Je m'empressai d'allumer un feu dès mon arrivée, désireuse de réchauffer rapidement la maison et de la rendre encore plus douillette. Je trouvai une sélection parfaite de petits morceaux de bois pour faire démarrer le feu promptement, puis je l'alimentai avec des bûches de plus en plus grosses jusqu'à obtenir la combustion régulière que je recherchais. Cet endroit dégageait une atmosphère si chaleureuse. J'ouvris mes sacs et en sortis mes vêtements d'intérieur confortables, mes pantoufles, mon téléphone, mes écouteurs et quelques livres.
J'examinai attentivement les menus de plats à emporter et, après quelques hésitations, je décidai de commander des crêpes au canard croustillant pour le soir. J'avais envie de me faire plaisir ! J'appelai le restaurant et organisai une livraison pour 19h30.
En attendant mon dîner, je m'installai confortablement avec un livre et profitai de la chaleur du feu. Le repas arriva et je savourai pleinement ces petites crêpes asiatiques. Une fois que j'eus nettoyé derrière moi, je décidai de suivre le conseil de Bethany et de me préparer un bain relaxant. Dans la salle de bain, je trouvai des huiles de bain et des crèmes. Je fis couler un bain profond rempli de mousse et y plongeai avec délice, laissant la chaleur m'envelopper. Tout mon corps se détendit. J'en avais vraiment besoin !
Allongée dans l'eau, je pensai à mes sorties du lendemain, aux chiens que je ne visiterais pas ce week-end mais que je reverrais bientôt, au client duquel je voulais me séparer, au travail que je préférerais faire... Je réfléchis à la vie, à mon avenir. Que voulais-je créer ? Comment m'intégrer ? Les gens veulent généralement des choses similaires : une relation, des enfants, une maison, une voiture. Ces choses ne m'excitaient pas. Peut-être devrais-je simplement vivre dans un cottage au cœur des bois jusqu'à ce que je vieillisse et meure. Sacrés objectifs, hein ? Mon esprit vagabonda jusqu'à ce que je me laisse finalement glisser dans un léger sommeil.
Je pénétrai dans une magnifique pièce par une porte ouverte. C'était une chambre à l'ancienne avec un lit à baldaquin et des meubles antiques ornés, comme une chaise longue et un bureau. Le bois était sculpté. Cela me rappelait le navire d'un pirate. Le bureau était couvert de plusieurs piles de papiers posées sur une carte. Je me demandai ce que cette carte représentait. Rien que je ne reconnaissais. De grandes fenêtres s'ouvraient sur un balcon donnant sur la mer. Des oiseaux criaient et plongeaient tandis que les rideaux ondulaient dans la brise. Un homme de grande taille se tenait debout, dos à moi, regardant par la fenêtre. Ses cheveux étaient sombres, longs de quelques centimètres, légèrement bouclés. Il avait de larges épaules et portait une veste en velours noir, un pantalon de cavalier et des bottes. Son allure dégageait confiance et charisme. Bien que je ne pusse voir son visage, je l'imaginais beau. Il devait être beau. Je soupirai intérieurement. Du moins, je pensai l'avoir fait... L'homme pivota pour me faire face. Ses yeux ! Oh mon Dieu. Je me doutais qu'il était magnifique, pourtant je ne pouvais décrire son visage car nos regards se croisèrent, et ses yeux furent tout ce que je pus voir. Je vis le choc, l'émerveillement, l'espoir et la peur dans ces puits d'obsidienne sombre. L'émotion était si intense que j'en eus le souffle coupé et, en un instant, la scène s'évanouit, me ramenant dans mon bain, la poitrine haletante. Le désespoir me frappa comme un coup de poing. C'était trop court, trop intense. Je voulais y retourner. Je me sentis profondément perturbée.
Vous savez, il y a des rêves qui ne vous parlent pas vraiment et d'autres dont vous savez qu'ils ont un sens. Celui-ci semblait appartenir à la deuxième catégorie. J'avais besoin de reprendre mon souffle. Je sortis du bain qui était encore très chaud. Je ne devais pas y être restée longtemps, mais après ce rêve fou, je ne pouvais plus y demeurer. Les serviettes duveteuses et chaudes m'attendaient sur le radiateur, et je m'y enveloppai avant de me diriger vers la cheminée. Pendant un moment, je restai simplement assise à fixer le feu. Mon esprit habituellement actif était vide, il n'y avait aucun dialogue intérieur. Juste les flammes et l'image légèrement floue de cet homme séduisant alors que le rêve s'échappait de plus en plus de ma mémoire. Je détestais que le souvenir brumeux de ses traits s'estompait. Je voulais tellement me souvenir de lui.
J'essayai de me perdre dans un roman fantastique, mais mon cerveau résistait. Je finis par relire la même page plusieurs fois. Je n'avais pas envie de dormir dans la chambre après toutes ces émotions, alors j'apportai la couette dans le salon et en fis un cocon douillet sur le canapé. Cette nuit-là, je dormis par intermittence.
Je rêvai de la porte à plusieurs reprises. La porte familière, cachant toujours ses secrets. Mais cette nuit-là, c'était différent. Cette fois, la porte tremblait et s'agitait. J'avais l'impression que quelqu'un essayait de la forcer.
Au petit matin, je me réveillai avec un sentiment étrange, comme si j'étais à la fois épuisée et électrisée. Les rêves de la nuit avaient laissé une empreinte indélébile dans mon esprit, et je ne pouvais m'empêcher de penser à cet homme mystérieux et à cette porte agitée. Je me levai lentement, enveloppée dans ma couette, et m'approchai de la fenêtre. Le ciel était d'un gris perle, annonçant une journée brumeuse typique de l'Angleterre. Pourtant, je sentais que cette journée serait tout sauf ordinaire. Quelque chose avait changé en moi, comme si une partie longtemps endormie de mon être s'était éveillée. Avec un mélange d'appréhension et d'excitation, je me préparai pour ma visite à Stonehenge, consciente que ce lieu ancien pourrait continuer de titiller mes sens et de secouer mes souvenirs enfouis.