L’homme en noir enfonça la main dans les vêtements de sa victime, fouilla ses poches, trouva un portefeuille, en vérifia le contenu, déplia puis replia des documents en papier et enfouit le portefeuille sous sa redingote. Il se baissa à nouveau, tira la montre de son gousset, l’arracha du passant du gilet, voulut retirer la chevalière, dut la tourner dans un sens, puis dans l’autre pour l’arracher enfin. L’homme en noir tourna la tête d’un côté et de l’autre, écouta un moment les bruits de la nuit, tira un mouchoir de sa poche, en essuya vivement le pommeau de sa canne, jeta le chiffon derrière un buisson d’hortensias et disparut à grandes enjambées à l’angle de l’ossuaire. Bientôt, il ne demeura qu’une grande tache sombre auprès du corps étendu sous la lune.
Un chien aboya, réveillé dans un jardin, au-delà d’un haut mur de pierre. Une voix lourde et rauque.
Un gros chien noir sûrement, qui remontait sa chaîne du fond de la nuit...
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« CHAPITRE I
Roscoff vivait la nostalgie de ses heures de gloire, les temps révolus où son port abritait une puissante flottille de bateaux corsaires, une véritable armada qui, toutes voiles dehors, cinglaient sus à l’anglais, se livraient à la guerre de course et attaquaient les convois de navires de sa Majesté, qui remontaient la Manche, ramenaient des prises dont les cargaisons valaient des fortunes et qui firent la richesse et la renommée de la ville. Marchandises des Indes et de toutes les colonies anglaises, étoffes, épices et minéraux précieux. De l’or et de l’argent souvent. Il y avait aussi les voyages triangulaires, de la côte de Guinée vers l’Amérique centrale, avant le retour en Bretagne, où on se livrait au trafic des esclaves noirs, désigné par l’euphémisme bien connu « trafic du bois d’ébène ». Au retour des Amériques, les cales étaient remplies à sombrer de sucre, de cotonnades et de produits exotiques. Les armateurs roscovites gagnaient des fortunes et se faisaient construire de magnifiques maisons fermées sur leur jardin, entassaient leurs richesses dans leurs vastes caves parfois hantées par les grandes marées d’équinoxe. Tristan Corbière écrira Au vieux Roscoff, un admirable poème, hommage à la gloire passée de la petite cité corsaire, ce trou de flibustiers, ce vieux nid à corsaires.
Ces temps héroïques étaient depuis bien longtemps révolus, vers 1870, à l’époque qui nous occupe, mais la ville était restée fidèle à ses traditions commerciales et maritimes et au port, régnait toujours une grande activité. On importait du vin de Bordeaux, on roulait des fûts sur le quai, des tombereaux les emportaient chez les marchands de vin. Le bois venu des Landes ou des pays du Nord s’entassait sur la place Thiers, on expédiait des légumes vers l’Angleterre et le nord de l’Europe, surtout les oignons, on importait la rogue en barils, un mélange de farines diverses et d’huile de poisson qu’on faisait venir, par bateaux entiers, de Norvège pour les pêcheurs de sardine de la baie de Moguériec où grouillaient alors ces poissons et qu’on livrait, selon la marée, en charrette ou en bateau, à la conserverie établie à la pointe de l’île de Sieck. Édouard Corbière avait créé un service de transport de passagers et de marchandises entre Roscoff et Le Havre. Il en était le directeur à Morlaix, une entreprise florissante et en plein développement.
Son fils, Édouard comme lui, mais qui préférera se faire appeler Tristan, avait dû interrompre ses études vers l’âge de dix-sept ans à la suite de graves problèmes de santé, une sorte maladie articulaire dégénérative. Il était maigre, bancal et d’une absolue laideur. Ses parents, ne sachant quoi en faire, l’avaient installé dans leur maison de Roscoff, place de l’Église, auprès de l’anse du Vile. La servante, Marie, qui travaillait pour les Corbière à Morlaix, depuis plusieurs années, fut détachée à la maison de Roscoff. Elle avait vingt-cinq ans et le jeune Édouard vingt. La coexistence d'un jeune homme d’une vingtaine d’années et d'une jeune femme à peine plus âgée, seuls dans cette grande maison, excitait l’imagination et les mauvaises langues des commères et alimentait bien des rumeurs. Marie revenait presque toujours en pleurant du lavoir, accablée de questions et d’allusions salaces, et déclarant qu’elle n’irait plus laver le linge de Tristan à cet endroit. Elle changeait de lavoir, la semaine suivante, mais les commères lui posaient les mêmes questions et, ainsi, chaque lundi, elle revenait en pleurs et poussant la brouette qui grinçait sur le pavé inégal.
Tristan possédait un bateau, objet de tous ses soins et de toutes ses attentions, “Le Négrier”, un cotre breton à voilure aurique, grand’ voile, foc et trinquette, que lui avait offert son père Édouard. Tristan l’avait appelé ainsi parce que c’était le titre du roman le plus connu de son père, un roman d’aventures maritimes sur fond de traite des Nègres entre le golfe de Guinée et la Martinique. Il l’avait ainsi nommé en hommage à son père, mais peut-être aussi par nostalgie des aventures contées dans les romans de son géniteur et qui avaient nourri et enchanté son enfance. Son père, ancien capitaine dans la marine, qui avait commandé quantité de navires, lui avait enseigné l’art de la navigation à voile. Tristan était un marin téméraire, faisait sur la mer des prouesses d’une imprudence folle, sortait quand tous les autres rentraient et se mettaient à l’abri dans le port. Il avait acquis une réputation de casse-cou et les vieux pêcheurs qui le regardaient prendre son bateau et quitter le port alors qu’un un coup de chien était annoncé par le sémaphore de l’île de Batz, haussaient les épaules et secouaient la tête. Ils prédisaient qu’un jour ou l’autre, il lui arriverait malheur car, disaient-ils, on ne brave pas ainsi la mer impunément, elle qui, de toute manière, finit un jour ou l’autre par avoir raison des imprudents. La mer n’oublie jamais ! Mais ce fils Corbière, ajoutaient-ils, ne respectait pas la mer comme il ne respectait rien ni personne à Roscoff, et avait de toute évidence le diable au corps.
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Tout un groupe de peintres prenait pension à l’auberge Le Gad et y séjournait tous les étés, depuis de longues années. Certains n’étaient que des rapins en mal d’originalité, qui se donnaient le genre artiste et passaient la belle saison à faire la fête à Roscoff, quand d’autres étaient des peintres reconnus et même des talents avérés. Chaque été, ils débarquaient de Paris et passaient deux ou trois mois à peindre sur place et sur le motif, paysages bretons et scènes de genre. Ils posaient leurs chevalets sur la côte et couraient les pardons où se pressait une foule aux costumes bigarrés, et croquaient la population locale. Les Bretons étaient alors aussi pittoresques et exotiques que les habitants de la Polynésie ou les Indiens d’Amérique. Ces peintres composaient habituellement un petit groupe de fêtards qui scandalisaient les habitants de Roscoff, arboraient des tenues vestimentaires extravagantes, braillaient dans les rues et se couchaient à l’aube, à l’heure où les habitants de Roscoff partaient pour leur travail. Ils avaient leurs habitudes, table et coucher, à la pension Le Gad, rue du Quelen, face à l’église ou dans la pension Castel près de la chapelle des Capucins, à l’entrée du bourg... Comme tous les soirs, sous les lourdes poutres qui écrasaient la salle, ils parlaient fort dans la vapeur des grogs et la fumée des cigares et se lançaient des défis bruyants. Ils entretenaient d’interminables discussions, et deux générations se disputaient sur différentes théories de la peinture. Les plus anciens défendaient des positions classiques et académiques, quand les plus jeunes parlaient de pointillisme et même d’impressionnisme. Personne ne s’entendait et tous parlaient en même temps. C’est là que Tristan Corbière, qui habitait juste à côté, les rencontrait et partageait leur vie de bohème, libre, bruyante et désordonnée. Il écrivait d’étranges poèmes qui étonnaient ses amis, peignait, lui aussi, et dessinait des caricatures dont il illustrait les brouillons successifs de ses poèmes. Tous se retrouvaient et finissaient la soirée et même la nuit dans l’établissement d’Ursule Calarn où ils buvaient sec et menaient grand tapage.
Le plus pittoresque, sans doute, et le plus connu de tous ces peintres, était Albert Duroc qui venait depuis des années peindre à Roscoff. Sa lourde silhouette, son grand chapeau et sa longue redingote noire, qu’il portait même en plein été, étaient familiers aux habitants de la petite cité. Il y séjournait les mois de juillet, d’août et de septembre, et prenait, comme la plupart des peintres, pension à l’auberge Le Gad, près de l’église. Il allait plusieurs jours par semaine à l’île de Batz, du moins quand la marée et l’état de la mer le permettaient. Son chevalet sous le bras, ses toiles sous l’autre, sa boîte de couleurs et sa palette en bandoulière sur le dos, courbé sous son chapeau de paille, il marchait lentement et difficilement, encombré et ralenti par son bagage, gêné par son embonpoint d’éternel viveur et d’amateur de bonne chère. De loin, il ressemblait à une grosse tortue. Il peignait les paysannes à genoux dans les champs de carottes et d’oignons, avec leurs coiffes bleues à rubans et leurs tabliers noirs, les goémoniers qui faisaient brûler leur goémon sur la dune, dans de grands fours faits de pierres plates, d’où s’élevait une fumée lourde et âcre, qui allait se perdre au loin sur la mer, vers les rivages de Sibiril et de Cléder. Duroc était donc toujours affublé de la même redingote noire, tachée de peinture de toutes les couleurs, beaucoup trop grande, qui traînait au sol et dont les basques flottaient au vent. Il puait l’essence de térébenthine. Les habitants de l’île, qui le voyaient passer ainsi accoutré, le montraient du menton et se moquaient de lui en breton. Ils l’appelaient Ch’wil du4 car il était éternellement vêtu de noir et se déplaçait comme un cloporte ou un bousier, appuyé sur une lourde canne. On lui reprochait surtout de trop s’approcher des femmes qui sarclaient à genoux dans les champs ou battaient leur linge au lavoir, et de chercher à lier conversation avec elles pendant que leurs maris pêchaient en mer, ramassaient le goémon sur les grèves ou besognaient dans un autre endroit de l’île. « Pitaouer lous ! »5 criaient-elles en faisant mine de lui jeter, comme à un chien errant, de l’eau, des cailloux ou des mottes de terre. Il s’éloignait alors de son pas lent et pesant, marmonnant on ne sait quoi, et allait planter son chevalet un peu plus loin. Albert Duroc avait fait un marché avec un vieux pêcheur de l’île qui le ramenait à Roscoff, le soir venant, du moins quand la marée était propice. Il aurait probablement mieux fait de rester coucher sur l’île de Batz, mais il faisait remarquer que l’unique café fermait beaucoup trop tôt et qu’il ne saurait jamais quoi faire de sa soirée. Il lui fallait au moins sa carafe de vin de Bordeaux, ses petits verres de cognac du soir, le jeu de cartes et le billard, tard le soir avec ses amis, sans oublier, surtout, les filles de la maison close de la rue des Chanoines où il avait ses entrées régulières, sa table réservée et ses filles attitrées.
Ursule Calarn tenait, en effet, au numéro soixante-neuf de la rue des Chanoines, l’unique maison close de Roscoff, que fréquentaient les marins du port et les bourgeois de tout le canton, armateurs et capitaines, gros marchands de légumes, boutiquiers, artisans et clercs de notaire. Et l’été, les Parisiens et une demi-douzaine de peintres familiers de l’établissement. Ursule opérait un tri sévère dans sa clientèle, régnait sans partage sur un personnel réputé de qualité, contrôlé et choisi avec soin, qu’elle renouvelait par tiers tous les six mois, et réservait ses dernières recrues aux bourgeois fortunés de Roscoff et de Saint-Pol-de-Léon. L’établissement était considéré comme propre et bien tenu, et la moralité, l’hygiène et la bonne santé des filles étaient vantées dans toute la région et même au-delà. Tristan fréquentait assidûment cette maison située à quelques pas de chez lui. Elle était à sa porte, et il y jouissait même d’un tarif de faveur. Il montait les marches usées du colimaçon en pierre du vieil escalier, parfois avec Giroflée, mais surtout avec Ophélie, une lourde et copieuse créature, qu’il choisissait invariablement parmi la demi-douzaine de pensionnaires de la maison, poussant de hauts cris et provoquant un véritable scandale quand elle accompagnait un autre client ou quand elle était indisponible pour une quelconque raison. Tristan prétendait qu’Ophélie avait une ressemblance certaine avec l’une de ses cousines à la mode de Bretagne, Héloïse, avec qui, quelques années auparavant, il se promenait dans les bois de Coatcongar ou sous les grands châtaigniers du parc du Launay quand, adolescent, il séjournait chez ses tantes Puyo. Une grosse fille, assurait-il, molle et profonde comme un édredon de plumes. Parvenu dans la chambre, il n’enlevait jamais ses longues bottes de pêcheur ni son chapeau, se relevait et se reboutonnait sans dire un mot, puis payait très généreusement et sans la moindre discussion, laissant habituellement aux filles de généreux pourboires. C’était, de toute manière, l’argent de papa Édouard et de maman Marie-Aspasie, qu’il dépensait sans compter, et quand il venait à en manquer et qu’il avait entièrement mangé la pension mensuelle que ses parents lui accordaient, il descendait à Morlaix, à la barre de son bateau jusqu’aux écluses du grand bassin, à quelques encablures de l’appartement familial du quai de Léon, ou attelait Souris, sa vieille jument grise, et venait par la route réclamer une rallonge à son allocation. Son père se faisait un peu tirer l’oreille, pour la forme et pour le principe, mais sa mère ne pouvait rien lui refuser. Finalement, les deux parents ne savaient pas comment appréhender cet enfant, un être si différent, si sauvage et en même temps si tendre et si aimant, et demeuraient désarmés devant son état de santé qui en faisait un garçon à l’avenir tout à fait précaire. Un soir où Giroflée était malade et Ophélie déjà en main, Tristan, n’en voulant absolument pas d’autre, pour occuper sa soirée perdue, tromper son ennui et calmer son désir, avait décoré une porte de l’établissement de la veuve Calarn d’une scène de beuverie à la manière de Breughel. Il avait peint, d’une pâte lourde et épaisse, des personnages grotesques, aux visages bouffis et rubiconds, qui braillaient, la gueule béante, en brandissant leur bouteille et, au premier plan, un gros pourceau crotté qui se vautrait dans la fange. La mère maquerelle, admirative et ravie de cette œuvre d’art, s’était engagée à lui offrir, pour ce travail d’artiste, une prestation gratuite chaque samedi soir du mois, avec la fille de son choix. Tristan n’avait pas fait fi de ce petit marché, avait résolu d’en profiter du mieux possible et espérait même avoir l’occasion et la chance de décorer d’autres portes de la maison.
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Vint alors l’événement qui allait changer et même bouleverser la vie de Tristan. Un jour, en effet, arriva à Roscoff un certain Rodolphe De Battine, de son nom complet le vicomte Rodolphe de Colomb de Battine. Il avait trente-sept ans était fils unique et célibataire, issu d’une famille de très ancienne noblesse qui remontait au Moyen Âge, vivait de ses rentes et du fermage de ses terres, possédait de nombreuses propriétés, dont un magnifique hôtel particulier au Mans et le château des Aiguebelles à une vingtaine de kilomètres de cette ville. En réalité, il consacrait l’essentiel de son temps à dilapider l’immense fortune qu’il avait héritée de son père, et on disait qu’il avait déjà très largement écorné son patrimoine. Il arrivait accompagné de sa maîtresse du moment, une certaine Armida Josephina Cuchiani, sur laquelle les renseignements sûrs et précis font défaut. On la présumait d’origine italienne, en raison de la consonance de son nom, une actrice disait-on, qui tenait des rôles mineurs dans les petits théâtres de la Butte Montmartre. Un physique sûrement, des prétentions artistiques, des protecteurs argentés, mais sans doute peu de talent. Elle était très brune, et l’aubergiste Le Gad, chez qui le couple séjourna durant plusieurs mois, interrogé quelques années après, affirma qu’il n’avait jamais rencontré de sa vie une femme aussi belle. Il parlait d’une belle brune avec une chevelue superbe. D’autres ont affirmé qu’elle était blonde, mais, en réalité, personne n’en sait rien de vraiment précis.
Rodolphe avait été blessé à la bataille de Coulmiers, dans la Sarthe, perdue par l’armée française. D’aucuns parlaient d’une balle reçue dans le bas du dos, d’autres dans le gras d’une fesse, ce qui faisait rire certains pensionnaires de l’auberge Le Gad. On savait maintenant, ricanaient ces mauvaises langues, pourquoi l’armée française avait perdu cette guerre contre la Prusse. On parlait d'une débandade générale des soldats français, éparpillés dans la nature et que les Prussiens tiraient dans le dos comme des lapins. C’était faux, du moins en ce qui concernait le vicomte de Battine qui eut à Coulmiers une conduite héroïque et qui avait reçu une citation à l’ordre du régiment, puis la légion d’honneur pour actes de bravoure. Une balle l’avait touché au côté, lui avait brisé deux côtes et était ressortie sans provoquer de lésion interne. Une autre l’avait atteint à la jambe gauche et lui avait emporté une bonne partie du mollet. Des blessures graves et douloureuses, dont il se remettait lentement. Rodolphe avait perdu beaucoup de sang, s’en trouvait extrêmement affaibli et était venu profiter du climat vivifiant de Roscoff dont on commençait à vanter les mérites un peu partout en France. On parlait des bienfaits de son air iodé, de la douceur de son climat dû au passage du Gulf Stream, des beautés et des charmes de son littoral ainsi que du pittoresque de ses costumes de ses traditions. Pour les Parisiens de l’époque, et surtout pour les peintres, la Bretagne était encore un pays étranger et tout à fait exotique.
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Un grand nombre de curistes, en effet, venaient de Paris et de toute la France profiter des thermes marins de Kerléna, malgré la distance et les difficultés de transport, car il fallait quatorze heures de train pour joindre Paris à Morlaix où l’on arrivait noirci des pieds à la tête par la fumée de la locomotive, et les vêtements troués d’escarbilles si on avait eu l’imprudence d’ouvrir la vitre pour s’aérer un peu. Puis il fallait encore quatre heures de diligence pour aller de Morlaix à Roscoff sur un chemin caillouteux, bosselé et rempli de nids-de-poule, qui, de la gare de Morlaix, passait par la colline de Saint-Martin, la vallée de la Pennélé et le bois de Lansalut, les ponts sur la Penzé, puis sur l’Héon, avant d’arriver à Plouénan par le col ardu et malaisé de Groumélar où les voyageurs devaient presque toujours descendre de voiture pour soulager les chevaux et pousser au c*l la lourde patache jusqu’en haut du plateau couvert d’ajoncs et de genêts. Apparaissaient alors, à main droite, le magnifique clocher ajouré de la chapelle du Kreisker et, un peu plus loin, les deux flèches de la cathédrale Saint-Pol Aurélien. La mer était là, en arrière, après les vastes étendues de choux, de blé noir et de pommes de terre. On en devinait la rumeur au-delà des talus, des haies de tamaris et de troènes pliées par le vent, on la pressentait déjà, et les voyageurs, impatients de l’apercevoir enfin, gardaient désormais le nez collé à la vitre. »
1 Toiles de fond à Concarneau, auteur Stéphane Jaffrézic, même collection.
2 Mauvaise passe sur l’île Callot, même auteur, même collection.
3 Bricoli : chou-fleur, en breton.
4 Chwill du : Tout insecte noir, cafard, bousier, etc. en breton. Et, par extension, tout individu déluré et débauché.
5 Pitaouer lous : sale queutard, en breton (traduction littérale). Sale débauché.