Le silence de la villa était trompeur. Depuis le départ de Clarisse, Tantie Awa s'était retirée dans ses appartements, satisfaite d'avoir assisté à un "combat de chiennes". Moi, j'étais assise sur le rebord de la fenêtre de la chambre d'amis, guettant les phares dans la nuit.
20h30. Les grilles du portail s'ouvrirent.
Le cortège entra. Deux 4x4 noirs, encadrant la Mercedes Maybach blindée d'Idris. Les moteurs vrombirent comme des fauves rentrant à la tanière.
Mon estomac se noua. Il était là.
Je n'eus pas besoin de descendre pour l'accueillir. Je savais qu'il monterait directement. Idris n'était pas un homme qui perdait du temps en politesses après un voyage d'affaires. Il allait vérifier son territoire.
J'entendis la porte d'entrée claquer au rez-de-chaussée. Puis des pas lourds dans l'escalier. Puis le silence.
Il était dans le couloir. Il se dirigeait vers la suite principale. Là où le cadre photo avait été forcé. Là où le carnet manquait.
Je comptai les secondes. Une. Deux. Trois...
Un bruit sourd fit trembler les murs. Quelque chose de lourd venait d'être projeté contre un mur. Puis, un hurlement. Pas de mots. Juste un cri de rage pure, animale.
La porte de ma chambre d'amis s'ouvrit à la volée avant même que j'aie pu bouger. Konaté était là. Il avait l'air terrifié, ce qui était une première.
Konaté : Monsieur vous demande. Tout de suite.
Je me levai, mes jambes flageolantes. — Qu'est-ce qui se passe ?
Konaté : Ne posez pas de questions. Avancez.
Je sortis dans le couloir. L'air semblait chargé d'électricité statique. La porte de la suite principale était grande ouverte.
J'entrai.
La chambre était dévastée. Ce n'était pas juste la lampe brisée de la veille. Idris avait retourné la pièce. Le matelas était à moitié renversé, les tiroirs arrachés et vidés sur le sol. Et au milieu de ce chaos, Idris se tenait debout, dos à moi, face au mur où la photo de son père était habituellement posée.
Le cadre gisait par terre, en morceaux. Le fond en bois avait été arraché.
Idris se retourna lentement. Il avait enlevé sa veste de costume. Sa chemise blanche était froissée, les manches retroussées. Ses yeux... ses yeux étaient injectés de sang. Il ne ressemblait plus à un PDG. Il ressemblait à un tueur.
Il tenait un pistolet à la main. Un Beretta noir mat.
Idris : Où est-il ? dit-il d'une voix si basse que je dus tendre l'oreille.
Je jouai la confusion. C'était ma seule carte.
— De quoi tu parles, Idris ? Tu me fais peur...
Il bondit vers moi, m'agrippant par la gorge, et me plaqua contre le mur le plus proche. Le canon de l'arme s'enfonça dans ma joue. L'acier était froid, mais sa main était brûlante.
Idris : Ne joue pas avec moi, Naya ! hurla-t-il, me postillonnant au visage. Le carnet ! Qui l'a pris ?
Il serra sa main autour de ma gorge. Je suffoquai, griffant son poignet pour essayer de respirer.
— Je... je ne sais pas...
Idris : Tu mens ! Tu étais ici ! Konaté m'a dit que Clarisse est venue !
— C'est elle ! criai-je, profitant qu'il relâche légèrement la pression. C'est elle !
Idris se figea. Il ne me lâcha pas, mais son regard changea. Il calcula.
Idris : Explique-toi, grogna-t-il. Et si je sens un mensonge, je te jure sur la tombe de mon père que je te mets une balle dans la tête ici et maintenant.
Je pris une grande inspiration, mêlant mes vraies larmes de terreur à mon mensonge préparé.
— Elle est venue hier... Elle était folle, Idris. Elle disait que je t'avais volé à elle. Elle a forcé le passage. Tantie Awa l'a laissée monter pour m'humilier !
Je vis un éclair de fureur passer dans ses yeux à la mention de sa mère.
Idris : Continue.
— On s'est disputées... Elle a commencé à tout casser. Elle a renversé la lampe. Elle a fouillé partout en criant qu'elle cherchait des preuves de tes infidélités pour les vendre à la presse ! Elle a attrapé la photo de ton père, elle a dit qu'elle allait la briser parce que tu l'aimais plus qu'elle...
Je marquai une pause, le regardant droit dans les yeux.
— Je me suis battue avec elle, Idris. Je l'ai frappée. Demande à Konaté ! Il nous a séparées. Mais elle est partie avec son sac. Je ne savais pas... je ne savais pas qu'il y avait quelque chose dans le cadre.
Idris me fixa, cherchant la faille. Mon histoire tenait la route : la jalousie de Clarisse était légendaire, la malveillance d’Ana aussi, et Konaté avait vu la "bagarre".
Lentement, il abaissa son arme. Il me lâcha. Je glissai le long du mur, massant ma gorge douloureuse.
Idris se passa une main sur le visage, un geste de fatigue intense qui le rendit presque humain pendant une seconde. Puis le démon revint.
Idris : Clarisse, murmura-t-il. Cette p****n de traînée.
Il se dirigea vers la fenêtre, sortit son téléphone. Il composa un numéro.
Idris : Allô. C'est moi. Localisez Clarisse Zadi. Maintenant. Je m'en fous d'où elle est. Vous la trouvez, vous la ramenez au hangar. Vivante. Je veux l'interroger moi-même.
Mon sang se glaça. Si Idris mettait la main sur Clarisse ce soir, elle parlerait. Elle dirait que je lui ai donné le carnet. Et je serais morte avant l'aube.
Il raccrocha et se tourna vers moi.
Idris : Tu as de la chance, Naya.
Il s'approcha, s'accroupit devant moi. Il caressa la marque rouge sur mon cou avec son pouce, un geste d'une tendresse effrayante.
Idris : Tu as défendu mon honneur. Tu t'es battue pour moi.
Il sourit. Un sourire tordu.
Idris : Mais tu as laissé l'ennemi entrer dans ma chambre. C'est une faute grave.
— Je ne pouvais pas l'arrêter...
Idris : Chut.
Il posa son index sur mes lèvres.
Idris : Le carnet qui a disparu contient des informations qui pourraient faire tomber tout le pays. Si Clarisse l'a, elle va essayer de le vendre ou de me faire chanter. Jusqu'à ce que je la retrouve et que je règle ce problème, cette maison passe en état de siège.
Il se releva.
Idris : Konaté !
Le colosse apparut dans l'encadrement de la porte.
Konaté : Oui, Patron.
Idris : Verrouille tout. Personne ne sort. Personne n'entre. Coupe le Wi-Fi. Confisque les téléphones du personnel. Et celui de ma femme.
Je me raidissai. — Idris, non... j'ai besoin de...
Idris : Donne-le-moi.
Il tendit la main.
Je n'avais pas le choix. Je sortis mon téléphone de ma poche (celui officiel, pas le prépayé caché dans les toilettes). Je le lui donnai.
Il le glissa dans sa poche sans le regarder.
Idris : Tu resteras dans cette chambre avec moi ce soir, décréta-t-il. Je ne veux pas te perdre de vue une seule seconde.
Il commença à déboutonner sa chemise, son arme toujours posée sur la table de nuit à portée de main.
Idris : Allez, va te préparer pour le lit. J'ai besoin de me détendre. La chasse commencera demain.
Je me dirigeai vers la salle de bain, les jambes lourdes comme du plomb. J'avais réussi à détourner ses soupçons vers Clarisse. C'était une victoire. Mais c'était une victoire à court terme.
Clarisse était traquée. J'étais prisonnière dans la chambre du loup, coupée du monde. Si Clarisse se faisait attraper, j'étais morte. Si Clarisse trahissait notre pacte, j'étais morte.
Je fermai la porte de la salle de bain et m'appuyai contre le lavabo, regardant mon reflet. J'avais déclenché une guerre. Maintenant, il fallait que je survive à la première bataille.
Et la première bataille allait se passer dans ce lit, avec un homme qui venait d'ordonner l'e********t de son ex-maîtresse.