Chapitre 3
Léo et SaloméSalomé était une grande fille, qui nous dépassait de peu Léo et moi, mince et très intelligente. Sa tête disposait d’une frange et de cheveux châtain clair qui arrivaient au-dessous de ses épaules. Quand elle observait une personne avec ses yeux verts menthe à eau, on avait l’impression qu’elle la lisait au plus profond d’elle-même, décelant ses moindres petits secrets. Je trouvais cela épatant mais aussi dérangeant.
On pouvait deviner sa personnalité grâce à ses habits un peu extravagants certes, mais tout de même beaux, et cela lui allait très bien.
Aujourd’hui, elle était vêtue d’un débardeur blanc dont les dessins se composaient de tâches, de traits et de petits gribouillis de toutes les couleurs qui partaient dans tous les sens. Il ne possédait qu’une bretelle, et le côté n’en ayant pas laissait son épaule droite à découvert. Elle portait un bermuda large, en jean, auquel se trouvaient des pin’s multicolores en tissu, accrochés à l’aide d’épingles. Des spartiates rouges et blanches à petits talons compensés habillaient ses pieds.
Salomé n’avait pas fort caractère mais quand une idée lui venait à cœur, elle la défendait avec de grands arguments. « La philosophe », c’est comme cela que nous la surnommions, Léo et moi.
Léo faisait ma taille, à peu près un mètre soixante-dix. Ses cheveux noirs et en bataille lui donnaient un air romantique. Quant à ses yeux marron, ils pétillaient de malice. Son beau teint mat qu’il tenait de ses parents d’origine espagnole, luisait sous le soleil. Un tee-shirt large avec un pantacourt et des baskets bon marché constituaient ses habits du jour.
Tout comme Salomé, il ne détenait pas un grand caractère et il aimait bien nous partager ses idées. Simple, gentil et charmant. Ces trois mots le décrivaient parfaitement.
« Ah ! Te voilà ! Pourrais-tu essayer de ne pas être en retard demain ? me demanda Salomé d’un ton moqueur. »
- Non mais tu te rends compte de ce que tu lui demandes ?! lui rétorqua Léo d’un ton encore plus ironique.
- C’est bon, je ferai attention demain, leur promis-je.
- Ce n’est pas pour vous inquiéter mais nous sommes censés avoir sport là, annonça Salomé.
- On sait, lui rappela Léo. On se met ensemble ?
- Comme d’habitude. Alors, qu’avez-vous à raconter ? leur demandai-je.
- Toi d’abord. Tu nous demandes toujours en premier, râla Salomé.
- Euh... eh bien... »
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me retourne la question.
« On rentre en cours, je vous dirai après.
- Non ! protesta Léo. On a tout le temps de t’écouter pendant le...
- Et si tu commençais par nous dire pourquoi tu étais en retard cette fois-ci ? le coupa net Salomé.
- Eh bien tout d’abord... j’ai fait un cauchemar comme jamais je n’en avais fait. Il était bizarre, du coup je n’ai pas entendu mon alarme et je me suis réveillée plus tard que prévu, leur expliquai-je. Bon ensuite je suis partie, j’ai un peu couru et j’ai vu un mec qui taguait le fameux mur alors cela m’a fait repenser à ce que disait l’Ancien, vous savez celui qui...
- A cramé avec sa maison, me coupa Léo sans aucune émotion. On sait et alors ?
- Et alors, je me suis rappelée de son histoire et je me suis aperçue qu’en fait on ne savait toujours pas comment...
- On s’en fiche ! s’exclama Salomé qui poursuivit précipitamment en voyant nos regards étonnés. Ce que je veux dire c’est que ce type était dans un état de délire total. Il était complétement atteint ! Complétement allumé ! Et franchement je ne comprends pas comment tu peux croire à des choses pareilles. Des personnes qui sortent d’un mur, et puis quoi encore ?! s’écria-t-elle.
- C’est bon calme-toi ! Et je n’ai jamais dit que je le croyais ! C’est juste que je trouve cela... étrange, c’est tout, lui rétorquai-je.
- Ouais et il y a plein d’autres choses bizarres et on en fait pas toute une crise, reprocha Léo à Salomé. »
Celle-ci baissa les yeux quelques secondes.
« C’est vrai que je me suis un peu emportée là. Excusez-moi. »
Je soupirai.
« Ce n’est pas grave, on a bien besoin d’une petite engueulade de temps en temps, lui assurai-je.
- Heureusement que Roxie est là, commença Léo d’un ton un peu moqueur. Sans son petit moment nostalgique ce matin, nous n’aurions jamais eu cette conversation et nous serions parvenus à l’heure en sport. Je n’aurai pas aimé briser la tradition que nous avons depuis si longtemps d’arriver en retard au premier cours de la journée, finit-il en souriant. »
Nous rîmes tous les trois.
« Au fait, ce cauchemar, reprit Salomé, tu veux bien nous expliquer de quoi il s’agissait ?
- Mais aucun problème, répondis-je. »
Et tout en allant sur le chemin de la salle de sport, je commençai à leur raconter. Je ne voulus rien leur révéler pour le miroir ainsi que le visage qui m’était apparu, je préférais garder cela pour moi.
Quand nous rentrâmes dans la salle, le cours semblait avoir commencé.
Plusieurs groupes d’élèves s’étaient formés en fonction des différents sports proposés.
Nous nous installâmes furtivement derrière celui le plus proche de nous.
Une femme aussi grande que Léo et moi vint se placer devant le groupe.
« Bien. Je me présente, je suis Mme. Robuet, votre professeur de sport-cette année. Vous êtes pile le nombre qu’il faut. J’espère que ces cours vous plairont mes jeunes demoiselles... ah non pardon, j’ai oublié le jeune homme au fond. »
Toutes les têtes se tournèrent vers Léo, gêné.
« Enfin un volontaire qui vient de son plein gré ! déclara-t-elle en souriant. J’espère que vous ne partirez pas trop vite, lui adressa-t-elle d’un ton inquiet. Mais vous verrez, la danse est faite pour tout le monde, lui assura-t-elle. Donc, nous allons commencer par... »
Salomé s’esclaffa discrètement, jusqu’à ce que Léo lui jette un regard assassin.
« Allez, ne t’en fais pas. Ce n’est pas si nul que cela la danse. C’est génial même, lui chuchotai-je.
- Génial ?! Tu me vois en tutu toi ?! s’écria-t-il à voix basse.
- Mais non ! Tu ne seras pas en tutu ! Personne ne le sera ! C’est de la danse moderne ! Qui bouge quoi ! Au moins, ça te fera faire du sport, plaisanta Salomé, avec un clin d’œil adressé à Léo. »
Je souris, Léo ronchonna dans son coin tandis que Salomé continuait de rire.
« Au fait, reprit Léo en tournant la tête vers moi, qu’est-ce que le facteur a apporté ? me questionna-t-il pour changer de sujet.
- Euh... je ne sais pas, lui répondis-je avec surprise car je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande cela. Je suis partie précipitamment, comme tu t’en doutes certainement d’ailleurs. »
Il sourit.
« Et je n’y ai pas tellement fait attention. Je verrai ce soir. »
La conversation s’arrêta là car Mme. Robuet nous demanda d’aller nous changer en tenue de sport, pour ainsi commencer la première séance.