Il est des destinées qui ne basculent pas par fracas, mais par déplacement imperceptible du regard des autres. Françoise ne s’en aperçut pas immédiatement. Elle continuait de vivre avec cette discrétion studieuse qui lui était devenue seconde nature, persuadée que l’on ne voyait en elle qu’une femme utile, commode, interchangeable. Pourtant, autour d’elle, quelque chose avait changé. On ne la consultait plus seulement par nécessité : on l’observait. Dans les couloirs feutrés où se décidaient les silences autant que les paroles, son nom commençait à circuler avec une nuance nouvelle. On disait : Elle sait tenir. Et ce verbe, si simple en apparence, portait un poids immense. Tenir un secret. Tenir des enfants. Tenir une maison. Tenir sa langue. Tenir surtout cette ligne invisible entre comp

