Prologue

733 Words
PROLOGUE Lambézellec est calme et désert lorsque ce jeune homme passe la porte de l’immeuble : à 1 heure du matin, en milieu de semaine, rien que de très normal. Il enfile son blouson et en remonte la fermeture Éclair : en ce début juin, les hausses de température ressenties sur le pays ont oublié de visiter la Bretagne où l’on a du mal à croire que l’été approche. Sans précipitation, il traverse la rue Claude Farrère, tout en extrayant son smartphone de sa poche, et se positionne pour photographier le bâtiment d’où il vient de sortir, construction de trois niveaux, rez-de-chaussée occupé par des garages, des panneaux « A louer » accrochés aux fenêtres du premier étage. Quelques pas vers la gauche lui permettent de changer d’angle de vue afin que le mur de l’immeuble mitoyen apparaisse sur son nouveau cliché. Vérification du résultat, satisfaisant malgré la faible luminosité dispensée par les lampadaires, il range son portable, mais se ravise, reprend l’appareil et tapote rapidement la surface tactile pour envoyer un SMS. Après quelques secondes d’attente, le visage éclairé par l’écran, il se décide enfin à bouger, direction Place des FFI qu’il traverse, jetant au passage un coup d’œil à l’horloge accrochée à mi-hauteur du clocher de l’église, quelques mètres au-dessus de la statue de saint Laurent qui, de sa niche, surveille le parking. Le promeneur noctambule s’engage dans la rue Bouet aux trottoirs étroits. Il n’a pour l’instant rencontré aucune voiture, le bourg de Lambézellec n’est pas un lieu de passage très usité pour les conducteurs nocturnes, à moins de vouloir rejoindre Bohars ou une destination locale. Au niveau du cimetière de Lambézellec, l’homme s’octroie une courte pause, le temps de consulter son téléphone. Grimace de dépit, il tapote encore l’écran pour l’envoi d’un SMS supplémentaire avant de remettre l’appareil dans la poche de son blouson. Étonné, il observe le jardin de la demeure attenante à la marbrerie, y remarquant pour la première fois la présence d’une rangée de tombes ; il imagine le charmant spectacle qui s’offre aux occupants, le matin en ouvrant les volets, avec les vieilles croix surpassant le mur en face et ces sépultures de démonstration sur le côté... Il prend à droite dans la rue François Coppé aux habitations hétéroclites, pavillons modernes aux parterres soignés ou maisons de ville alignées. Nouveau coup d’œil rapide au téléphone avant de s’engager dans le passage menant au viaduc qui enjambe la vallée du Spernot. Devant lui se dressent la haute cheminée et le bâtiment de l’ancienne brasserie de Lambézellec, toujours debout même si elle ne fonctionne plus depuis plus de trente ans, à l’origine du surnom affectueux donné à la construction par les Lambézéllécois : le pont d’la Brass. * * * — Hou ! De son point d’observation en hauteur, la chouette hulotte attend que quelques proies daignent montrer le bout de leur museau, mais la patience n’est-elle pas la vertu essentielle dont sont dotés tous les oiseaux de nuit ? Ce parc est fertile en rongeurs de tous genres : dans la journée, trop dangereux pour eux de sortir, avec ces grands animaux allant et venant par les allées sur leurs deux pattes, on risque toujours de se faire écraser, alors que l’obscurité venue, tout est permis, ou presque... — Hou ? Quand on hulule au loup, on en voit... Là-haut, un de ces longs bipèdes traverse cette affreuse construction. Juste quelques battements de paupières à attendre, car, lorsqu’elles baguenaudent après le coucher du soleil, ces bestioles non comestibles ne restent généralement pas en place. — Hou hou ? Zut ! Alors qu’il était presque au bout, voilà que l’animal s’arrête, se retourne et commence à produire des sons : pourvu que ce ne soit pas une parade nuptiale... On dirait bien que si, car un second bipède apparaît et s’approche lentement. S’ils descendent sous la construction pour s’accoupler, comme cela arrive parfois, ça va durer un peu plus que prévu. Le deuxième se met lui aussi à émettre des inflexions bizarres ; d’habitude, ils sont plus discrets quand ils se rencontrent pour copuler. — Hou ! Mouvement brusque du nouveau venu, le premier s’écarte en vacillant et l’autre fonce sur lui pour le percuter. Ah ! Compris ! Il veut que son copain apprenne à voler et, dans ce but, le pousse dans le vide ! — Hou ? Pour les hiboux, c’est sans doute une bonne technique, mais ces longs dipodes ne planent pas, leurs ailes sont trop fines et sans plumes ! En effet, le bipède tombe, rebondit sur le pied de l’étrange construction et s’écrase au sol ! — Hou hou ! Chouette ! La chute a dérangé deux comestibles dans leurs ébats nocturnes au pied du pont. Grosse frayeur ! Les rongeurs se sauvent à toutes pattes, mais le plus gras est trop lent ! Miam ! La hulotte déploie ses ailes et fond sur sa proie...
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