Chapitre 1.
Amour ou Pitié ?
Il est facile de confondre les deux. L'amour peut être défini de plusieurs manières, selon ce qu'a vécue une personne dans sa vie sentimentale. Mais la pitié n'est autre que le sentiment douloureux qu'on éprouve face aux souffrances d'autrui.
Et que reste-t-il quand la souffrance aura disparue ? Que reste-t-il une fois les plaies guéries ? Il n'est pas question d'amour dans ce cas puisqu'il n'y en avait jamais eu.
On peut avoir pitié d'une personne si elle souffre, mais si on enlève cette pitié, que reste-t-il à éprouver pour elle ?
Cela ne veut dire aucunement dire que l'amour, le vrai ne peut pas pas provenir d'une relation qui commence par la pitié. On doit retenir que l'amour est un oui sans pitié.
- Dimitri !?
L'eau qui coulait sous la douche réveilla Julia. Elle chercha à tâtons son téléphone. Il était presque six heures du matin.
- Oui, mon amour. Je t'écoute.
- Pourquoi ne m'as-tu pas réveillée ?
- J'en suis navré, ma chérie. Tu as eu une nuit mouvementée alors j'ai cru bon de te laisser dormir un peu.
Les souvenirs revenaient petit à petit. Oui, elle a eu de nombreux cauchemars cette nuit. Le même sous différentes formes.
- Et qu'allez-vous manger alors ? Tu penses que je vais rester allongée toute la journée à cause d'une nuit mouvementée ?
- Oui, Julia. Tu devrais t'allonger d'autant plus que ton état m'inquiète beaucoup. Tu cries dans ton sommeil. Nathan et moi mangerons du pain. Nul besoin de te déranger.
- J'ai crié ? Vraiment ? Ma mère paraplégique s'est toujours bien occupée de son foyer et moi donc qui suis en pleine forme je devrais en faire davantage. Je vais vous cuisiner quelque chose très rapidement.
Rejoignant le geste à la parole, elle sauta du lit et disposa une tenue pour son mari avant de se rendre dans la cuisine. Julia Raphaël était une femme dévouée, une battante, une femme toujours soucieuse du bien-être de son foyer. Elle s'est mariée à Dimitri François déjà quinze ans de cela. Ils ont un fils appelé Nathan.
- Bonjour, maman.
- Bonjour mon rayon de soleil. Ça va ?
- Oui, ça va. Et toi ?
- Ça va mon grand.
- Tu en es certaine maman ? J'ai cru que tu n'allais pas travailler aujourd'hui.
- Maman était très épuisée fiston donc j'avais besoin de quelques heures supplémentaires de sommeil pour récupérer.
- Je te le confirme.
- Hier j'ai arrangé tes uniformes pour la semaine. Va t'habiller et retourne vite manger. Je n'aime pas te voir en torse nu de si tôt.
- À vos ordres chère maman !
Un grand sourire se dessinait sur les lèvres de Julia. Ce garçon était l'incarnation du bonheur à ses yeux. Il avait les traits tirés de son père. La même démarche. Le plus grand cadeau que la vie lui ait offert. Quand elle le regardait, elle était fière de ce chef-d'oeuvre. Elle se souvenait de ce que la vie lui avait pris également. Mais bon vaut mieux se réjouir de ce qu'on a au lieu de se plaindre tous les jours de ce qu'on a perdu.
Elle voulait vraiment tourner la page. Cette page douloureuse. Mais malheureusement une partie d'elle voulait essayer à nouveau malgré tout le risque que ça engloberait. Elle voulait désespérément tenter le coup. Ce qui était impossible puisque Dimitri ne partageait pas son avis. Nathan lui suffisait, répétait-il incessamment.
Et pourquoi ce cauchemar lui revenait maintenant après treize ans ? Treize longues années. Julia avait un mari, un fils de treize ans, une maison, un travail. Elle est secrétaire dans un cabinet médical. Que pouvait-elle exiger de plus ? Elle semblait être comblée. Mais au fond, elle voulait désespérément une fille. La voix de son mari la ramena à la réalité.
- Julia !
- Oui, mon coeur.
- Tu termines à quelle heure aujourd'hui ?
- Je l'ignore. Je serai seule au Secrétariat car India, ma collègue a pris son congé annuel. Il me faudra tout gérer ce qui me prendra peut-être un peu plus de temps que d'habitude. Ce qui veut dire que je n'aurais peut-être pas le temps d'aller chercher Nathan après les cours.
- Je comprends. Je m'en occupe.
- Tu es un amour.
- Ah ! Oui. Uniquement pour ça ?
- Non, pour bien d'autres raisons encore. Viens, assieds-toi ! Je vais te servir à manger.
- Tu n'as pas à t'en faire chérie. Tu peux aller te baigner sinon tu nous donneras du retard. On doit sortir ensemble.
- D'accord. J'y vais. Nathan, où es-tu ? Je dois vraiment venir te chercher ?
- J'arrive, maman.
Une heure plus tard.
- Bonne journée, papa et maman !
- Bonne journée, champion !
- J'adore toujours ce petit moment, avoua Dimitri à sa femme.
- Et pourquoi donc ?
- J'aime quand on est ensemble tous les deux.
- Allons chéri, on aura tout notre temps. Je suis presqu'en retard.
- Tu m'embrasses et je démarre la voiture.
- Petit coquin !
Elle s'exécuta. Le trajet se fit en silence. Julia lisait un magazine tranquillement.
- Tu es arrivée à destination. Ne suis-je pas un bon conducteur ?
- Évidemment. Merci mon cœur. Bonne journée !
- Bonne journée ma belle. Je t'aime !
Comme tous les matins, Julia voulait répondre amoureusement à ces trois petits mots. Mais aujourd'hui, elle avait juste envie de riposter en disant : "Si tu m'aimes vraiment alors pourquoi ne pas me permettre d'avoir ce que je veux ?". Elle se ravisa ne voulant surtout pas faire une scène sur son lieu de travail. Ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour une dispute avec son mari. De toute évidence, Dimitri n'allait pas changer d'avis. Autant accepter les choses telles qu'elles étaient malgré le fait qu'une partie d'elle réclamait cela. Julia n'était pas folle, elle avait bien conscience de tout ça.
- Je t'aime aussi Dim. À plus tard ! Souviens toi de passer prendre Nathan à deux heures.
- Je le ferai chérie.
Combien de temps encore Julia aurait-elle la force de supporter tout ce cirque ? Elle l'ignorait. Elle n'était tout simplement pas heureuse. Dimitri a été son plus grand amour. Elle n'aurait jamais su qu'il pouvait lui imposer une décision aussi radicale. Elle était tellement perturbée lorsqu'elle avait perdue sa fille. Elle a passé des nuits à pleurer pour ensuite se prendre en main afin de s'occuper de son fils. Les jours ont été difficiles mais elle s'en était sortie avec le temps. Voilà que tout lui était revenu la veille.