Il y a des silences qui précèdent la mort comme une marée lente. Ils ne surgissent pas brusquement ; ils avancent à pas feutrés, gagnent d’abord les gestes, puis les mots, enfin les pensées. Françoise sentit ce silence s’installer bien avant que Paul ne cesse de parler. La maladie avait cessé d’être seulement une douleur pour devenir une présence. Elle occupait l’espace, dictait les heures, imposait son rythme implacable. Les nuits étaient hachées de plaintes étouffées, les jours suspendus à l’attente d’un répit qui ne venait plus. Françoise vivait désormais dans une vigilance constante, comme si relâcher son attention un instant pouvait précipiter l’irréparable. Paul, lui, avait changé. Son esprit demeurait vif, mais il semblait se retirer peu à peu du monde visible. Il parlait moins, r

