Chapitre 10

1058 Words
Ndella tenait fermement l'enveloppe entre ses mains tremblantes. Sa première paie, le fruit de ses efforts et de ses concessions. Ce petit bout de papier représentait plus qu’un salaire ; il était l’espoir d’un avenir où sa mère pourrait enfin recevoir les soins qu’elle méritait. Le soir-même, en rentrant chez elle à Pikine, un quartier modeste mais empli de souvenirs d’une vie simple et heureuse. Lorsqu’elle franchit la porte, elle trouva son père assis près de sa mère, comme toujours, veillant sur elle avec une tendresse infinie. Awa, sa mère, allongée sur le lit, semblait plus frêle que jamais. – Ndella, ma fille, murmura son père en se levant. Tu es là. Elle se précipita dans ses bras, laissant les larmes qu’elle avait retenues si longtemps couler. – Papa, je l’ai fait… J’ai enfin de quoi admettre maman à l’hôpital. Son père la regard soulagé par rette nouvelle. Ses mains tremblaient presque autant que celles de Ndella lorsqu’il l’ouvrit. – Ndella… je suits tellement fiere de toil ma fille Elle esquissa un sourire fatigué. Son père la serra dans ses bras, ses yeux brillants de gratitude. – Que Dieu te bénisse, ma fille. --- Le lendemain matin, Awa fut admise dans un hôpital de Dakar. Les médecins prirent immédiatement en charge son dossier, promettant de faire tout leur possible pour améliorer son état. Le soulagement était palpable, même si une longue route restait à parcourir. Ndella passa la journée auprès de sa mère, veillant à ce qu’elle ne manque de rien. Voir Awa sourire, même faiblement, lui donna une force qu’elle n’aurait jamais imaginée. – Ma fille, je suis si fière de toi, murmura Awa. Mais n’oublie jamais de prendre soin de toi aussi. Ces mots résonnèrent comme un écho douloureux. Comment pouvait-elle expliquer à sa mère que, pour sauver sa vie, elle avait dû franchir des limites qu’elle s’était autrefois imposées ? --- De retour au bureau, Ndella fut convoquée dans le bureau de Djibril. Dès qu’elle entra, elle sentit une tension électrique dans l’air. Djibril était assis derrière son grand bureau, les bras croisés, un regard dur fixé sur elle. – Ndella, fermez la porte, ordonna-t-il. Elle obéit, sentant son cœur battre à tout rompre. – Alors, où en sommes-nous avec Rahim Aidara ? demanda-t-il, sa voix glaciale. Ndella hésita, cherchant ses mots. – J’ai réussi à établir un lien avec lui. Il m’a invitée à une soirée et nous avons discuté. Je pense qu’il commence à me faire confiance. Djibril frappa son bureau du poing, la coupant net. – Commence à te faire confiance ? Ce n’est pas ce que je veux entendre, Ndella ! Il devait signer ce contrat, et tu devais t’assurer qu’il le fasse. Tu crois que ton rôle se limite à des discussions mondaines ? Elle sentit la colère monter en elle, mais elle resta silencieuse. – Ecoute-moi bien, continua Djibril, son ton devenant plus menaçant. Si tu veux vraiment réussir ici, il va falloir que tu fasses des sacrifices. Et je parle de vrais sacrifices. Si Rahim veut plus, donne-lui plus. Ndella le fixa, choquée. – Vous êtes en train de me demander… – Oui, Ndella, je te demande de faire le nécessaire. S’il faut que tu cèdes à ses avances, alors fais-le. Et si cela implique que tu perdes ta virginité, considère cela comme le prix à payer pour ta réussite et celle de ta famille. Elle sentit le sol se dérober sous ses pieds. – Vous n’avez pas le droit de me demander ça, murmura-t-elle, la voix tremblante. Djibril se pencha en avant, son regard perçant. – J’ai tous les droits. Si tu n’es pas prête à jouer le jeu, alors tu n’as pas ta place ici. --- Pendant ce temps, dans sa villa luxueuse des Almadies, Rahim était assis sur la terrasse, une tasse de cafe à la main. Son esprit vagabondait, revenant sans cesse à la jeune femme qu’il avait rencontrée. Ndella. Elle était différente. Il avait côtoyé des dizaines, peut-être des centaines de femmes dans sa vie, mais aucune n’avait cette combinaison étrange de naïveté, de force et de douceur. Elle ne cédait pas facilement à ses caprices, et cela le perturbait autant que cela l’intriguait. – Pourquoi es-tu si spéciale, Ndella ? murmura-t-il pour lui-même. Rahim était habitué à obtenir tout ce qu’il voulait, que ce soit dans les affaires ou dans sa vie personnelle. Mais avec Ndella, il sentait qu’il était face à un défi. Et Rahim Aidara adorait les défis. En effet, Rahim était tout ce que beaucoup enviaient. À la tête de plusieurs entreprises prospères dans les secteurs de l’immobilier, de la technologie et des énergies renouvelables, il incarnait le succès et le charisme. Fils unique, il avait grandi avec des attentes élevées et des privilèges sans limites. Son père, un magnat de l’industrie, lui avait transmis un empire, et sa mère, une femme d’une élégance rare, avait fait de lui un homme exigeant et parfois arrogant. Pour Rahim, la vie n’était qu’un terrain de jeu, où tout pouvait être acheté, négocié ou manipulé pour servir ses intérêts. Mais derrière cette façade de perfection se cachait un homme seul. Malgré sa richesse et son pouvoir, Rahim n’avait jamais connu le véritable amour, ni même une amitié sincère. Toutes ses relations étaient teintées d’intérêts et de superficialité. Et c’est là que résidait son paradoxe : il aimait le contrôle, mais il méprisait l’absence de défi. Il se rappela sa conversation avec Ndella sur la terrasse. La façon dont elle avait tenu tête, sans pour autant être agressive. Elle était différente des autres femmes qu’il avait rencontrées, celles qui se jetaient à ses pieds à la moindre occasion. Mais une partie de lui voulait aller plus loin. Il voulait savoir ce qui se cachait derrière son sourire, derrière cette façade de calme et de dignité. Était-elle aussi forte qu’elle le prétendait ? Rahim se leva, son esprit décidé. – Très bien, Ndella. Voyons jusqu’où tu es prête à aller. --- Le lendemain, Rahim envoya un message à Ndella, l’invitant à un dîner privé dans sa villa. Cette invitation n’était pas innocente. Rahim voulait tester ses limites, voir si elle était prête à jouer selon ses règles. ************ De son côté, Ndella reçut le message avec appréhension. Elle savait que cette rencontre pourrait être décisive, mais elle ne savait pas encore à quel point.
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