Zéphyr
Mon père me parlait des préparatifs de mon anniversaire ainsi que de ceux de ma cérémonie d’accouplement et de mariage. Je ne l’écoutais pas, au lieu de cela mes yeux étaient rivés sur un bas de lettre signée Nyx. Mon père furieux me demandait si j’avais écouté seulement un de ses mots. Je relevais la tête et le regardais dans les yeux, ils étaient noirs comme le goudron et je pouvais presqu’y voir une tempête à l’intérieur. Je luis dis d’un seul coup que je voulais lire la lettre de Nyx. Il me demanda pourquoi étant donné que nous ne nous parlions plus depuis six ans. Personne n’avait jamais compris notre dispute et notre éloignement. J’avais tout fait pour l’éloigner de moi. Plus loin elle serait de moi, mieux ce serait pour elle, même si cela me déchirait le cœur. Le seul à connaitre mes raisons à part moi-même était Hermès, et il avait été de mon côté et également du sien dans cette dispute. Je ne sais toujours pas comment il a fait pour arriver à ne jamais me parler d’elle et à ne jamais lui parler de moi, sauf la fois où ils avaient eu cette conversation à propos des petits-amis, le jour de ses seize ans. Il me tendit la lettre. C’était bien ce que je croyais, elle demandait à quitter la meute à ses dix-huit ans, elle y expliquait ses raisons et celles-ci n’avaient pas changées. Un nœud énorme se formait dans ma gorge, je n’avais rien fait pour essayer de la retenir et la faire changer d’avis. Je savais depuis ce jour-là que mon cœur se briserait et que je devais la laisser partir et surtout ne jamais lui dire pourquoi je m’étais mis dans une telle colère contre elle. Hermès et moi étions les seuls à le savoir, il avait tout fait pour la faire changer d’avis et il me disait chaque semaine qu’elle était pire qu’une mule, mais au fond de lui il était d’accord avec tout ce qu’elle disait. Elle ne comprenait pas pourquoi quelqu’un qui pense comme elle faisait tout pour la faire changer d’avis. Soudainement, il a arrêté de me dire de telles choses deux semaines auparavant. Je regardais la date sur la lettre, elle avait été écrite il y a trois semaines. Je restais fixé sur son écriture, elle était très belle et très soignée, les phrases étaient très bien tournées, la grammaire et le vocabulaire utilisés à bon escient, elle disait qu’elle voulait parcourir le monde une année entière avant de se poser dans une université pour devenir avocate. Je voyais qu’elle en avait le potentiel rien qu’avec cette lettre. Mes yeux restaient fixés sur la signature de Nyx, magnifique, ce ne sont que trois lettres, mais elles étaient sublimes. Je relevais la tête vers mon père et lui demandais ce qu’il avait répondu, il me tendit sa réponse en me disant qu’elle l’avait reçu deux semaines auparavant. Je la lisais, c’est tout ce que je redoutais, mon père n’avait aucune raison de refuser sa demande étant donné qu’il ignorait complètement ce qu’elle représentait pour moi. Six ans que j’essayais d’oublier ce qu’elle signifiait pour moi, le jour de mes seize ans, je m’étais installé près d’elle et elle m’avait souhaité un joyeux anniversaire en m’enlaçant. Elle n’avait pas encore douze ans, mais j’avais ressenti tous ces picotements et décharges électriques qui ne signifiait qu’une seule chose, ma compagne, mon âme sœur. Elle commençait à penser que ça pouvait être Hermès et celui-ci s’excusa de nombreuses fois pour cela, elle en avait parlé à Héméra sa sœur jumelle qui l’avait interrogée car elle aurait été aux anges si cela avait été le cas. Je ne voulais absolument pas qu’elle subisse le traitement réservé à la future Luna, il était horrible. Et à l’aube de mes vingt-deux ans, mon père m’avait détaillé tout le processus qui était encore plus affreux que ce que les professeurs nous disaient au collège. La pauvre fille que j’allais choisir allait commencer sa vie de couple par être torturée sexuellement, je ne pouvais appeler ce traitement que comme cela. Je savais que je n’avais pas le choix, mais à quatre jours de cet événement, je ne savais toujours pas qui choisir, peut-être qu’une simple oméga ferait l’affaire et qu’elle serait heureuse d’obtenir le statut de Luna. Mon père avait réalisé un album avec toutes les jeunes filles de seize ans à vingt-deux ans de la meute. Je le regardais, mais aucune des photos n’attira mon attention sauf celle de Nyx. Je ne pouvais pas lui infliger cela, commencer sa vie de couple de cette façon là avait failli détruire le couple de mes parents, mon père m’avait raconté combien ma mère s’était montrée forte pour surmonter cette épreuve alors que sa propre mère avait sombré dans la folie. Il insistait sur le fait que je devais choisir une femme forte et que si je savais qui était mon âme sœur, je devais absolument la choisir car la déesse Séléné l’avait faite forte pour supporter cela comme ma mère. Il m’avait dit que sans le lien d’âme sœur, ma mère aurait probablement sombré dans la folie elle aussi. Certaines nuits, j’entendais ma mère hurler et pleurer, elle revivait cette période sombre du mariage et de l’accouplement. Je m’étais promis qu’une fois Alpha, je lutterai comme mon père pour faire changer cette tradition barbare. Je regardais mon père qui m’observait, il regarda la page où je m’étais arrêté, il y avait la photo de Nyx et de sept autres filles que je ne connaissais pas. Je lui demandais si toutes les filles étaient obligées d’être présentes à la cérémonie du choix, il me regardait avec un air interrogatif. Je lui avouais donc que je ne voulais pas que Nyx soit présente ce soir-là. Il m’observa et me dit que c’était ridicule d’être encore en colère contre elle pour une dispute qui datait de si longtemps. Je n’oserai jamais lui avouer que si elle était présente ce soir-là je n'aurai peut-être pas la force de la repousser et de ne pas la faire mienne. C’était une de mes plus grandes craintes. Il me répondit que les filles de mon entourage ayant déjà dix-huit ans pouvaient être excusées, car le lien se serait déjà manifesté, et qu’il avait demandé une dérogation spéciale pour Nyx si ses parents étaient d’accord de ne pas l’amener avec eux ce soir-là. Je devais maintenant essayer de trouver ses parents pour qu’ils ne viennent pas, mais ils sont très tradionnalistes, cela allait être très compliqué. Je lui rendais l’album sans regarder les pages suivantes en lui demandant de le poser sur le bureau de ma chambre et que je le regarderai cela ce soir. Je partis à la recherche de Hestia, la mère de Nyx, à l’hôpital. Lorsque j’arrivais là-bas, ils me dirent qu’elle était au collège pour voir les résultats de sa fille, elle avait pris la fin de la journée pour l’accompagner et sortir avec elle. Je les regardais sans rien dire, j’attendais quelque chose mais je ne savais pas exactement ce que c’était. Quelqu’un me dit qu’elle allait sans doute encore finir première dans toutes les matières et en plus elle avait un niveau plus haut en combat et à l’entrainement que les loups de son âge. Ils commencèrent à la complimenter sur ses compétences, son intelligence ainsi que sur son caractère et son comportement, comme si elle était la fille parfaite. Je commençais à bouillir intérieurement, bien sûr qu’elle était parfaite, elle m’était destinée, je ne pouvais pas en attendre moins de la déesse de la Lune. C’est à ce moment-là qu’Orion surgit de nulle part et commença à me dire qu’il espérait qu’elle serait sa compagne, car en plus d’être tout cela, elle était magnifique physiquement. Je haussais un sourcil en guise de question. Il me regardait en ricanant qu’il l’avait déjà vu en maillot de bain à l’école et qu’en plus elle se préservait pour son âme sœur, il avait essayé à maintes reprises de faire d’elle sa petite amie mais qu’elle était plus têtue qu’une mule. Je commençais à avoir envie de le frapper alors je tournais mes talons et m’en allait avant de faire un c*****e. Je pris la voiture et je me retrouvais devant le lycée. Je descendis et entrais dans le lycée à la recherche du panneau d’affichage. Personne n’avait menti sur ses résultats scolaires à l’hôpital, elle était bien première dans toutes les matières et il y avait des mentions supplémentaires pour les concours qu’elle avait remporté haut la main : mathématiques, éloquence, projet de sciences, ainsi qu’une compétition sportive. Elle était effectivement incroyable, j’éprouvais de plus en plus de difficulté à la laisser partir sans parler de mon loup, il me hurlait de lui dire la vérité qu’elle accepterait son destin et qu’il ne voulait personne d’autre. Mon combat intérieur était de plus en plus compliqué. Je retournais à ma voiture lorsque la voix de Hestia parvint à mes oreilles. Je me retournais et allais vers elle, je les saluais poliment toutes les deux. Nyx avait l’air mal à l’aise, elle triturait ses doigts nerveusement et gardait la tête baissée, elle évitait de me regarder à tout prix. Je la félicitais en m’adressant à sa mère pour qu’elle comprenne que je l’ignorais également. Soudain la principale arriva en appelant Nyx :
Mademoiselle Bias, j’ai affiché votre prix spécial de journalisme, je suis encore désolée d’avoir oublié cela, je sais le temps que vous y avez consacré et je comprends votre mécontentement.
Merci beaucoup madame la principale, j’en suis ravie.
Un sourire illumina son visage jusqu’à ce qu’elle se retourne vers moi et affiche une mine sombre. Je ne savais pas si je devais me réjouir qu’elle en soit arrivée à me détester ou en être peiné. Mon loup était terriblement triste, il me disait en plus que sa louve ne s’était pas encore manifestée. Elle n’avait donc pas encore eu sa première transformation, elle aurait certainement lieu dans six mois pour son dix-huitième anniversaire. Cela m’attristait terriblement au fond de moi, car elle serait anéantie lorsqu’elle reviendrait dans sa meute après ses études et qu’elle découvrirait qu’elle ne peut plus avoir son compagnon à cause des traditions de notre meute, je pestais intérieurement là-dessus. Je repris ma conversation avec sa mère.
Madame Bias, …
Tu sais que tu peux m’appeler Hestia, nous nous connaissons depuis si longtemps Zéphyr.
D’accord, je voulais vous demander si vous comptiez venir à la cérémonie du choix de ma partenaire. Je sais que mon père vous en a dispensé vous et votre famille.
Il est hors de question que nous manquions cela, je te connais depuis ta naissance et ta mère est ma meilleure amie.
Et qu’en est-il de Nyx ?
Elle viendra avec nous bien sûr, ne t’inquiète pas. Tant qu’elle vivra sous notre toit, elle devra respecter nos règles.
Elle émit un grognement, cela ne la réjouissait pas d’après ce que je pouvais entendre, puis elle ouvrit la bouche et prit la parole.
Je serai ravie d’être présente et de voir ta future épouse. Je sais déjà que je ne risque en aucun cas d’être choisie au vu de notre passé et de l’évolution de notre relation.
Vous pouvez vraiment rester chez vous, je ne vous en tiendrais pas rigueur. En fait, cela m’arrangerait et me mettrait moins mal à l’aise.
Comme si je pouvais te mettre mal à l’aise.
Elle me fixa droit dans les yeux à cet instant, elle me défiait de la contredire mais je ne pouvais pas, je n’étais pas du tout mal à l’aise en sa présence, j’éprouvais beaucoup de culpabilité et ma gorge se nouait, j’étais incapable de parler.
Bien, mon cher Zéphyr, nous serons donc tous les trois présents. Peut-être même que sa sœur Théia sera de la partie, elle doit venir dans les jours qui viennent nous annoncer une bonne nouvelle. Sur ce, nous allons te laisser, nous avons des résultats scolaires extraordinaires à fêter.
Au revoir.
Je me retournais et me dirigeais vers l’intérieur du lycée, mes pieds me guidèrent jusqu’à ce fameux prix de journalisme. Je regardais le cadre avec le prix décerné à Nyx et ensuite, je lus l’article qui se trouvait à côté. Il était remarquable et extraordinairement documenté, elle avait même réussi à obtenir une interview d’un chercheur émérite qui était préposé au prix Nobel, comment diable était-elle arrivée à obtenir cette interview. Je me sentais de plus en plus contrarié. Si je la choisissais comme Luna, elle ne pourrait jamais aller à l’université et devenir avocate, car son premier rôle serait de mon donner un héritier. Elle devrait se contenter d’être une mère pour mon enfant et d’être une mère pour la meute. Je ne pouvais vraiment pas lui faire cela.