Beth
Je suis dans les bras de Mira, mon flot de larmes est ininterrompu, elle essaye de me calmer, mais n'y arrive pas. Après deux heures, je m'apaise enfin, je ne pleure plus, mais le traumatisme est bien là.
- Tu devrais porter plainte Beth.
- Non, je refuse, Élisa ne me le pardonnerait pas.
- Ma chérie, ta sœur n'aurait jamais accepté que tu te fasses pratiquement v****r par son mari.
- Je n'aurais pas la force de le faire, il était ivre, et la douleur de la perte…
- Tu veux lui trouver des excuses à ce salop !
- Non, mais je ne veux pas salir la mémoire de ma sœur. Je ne veux plus le revoir, je ne veux même pas qu'un homme m'approche. Je n'ai pas encore accepté la mort de ceux qui me sont proches, je n'aurai pas le courage d'affronter un procès, ni la publicité que ces vautours de journaliste feront. Je veux pouvoir faire mon deuil dans le calme et retrouver un minimum de sérénité.
- Je comprends, mais imagine une minute qu'il regrette son geste et qu'il se rappelle ce qui s'est passé. Ou qu'il veuille finir ce qu'il a commencé, que vas-tu faire. Iras-tu porter plaintes? Il connaît mon adresse et il sait où tu habites ?
- Je réfléchis à quelque chose depuis quelques jours. Je ne t'en ai pas parlé parce que je sais que tu n'aimeras pas l'idée mais...
- À quoi fais-tu allusion ?
- Le petit ranch que j'ai acheté a Stephenville...
- Tu veux partir !
- C'était le plan de départ, c'est pour cette raison que j'ai acquis ce bien.
- Mais tu devais le faire dans quelques années, ça n'était pas prévu pour si tôt.
- Je sais, mais je ne peux plus rester dans cette ville. En-tout-cas pas pour le moment.
- Mais ton cabinet, et moi ! Tu vas me laisser.
- Je n'ai vraiment pas envie de te laisser, mais si je ne quitte pas cette ville, je...
- Très bien, mais je t'accompagne.
- Non, tu ne peux pas. Vous êtes en sous-effectif à l'hôpital, et puis...
- Je ne te laisse pas le choix. Penses-tu que je vais te laisser affronter ça toute seule ? Tu crois que je vais réussir à me regarder dans un miroir en te laissant partir dans ces circonstances ? Tu es au bord de la dépression ! Quel genre de médecin saurais-je si je ne faisais rien ?
- Comment vas-tu te débrouiller avec ton travail ? Et le dispensaire ?
- Je vais donner ma démission, il faudra que je revienne après mes congés pour effectuer mon préavis, et pour le dispensaire, je peux voir avec un confrère.
- Tu es sûr de ton choix ? Je veux dire... Tu as une vie ici.
- Et tu en fais partie. De ton côté, comment comptes-tu organiser ton départ ?
- Nous sommes quatre dans le cabinet, je pense qu'ils s'en sortiront sans moi. Je vais appeler Cyndie demain pour la tenir informer, mais ils comprendront.
- Les travaux étaient terminés ?
- Il ne restati pas grand-chose à faire. La dernière fois que j'y suis allé, les ouvriers refaisaient le toit de la grange. Pour la maison, je dois juste m'occuper de la nettoyer.
- On ne sera pas trop de deux pour le faire.
- Je dois te dire autre chose, lors de ma dernière visite, j'avais rencontré le vétérinaire qui y travaille, un monsieur très gentil la soixantaine. Il cherche quelqu'un qui pourrait reprendre son cabinet, je pense prendre contact avec lui pour savoir si son offre est toujours valable.
- C'est un départ définitif alors ?
- Je l'ignore, mais je ne sais pas combien de temps, je vais y rester alors...
- Bon, je n'ai plus qu'à contacter le Texas Health Harris Methodis Hospital. Ils doivent bien avoir un poste pour moi.
- Mira...
- Chut ! Qui va veiller sur toi si je ne suis pas là. Je suis sûr que tu resteras enfermé chez toi, et ta seule sortie sera pour aller au travail. Et puis je trouverais bien un logement d'ici là.
- Avec les deux chambres vides, tu penses que je te jetterais dehors alors que tu abandonnes ta vie pour moi.
- Je n'abandonne rien, nous repartons à zéro. Avec un peu de chance, je trouverais l'homme de ma vie au Texas ! Et puis je dois avouer que j'en ai marre de courir partout et d'être épuisé en sortant de mes gardes. J'espère juste que ça sera plus calme.
- Je ne te remercierai jamais assez !
- Je fais surtout preuve d'égoïsme en voulant te garder dans ma vie.
- Et je ne m'en plains pas !
- On part quand ?
- Dans deux jours, si c'est possible.
- Ok, nous avons pas mal de choses à régler d'ici là.
Nous continuons de parler encore pendant un petit moment puis Mira s'en va à la salle de bain. Je récupère mon téléphone que j'avais laissé sur silence et le déverrouille pour pouvoir accéder à ma boite mail. Mais je constate que j'ai une série d'appels d'un numéro inconnu, j'ai même un message vocal. J'hésite à l'écouter, car j'ai peur que ce soit Adrien. Puis je prends mon courage à deux mains et je lance la messagerie.
- Bonjour Mademoiselle Beth LUTHER, je suis Maître MARCOV. Je vous contacte, car vos parents avaient souscrit une assurance en votre nom et celui de votre sœur. Je suis chargé de la succession, votre sœur étant malheureusement décédé, vous êtes le seul ayant droit. Pouvez-vous entrer en contact avec moi au plus vite ? Je vous envoie mes coordonnées par mail. Au revoir et à bientôt.
Mes larmes ont recommencé à glisser sur mes joues, me replongeant dans ma peine et me faisant me rappeler cette douleur qui me ronge. Cet argent ne me les ramènera pas alors pourquoi ont-ils fait une chose pareille. La colère m'envahit et je commence à leur en vouloir d'avoir pensé que souscrire cette assurance atténuerait ma solitude.
- Beth, que se passe-t-il ?
- ….
- Ma chérie, réponds-moi. Je te laisse 10 minutes et je te retrouve dans cet état.
Je suis dans l'incapacité de lui répondre, alors je lui tends le téléphone afin qu'elle écoute le message. Elle comprend aussitôt et me prend dans ses bras. Après quelques minutes, elle s'éloigne de moi et me donne un mouchoir.
- Je viendrai avec toi. Veux-tu que je l'appelle demain pour convenir d'un rendez-vous ?
- Je ne veux pas y aller. Je ne veux même pas de cet argent. Comment mes parents ont-ils pu penser que ça nous consolerait de recevoir...
- Arrête-toi là avant de dire quelque chose que tu risques de regretter. Connaissant tes parents, penses-tu vraiment que c'était leur idée première ? Je comprends ta colère, mais ne la laisse pas t'embrouiller l'esprit. N'oublie pas qui ils étaient. Ils ont fait ce qu'il pensait être juste pour vous mettre ta sœur et toi à l'abri du besoin.
- Je sais que tu as raison, mais...
- Pas de mais, je vais contacter cette personne pour prendre rendez-vous avant notre départ. Je ne te laisse pas le choix.
- D'accord.
Elle m'embrasse sur le front avant de s'en aller pour passer le coup de fil. Me laissant avec ce sentiment de remords et de nostalgie.