Chapitre 4

1989 Words
Je laissai tomber la carte sur la table du café, mon regard fixé dessus. La tension dans l’air était palpable, chaque respiration semblait peser sur mes épaules. La décision était prise, mais les conséquences m'échappaient encore. J'avais toujours cru que je pouvais m'en sortir seule, sans compromettre mes principes, mais la réalité de la situation m’avait rattrapée. C’était une route sinueuse et pleine de pièges, et pourtant, c'était celle que j'étais maintenant obligée de suivre. Pape, remarquant mon silence, se pencha en arrière, le sourire satisfait de celui qui savait que sa mission était accomplie. Il me laissa quelques minutes pour digérer l'information, avant de rompre le silence d'une voix calme. – Il te faudra du courage, Ndella. Mais si tu veux vraiment aider ta mère, tu n’as pas le choix. Il y a des choses que tu comprendras une fois que tu seras dans le jeu. Ce n’est pas un monde pour les faibles, mais il peut t’offrir ce que tu désires le plus. Je n'avais aucune réponse à lui donner. La pluie battait toujours contre les fenêtres, comme une mélodie douce-amère, alors que je contemplais la carte entre mes doigts. C'était une simple carte, un petit bout de papier avec un nom, mais ce bout de papier portait en lui tout un avenir incertain, tout un monde dans lequel je m'apprêtais à entrer. Je pris finalement la carte et la mis dans mon sac, fermement décidée à prendre le téléphone et appeler ce contact dès que possible. Je n'avais plus de temps à perdre. Si je voulais sauver ma mère, il me fallait agir, peu importe le prix. – Merci, Pape, dis-je d'une voix froide, mon esprit tourné vers l'avenir incertain. Je vais le faire. Je vais prendre le risque. Pape hocha la tête et se leva, visiblement satisfait de voir que j'avais pris ma décision. Il posa une main sur mon épaule, un geste amical, mais il savait que tout avait changé pour moi. Une porte s’était ouverte, et même si je n’avais aucune idée de ce qui se cachait derrière, je devais la franchir. – Tu as fait le bon choix. Mais souviens-toi, une fois que tu entres là-dedans, il n'y a pas de retour. Sois prudente, Ndella. Je n’eus pas le temps de répondre. Il tourna les talons et s’éloigna dans la brume de la nuit, laissant derrière lui un silence lourd et chargé de possibilités. Je restai là, seule, au milieu de ce café, regardant la carte dans ma main comme si elle pouvait me révéler tous les secrets que je n'osais affronter. ### **Une nuit sans fin** Je rentrai chez moi dans un état presque second. La pluie s'était intensifiée, et les rues étaient presque désertes. Chaque pas résonnait dans le silence, comme un écho du poids de la décision que je venais de prendre. À mesure que je m'approchais de ma maison, un sentiment étrange me parcourait : une peur viscérale mêlée à un espoir fébrile. Je n'avais plus d'illusions. C'était à moi de m'en sortir. Et pour y parvenir, il n'y avait plus de place pour les hésitations. Lorsque je franchis la porte de chez moi, le bruit de mes pas se perdit dans le murmure des respirations de ma mère. Elle semblait encore plus pâle, plus fragile ce soir-là. Mon cœur se serra en la voyant ainsi. C’était mon tout, mon seul moteur dans ce monde chaotique. Et la pensée de la perdre à cause de ma propre impuissance m'était insupportable. Je me précipitai dans la chambre, m’agenouillant près de son lit. Je lui pris doucement la main, sentant la chaleur qui en émanait. Elle était si faible, si vulnérable. Je lui murmurais des mots réconfortants, bien que je ne sois moi-même pas convaincue par ce que je disais. Que pouvais-je faire pour elle ? Comment pourrais-je la sauver sans sombrer dans un abîme moral ? Le téléphone vibra à nouveau. Cette fois, c’était le numéro du contact de Pape. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je laissai échapper un soupir nerveux et pris l’appareil, hésitant une fraction de seconde avant de décrocher. – Allô ? répondit une voix grave à l’autre bout du fil. C’était lui. L’homme à qui je devais tout pour ma survie. – Oui, bonsoir. C'est Ndella Diop, dis-je, tentant de maîtriser ma voix. Pape m’a donné vos coordonnées. Il y eut un court silence, puis un léger rire. – Ah, Pape, il aime jouer les entremetteurs, celui-là. Mais bien, bien. Je suis content que tu aies pris l’initiative. Tu sais ce que tu veux, et ça, c’est important. Je n'avais pas l'habitude de parler de cette manière, aussi directe, mais il n'y avait plus de place pour les faux-semblants. – Oui, je sais. J’ai besoin de ce travail. Je... Je suis prête à tout. Un autre silence, plus long cette fois. Puis sa voix reprit, un peu plus sérieuse. – Tu sais, dans notre monde, tout a un prix, Ndella. Si tu veux vraiment rejoindre notre cercle, il va te falloir plus que de la volonté. Mais je suis prêt à t’offrir une place. Cependant, cela implique des choix, des sacrifices. Je me mordis la lèvre. C’était exactement ce que je redoutais : la véritable nature de ce monde. Mais je n’avais plus le luxe de reculer. – Je suis prête, répétai-je, la voix plus ferme cette fois. Pour ma mère. Pour ma vie. Je suis prête à faire ce qu’il faut. – Bien. Nous nous verrons demain à 14 h, dans le même café. Apporte-toi, et prépare-toi. Le téléphone se coupa avant que je puisse répondre. Je restai là, immobile, un frisson parcourant mon dos. Demain marquerait le début de quelque chose de grand, mais aussi de dangereux. Je devais être prête. Pour tout. ******************** Le matin se leva sur une ville encore endormie, et avec lui, le poids d'une nouvelle journée chargée de décisions qui changeraient le cours de ma vie. Ma mère dormait toujours, comme chaque matin, sa respiration lente et régulière. En la regardant, une nouvelle vague de culpabilité m'envahit. Comment avais-je pu en arriver là ? Et pourtant, l’ombre de la vérité me suivait comme une ombre, me murmurant que je n'avais d’autre choix que de continuer. Je me préparai en silence, mes gestes mécaniques. La veille, j'avais pris la décision. Aujourd'hui, il me fallait la concrétiser. Le café m'attendait, et avec lui, ce monde qui semblait avoir tout ce que je voulais et bien plus encore. Mais à quel prix ? Chaque mouvement était une lutte intérieure. Je savais que ce qui m’attendait n’était pas facile, que le chemin serait semé d'embûches. Mais en même temps, je savais que je n'avais plus le droit de reculer. Ma mère comptait sur moi. Je jetai un dernier coup d'œil à ma mère, cette femme qui m’avait tout donné. Elle ne méritait pas cela. Je voulais lui offrir la vie qu’elle n’avait jamais eue, lui rendre tout ce qu'elle avait sacrifié pour moi. Elle ne devait pas souffrir davantage. Le trajet jusqu’au café semblait interminable. La ville s’éveillait lentement autour de moi, les rues se remplissant de gens pressés, chacun absorbé dans son propre monde, sans se soucier du mien. La distance entre moi et ma mère s'agrandissait à chaque pas, comme une chape de plomb que je portais sur mes épaules. Mais je devais garder ma tête haute, ne pas laisser mes émotions prendre le dessus. Il n'y avait pas de place pour l'hésitation maintenant. Arrivée au café, je pris une grande inspiration avant de pousser la porte. L’endroit était comme je l'avais laissé la veille : une atmosphère feutrée, calme, presque trop calme. Au fond, à une table isolée, il était là, ce mystérieux homme qui avait pris le rôle de mon destin. Il m'observait, un sourire presque imperceptible sur ses lèvres. Je m’avançai vers lui, mon cœur battant la chamade. Je ne savais pas ce qui allait se passer, mais je savais que tout allait changer à partir de ce moment-là. Lorsqu’il me vit, il se leva, et je sentis la tension se créer autour de nous comme un fil invisible prêt à se rompre. Il me fit signe de m'asseoir en face de lui. – Bonjour, Ndella, dit-il d’un ton calme, mais assuré. J'espère que tu as bien réfléchi à ce que tu veux. Je m’assis sans répondre immédiatement, me contentant de le fixer. Il semblait si calme, si maître de la situation. Mais au fond de ses yeux, une lueur d'amusement se faisait sentir. Il avait vu beaucoup de choses, trop de choses. Et moi, je n'étais qu'un pion, une autre pièce sur l'échiquier. – J'ai réfléchi, répondis-je finalement, la voix tendue. Je suis prête. Il esquissa un sourire, mais cette fois, quelque chose dans son regard changea. Ce n'était plus de l'amusement, mais une sorte de respect. Peut-être que ma détermination le surprenait. Ou peut-être voyait-il déjà en moi le potentiel pour faire partie de ce monde qui m'effrayait et m'attirait en même temps. – Très bien, tu as du courage. Je vais te faire une proposition, mais sache que ce ne sera pas facile. Tu devras te plier à certaines règles. Ce n’est pas le genre de monde où l’on agit sur un coup de tête. Il te faudra de la patience, de la discrétion, et surtout, de l’ambition. Est-ce que tu es prête à accepter tout cela, sans poser de questions ? Je le fixai, mon esprit tourné vers l'avenir, mais toujours hanté par le regard fatigué de ma mère. Elle avait tout sacrifié pour moi, et aujourd'hui, c'était à mon tour de faire un sacrifice. Si cela signifiait lui offrir une chance de guérison, alors j'étais prête à tout. – Oui, répondis-je fermement. J’accepte. Il haussait les sourcils, visiblement satisfait. Il prit alors une enveloppe posée devant lui, l'ouvrit lentement, comme pour souligner l’importance du moment, puis me tendit un document. – Voilà, c’est une offre d’emploi officielle. Ce n’est pas un travail comme les autres, mais tu dois savoir que ce que l’on attend de toi dépasse ce que tu imagines. Tu vas devoir t’impliquer, à tous les niveaux. Le monde dans lequel tu entres n’est pas clément, mais il peut t’offrir ce que tu veux : de l’argent, du pouvoir, et la possibilité de changer de vie. Je pris l'enveloppe, hésitante. Le document à l'intérieur était simple, mais les termes étaient clairs. Acceptation d’un poste au sein d’une société mystérieuse, avec des responsabilités imprécises. Mais ce qui me frappait le plus, c’était la signature en bas de la page : il s’agissait d’une promesse, un engagement. Et pourtant, l’idée que je signais ma vie pour entrer dans ce monde me faisait frémir. – Il y a juste un détail, Ndella, ajouta-t-il en posant son regard sur moi. Nous ne tolérons pas l’hésitation. Si tu veux vraiment réussir, tu devras faire preuve de loyauté envers ceux qui t’aideront. Le moindre faux-pas, et tout pourrait s’effondrer. Es-tu prête à aller jusqu’au bout, même si ça implique de perdre de ton humanité ? Je déglutis. Les mots qu’il venait de prononcer résonnaient en moi comme un avertissement. Je savais que ma décision d’aujourd’hui allait me marquer à jamais. Mais plus rien ne comptait plus rien sauf la promesse de sauver ma mère. – Oui, répondis-je, la voix ferme. Je suis prête. Il sourit alors, un sourire énigmatique qui semblait contenir mille secrets. Il savait que je venais de faire le choix de mon destin. – Très bien. Tu es l'une des nôtres maintenant, Ndella. Nous commencerons dès demain. Prépare-toi à entrer dans un autre monde. Je pris le document et le glissai dans mon sac, le poids de ma décision me frappant de plein fouet. À partir de ce moment-là, je n’étais plus la même personne. Le monde dans lequel je m’apprêtais à entrer n’avait plus de place pour les doutes et les regrets. C’était l’instant où je devenais une autre.
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