n’en manquait pas de considération et de bonhomie, Allal se sentit tellement honoré qu’il reprit si vite confiance en lui
— Vous voulez me voir, monsieur ? lança à brûle pourpoint le directeur.
— Tout à fait monsieur le directeur, répondit Allal poliment pour l’assouplir, le rendre disponible un peu plus et le rallier à sa cause.
— Au sujet de quoi ? demande-t-il.
— Au sujet d’une femme qui a été recommandée pour travailler ici comme femme de ménage.
— Tu dis recommandée ?
— Oui, monsieur le directeur, répondit Allal en croyant que c’est le même directeur.
— Par qui ? demanda le directeur.
— Par Driss, le cafetier qui est mon beau-père.
— Ici, chez nous personne ne recommande personne, détrompe-toi, tu fais erreur, haussa-t-il le ton pour remettre Allal à sa place. Si vous êtes tous habitués à faire ce genre de démarches avec ce directeur qu’on vient de relever de ses fonctions, la règle du jeu a changé et vous avez intérêt à garder vos secrets pour vous. Veux-tu entrer maintenant dans le vif du sujet. Je ne peux pas t’accorder plus de temps qu’il n’en faut.
— Ok, monsieur le directeur ! dit-il. Ma mère travaille ici depuis plusieurs mois et elle n’a jamais fait l’objet de remarques concernant sa conduite et le travail fourni.
— Sur ce chapitre, je suis intransigeant et je ne permets à personne de badiner avec le règlement qui régit cet établissement.
— Avant d’être employée dans vos services, elle a découvert un jour qu’elle marchait près du dépotoir sauvage, un nouveau-né abandonnée par sa mère. Par affection et amour maternel, elle l’a ramassée et l’amenée à la maison pour l’adopter et prendre soin d’elle. Mais, quand sa mère, qui a échoué dans un mariage d’intérêt, a regretté son acte de l’avoir abandonnée, elle l’a enlevée de la maison de ma mère.
— Que voulez-vous insinuer par mariage d’intérêt ? demanda le directeur.
— C’est une longue histoire, monsieur le directeur et je ne veux pas l’évoquer maintenant.
— Ok, continue.
Ces derniers temps ma mère s’est rendue compte que sa fille adoptive se trouve parmi les filles et les enfants vivant à l’orphelinat. Quand elle commence à s’approcher d’elle pour lui parler, les autres femmes de ménage l’ont dénoncée et on l’a renvoyée sur le champ et ce sans lui donner aucune explication qui vaille.— Et toi, tu connais cette fille ? demanda le directeur.
— Oui, Je la connais et si vous voulez bien me rassembler toutes les filles, je suis capable de l’identifier sans peine.
— Mais, la femme de ménage qui travaille avec ta mère m’a raconté d’autres choses sur elle.
— Comme quoi, monsieur le directeur ? demanda Allal en croisant les bras.
— Ce n’est pas important que je le répète, dit le directeur qui appuya par un coup de pied sur sa sonnerie placé en dessous de son bureau. Quand un portier apparaît, il lui ordonna de rassembler toutes les filles dans la cours.
Après quelques minutes le directeur se releva et Allal se mit debout et en sortant du bureau, ils se dirigèrent directement vers les filles rassemblées en cercle. Allal, à l’acuité visuelle très performante, a posé la main sur la fille adoptive en faisant signe au directeur qui a compris le message. Toutes les filles ont été remontées dans leur chambre à l’exception de celle dont il est question. Le directeur, suivi d’Allal, l’a ramenée au bureau pour lui poser quelques questions et vérifier les dires d’Allal et de sa mère :
— Dis-moi, ma petite, connais-tu cet homme ?
La petite le fixa avec un regard scrutateur et se mit à pleurer en versant de grosses larmes comme si elle se sentait frustrée ou amputées d’une partie de son corps angélique. Le directeur, manifestement surpris, la rassura en usant d’un langage paternel. Il lui reposa la question autrement et la fille de répondre :
— Oui, c’est…c’est…mon…mon…frère, répondit la fille à la manière d’un gamin en cours d’initiation aux rudiments langagiers.
Le directeur, pour s’enquérir de la situation de cette petite fille, demanda à ce qu’on lui apporta son dossier. La secrétaire le lui présenta. Avant de l’examiner, il lui demanda :
— Est-ce que tu connais l’histoire de cette fillette ?
— Oui, je me rappelle le jour où on l’a retrouvée devant le portail de l’orphelinat et puisque personne n’est venu la réclamer, notre établissement a jugé bon de la garder pour l’intégrer parmi nos enfants. Jusqu’à présent, on ne savait pas les circonstances exactes dans lesquelles elle a été amenée jusqu’au là. La police en a été d’ores et déjà mise au courant.
— Moi, je connais ses parents biologiques, lança Allal, et c’est sa mère qui l’a abandonnée dès qu’elle s’est aperçue que c’est une fille et elle s’est arrangée pour voler mon nouveau-né et annoncer à son mari, qui est mon beau père, qu’elle accouché d’un garçon parce que celui qui n’a que des filles avec sa première femme tablait beaucoup sur la naissance d’un bébé de sexe masculin et ça c’est grosso modo l’histoire de cette femme.
— Mais où est-elle maintenant cette criminelle ? demanda le directeur qui se mit à examiner le dossier de la fillette en prêtant simultanément attention à ce que dit Allal.
— Cette a disparu plusieurs mois sans donner aucun signe de vie. Mais maintenant, elle se trouve incarcérée. On l’a interceptée au large de la méditerranée en compagnie d’un groupe de candidats à l’émigration clandestine.
— Et le père où est-il passé ? demanda le directeur, l’air passionné par cette histoire étrange.
— Malheureusement, il a disparu lui aussi, répondit Allal, mais la police va sûrement l’arrêter pour répondre aux questions de la justice. Un jour quand j’étais en train de m’acheter quelques cigarettes auprès d’un vendeur au détail, je l’ai aperçu de loin se promener avec une fille dans les bras. Le vendeur de cigarettes m’en a parlé et on a convenu d’en discuter plus tard, mais lorsque je suis revenu ces derniers jours pour le retrouver, on m’a laissé entendre qu’un chauffard l’a écrasé avec sa voiture au moment où il traversait la rue.
— Et comment s’appelle la mère ? demanda le directeur, qui veut couper les cheveux en quatre pour pouvoir mettre à jour, à toute fin utile, tous les renseignements concernant la fillette.
— Elle s’appelle Najat et son histoire est intitulée « La Fleur Fanée » et si vous lisez ce qui a été écrit sur elle dans le livre I, vous en saurez plus.
— Et quelles sont les charges retenues contre elle ? demanda le directeur.
— Je pense que la police en sait plus que nous sur ce qui peut être retenu contre elle. A ce que je sache, les motifs se résument dans l’abandon de son nouveau-né dans la poubelle, l’inculpation dans une affaire de meurtre et l’émigration clandestine et que sait-on encore…
— De toutes les façons tout cela est du ressort de la justice. Elle est habilitée à trancher dans ce domaine, ajouta le directeur. Votre mère va reprendre son travail et je lui accorde le droit de voir sa petite fille et de l’amener chez elle pendant les vacances.
— Je vous suis très gré, monsieur le directeur, pour votre bonhomie inconditionnelle et votre compréhension.
— Ne me remercie pas ! dit-il, c’est notre devoir de remettre les choses à leur place, autant que faire se peut. Tu peux maintenant disposer.
Allal embrassa la petite du plus fort qu’il peut, salua le directeur d’un coup de bouc à la manière d’un soldat aguerri et bien discipliné et sorti du bureau du directeur, une expression de gaieté et de joie se pointa sur son visage. Il se félicita d’avoir réussi à savoir plaider la cause de sa mère qui s’est vraiment attachée à cette fillette. Pour aller rendre confiance à sa mère, il prit le premier qui vint et en l’espace de quelques minutes, il frappa fort à la porte. Quand sa mère l’ouvrit il se jeta sur elle et l’embrasser pour la féliciter d’avoir obtenu gain de cause. — Qu’est ce qui te prend, Allal, ça fait longtemps que tu ne m’as pas étreinte de cette façon. Dis-moi au juste ce que tu as derrière la tête.
— Attends que je reprenne mon souffle, ma petite maman. La grâce de Dieu est toujours de notre côté. Dès demain, tu vas reprendre ton travail et le directeur te donne le droit pour voir ta petite fille et lui donner de pleins bisous et encore plus, tu peux l’amener à la maison pendant les grandes vacances. Je lui ai expliqué toute l’histoire de cette fillette et il a été convaincu de la réalité des choses.
— Tiens ! Quelle bonne nouvelle ! Je suis aux anges maintenant, mon fils bien-aimé. Tu m’as toujours soutenue dans ce genre de situation difficile. Que Dieu te bénisse et soit maudite toute mère qui se permet d’abandonner son bébé de son propre gré et pour des raisons fantaisistes.
— Oublie tout ce qui t’arrive et prépare-toi, petite maman, pour reprendre tes activités de travail dès demain. Ta petite fille sera très contente de te voir à ses côtés, à longueur de la semaine. Elle doit être chanceuse en dépit du malheur qui l’a frappée aussitôt qu’elle est née.
— Exactement, mon fils. Maintenant, je dois me concentrer sur l’avenir de cette petite et si Dieu le veut, je lui ouvrirai un compte bancaire dans lequel, je déposerai autant que faire se peut une somme d’argent à son nom.
— Fais ce que tu peux faire, mais ne te lance pas aveuglément dans un projet pareil. Tu n’es pas si sûr que le père géniteur accepte que sa fille vive sous ta tutelle. Je te conseille de temporiser. Ce que tu peux faire, c’est de veiller à garder le contact avec elle et de lui avouer le moment venu que tu n’es pas sa mère biologique.
— Ok, mon fils, je ferai en sorte que tes conseils soient suivis à la lettre.
CHAPITRE XXI
Najat a été mise en cellule séparée avec quelques prisonnières de son genre. Toutes les gardiennes de la prison la traitaient avec respect et délicatesse et certaines d’entre elles apparemment corrompues jusqu’à la moelle des os ne ménageaient aucun effort pour répondre à ses besoins. Personne ne s’avisait de contrôler les cadeaux empaquetés que des expéditeurs inconnus lui envoyaient. Au sein de la prison, on la nommait la patronne et tout un chacun l’appelait ainsi. Les jours qu’elle pensait passer sont comptés sur les bouts des doigts. Ces acolytes suivaient pas à pas, instant par instant et au quotidien les conditions dans lesquelles se déroulait sa détention. Ils n’en finissaient pas de la rassurer que tôt ou tard, ils vont la sortir de là, avant même de passer devant le tribunal. Ils l’ont informée par des moyens discrets que toutes les dispositions pour son évasion ont été prises et qu’ils n’attendaient que le jour « j » pour mettre leur plan à exécution. Najat attendait ce jour avec impatience. Elle passait ses jours et nuits à échafauder des hypothèses concernant sa future vie, loin de son pays natal. Elle n’en cessait pas moins de remonter le passé et de s’arrêter sur toutes les bêtises qu’elle avait commise par un excès de zèle. Le visage de sa servante Zineb tout comme celui de sa fille, abandonnée par mauvaise fois, ne la quittaient guère. Elle s’en voulait trop d’avoir perdu son statut d’infirmière et s’être transformée en barmaid que le tenancier n’avait embauchée que sous réserve d’une seule condition. Elle se rappelle d’avoir été une femme légère qui a facilement cédé aux avances de celui qui se prenait pour son adulateur unique et absolu qui l’avait dominée de main de maître. Tout a commencé en l’espace d’une minute, se disait-elle, quand l’échancrure de mon corsage lui laissa la possibilité de jeter un regard furtif sur une partie de mes seins et dès qu’il m’a tirée vers lui, j’ai répondu avec enthousiasme à ses avances amoureuses. Dans ses étreintes, il ne différait en rien dans sa brutale concupiscence à un animal vorace et affamé. Après m’avoir froissée comme une fleur fanée, il s’est débarrassé de moi sans le moindre respect à ma féminité. Mais, ce que je n’ai pas pu oublier ajouta-t-elle, c’est ce jeudi noir, au dépotoir, où un sale ivrogne, pareil à un ours affamé, s’est jeté sur moi de toutes ses forces et m’a fait tomber sur un amas d’ordures pour me v****r. C’est à ce moment là que Zineb, ma servante, accourut vers moi comme une étoile filante et m’arracha des griffes sales de ce cannibale. Elle n’avait pas le choix de faire autrement que de lui asséner ce coup mortel. Que Dieu ait ton âme dans Sa Sainte Miséricorde et te pardonne ton acte de suicide, pria-t-elle. Najat est devenue tellement obsédée par le retour répétitif aux moments qu’elle a vécus en libertine sans jamais penser que le temps se retournera un jour contre elle. Toutes les marques de politesse et de gentillesse dont elle usait à l’égard des gens n’étaient que fallacieuses et forgées de toutes pièces. Tous les souvenirs du passé qu’elle entraînait derrière elle restaient gravés dans sa mémoire et ne la quittaient que de façon intermittente et non définitive. Elle souffrait le martyr et ne trouvait le sommeil que difficilement dans sa cellule. Les yeux mi-clos, elle ressassait, sans interruption aucune, le mauvais esprit dont elle usait en de multiples occasions, empaqueté sous l’étiquette d’empathie et bienveillance.
De temps en temps ses anges gardiens que sont ces femmes corrompues de la prison, faisaient des va et des vient pour veiller sur elle et lui passer les derniers messages parvenus de l’extérieur. L’une de celles-ci qui ne se séparait pas de sa cellule, engageait avec elle et en catimini de brèves conversations à propos de sa sortie de cet enfermement. Elle déverrouilla tout doucement la grille métallique, s’y infiltra et lui chuchota :
— Najat ! Est ce que tu es encore éveillée ?
— Oui, marmonna-t-elle, l’air courroucé. Je n’ai pas pu trouver le sommeil. Y a-t-il de nouveau ?
— Absolument, tes amis demandent toujours de tes nouvelles.
— Qu’y a-t-il de neuf ? demanda-t-elle.
— Ils sont en train d’envisager la possibilité de te faire sortir de là et te demande de patienter. — Comment dois-je patienter dans une cellule pareille ? demanda-t-elle en poussant un soupir plein de rage et d’amertume.
— A chaque chose son temps, n’épuise pas tes forces. Tout finira par s’arranger. Je suis à tes côtés. Considère-toi que même en prison tu es entre de bonnes mains et rien n’affectera ta tranquillité de vie carcérale.
— Je compte sur vous pour mon évasion, lança Najat, qui ne sait pas encore la manière dont elle va être libérée de la prison.
— Moi, je ne suis pas habituée à participer à l’organisation de l’évasion d’un ou plusieurs prisonniers, dit-elle. Mon rôle ne peut en aucun cas être joué au-delà de l’enceinte de la prison. Prendre le risque d’agir contre le règlement pénitencier peut m’amener à la pendaison. Ce service que je rends à tes acolytes pourrait au moins les convaincre de ma bonne foi d’avoir répondu à leurs