L'air était lourd ce jour-là, non pas à cause de la chaleur étouffante, mais en raison de l'offre qui venait de lui être faite. Assise dans la salle de réunion, Ndella écoutait, impassible, les propos de Djibril Tall, son supérieur. Son regard, dur et calculateur, cherchait à sonder ses failles. Mais elle ne fléchit pas. Pas encore.
– Ndella, commença Djibril, son ton doucereux tranchant avec la brutalité de ses mots. "Rahim Aidara est un homme difficile, mais il est crucial pour notre expansion. Si nous parvenons à signer ce contrat, les retombées seront immenses. Et toi, tu as un atout que personne ici ne possède."
Elle croisa les bras, son regard glacé fixé sur lui.
– Et cet atout serait ?
– Ton charme. Ta capacité à capter l’attention. Rahim ne se laisse pas impressionner facilement, mais il a une faiblesse bien connue pour de belles femmes intelligentes. Ce que je te demande, c’est de l’accompagner à une soirée privée. Sois... disponible. Persuade-le. Fais ce qu’il faut pour qu’il signe.
Un silence pesant s’installa. Ndella sentit sa gorge se nouer. Elle connaissait ce qui l'attendait en acceptant ce travail. Maitenant qu'elle avait obtenu un travail tout en étant consciente de ce qui l'attendait elle ne pouvait pas reculer. C’était une question de survie et donc la morale n'avait plus sa place.
– Vous voulez que je sois une escorte ? demanda-t-elle, sa voix trahissant un mélange de colère et de dégoût.
Djibril sourit, comme si sa question était naïve.
– Escorter, convaincre, utiliser ton intelligence et ton charisme. Appelle ça comme tu veux, mais comprends que tout cela est dans l’intérêt de l’entreprise et tu es payé pour ça
Elle acquiesça la tête malgré elle , prête à partir, mais il ajouta calmement :
– Certes tu te débrouilles. Mais tu as ete pris dans cette entreprise pour une raison précise. Tache de bien de comporter avec lui
Ces mots résonnèrent en elle comme une gifle. L’image de sa mère clouée au lit, surgit dans son esprit. Elle inspira profondément, tentant de ravaler son humiliation. Elle ne voulait pas céder, mais les options se réduisaient.
– Très bien, dit-elle enfin, la voix froide. "Mais je le fais à ma manière."
Djibril haussa les épaules, satisfait.
– Ne reviens plus si le contrat n'est pas signé.
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La soirée arriva rapidement. Ndella, vêtue d’une robe noire élégante mais sobre, se retrouva devant un luxueux manoir illuminé par des projecteurs. À l'intérieur, la richesse s'étalait dans chaque détail : les lustres en cristal, les tapis persans, les invités vêtus de créations haute couture.
Rahim Aidara, l’homme qu’elle devait convaincre, était au centre de l’attention. Grand, avec une présence magnétique, il dominait la pièce par son arrogance. Sa voix résonnait, accompagnée de rires flatteurs. Il incarnait tout ce qu’elle méprisait : l’excès, la suffisance, et l’égoïsme.
Djibril, fidèle à lui-même, l’abandonna à l’entrée en lui lançant simplement :
– Fais ce qu’il faut.
Ndella prit une profonde inspiration et s’approcha de Rahim. Dès qu’il posa les yeux sur elle, elle sentit son regard glisser sur elle, analysant chaque détail.
– Vous devez être la fameuse Ndella, dit-il, un sourire narquois sur les lèvres. Djibril ne cesse de vanter vos qualités.
Elle força un sourire.
– Et vous devez être Rahim Aidara, l’homme qui aime faire attendre ses partenaires potentiels.
Il haussa un sourcil, amusé par son audace.
– Intéressant. Vous avez du cran. Venez, asseyons-nous.
Il la guida vers un coin plus tranquille. Les minutes qui suivirent furent un mélange de tension et de jeu verbal. Rahim la testait, cherchant à briser sa façade, tandis qu’elle jouait son rôle, affichant un calme qu’elle ne ressentait pas.
– Alors, Ndella, qu’est-ce qui vous motive à travailler pour une entreprise comme IC&S ? demanda-t-il, un verre de jus à la main.
Elle le fixa droit dans les yeux.
– Ma famille. Les responsabilités. Et l’envie de prouver que je peux réussir, peu importe les obstacles.
Il sembla surpris par sa réponse, mais il masqua rapidement sa réaction derrière un sourire.
– Intéressant. Beaucoup auraient parlé d’ambition ou de pouvoir, mais vous, vous parlez de devoir. Fascinant.
La soirée continua ainsi, chaque échange devenant un duel subtil. Rahim était clairement séduit, mais il n’était pas du genre à céder facilement.
– Vous êtes différente, Ndella, dit-il enfin. Mais dites-moi, jusqu’où êtes-vous prête à aller pour obtenir ce que vous voulez ?
La question la glaça. Elle savait qu’il testait ses limites, qu’il jouait avec elle comme un chat avec une souris. Mais elle ne céderait pas si facilement.
– Aussi loin que nécessaire, répondit-elle calmement. Mais toujours dans le respect de mes valeurs.
Il éclata de rire, son éclat résonnant dans la pièce.
– Vous êtes un véritable défi. J’aime ça.
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### **Le Dilemme**
Après la soirée, Rahim invita Ndella à une réunion plus privée dans son immense villa. Là, il la confronta directement.
– Je vais être franc, Ndella. J’ai le pouvoir de changer votre vie et celle de votre famille. Mais cela a un prix. Je veux plus qu’une signature sur un contrat. Je veux une preuve de votre loyauté... et de votre dévouement.
Elle comprit immédiatement ce qu’il voulait dire. La colère et le dégoût montèrent en elle, mais elle les refoula. C’était une épreuve, une humiliation qu’elle devait surmonter pour sa famille, pour sa mère. Pourtant, une part d’elle refusait de céder.
– Vous voulez dire que ma valeur ne se mesure qu’à ce que je peux vous offrir personnellement ? demanda-t-elle, ses mots tranchants.
Rahim, déconcerté par son aplomb, haussa les épaules.
– Appelez ça comme vous voulez. C’est le jeu de ce monde, Ndella. Vous donnez quelque chose, vous recevez quelque chose.
Elle prit une profonde inspiration. C’était un choix qu’elle devait faire, une ligne qu’elle devait soit franchir, soit défendre à tout prix.
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### **La Résolution**
Ndella, avec toute la force de son caractère, se redressa et fixa Rahim dans les yeux.
– Je ne suis pas une femme que l’on achète, monsieur Aidara. Si vous voulez travailler avec IC&S, ce sera parce que nous vous proposons quelque chose d’exceptionnel, pas parce que je me suis abaissée à satisfaire vos caprices.
Rahim la regarda, un mélange d’admiration et de frustration dans les yeux.
– Vous êtes différente, Ndella. Très bien. Vous voulez jouer à ce jeu-là ? Alors montrez-moi ce que vous avez à offrir sur le plan professionnel.
Il tendit la main, un sourire énigmatique sur les lèvres.
– Impressionnez-moi, et peut-être que je signerai ce contrat.
C’était un défi, mais c’était aussi une porte ouverte. Ndella sut à cet instant qu’elle avait gagné la première manche, mais que la bataille ne faisait que commencer.