Épisode 8

4294 Words
Une nuit d’amour sans lendemain André Je n’avais jamais rencontré une femme aussi exaspérante que Liya . Elle était en face de moi, le soleil se jouant sur son visage, illuminant ses cheveux et elle avait tout d’une fée, ingénue et douce. Vision illusoire, cela dit. Car Liya n’était pas douce. Ni ingénue. En me memorant la façon dont elle avait perdu son innocence, je sentais durcir mon membre, surtout après ce récent contact avec sa peau. Je refoule le souvenir de nos ébats et se concentra sur son expression butée. Quelle détermination, chez cette femme ! Son visage, à certains moments, reflétait un mélange de dureté et de lassitude. Elle était si différente de celle que j’avais rencontrée… A moins que la Liya de l’année précédente n’ait été qu’un simulacre. Elle était vierge, certes, au moment de notre rencontre. Mais cela ne l’empêchait pas d’avoir eu des visées manipulatrices. Innocence sexuelle ne signifiait pas innocence totale. Peut-être avait-elle simplement masqué sa dureté. Les femmes étaient capables d’aller loin, pour jeter le grappin sur un homme riche. Malgré tout, je tenais à ce qu’elle soit l’icône de audacieuse .Elle n’avait sans doute pas la splendeur d’un top model. Mais pour ce que j’ai en tête, elle était la candidate idéale. C’était pour cette raison que je la supporte , que je toléré son mépris et son refus de coopérer. J’ai toujours eu de l’intuition. Je suis sûr que Liya convient parfaitement pour audacieuse Je m’assurerais de sa collaboration. Même si je devais , pour y parvenir, subir son hostilité et la présence de son bébé chez moi. Quand nous serions à Paris , je les installerais, elle et son fils, dans l’aile de la propriété opposée à la mienne . Cela me permettrait d’oublier sa présence jusqu’à la fin des séances photos. Liya avale un peu de vin, et je me rappele la description qu’elle m’a donnée. Elle n’avait jamais bu de château-margaux, je l’aurais parié. Pourtant, elle l’avait décrit à la perfection, après en avoir goûté une seule gorgée. Elle s’y connaissait en odeurs et sa veurs, je dois le reconnaître. Mais cela ne suffisait pas. Etre une authentique créatrice de parfums, c’était une autre histoire. — Dis-moi quelles étaient tes intentions lorsque tu es venue à abidjan , l’an dernier… Elle plisse les paupières, comme si elle se demandait où était le piège. — Je ne suis pas très sûre de te comprendre. — Vraiment ? Tu avais une mallette d’échantillons de parfums. Tu faisais semblant d’être mannequin. Quel était ton but ? Que pensais-tu obtenir, une fois mon attention acquise ? Elle rougit et son regard flamboya de colère. Je suis intrigué par cette réaction, sans savoir pourquoi. — Parce que j’avais un dessein caché, c’est ce que tu insinues ? C’était pourtant un malentendu. Mais tu t’es gardé d’attendre une clarification. — Et en quoi me suis-je mépris, ma belle ? Tu n’étais pas muette, que je sache… Tu as passé une soirée entière avec moi. Et deux grandes heures devant le photographe sans rectifier une seule fois l’impression générale : que tu étais là pour poser. Elle me regarde bien en face, les yeux brillants et dilatés. — J’aurais dû le faire. Mais tu me prenais pour un mannequin, et je n’ai pas osé te détromper. J’avais trop peur de perdre l’occasion de te parler. — Tu as eu droit à mon attention pendant toute la soirée — Une attention très fluctuante, rétorqua-t-elle. Tu as répondu à une douzaine de coups de fil. Comment avoir une conversation sérieuse avec toi, dans ces conditions ? — Oh ! C’est donc ça, ton excuse… Et ensuite ? Je n’aurais pas cru qu’elle pourrait s’empourprer encore plus. Ce fut pourtant le cas : elle devient cramoisie. J’en aurait ri si j’avais été moins courroucé. Cependant, en la voyant piquer un tel fard, je me rappele de son mélange d’ardeur et d’inexpérience. — Plus tard, nous étions… occupés, répondit-elle. Ça n’aurait pas été approprié. Elle me regarde soudain fixement, les yeux étincelants, et continue — Tu n’as jamais pensé que je ne pouvais pas savoir que tu cherchais un mannequin ? Tu ne t’es jamais demandé comment j’avais pu atterrir dans ton entreprise ? Ça n’avait rien d’un coup monté. J’avais rendez-vous. En tout cas, je le croyais. Une amie de la femme du maire m’avait dit pouvoir arranger une entrevue. On m’a communiqué le jour et l’heure en précisant que tu m’accorderais dix minutes. J’y suis allée, bien sûr. Je n’ai aucun souvenir de ce rendez-vous. Cependant, l’histoire était plausible. En revanche, cela ne changeait rien aux faits. Ni aux mensonges par omission de Liya . — Tu as tout de même abusé de la situation, quand je t’ai prise pour le top model. — Oui, répondit-elle avec un soupir d’exaspération, je le reconnais ! Mais tu m’avais ordonné de te suivre sans m’accorder la possibilité de discuter. J’ai préféré rester avec toi jusqu’à ce que l’occasion de te parler se présente. Je la regarde dans les yeux. En toute honnêteté, je devais reconnaître que je ne la croyais pas capable d’avoir monté cette supercherie. N’empêche qu’elle avait profité de l’occasion. Elle avait profité de moi . Et ça, c’était impardonnable ! — Il se peut que tu aies figuré sur mon emploi du temps… Mais, autant que je m’en souvienne, c’était une journée chaotique. Aucun des modèles qu’on m’avait envoyés ne convenait. J’avais demandé à ma secrétaire de réorganiser mon planning. — Vu que je n’avais pas pris ce rendez-vous personnellement, elle ne risquait pas d’avoir mes coordonnées. Et puis, après avoir fait tout ce chemin, je n’allais pas repartir sans obtenir un entretien. En effet… Elle l’avait attendu à la réception, si innocente et si peu à sa place… Je n’avais oublié ni le tailleur noir ni les escarpins roses.J’ai une sorte de pincement au cœur, un petit élan que je refuse d’examiner. Je n’allais pas non plus me remémorer ce qui s’était passé ensuite ! Il avait pu s’agir d’une erreur, je voulais bien l’admettre, mais elle avait eu amplement l’occasion de m’avouer la vérité… Au lieu de quoi, elle avait joué la comédie jusqu’au bout. Je revoyais encore son expression matinale, après notre folle nuit, son air de jubilation quand je l’avais interrogée sur la mallette. Ma propre réaction avait été inévitable. J’ai revécu le désespoir, la peur et la solitude de mon enfance. Et j’ai détesté Liya parce qu’elle faisait resurgir ces sentiments. Comme elle me forçait à exhumer tout ce que je tenais à enfouir au plus profond de moi-même. Contre ce danger, je n’avais eu qu’un recours : partir. Car elle n’avait pris au dépourvu et que je n’avais pas vu venir le coup. J’ai ressenti, avec elle, ce que je n’avais pas éprouvé depuis longtemps. Avec elle, je m’étais presque laissé aller. Presque. Elle avait été si candide, contrairement aux femmes avec lesquelles je sortais d’habitude ! Avant notre rencontre, je ne savais même pas que j’étais capable d’aimer, chez une femme, l’absence de sophistication. Liya m’a trompé, ni plus ni moins. Elle s’était montrée aussi rouée que la plus pire des intrigantes, et son comportement me restait en travers de la gorge. Je ne regrettais pas, au fond, de l’avoir jetée dehors. Mais je regrettais qu’elle m’ai échappé avant que j’ai vu les photos. J’ai envisagé de retrouver sa trace, alors, mais avait finalement décidé qu’il valait mieux abandonner. — Et qu’espérais-tu obtenir d’un entretien avec moi ? . Un job ? — J’avais espéré que tu t’intéresserais à fleur — fleur ? — C’est le dernier parfum que nous ayons créé ensemble, ma grand-mère et moi. Il porte son prénom. J’avais espéré que tu l’achèterais pour le mettre sur le marché. — Tu dois savoir que les grandes sociétés ne travaillent pas ainsi. A Néves Cosmetics, nous employons plusieurs parfumeurs. Nous leur donnons des directions de recherche. Ils composent une fragrance qui correspond à nos attentes. Il arrive que nous créions des parfums avec des célébrités. Mais nous n’achetons jamais les créations d’un particulier. — fleur est suffisamment remarquable pour que tu puisses t’y intéresser. Et je ne pouvais pas ne pas essayer J’admire presque sa détermination. — Pourquoi ? Elle détourne la tête. Quand elle se tourne de nouveau vers moi , je vois qu’elle avait les yeux humides. — Parce que ma grand-mère était morte et que je ne voulais pas perdre sa maison. Je voulais honorer sa mémoire, et sauver la demeure de mon enfance. — Et tu l’as perdue, cette maison ? Je connais la réponse, vu la situation où je l’avais trouvée. Sinon, aurait-elle été serveuse dans un bar ? Avec un enfant à charge, qui plus est ? — Oui, je l’ai perdue. Je ne pouvais pas payer les traites de l’hypothèque, et donc elle a été vendue. C’est un gentil couple qui l’habite, maintenant. Je n’ai pas eu de vrai domicile, dans mon enfance.! J’avais onze ans lorsque mon oncle m’avait enfin arraché à l’emprise de ma mère fantasque, et accueilli pour la première fois au Portugal . C’était ce que j’ai connu de plus ressemblant à un foyer. A cela près que je n’ai jamais connu l’amour maternel, la chaleur d’une maison, le sentiment d’être à sa place... mon oncle s’était montré bon avec moi, et je lui en étais reconnaissant. Mais j’ai souvent été seul ou avec des précepteurs vu que mon oncle Paolo travaillait quasiment tout le temps. — Où sont tes parents ? — Je ne les ai pas connus. J’ignore qui est mon père, et ma mère est morte quand j’étais bébé. Elle avait prononcé ces mots sans émotion particulière, mais je savais à quel point ça devait être douloureux. Moi-même je n’ai jamais connu mon père, même si, bien sûr, j’en connaissait l’identité. Je n’ai pas eu la chance, en revanche, de ne pas connaître ma mère ! Les stigmates qu’elle avait laissés étaient profonds. — Et le père de ton enfant ? Pourquoi ne s’est-il pas manifesté pour t’aider ? Elle prend une profonde inspiration, puis finit par répondre, d’une voix à la fois douce et mordante — Il ne voulait pas s’encombrer de ce fardeau, je suppose... Je l’imagina enceinte, seule, sans toit, et j’éprouve un mélange de colère et de compassion. De la colère, parce qu’elle me rappelait ma propre mère ; de la compassion, parce qu’elle était seule à affronter une situation difficile. Ma propre mère avait-elle vécu quelque chose de semblable ? Je n’avais jamais compris pourquoi elle était si inconstante, pourquoi elle s’agitait sans cesse, toujours en quête d’un but qui se dérobait... Peut-être aurait-elle été contrainte de s’installer quelque part, si je n’avais pas été là, s’il n’y avait pas eu l’argent qu’elle obtenait grâce à moi , cet argent que versait mon oncle Paolo pour qu’elle me donne une éducation, mais qu’elle dépensait pour m’emmener loin des Néves . Quand elle était à court, elle refaisait surface, la main tendue jusqu’à ce que Paolo remplisse la bourse, puis nous disparaissions une fois de plus. Liya n’agissait pas de même avec son enfant, certes. Mais elle avait laissé son bébé à une étrangère. Si le père lui avait versé de l’argent, l’aurait-elle dépensé pour combler un vide intérieur ? Ou bien aurait-elle posé ses valises quelque part pour se consacrer à son bébé ? — On peut demander une pension alimentaire par voie de justice. Tu aurais pu obtenir un peu d’aide pour ton bébé. Je me demande pourquoi tu ne l’as pas fait. — A t’entendre, tout est simple. Mais un avocat, ça touche des honoraires, non ? Vu que je ne pouvais pas payer les traites de l’hypothèque, je n’avais pas non plus d’argent pour un avocat ! — Donc, tu as accepté un job de serveuse. Elle aurait sûrement pu trouver autre chose, non ? Un métier plus stable pour son enfant. — Oui. Après avoir quitté bonoua . Je suis allée à grand Bassam et j’ai trouvé un emploi au bar . Les pourboires étaient bons, et j’avais besoin d’argent... — Mais ça ne suffisait pas pour louer un logement décent. — Tout le monde n’est pas aussi chanceux que toi. — Les alouettes ne me sont pas tombées toutes rôties dans le bec, ma belle J’ai travaillé, pour arriver où j’en suis. — Peut-être, mais tu avais tous les atouts en main au départ. — Tous? sûrement pas. Pendant les onze premières années de ma vie, je n’en avais même eu aucun. Bon sang, dire que je ne savais même pas lire quand mon oncle m’avais enlevé à ma mère pour me donner une éducation ! — D’ailleurs, lorsque nous en aurons fini tous les deux, tu auras de quoi installer ton bébé dans un endroit sûr. — De quel droit oses-tu suggérer que je mettais mon bébé en danger ? demanda-t-elle d’une voix tendue. Ce n’est pas parce que je n’ai pas les moyens de louer une maison du même modèle que la tienne, que mon fils n’est pas à l’abri ! Elle vibrait de colère et d’énergie. Et elle relevait le menton d’un mouvement que je commençais à aimer. Quel feu chez cette femme ! Nous avons fait des étincelles, l’année précédente. Qu’est-ce que ce serait, aujourd’hui ? Je m’empresse de refouler cette pensée, et examine mon ravissant visage. Elle allait rapporter beaucoup d’argent à neves Cosmetics, si je voyais juste. Et mon instinct ne me trompait pas, en général. Je n’allais pas gâcher cette perspective en me liant de nouveau avec elle, si tentant que ce fût. Je pense plutôt à l’immeuble où je l’avais trouvée, à l’affreuse désolation des lieux, et un regain de colère me soulève . — Veux-tu que ton bébé grandisse dans cet endroit ? Veux-tu que ta voisine le garde tous les soirs tandis qu’il pleure et se demande où est sa mère ? Veux-tu qu’il te voie seulement quelques minutes par jour ? — Bien sûr que non ! s’écria-t-elle avec passion. Je veux qu’il ait une maison, et qu’il aille dans une bonne école. Je veux que ewran ait tout ce que je n’ai pas eu en grandissant. J’ai bien l’intention de le lui apporter. tendu à l’extrême j’ai l’impression d’être un volcan sur le point d’entrer en éruption. Je ne savais pas pourquoi le sort de Liya et de son enfant m’affectait à ce point, mais je n’aimais pas ça. Je tente de contenir les sentiments qu’elle déchaînait — Tu y arriveras peut-être. As-tu idée de la rémunération en vigueur pour une campagne publicitaire ? Elle fait signe que non. — Cela peut atteindre et dépasser les 50.000.000. Mais il faudra d’abord voir ce que donnent les photos tests. Car, même si j’ai de la peine pour elle et le bébé, je ne lui verserais pas une telle somme sans rien obtenir en échange. Elle avait écarquillé les yeux en entendant la somme. Et elle déclare, d’un air déterminé : — J’espère avoir droit à un contrat clair et net. Liya avait impérativement besoin de ce travail, et dépendait en cet instant de mon bon vouloir. Pourtant, elle n’hésitait pas à se montrer exigeante ! Je dois admettre que j’admire sa ténacité. — Tu ne me fais pas confiance ? — Je devrais ? répliqua-t-elle d’une voix doucereuse. — As-tu le choix ? — Je suppose que non. — C’est bien ce qu’il me semble, Mais tu l’auras, ton contrat. Soudain, je me pencha vers elle, les mains sur la table : — Et si les termes ne te conviennent pas, on te ramènera là où je t’ai trouvée, sans te verser le moindre centime. ** * Liya Habituée à travailler dur et à veiller sur mon bébé, je trouvais irréel d’être désœuvrée dans l’appartement d’André , avec une nounou pour m’aider à m’occuper de mon fils. Je tente de lire, d’écouter de la musique. Aucune de ces occupations ne me retient bien longtemps. Je serais volontiers partie me promener, mais je redoutais de me perdre dans les rues d’Abidjan .je reste donc devant la télévision, et zappe d’une émission à l’autre. Je songe que mon agitation était sans doute due à l’arrêt brutal de ma vie trépidante. Cependant, je m’avoua vite que c’était André qui me suscitait. Ne m’avait-il pas menacée de la ramener à grand Bassam et de me laisser là où il m’avait trouvée ? Sa menace m’a glacée, et j’étais exaspérée par son despotisme, sa morgue, sa certitude d’avoir été dupé. Mais je ne pouvais me laisser aller à sa colère, et risquer du même coup de perdre l’opportunité qu’il m’offrait. Je suis effrayée de me découvrir si dépendante, depuis qu’il m’a fait miroiter une somme si importante. La veille, je n’avais éprouvé pour André que de l’hostilité. Pourtant, il m’avait enjôlée, avec sa promesse d’une meilleure existence pour moi et son enfant. A tel point que je me sens presque mal, à présent, à l’idée de manquer cette occasion. Comme s’il suffisait que je pense à lui pour qu’il apparaisse, André entre dans le séjour, superbe dans son smoking. Je sens aussitôt mon cœur s’emballer. Je ne savais pas où il se rendait, ni en compagnie de qui. Mais l’idée qu’il danserait avec une belle femme me transperce le cœur. Pourquoi, cela dit ? En quoi ce qu’il faisait me regardait-il ? Redressant le menton, je le dévisage, attendant qu’il parle. Car il avait quelque chose à me dire, c’était clair. — Je dois sortir, annonça-t-il sans préambule. — Je vois ça. Passe une bonne soirée. Ignorant ma réplique, il vient se percher sur le bras du fauteuil face à moi. Je tente de me concentrer sur l’écran de télévision, derrière lui, mais ce fut peine perdue. — Nous devons parler, continua-t-il. J’ai un coup au cœur. Il doit toujours me parler ..Allait-il me renvoyer sans autre forme de procès ? Si c’était le cas, je le lui ferais payer cher. Moi qui avait plaqué mon travail pour le suivre ! Il ajusta le tombé de son smoking, tire sur les manchettes de son veston d’un air détaché et indifférent. — As-tu un passeport ? — Euh... je... non — Il va falloir y remédier, alors. Le plus vite possible. — Pourquoi ? — Parce que nous partons à Paris , ma belle. En France ? . — Mais pourquoi ? — C’est là qu’auront lieu les prises de vue pour audacieuse . Parce que je suis le patron et que j’en ai décidé ainsi. — Tu n’es pas mon patron ! Pourquoi je dois toléré son arrogance ? J’ai m accepté de participer à la campagne publicitaire, mais pour le moment, je n’avais ni commencé à travailler ni signé le moindre contrat. — Vraiment ? demanda-t-il. Je croyais que celui qui verse le salaire dirigeait les opérations. — Tu n’as pas encore versé le moindre centime . — Tu n’es pas arrivée à Abidjan par un tour de passe-passe. Et Sylvia ne travaille pas gratuitement. Consciente que tout cela coûtait de l’argent, en effet, je rétorque néanmoins : — Je ne t’ai pas demandé de l’engager. — Non, mais je n’envisageais pas pour mes affiches publicitaires une composition du genre Vierge à l’enfant. — Je ne partirai pas sans contrat — Il faut du temps pour rédiger en bonne et due forme un document légal. Je n’ai pas une pile de contrats toute prête, où piocher en cas de besoin. Sois sûre que tu en auras un. Mais cela ne réglera pas la question du passeport. Il t’en faut un, et pour le bébé aussi. Je ne connaissais pas les démarches pour obtenir un passeport, mais je devine qu’il faudrait fournir des informations que je préférais taire à André — Je ne vois pas pourquoi les prises de vue n’ont pas lieu ici comme la première fois — J’ai une autre vision des choses, et la France est le cadre adapté. — Ce serait du gaspillage. Abidjan est là , et c’était si ravissant... Il se leve et je sens qu’il me fixait. Quand je lève les yeux, je suis troublée par l’intensité de son regard. Il y avait dans ces iris gris quelque chose de brûlant, de secret, d’envoûtant. — J’apprécie que tu te soucies des coûts, dit-il avec un soupçon de sarcasme, mais je peux m’offrir ce que je veux. Et ce que je veux, c’est toi en France — Alors, j’imagine qu’il faut des passeports — Oui. Je prendrai des dispositions. Pour l’instant, si tu veux bien m’excuser, j’ai un rendez-vous. J’en ai eu le cœur serré, mais réussit à lui adresser un pâle sourire. Le fait de me trouver dans cet appartement me rappelait la passion et le plaisir, le délice divin d’être possédée par lui. Une autre femme en ferait l’expérience, ce soir, tandis que moi , à quelques pas de la chambre où il m’avais fait découvrir la fusion entre un homme et une femme, s’agiterait dans son lit en l’imaginant avec une autre dévorée de désir et de nostalgie. — Amuse-toi bien. André s’attarde un instant, les mains dans les poches, puis s’en alla. Des larmes montèrent a mes paupières , je les essuyé d’un revers de manche rageur. ** * André Je ne s’amusais guère. Ma présence à ce gala de charité était attendue, mais mon attention était ailleurs. Ma compagne, une héritière rencontrée à un dîner d’affaires, m’ennuyait. Je ne n’était pas ennuyé, pourtant, lorsque j’ai fait sa connaissance... Elle était belle, s’exprimait bien, soutenait de nombreuses causes humanitaires. Mais ce soir, je voyais au-delà des apparences. En fait, je m’impliquais pour n’occuper, pour répondre à l’attente des autres et me retrouver en vedette. Mais au fond, les gens m’importaient peu. Mon altruisme était de pure façade. Ce soir, j’étais frappé par mon besoin de m’afficher avec elle , par ses commentaires malveillants sur certains invités, comme si elle valait mieux qu’eux, comme si elle aussi leur était supérieur, et que je devais être mis en garde à leur sujet. Le plus déconcertant était que tout cela ne m’aurait pas dérangé quelques jours plus tôt. Mais à présent, alors que je repense à Liya dans ce misérable appartement, en train de donner le biberon à son bébé, quelque chose m’étreignait le cœur. La lutte pour la survie, le dénuement, Liya savait ce que c’était. Alors que Danielle, ma compagne, n’en avait pas la moindre idée. Moi , je le savais. J’ai connu la misère. Dépendre de la charité des autres, mendier et se débattre pour survivre, j’ai connu ça. Et je n’arrivais plus à refouler ce souvenir depuis que Liya avait resurgi dans ma vie. — André , tu m’écoutes ? Je regarde la jeune femme parée de bijoux qui m’accompagnait et, soudain, j’ai presque une sensation de nausée. Je ne voulais pas perdre mon temps avec une égoïste. Une profiteuse. J’étais consterné de ne pas l’avoir percée à jour plus tôt. Ce soir, c’était avec Liya que je voulais être. Liya , elle, était directe et franche. Elle ne l’avait pas toujours été avec moi, certes ! Mais les choses avaient changé. Elle savait où nous en étions , tous les deux, et elle n’essayait plus de me tromper. Entre nous , il n’y avait pas de faux-semblants. Elle disait ce qu’elle pensait. Elle semblait certes n’avoir aucune sympathie pour moi . Mais elle me désirait. Je le savais car, en ma présence, elle avait le souffle plus court, elle détournait les yeux comme si elle ne voulait pas être surprise en train de me regarder. Elle rosissait et sa respiration se précipitait. Ce n’étaient pas précisément des signes de haine. — Je t’ai entendue. Désolé, mais je dois partir. J’ai un autre engagement. — Mais je croyais..., commença-t-elle. —bye ma belle . C’était un plaisir de te revoir. Puis, sans lui laisser le loisir de placer un mot , je m’éloigne et sors . Mon immeuble n’étant pas éloigné, je préférais m’y rendre à pied. J’en avais besoin pour évacuer cette étrange passion pour Liya . Ce n’était pas commode d’éprouver du désir pour une femme qu’on avait chassée de sa vie... Le calme régnait dans l’appartement quand je rentre. A peine 21 h 30. Pourtant, la télévision était éteinte, il n’y avait personne dans le séjour, pas de bébé en train de jouer, environné de jouets. Bizarrement, j’étais déçu . Lorsque j’étais arrivé, un peu plus tôt, et avait vu Sylvia en train de distraire l’enfant pendant que Liya préparait un biberon, ce spectacle m’avais réchauffé le cœur. A présent, j’éprouve un vide, comme si ce sentiment réconfortant était lié à la présence de Liya et de son fils. Un bruit venu de la cuisine m’alerte. A cette heure, mes domestiques étaient rentrés, et je ne pensais pas que l’un d’eux s’y attardait encore. Je me fige en voyant, devant le plan de travail, une silhouette féminine dont les longs cheveux étaient réunis par un chouchou. Elle portait un pantalon de yoga et un ample T-shirt d’un rouge délavé par les lessives. Elle ouvrit le micro-ondes, en sortit un saladier rempli d’eau chaude et y plaça un biberon. J’ai alors comme un coup au cœur. L’absence d’épouse et d’enfant dans ma vie ne m’avait jamais fait éprouver un sentiment de manque. Je ne savais pas établir avec un autre être une relation d’intimité, je ne savais pas combler la distance. Je m’étais toujours tenu à la lisière des choses, tel un spectateur. Jusqu’ici, cela ne m’avait jamais dérangé. Cette impression soudaine d’être un étranger chez moi n’était pas agréable. Je l’éprouvais , pourtant, avec une acuité presque douloureuse... A suivre ... Aimez , commentez et partagez ?❤️
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