Chapitre 3.

1458 Mots
Cela faisait déjà deux semaines depuis que le pire était passé. Du moins c'était ce que pensait Julia. Le professeur de maths de Nathan avait récupéré très rapidement de sa blessure lors de la fusillade et Nathan s'était retrouvé hors de son état dépressif. Ce qui était bon signe ! Après la pluie, vient le beau temps, dit un adage. Mais pourtant l'orage n'était même pas encore arrivé car il ne faisait que pleuvoir jusqu'à présent. - Julia, tu es certaine que ça va ? - Oui, India. J'ai seulement quelques vertiges mais j'encaisse. - Encore des cauchemars ? Une nuit mouvementée ? - Non, j'ai pu dormir un peu depuis quelques jours. C'est bon signe, non ? - Bien sûr. Mais tu dois tout de même songer à te faire ausculter et là-dessus je ne plaisante surtout pas. - Oui, très chère. Tu n'as vraiment pas à t'inquiéter. Et l'instant d'après Julia partit aux toilettes se rafraîchir le visage. Et là une violente nausée la saisit. Était-ce dû à son alimentation ? Elle ne sentit aucune douleur à l'estomac, ni à l'abdomen. Elle se sentait nerveuse. Ce n'était pas dans ses habitudes de renverser. Mais bon... Un dérèglement dans son organisme pouvait bien se produire alors il faudrait bien qu'elle se fasse vraiment ausculter les jours suivants. Elle se rafraîchit le visage et se dépêcha de retourner au Secrétariat quand un vertige l'en empêcha. Une nausée s'en suivit. Elle renversa tout le contenu de son estomac salissant alors son t-shirt orange de vomissures. Elle n'avait même pas le temps de paniquer et de s'inquiéter pour sa tenue puisque les heures qui suivent elle perdit toute connaissance. Elle était allongée là dans les toilettes réservées aux femmes de l'administration de l'hôpital. Sa tête contre le mur. La situation était compliquée, il semblerait que son corps ne voulait pas attendre un jour de plus pour se faire ausculter. - Mme Lindor ? - Oui, M. Richardson. - Mme François est venue ? J'aimerais lui parler. - Oui, elle est venue monsieur. Elle s'est déplacée. Je vais l'appeler tout de suite. - Je vous en remercie. Je l'attends dans mon bureau. India Lindor chercha partout mais il n'y avait aucune trace de Julia quand enfin elle songea à vérifier dans les toilettes. C'était la catastrophe ! Elle appela de l'aide et deux brancardiers du staff médical vinrent l'aider à soulever Julia. On l'emmena rapidement aux urgences. Dans sa panique, India prit le rôle d'une infirmière et enleva le t-shirt sale de Julia pour lui enfiler l'une des blouses destinées aux patients. À l'arrivée d'un docteur, il l'ausculta et ordonna à une infirmière de lui faire des prises de sang pour des test en particulier un test de grossesse. Quelques heures plus tard, Julia prit conscience de son entourage. - Qu'est-ce que... - Calmez-vous, madame, dit l'infirmière qui était à son chevet. Dr Figaro, Mme François s'est réveillée. - Bon retour parmi nous, Julia. Tu es restée quelques heures sans connaissance. - Dîtes-moi, docteur. Qu'est-ce qui m'arrive ? - À toi de me le dire, Julia. Comment ont été les jours précédents ? - J'ai connu mais ça va aller. Il y a deux semaines de cela, j'étais en proie à d'horribles cauchemars ce qui m'a beaucoup perturbé. - Est-ce ces cauchemars te prenaient tellement la tête au point de te faire oublier de prendre tes pilules ? - Euhh... Mes pilules ? Julia avait complètement oublié cette histoire de pilules. Un véritable fardeau ! Entre ses cauchemars incessants, son travail surchargé et l'état dépressif qu'a connu son fils, prendre ses pilules a été le cadet de ses soucis ces derniers jours. Elle réalisa à présent les conséquences. - Suis-je... - Oui. Tu es enceinte de deux semaines, Julia. - Non, docteur. Cela ne peut pas m'arriver, pas à moi. - C'est ce que je me disais. Cela ne devait pas t'arriver car cette grossesse peut te coûter ta vie et tu le sais bien. Ces derniers mots de la bouche du docteur ne surprirent pas Julia. Oui hormis le fait que Dimitri ne voulait pas d'un autre enfant, son corps n'était pas prêt pour ça non plus. Et c'était convenu quelle prenne des pilules contraceptives. Nathan, son fils est né d'une grossesse gémellaire. De faux jumeaux. Julia avait un fibrome dans l'utérus ce qui avait entraîné un retard de croissance des bébés, entraînant un décès de sa fille à six mois. Une fille qui n'avait jamais vu le jour. Julia a accouché par césarienne à trente-trois semaines sous anesthésie générale pour éviter le décès in utero de Nathan. Elle a eu une hémorragie interne mais heureusement ça a bien tourné. Et aujourd'hui son fils n'a aucune séquelle de sa prématurité. Alors Dimitri et elle avaient convenu que Nathan leur suffisait. Julia ne voulait pas protester en prenant conscience que sa vie était en jeu mais une partie d'elle voulait à tout prix avoir un autre bébé. Une fille. Voilà qu'aujourd'hui son plus grand désir s'était réalisé mais cela ne la réjouissait pas car elle a peur des réactions de son mari. Elle ne le faisait pas exprès. Elle était toujours soucieuse de prendre ses pilules. Des larmes lui ruissellaient la joue. Elle ne savait quoi penser. Elle aurait voulu ne pas affronter son mari. Elle était enceinte pour la deuxième fois et elle ne pouvait même se sentir heureuse. - Calme-toi, Julia. Ça va aller. Dimitri attend dehors. Il est très inquiet. Je peux l'inviter à rentrer ? Pour toute réponse, Julia pleura de nouveau. Qu'allait-elle devenir ? Qu'allait devenir sa vie ? Son foyer ? Et son fils dans tout ça ? Elle n'osait même pas l'imaginer. - Je veux voir India, murmura-t-elle. - Si tu préfères voir India, je comprends. Je vais l'appeler. Et le docteur quitta la pièce. India fit son entrée et prit Julia dans ses bras. Elle n'aimerait pas la voir dans cet état. Elle la consola de son mieux. Julia pouvait bien reculer son affront avec son mari mais elle ne pouvait aucunement empêcher cela. - Julia ? Ça va ? J'ai beaucoup paniqué quand l'hôpital m'a appelé tout à l'heure. Je t'avais pourtant dit de prendre un congé. Tu es toute pâle ces derniers jours. - Non. Ça ne va pas, Dimitri. - Tu as pleuré ma chérie ? Tes yeux sont... - Oui, j'ai pleuré. Le docteur ne t'a rien dit ? - Non. Je lui ai demandé le bilan de ton état, il m'a dit que je devais t'en parler car c'est ta responsabilité de me dire ce qui t'arrive. - Bien sûr. Je suis enceinte, Dimitri. Son mari qui était debout depuis tout ce temps s'assoit sur le bord du lit à l'écoute de cette phrase. - Tu es quoi ? Il était sous le choc. - Enceinte, Dimitri. Enceinte. C'est pourtant compréhensible, non ? - Mais comment est-ce possible ? Tu n'as pas pris tes pilules ? - Tu me demandes comment est-ce possible ? Tu oublies à présent comment se conçoivent les bébés ? Je te rappelle que nous avons tous les deux participé à cela. Tu veux toujours satisfaire tes envies sexuelles et tu me demandes comment est-ce possible. - Arrête-moi ça, Julia ! On s'était convenu que tu devais prendre tes pilules contraceptives sans pour autant enlever la partie de plaisir dans notre mariage. - Les parties de plaisir ont toujours des conséquences, tu devrais le savoir mon chéri. - Si je comprends bien, tu l'as fait exprès. N'est-ce pas ? - J'ai été soumise à toi pendant treize ans alors tu penses que c'est maintenant que j'allais te défier. Tu me connais très mal. Non je ne l'ai pas fait exprès. Entre mes cauchemars et la situation au travail, je n'ai pas songé à la pilule. - Bien sûr que tu n'aurais pas songé à la pilule. Mais que ce soit bien clair Julia, je ne prendrai pas la responsabilité de ce bébé d'ailleurs ton corps ne pourra pas assumer donc autant t'en débarrasser très tôt et surtout discrètement. - Tu t'entends parler ? Tu me demandes d'avorter de notre bébé. Je jure que je ne te reconnais même plus. Tu fais semblant de te soucier de ma santé mais c'est en effet ton égo que tu veux satisfaire. Sors de la chambre, je te prie ! J'aimerais rester seule. Julia donna libre cours à ses larmes. Comment pouvait-il être aussi injuste ? Se demanda-t-elle. Treize années à lui obéir au doigt et à l'oeil. Elle avait complètement oublié de prendre ses pilules. Elle n'y a vraiment pas songé durant tout ce bazar qu'était sa vie ces deux dernières semaines. Et elle avait le pressentiment que le bazar n'allait pas lui lâcher de si tôt...
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