La soirée avait terminé sur une note relativement calme, bien que sous-jacente à leurs échanges, un mélange de tension et de curiosité flottait toujours. Ndella avait réussi à poser des limites claires, mais Rahim, fidèle à sa réputation d’homme arrogant et sûr de lui, ne comptait pas en rester là. Avant qu’elle ne quitte le restaurant, il avait glissé une invitation dans ses mains.
– Venez à ma villa demain soir. Les affaires se traitent mieux dans un cadre privé, loin des regards indiscrets.
Le ton qu’il avait employé ne laissait pas beaucoup de place au refus. Ndella savait qu’il testait encore ses limites. Pourtant, elle accepta. Non pas par complaisance, mais parce qu’elle voulait prouver qu’elle était capable d’affronter même les situations les plus inconfortables tout en restant fidèle à elle-même.
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Le lendemain, Ndella arriva aux Almadies. La villa de Rahim était un chef-d’œuvre architectural, perchée sur une falaise avec une vue imprenable sur l’océan Atlantique. Le portail en fer forgé s’ouvrit silencieusement lorsqu’elle s’identifia au vigile, et une allée bordée de palmiers la mena à l’entrée principale.
Rahim l’attendait déjà, vêtu de manière décontractée mais toujours impeccable, une chemise blanche ouverte sur son torse athlétique et un pantalon en lin. Il tenait un verre de vin à la main, son sourire condescendant ancré sur son visage.
– Bienvenue, Ndella. J’espère que le trajet n’a pas été trop éprouvant.
– Pas du tout, répondit-elle poliment. Votre villa est magnifique.
– Merci. Elle reflète mes goûts... exquis, n’est-ce pas ?
Elle esquissa un sourire forcé, évitant de répondre à cette tentative évidente de se mettre en avant.
Il l’invita à s’asseoir sur la terrasse, où une brise marine caressait doucement les lieux. Un dîner léger avait été préparé, et Rahim, dans son style ostentatoire, parla longuement de ses exploits financiers, de ses propriétés autour du monde, et de ses nombreux voyages. Ndella écoutait avec attention, mais elle sentait que tout cela n’était qu’une manière de l’impressionner ou, pire, de la déstabiliser.
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Au bout d’un moment, Rahim laissa tomber le masque.
– Alors, Ndella, vous avez refusé mes avances l’autre soir. C’est rare qu’une femme me dise non.
Elle le fixa calmement.
– Peut-être que vous n’avez pas rencontré beaucoup de femmes capables de le faire.
Il éclata de rire, mais son rire était teinté d’un soupçon de défi.
– Vous êtes différente, je le reconnais. Mais je me demande combien de temps cette... résistance va durer.
Son ton était provocateur, et Ndella sentit un mélange de colère et de défi monter en elle.
– M. Aidara, je suis ici pour discuter de notre partenariat professionnel, pas pour jouer à vos jeux. Si vous avez une proposition sérieuse à faire, je suis prête à l’entendre. Sinon, je peux partir.
Rahim posa son verre sur la table avec un sourire en coin.
– Vous êtes vraiment fascinante, Ndella. Une femme comme vous, qui reste droite dans un monde où tout le monde se plie, c’est... rafraîchissant. Mais dites-moi, combien de temps pensez-vous pouvoir survivre dans ce milieu sans faire de concessions ?
Elle ne cilla pas, le regardant droit dans les yeux.
– Aussi longtemps qu’il le faudra. Mon intégrité n’est pas négociable.
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Rahim se leva et marcha lentement jusqu’au bord de la terrasse, contemplant l’océan.
– Vous savez, Ndella, le pouvoir, c’est comme cette mer. Calme en surface, mais en dessous, il y a des courants puissants et dangereux. Ceux qui survivent sont ceux qui savent nager contre ces courants, ou ceux qui trouvent des moyens de les utiliser à leur avantage.
Il se tourna vers elle, son regard devenant plus intense.
– Et vous, Ndella, êtes-vous prête à plonger dans ces eaux ? Êtes-vous prête à faire ce qu’il faut pour obtenir ce que vous voulez ?
Elle savait où il voulait en venir, mais elle refusa de céder à ses provocations.
– Je suis prête à travailler dur et à prouver ma valeur. Mais je ne sacrifierai jamais mes principes pour réussir.
Rahim la fixa longuement, comme s’il cherchait à déceler une faille dans son armure. Finalement, il sourit, mais cette fois, son sourire semblait moins arrogant, presque admiratif.
– Vous êtes une femme exceptionnelle, Ndella. Peu de gens ont le courage de me tenir tête.
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La soirée avançait sous une tension palpable. Rahim, toujours aussi magnétique dans son arrogance, avait maintenu un certain contrôle sur l’ambiance, jouant avec les mots et les silences comme un maître de cérémonie. Mais alors que Ndella pensait que la conversation évoluait dans une direction constructive, Rahim lâcha une bombe.
– Je ne signerai pas ce contrat. Pas encore.
Les mots tombèrent comme une pierre dans l’eau calme, brisant l’équilibre fragile de leur échange.
Ndella, qui avait jusque-là conservé son calme, sentit une montée d’adrénaline. Elle posa son verre de jus d’ananas sur la table et fixa Rahim, essayant de contenir sa frustration.
– Puis-je savoir pourquoi, Monsieur Aidara ?
Il esquissa un sourire, un de ces sourires condescendants qu’il maîtrisait si bien, puis se leva lentement, comme s’il savourait chaque seconde de la tension qu’il venait de créer.
– Parce que je ne suis pas convaincu, Ndella. Pas encore.
Il marcha jusqu’au bord de la terrasse, contemplant l’océan, avant de se tourner vers elle avec un regard perçant.
– Vous êtes brillante, je le vois bien. Mais ce contrat, cette entreprise… pourquoi devrais-je leur accorder ma confiance ? Vous savez, dans mes affaires, ce n’est pas une question d’argent. C’est une question de principe, de pouvoir.
Ndella respira profondément, s’efforçant de garder son sang-froid.
– Si vous ne doutez pas de mes compétences ni de l’intégrité de notre entreprise, qu’est-ce qui vous retient ?
Rahim rit doucement, un rire qui semblait plus calculé qu’amusé.
– Vous êtes directe, j’aime ça. Mais la confiance, Ndella, ça se mérite. Et je ne parle pas de votre professionnalisme. Je parle de vous.
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Elle savait où il voulait en venir. Rahim ne jouait pas seulement avec les chiffres ou les contrats ; il jouait avec les gens. Et elle refusait d’être un pion sur son échiquier.
– Je suis ici pour vous démontrer que ce partenariat peut être bénéfique pour vous, pas pour moi. Votre entreprise tirera profit de ce projet, et je suis certaine que vous le savez.
Rahim la fixa longuement, ses yeux noirs brillants d’un mélange de curiosité et de défi.
– Vous êtes une négociatrice talentueuse, Ndella, mais vous ne comprenez pas encore comment ce monde fonctionne. Ce que je veux, ce n’est pas qu’un contrat bien ficelé. Je veux savoir jusqu’où vous êtes prête à aller pour obtenir ce que vous voulez.
Ses mots, bien qu’ambigus, portaient une charge sous-entendue qui la mettait mal à l’aise. Elle se redressa, croisant ses mains sur ses genoux pour éviter que Rahim ne voie le léger tremblement de ses doigts.
– Je vais jusqu’au bout de ce qui est juste, Rahim. Ni plus, ni moins.
Il éclata de rire, mais cette fois, son rire était teinté d’un mépris qu’il ne cherchait même pas à cacher.
– Vous êtes fascinante, vraiment. Mais dans ce monde, Ndella, le juste n’existe pas. Il y a le pouvoir, et ceux qui savent comment l’utiliser. Si vous croyez que votre droiture suffira, vous êtes plus naïve que je ne le pensais.
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Rahim se rassit face à elle, son expression redevenue sérieuse.
– Voici ce que je vous propose : revenez me voir quand vous aurez compris ce que je cherche vraiment. Je veux quelqu’un qui soit prêt à sortir des sentiers battus à aller là où les autres n’osent pas.
Ndella sentit la colère monter en elle, mais elle la contint.
– Vous voulez dire quelqu’un qui abandonne ses principes pour satisfaire vos caprices ?
Il sourit, un sourire énigmatique qui ne laissait rien transparaître de ses véritables intentions.
– Appelez ça comme vous voulez. Mais réfléchissez-y. Quand vous serez prête, ma porte vous sera ouverte.