Préface
Préfaced’Alfu
Chasseur tout autant que romancier, Ponson du Terrail 1 offre, au début de sa carrière, sa collaboration à un journal spécialisé dans les récits cynégétiques — authentiques ou de fiction : Le Journal des chasseurs, dirigé par Léon Bertrand — qui accueillit également les récits du fameux chasseur Jules Gérard, dit le « tueur de lions », dont Alphonse Daudet s’inspira pour son Tartarin de Tarascon.
Cette collaboration débute en 1851, avec un récit qui doit beaucoup à la réalité du voyage que fit l’auteur sur l’île de Beauté. Une campagne de chasse avec les bandits corses, paraît en deux livraisons dans les numéros de novembre et de décembre.
Ce récit corse sera suivi, quelques semaines plus tard par la publication de La Corse et ses bandits, dans le quotidien La Patrie — qui accueillera, au total, quatorze nouvelles et onze romans de l’auteur — un récit retraçant l’histoire de la vendetta à travers les âges.
Le deuxième texte est un court roman, Le Castel du diable, qui, paru de juillet à octobre 1852, appartient au registre des « mises en scène » que l’auteur aimera développer dans sa veine para-fantastique — tout comme dans La Baronne trépassée qui est tout à fait contemporain, ou plus tard dans L’Héritage d’un comédien, publié en 1864.
Le troisième texte est plus important, tant par la taille que par la thématique assez exceptionnelle : il s’agit du Nid de Faucons. Histoire d’une rivalité de chasse, un roman qui paraît en neuf livraisons, tout au long de l’année 1853.
Son thème est surprenant — et sans doute choquant — pour l’époque puisqu’il préfigure une œuvre beaucoup plus célèbre mais aussi bien plus tardive : La Chasse du comte Zaroff (1932 ; d’après The Most dangerous game, 1924).
Pour laisser le lecteur à sa découverte, nous n’en dirons pas plus. Tout au moins peut-on ajouter que ce roman prouve tout le talent de l’auteur : ses qualités de conteur de récits cynégétiques — prenants, même pour celui ou celle qui n’est pas un connaisseur — mais aussi ses capacités à mener le suspense et à user des rebondissements.
Sans oublier des positions idéologiques intéressantes. A la fois une dénonciation de la traîtrise à l’honneur, personnifiée par le marquis de la Saulcière qui accepte de se vendre à l’ennemi pour se venger de son rival.
Et aussi une critique au sujet de la liberté de conscience, avec le rappel des persécutions dont ont été victimes les membres de la famille de Jean de Terraz qui vont devenir les Faucons.
Le quatrième texte, intitulé Histoire d’un couteau de chasse, est également une fiction qui paraît en deux livraisons, en décembre 1854 et janvier 1855.
Avec le cinquième, La Chasse aux chamois, très court, qui paraît en une seule livraison, celle de novembre 1855, on retrouve le récit vécu et légèrement romancé.
Ce qui est peut-être également le cas du sixième et dernier, Histoire d’un loup vidé et d’un évêque de Nevers, récit également court, paru dans la livraison de septembre 1856.
Nous avons donc regroupé ici tous ces textes afin de donner une intégrale inédite — seuls Le Castel du diable et Histoire d’un couteau de chasse furent réédités à l’époque ; aucun ne l’a été au XXe siècle.
S’il ne s’agit pas de textes majeurs de Ponson, du moins, compte tenu de la thématique principale autour de laquelle ils sont construits, sont-ils très intéressants à découvrir… et passionnants à lire.
Alfu
1 Pour une approche complète de la carrière de l’auteur, lire l’étude qui lui est consacrée : Alfu présente Ponson du Terrail. Dictionnaire des œuvres (Encrage, 2008).