Épisode 9

2754 Words
Une nuit d’amour sans lendemain Épisode 9 Liya Comme guidée par un sixième sens, je sens que je n’étais plus seule. Je sais aussitôt de qui il s’agissait, sans avoir besoin de me retourner. Je pivote avec une décontraction étudiée, même si mon cœur battait à grands coups. En voyant André , je suis toute retournée. Ses yeux gris brûlaient d’un feu intense. Il avait l’air... cafardeux, comme s’il avait passé une mauvaise soirée. Comme si quelque chose était allé de travers. Malgré moi , je me réjouit à l’idée que son rendez-vous s’était mal passé. Les mains dans les poches, il avance vers moi viril, beau et terriblement sexy. — Tu rentres tôt — Comment pourrais-tu le savoir ? Tu ne connais pas mes horaires, que je sache... — C’était juste une supposition, Tu ne m’as jamais donné l’impression d’être du genre à te coucher avec les poules. Il hausse les sourcils, et je su qu’il ne laisserait pas passer cette remarque. — Oh ! je suis tout à fait du genre à me précipiter sous la couette ! Parfois, même, je préfère ne pas sortir pour aller directement au lit. Je fais semblant de ne pas saisir le sous-entendu, et lance d’un ton de raillerie : — Quel drame pour toi ! Un riche et dynamique P.-D.G. d’une grande entreprise de cosmétiques a besoin de parader en public ! — Il y a un temps pour tout, ma belle , dit-il d’une voix basse et sexy qui fait naître des frissons sur mon corps. J’ai passé ces dernières heures à penser à lui, à me demander s’il valsait sous les étoiles avec une beauté qu’il envoûtait, comme il m’avait envoûtée l’année précédente. C’était un homme fascinant, quand il le voulait. Et je m’étais sentie déprimée à l’idée qu’il charmait une autre femme. Mais peut-être j’éprouve ces sentiments parce que je me trouve de nouveau dans son appartement, où nous avions fait l’amour un an plus tôt. Il était naturel que je sois troublée, dans un tel environnement. Ce trouble se dissiperait sans doute une fois que je serais partie. Il se rapproche , et je suis enveloppée par son odeur. Le parfum de son eau de toilette, subtil et raffiné, se mêlait à sa senteur intime. J’ai envie de me tourner vers lui et de lover ma tête contre son torse, de glisser mes doigts sur la b***e satinée des revers de son veston, de faire comme si, pour un instant, il m’appartenait. — Oui, il y a un temps pour tout, et là, il est l’heure du biberon de ewran . Ma voix tremble plus que je ne l’aurais voulu alors que je vérifiais une fois encore la température du biberon, qui était presque prêt. Je le replace dans l’eau avec des doigts frémissants — Alors, parle-moi un peu de ta soirée... C’était bien ? Tu as vu des gens intéressants ? — Intéressants ? — Des stars de cinéma... Je ne sais pas, moi... — Il y en avait peut-être, répondit-il en haussant les épaules. Je n’y ai pas prêté attention. — J’imagine que pour toi, tout ça est lassant, Porter des vêtements chic, boire du champagne, savourer des amuse-gueules gastronomiques et frayer avec les célébrités... quoi de plus banal que la grande vie ! — En fait, c’est parfois ennuyeux. Surtout quand on se retrouve avec des gens creux et égocentriques. Je lui aurais volontiers répliqué qu’il en faisait partie, mais je n’y parviens pas. Parce que André , en cet instant, semblait un peu perdu. Et plutôt triste. Je ne savais pas très bien pourquoi, mais au moment où je me suis retournée, j’ai eu l’impression de voir une âme perdue et solitaire. C’était totalement saugrenu, vu que André Néves n’avait pas d’âme ! Je tente de ranimer ma colère contre lui, mais en vain. — Des gens creux, il y en a partout, . Je pourrais te raconter des choses sur le bar , crois-moi... — Mais il y a aussi des gens comme toi, reprit-il avec un regard brûlant et aigu. Je sens mon pouls s’accélérer, et déglutit pour faire disparaître le nœud qui me bloquait la gorge. A ma grande surprise, il fais un pas et pose les mains sur mes épaules. Un frisson me parcourt. Ah, non, pas ça... La dernière fois que je lui avais permis de me toucher, je l’avais payé cher. Quand j’ai compris que je ne le reverrais plus, Quand il avait piétiné mon cœur naïf , J’ai terriblement souffert, quand il m’a chassée. Je n’étais pas amoureuse de lui, alors comment le serait-je devenue en une seule nuit ? mais il m’avais donné le sentiment d’être merveilleuse, belle, unique. Et j’ai pleuré parce que le rejet de André signifiait que je n’étais rien de tout cela. Je ne voulais pas subir de nouveau une pareille humiliation... — Qu’est-ce que ça signifie ? — A ton avis ? — Que tu essaies encore une fois de me séduire. Il se met à rire, et cela lui me chaud au cœur. J’aime le rire d’André . Quand il riait, il paraissait plus ouvert, plus insouciant. Il était en général beaucoup trop sur ses gardes, beaucoup trop froid. Quand il riait, je parvenais à le prendre en sympathie. — chérie , tu sais que tu m’amuses ? J’ai peut-être été trop hâtif, l’an dernier... Je laisse glisser les mains le long de mes bras, lentement, sensuellement. Et pourtant, nous voici là, avec toute une soirée devant nous... Sa voix était enivrante, profonde et embrumée, évocatrice d’ébats sensuels. Evocatrice d’un plaisir si intense que j’ai sans doute magnifié dans mon souvenir. Je serre les poings, m’obligeant à me rappeler que les avances d’André me promettaient d’abord de la souffrance. L’aventure s’était mal terminée la dernière fois, et ne se terminerait pas mieux cette fois-ci. — Désolée, André , il est trop tard. Tu as perdu l’occasion de m’enchaîner à toi. Aujourd’hui, je ne suis l’esclave que d’un seul homme : il est haut comme trois pommes et il attend son biberon. Andre laisse glisser les mains le long de mes bras avant de me libérer tout à fait. En un sens, je suis blessée de le voir accepter ma rebuffade. Comme s’il n’avait pas réellement voulu de moi — Il a de la chance d’avoir une maman si dévouée... — Je m’efforce de l’être. Je pourrais sûrement faire mieux. André glisse deux doigts sous mon menton pour me relever le visage, et pose sur moi un regard perçant. — Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Des larmes jaillirent des mes yeux .Non, &4 ne pleurerais pas ! Je ne ferais pas preuve de vulnérabilité devant cet homme ! — J’ai tellement travaillé...Je n’ai pas toujours été là pour lui. Je détestais le laisser à une nounou. Je détestais l’endroit où on vivait. Mais je ne pouvais pas y remédier. — Les choses auraient pu être pires, crois-moi, soupira André . Tu as fait de ton mieux. Je suis remuée par l’expression qu’il affichait en cet instant. Sombre. Désolée. Comme s’il savait par expérience de quoi il parlait. — Nous n’étions pas à la rue et nous avions de quoi manger. Une nouvelle ombre passe sur le visage de André , et je sens mon cœur se serrer. J’ai faillis lever une main et la poser sur sa joue, le caresser comme je l’avais fait un an plus tôt. Mais il recule d’un pas, restaurant une prudente distance entre nous — Et maintenant, tu vas de l’avant. En travaillant pour moi, tu pourras prendre un nouveau départ, Liya . — C’est pour ça que je suis ici. — Tu aurais dû demander l’aide de son père, fit-il remarquer, tendu. Il n’aurait pas dû te laisser te battre toute seule. — Je ne pouvais pas . Il... s’était rendu indisponible. Tout à coup, André sembla furieux. — Il est marié ? D’abord, je suis trop stupéfaite pour réagir. Puis je hoche la tête, très vite. Mais que fais-tu ? Me cria une voix intérieure scandalisée. Pourquoi je m’obstine à mentir ? Pourquoi je dis pas la vérité, tout simplement ? André serait bien capable de comprendre, non ? Ne venait-il pas de dire que j’ai fait de mon mieux ? Il m’aiderait. Il serait un père pour notre fils... Non. En réalité, je n’avais aucune certitude à ce sujet. Je ne savais pas du tout comment il réagirait à un aveu. Et s’il ne me croyait pas ? S’il me jetait dehors une fois de plus, avant d’avoir écouté le moindre mot ? J’ai trop besoin d’argent pour risquer de perdre ce contrat. Il me faut penser d’abord à mon fils. Tant que je ne serais pas en possession d’un document signé, je ne peux courir le risque de la franchise. Je devais avant tout protéger Erwan . En voyant le regard dur de André , j’ai le cœur terriblement serré. C’est ta faute, me murmura la voix intérieure. Je n’aurais pas dû me soucier de ce qu’il pensait, mais je découvrais que j’y attachait de l’importance. — Si tu es déçu, j’en suis désolée — Déçu ? Tu n’y es pas du tout, Liya ! Je me disais que cet homme est un s****d de t’avoir laissée dans une situation si précaire... Il avait soudain l’air féroce, comme s’il était prêt à combattre pour moi et pour ewran . Le sentiment de culpabilité qui me rongeait devient encore plus profond, plus fort, plus difficile à refouler. Je supportais mieux andre lorsqu’il était arrogant et autoritaire. Son empathie me désarmait complètement. — Je ne l’ai pas prévenu L’expression de André se mua en surprise. Je comprend alors que je m’enfonçais de plus en plus ! — Cet homme ignore qu’il a un fils, c’est ça ? — J’ai essayé de l’avertir, m... mais il n’a rien voulu entendre. Il n’a rien voulu savoir. André parut abasourdi, comme si cette idée ne lui avait jamais traversé l’esprit. Je me retourne pour prendre le biberon. Je ne supportais plus d’être là, de m’enliser de plus en plus dans le bourbier des demi-vérités et des mensonges. Je m’enfonçais dans un abîme dont je ne pourrais jamais remonter. — Il faut que je donne son biberon à ewran ... Lorsque je m’élança vers le seuil, André me retent par le coude. — Il est encore temps de contraindre cet homme à assumer ses responsabilités. — Non, Il est trop tard. ** * André Je suis à mon bureau, je revois l’expression de Liya quand elle m’a parlé du père de son bébé, la veille au soir. Elle avait semblé si honteuse, si vulnérable... j’ai eu envie de la serrer entre mes bras et de la rassurer, de lui dire que tout irait bien. J’ai envisagé un moment d’aller trouver cet homme pour le forcer à reconnaître son fils. Mais la réaction de Liya avait été révélatrice : elle avait peur de cet individu. Alors, même si j’avais envie de dénicher ce s****d pour lui flanquer une raclée parce qu’il avait fait du mal à Liya , je n’allais pas insister sur ce sujet. D’ailleurs, si le père se faisait connaître, il ferait partie de la vie de Liya. Et moi andre je ne serais plus seul en scène. Cette idée me déplaisais sans que je ne sache pourquoi. Je n’avais pas la moindre envie de partager Liya avec un autre. J’émets un profond soupir. Mais non, ce n’était pas le problème ! Quelle absurdité ! Nous avions passé ensemble une nuit torride, une nuit fabuleuse. Mais Liya avait un bébé, maintenant. Et je me voyais mal avec une femme qui devait assumer la charge d’un enfant. Cette situation était minée. Oui, je désire coucher avec elle. J’ai envie de revivre ce que nous avions vécu ensemble, pour m’assurer que son merveilleux souvenir ne me trompait pas. Mais c’était impossible. La veille, elle avait montré une vulnérabilité émouvante qui m’a serré le cœur. Je l’ai vue effrayée, désorientée, inquiète. Je ne voulais pas de ce genre d’intimité. Je voulais une relation sensuelle sans implications affectives. Et, pour le moment, Liya en était incapable. Je me retourne pour contempler la ville a travers ma baie vitrée. J’aime Abidjan , son animation incessante. Mais j’aspire à un endroit où la vie était plus paisible. J’ai une folle envie d’emmener Liya et son bébé en France . Pour cela, il fallait s’occuper des passeports. J’ouvre le courriel de ma secrétaire, qui m’informe des moyens d’accélérer les démarches. J’en prend note, puis passe au courriel suivant. Il contenait les chiffres de vente du trimestre. Neves Cosmetics faisait un carton grâce à la nouvelle ligne de soins destinée à la femme mûre. Nous avons lancé une gamme de maquillage dont le succès était très vif. Pour les parfums également, les résultats étaient bons. D’autres que moi se seraient frottés les mains de satisfaction. Mais je ne pouvais oublier que le nouvel emblème de la marque, audacieuse ne marchait pas aussi fort que je l’aurais voulu. Je réfléchis un moment, puis j’éteins mon ordinateur et quitte mon bureau en informant mon assistante que je ne reviendrais pas de la journée. Comment j’aurais pu me concentrer, alors que je ne songeais qu’à remodeler la campagne publicitaire de Sky ? Et, pour y parvenir, j’ai besoin des passeports de Liya et de son fils. Lorsque j’arrive à mon appartement, une demi-heure plus tard, je n’étais toujours pas près de comprendre l’étrange attraction que Liya exerçait sur moi , ni pourquoi je me mettais en devoir d’accomplir une tâche digne d’un subordonné. Quand j’entre dans le salon et la voit en train de jouer avec son bébé, inéprouvé la même sensation doucement réconfortante que la première fois. — salut , Liya Elle sourit, mais ce sourire ne se refléta pas dans son regard. — Je ne t’attendais pas avant plusieurs heures. — Je suis le patron, et je décide de mes horaires Liya sourit à son bébé et, cette fois, je constate que son sourire était sincère. Je n’allais quand même pas me laisser troubler par ce détail... — Ce doit être bien agréable d’être son propre maître, commenta-t-elle. Elle continue à dire des mots tendres au bébé, qui répond par un gazouillis et un grand sourire. Je le regarde alors qu’il attrapait un chat en peluche et en suçotait l’oreille. J’ai vu des bébés, dans la communauté où ma mère m’avait emmené, à une époque. Mais je n’avais jamais eu de relations avec eux. On attendait des enfants plus âgés qu’ils prennent soin des bébés pendant que leurs parents travaillaient dans les carrés du potager ou passaient leurs soirées en beuveries. Mais moi je m’étais rebellé. J’ai refusé de n’occuper des tout-petits. J’ai donc dû cueillir les légumes, biner et sarcler le potager... — Je vais emmener ewran pour que tu sois tranquil... — Non, laisse. Tu peux rester. — S’il te plaît... J’ai à te parler. Elle repose l’enfant, qui expédie le chat par terre, puis s’empare d’une banane en peluche et la mordille — Je t’écoute. — As-tu une copie de son acte de naissance ? — Pourquoi ? Je sens que quelque chose m’échappe . Mais du diable je ne savais quoi ! — Pour son passeport, Nous devons l’amener au bureau des passeports. Il faut qu’il soit présent, vu que c’est la première fois qu’on établit ce document. — Bon... — Le père figure-t-il sur l’acte de naissance ? De nouveau, Liya dresse la tête. Il y avait de la peur dans ses jolis yeux. J’ai eu un élan d’indignation farouche. En cet instant, je voulais, plus que tout, qu’elle se sente à l’abri, protégée du s****d qui les avait abandonnés, elle et son fils. — S’il y figure, il faut qu’il donne son accord pour que tu fasses sortir le bébé du pays. Sinon, c’est sans importance. — Non, il n’y figure pas. Il aurait fallu qu’il soit là pour signer, et ça ne risquait pas d’arriver. — Parfait. Alors, tu peux être tranquille. Il n’y aura aucun problème. Elle se tourne vers son bébé, j’ai un pincement au cœur. Elle aimait tant cet enfant ! Comment les choses se seraient-elles passées, si moi-même avait eu une mère aussi aimante ? Une mère qui aurait agi pour mon bien, au lieu de ne penser qu’à elle ? Je ne le saurais jamais... — Tu n’as pas à t’inquiéter( en la rassurant ). Tout ira bien. Mais Liya ne semblait décidément pas tranquille.
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