La création du monde
La création du mondeAu commencement des temps, il n’y avait rien : ni ciel, ni terre, ni hommes. Il n’y avait que de l’eau, sans fin ni fond, au-dessus de laquelle régnait une obscurité complète. Sur cette eau se déplaçait en barque Dieu Tout-Puissant. Un jour, il cracha dans l’onde, et à l’endroit où sa salive tomba apparut Satan, lequel engagea aussitôt la conversation avec Dieu :
– Je suis ton frère. Prends-moi dans ta barque.
Comme la barque était assez grande pour deux, Dieu lui répondit :
– Monte donc.
Satan prit place à côté de Dieu et tous deux poursuivirent leur route sur les eaux. Dieu dit alors à Satan :
– Je veux créer la terre. Plonge, Satan, et rapporte-moi de la terre.
Satan se changea en garrot à œil d’or et plongea dans l’eau. Mais n’ayant pas demandé la bénédiction de Dieu, il ne parvint pas à s’acquitter de sa tâche et resta longtemps sous l’eau sans parvenir à atteindre le fond. À bout de forces, il finit par remonter et dit à Dieu :
– Je n’ai pas pu atteindre le fond ni rapporter de la terre.
Dieu lui répéta alors :
– Plonge une deuxième fois et rapporte-moi de la terre.
Satan se changea aussitôt en plongeon arctique et s’immergea à nouveau. Mais sans la bénédiction de Dieu, bien qu’il soit descendu plus profondément que la première fois, il ne parvint pas à atteindre le fond et ne rapporta pas de terre. En remontant à la surface, il dit à Dieu :
– Je n’ai pas pu parvenir jusqu’au fond et prendre de la terre, bien que j’aie plongé plus profondément que la dernière fois.
– Tu n’y arrives pas parce que tu ne me demandes pas ma bénédiction. Plonge une troisième fois. Avec ma bénédiction, tu parviendras jusqu’au fond et tu pourras rapporter de la terre.
Satan reçut alors la bénédiction de Dieu, puis se changea en canard souchet et plongea une troisième fois. Cette fois-ci, il atteignit sans peine le fond, prit de la terre dans son bec et l’apporta à Dieu, avec ses mots :
– Je t’ai apporté de la terre.
Dieu prit la terre du bec de l’oiseau. Mais Satan en dissimula une partie en se disant : « Dieu va créer la terre, je l’observerai et je l’imiterai. »
Dieu ordonna à trois baleines de monter à la surface. Trois baleines apparurent, si grandes qu’en se tenant sur leur tête, on ne voyait pas leur queue. Les trois baleines se placèrent de façon à ce que leurs têtes se touchent, leurs queues étendues dans des directions différentes. Dieu prit la terre dans une de ses paumes et la modela de l’autre. Il en fit une petite galette ronde et parfaitement lisse, qu’il déposa sur la tête des baleines. La terre se mit à grandir et à s’élargir, à s’étirer, si bien qu’elle finit par recouvrir les trois baleines. Lorsqu’elle devint trop lourde pour les trois cétacés, Dieu appela quatre autres baleines. Montant des profondeurs, elles joignirent leurs têtes aux trois premières, étendirent leurs queues et soutinrent la terre. Depuis ce temps, la terre repose sur sept baleines.
Pendant que la terre placée sur les baleines grandissait et s’étirait, il en allait de même avec la poignée de terre restée dans la bouche de Satan, si bien que ses joues gonflèrent. Dieu le remarqua et demanda à Satan :
– Qu’as-tu donc à tes joues ?
Satan reconnut alors son forfait :
– Pardonne-moi, Seigneur, j’ai dissimulé dans ma bouche un peu de terre.
– Recrache-la !
Satan s’exécuta. En tombant de sa bouche, la terre forma des lieux sauvages et impurs : des montagnes et des ravins, des fourrés épais, des marais et des marécages. Auparavant, la terre était lisse et parfaite en tous points. C’est ainsi que Dieu créa la terre et le monde.
Quand la création de la terre fut terminée, Dieu voulut se reposer. Il sortit la barque de l’eau, la retourna, s’allongea à côté et s’endormit profondément. En voyant cela, Satan eut l’idée suivante :
– Je vais jeter Dieu à l’eau et le noyer pendant qu’il sommeille, ainsi la terre et la barque seront à moi.
Satan souleva Dieu et se dirigea vers la rive. Mais plus il avançait, plus la terre s’étirait devant lui et plus l’eau s’éloignait. Comprenant qu’il n’atteindrait pas la berge, Satan fit volte-face et se dirigea de l’autre côté, pour jeter Dieu par-dessus le bord de la terre. Mais le même phénomène se répéta. Satan reposa alors Dieu près de la barque, comme s’il ne l’avait pas déplacé.
Aujourd’hui encore, la terre repose sur sept baleines et flotte sur l’eau. Elle continue à s’étendre, et lorsqu’elle sera trop grande pour les sept baleines, celles-ci repartiront au fond de l’eau. La terre se désagrégera et s’enfoncera dans les profondeurs marines : ce sera la fin du monde. On dit que ce moment approche.