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Ce claquement infernal achevait toujours de réveiller Johansson. C’était cette fichue machine qui grillait le pain. A peine avait-elle ouvert ses yeux qu’elle se refugiait déjà sous sa couette. Une fente qu’elle n’aimait pas entre les rideaux de baies, faisait filtrer les rayons du soleil à l’intérieur.
— Je te fatigue déjà ? fit-elle en grommelant, l’oreiller étouffant totalement sa voix.
Tous les matins elle posait cette même interrogation. Un jour viendra où la réponse à sa question allait être un oui.
Pour sûr.
Mais aujourd’hui non, puisque Natacha lui répondit depuis la cuisine où elle s’affairait:
— C’est une blague ou quoi ? Si jamais il arrivait que tu ne sois plus ici, je n’aurai plus de mobilier moi !
— Parmi lesdits mobiliers, il y’a un canapé-lit qui prend assez d’espace.
— De même que ma meilleure amie, ajouta Natacha, s’approchant du canapé en question, une tasse à la main. Un petit café ?
— T’es un amour.
— En occurrence pour ce qui est de mon café, reconnais-le.
— Pour ton appartement aussi.
— Y’aura-t-il un jour où tu vas arrêter avec ça ? lui lança Natacha, sans chercher à dissimuler sa consternation. Si tu veux vraiment entrer dans ce jeu-là, dis-moi plutôt que tu fantasmes sur mon corps de rêve. Là au moins, j’aurai l’impression d’être belle, et ça servira à quelque chose !
Johansson émergea de sous son oreiller, se redressa et trempa précautionneusement les lèvres dans le café brûlant avant de hocher la tête avec véhémence.
— Certainement pas ! répliqua-t-elle. Je ne prends pas les restes des autres. Or, j’ai comme l’impression que Andersen n’a pas seulement fantasmer sur ton corps, ma très chère.
Natacha eut un petit ricanement faussement méprisant.
— Qu’est-ce qui te fait penser que ce n’est pas moi qui me suis servie de son corps jusqu’à l’épuisement ? rétorqua-t-elle en regagnant la cuisine.
— Ah ? C’est pour ça qu’il continue à boiter ? Et moi qui pensais qu’il n’était pas complètement remis de son opération…
Au moment où entendit cette remarque, Natacha revint sur ses pas et se pencha pour l’embrasser sur le front.
— Honnêtement parlant, je suis ravie que tu sois ici, Johansson. Tu m’as terriblement manqué, alors tu peux rester aussi longtemps que tu veux. Six mois, un an… Tu es la bienvenue et tu le sais.
— Donc comme ça tu t’imagines que j’ai envie de passer un an à dormir dans la pièce principale de ton appartement, hein ?
Elle avait voulu parler doucement juste pour la forme de la chose. En réalité, elle aurait dormi à même le sol, pour être auprès de Natacha. Elles avaient toutes deux vécu à des milliers de kilomètres de distance pendant près de trois ans, et Johansson avait mal supporté la séparation. Un canapé dans la salle de séjour de sa meilleure amie lui convenait parfaitement. Elle n’avait besoin ni d’un lit double ni d’une pièce équipée d’une porte. Les hommes ne se battaient pas pour la séduire et elle avait cessé de se caresser depuis plus de six mois. Son imagination l’avait désertée, vaincue elle aussi par ce désert affectif sans fin. Aussi, abandonnant la partie, s’était-elle résignée à meubler sa solitude en jouant au jeu de puzzle de mots sur son clavier.
Ça l’occupait autant qu’autre chose, après tout, non ?
— Je fais le petit déjeuner ? proposa-t-elle, après avoir avalé quelques gorgées de café.
— C’est fait. Des bagels toastés, ma spécialité.
Environ trente minutes plus tard, Johansson déposait son amie au studio d’où elle recherchait des lieux potentiels d’extérieurs de tournage pour l’industrie du cinéma. Ensuite, elle sortit de la petite ville de Hendsum et gagna la vallée.
Malgré le fait qu’elle soit là depuis plus d’une semaine, les montagnes environnantes ne laissaient pas de la surprendre. Non… Surprendre n’était pas le mot adéquat. Ces montagnes la submergeaient littéralement. Elles l’émerveillaient et l’intimidaient. Au pied de ces pics majestueux, elle se sentait toute minuscule et elle aimait cela. Car si elle ne mesurait qu’un mètre soixante-dix — ce qui n’avait rien d’exceptionnel —, elle se trouvait beaucoup trop visible. Elle aurait, de loin, préféré être comme Natacha. Minuscule. Cela lui aurait permis de se fondre dans la foule, au lieu de dominer son monde, comme une énorme créature maladroite. Surtout maladroite, d’ailleurs. Empruntée, pataude. Son corps lui convenait à peu près, mais elle ne savait pas le mettre en valeur. Elle ne portait jamais de talons et avait besoin de l’aide de Natacha pour se maquiller. Bref, dans son sempiternel jean et son T-shirt à l’effigie d’un personnage de dessin animé quelconque, elle s’efforçait de ne pas trop penser à l’élégance décontractée d’autres femelles.
Tout compte fait, cela importait peu. Le Texas c’était du passé, où les filles semblaient être nées avec une coiffure impeccable, des ongles naturellement polis et le don incroyable pour elle de marcher sur des talons hauts de dix centimètres.
Tout ça c’était derrière elle maintenant. Elle se trouvait dans le Wyoming à présent.
Et elle travaillait dans une ville fantôme.
A l’aise et sourire aux lèvres, elle s’engagea sur un chemin de terre. Aussitôt, les gravillons jaillirent sous ses pneus, mitraillant joyeusement le dessous de sa vieille berline.
Elle continua à sourire de plus belle. Ici, de toute manière, elle ne pouvait porter que des jeans et des T-shirts. La donne allait certainement changer lorsqu’elle aurait restauré et ouvert son musée, mais pour l’instant, son lieu de travail était une ville fantôme au sens propre du terme. Sa collection personnelle de maisons de bois délabrées et battues par les vents l’attendait chaque matin — une petite aventure en soi, un défi qu’elle renouvelait à chaque fois.
Même si la ville ne lui appartienne pas en propre, elle sentit son cœur se gonfler de joie quand elle aperçut, l’espace d’un instant, la flèche de l’église, au sommet d’un mont.
Son sentier se poursuivit au fond de la vallée, et la flèche disparut.
Non, la ville ne lui appartenait pas, et elle n’y travaillait que depuis huit jours. Cependant, elle s’y était déjà attachée, à un point que certaines personnes auraient sans doute trouvé inquiétant. Ou triste, d’ailleurs. Après tout, il ne s’agissait que d’un ensemble de dix-huit bâtisses, croulantes pour la plupart. Pourtant, ce fut avec ravissement que Johansson les vit se dessiner devant elle, au détour d’un dernier virage.
La providence hein ! C’était ainsi que ses fondateurs avaient appelé cette ville, et c’était exactement ce qu’elle était pour la jeune femme.
Ça et plus encore.
Quoi d’autre à part la providence lui avait fait trouver ce travail à l’endroit précis du Wyoming où s’était installée sa meilleure amie, l’année précédente ? Elle avait eu une chance extraordinaire, d’avoir été sélectionnée, alors qu’elle n’avait qu’une petite année d’expérience dans le métier de conservatrice de musée. Elle était une novice, et les membres du trust pour la rénovation de Providence, le Providence Legend site, avaient cru en elle. Alors elle allait faire en sorte qu’ils soient fiers de leur ville restaurée.
Mais en occurrence, qu’elle soit fière d’elle-même, pour une fois.
Elle fit un arrêt sur un carré de terrain dénudé, au bord de l’étroit chemin de terre, et descendit de voiture. Le bruit de sa portière se refermant résonna dans le silence seulement troublé par le vent.
En face d’elle, Providence, avec ses maisons érigées de part et d’autre d’une rue raisonnablement large mais mangée par les mauvaises herbes et les buissons d’armoise. Au-delà des limites de la ville, les collines étaient recouvertes de trembles verts qui bruissaient agréablement sous la brise.
Johansson respira longuement pour s’imprégner de l’air le plus pur qu’il lui ait été donné de respirer. Elle se trouvait dans l’endroit idéal pour se lancer dans la vie. Il était impossible d’échouer, dans un contexte pareil. Ce minuscule endroit perdu au beau milieu du Wyoming était le plus beau qu’elle ait jamais vu. Elle ne pouvait que réussir, dans un tel décor, non ?
Après avoir remis la bandoulière de son sac en bonne place, elle se mit à marcher le long du sentier qui coupait à travers la végétation, et continua à cogiter.
Qu’elle adore Providence ou non, elle n’avait pas droit à l’échec, à ce point de son existence. Elle avait trente ans, et jusqu’à présent, elle s’était laissée porter par le vent comme une graine de pissenlit. Oh ! Il lui était arrivé de toucher terre, bien sûr ! Elle avait fait toutes sortes de petits boulots, parmi lesquels guichetière dans une banque, vendeuse, promeneuse de chiens… A une époque, elle s’était même inscrite dans une école d’esthétique où, à défaut de terminer la formation, elle avait gagné une amie en la personne de Natacha Lincoln.
Une dilettante donc et, bien qu’elle n’ait obtenu aucun diplôme, une bûcheuse. Car elle n’était ni paresseuse ni idiote. Même si ses cousins l’avaient surnommée « Johansson-la-Fainéante ». Et même si sa mère avait cru bon de la prévenir que l’appartement qu’elle venait d’acheter serait trop petit pour l’accueillir, au cas où elle désirerait faire son retour.
Cela fut pour elle une véritable épreuve faite de chagrin, soit dit en passant.
— Pour quelles raisons me dis-tu ça ? avait-elle demandé à sa mère avec une pointe d’agressivité dans la voix. Je ne vois pas ce que je viendrais faire chez toi ! Je suis une grande fille, non ?
— Il faut être prévoyante, ma chérie. Je tenais à ce que tu saches que désormais, il me sera difficile de te servir de filet de sécurité, voilà tout.
Un filet de sécurité… Ce que l’on installait sous les équilibristes quand on doutait de leurs capacités…
Elle acceptait bien de reconnaitre qu’il lui était arrivé de se réfugier au domicile familial à une ou deux reprises, mais jamais pour longtemps. Il était tout aussi vrai qu’elle vivait au jour le jour, contrairement à ses cousins qui, en plus d’avoir réussi sur le plan financier, étaient particulièrement gâtés, physiquement parlant. Cela dit, bien que les réunions de famille lui soient parfois pénibles, elle s’y résolvait.
Ce truc qui la rongeait en son for intérieur, c’était cette tendance toute récente à douter de ses propres capacités. A sa décharge, même sa mère, pourtant réputée pour ses idées larges et son goût de l’indépendance, commençait à s’inquiéter pour elle.
En fermant presqu’entièrement les yeux pour se protéger de la lumière vive du soleil, Johansson enjamba un bosquet de fleurs sauvages qu’elle n’avait encore pu se résoudre à piétiner bien qu’il soit en plein milieu du passage.
Et se replongea aussitôt dans ses réflexions.
Pendant les douze dernières lunes, ce qui avait d’abord été un souci tenace était devenu une source d’agacement constant. Un grain de sable autour duquel les minéraux de l’anxiété et de la peur commençaient à s’accumuler. Oppressant, perturbant, il prenait de l’ampleur, semblait-il. Au point de lui obstruer la gorge, lorsqu’elle essayait de ravaler sa salive.
Naturellement, elle respirait la joie. Et optimiste, puisqu’elle avait longtemps pensé qu’un jour ou l’autre, elle trouverait le bonheur. Le travail qui la passionnerait vraiment. L’amour qui la ferait passer de sa solitude de célibataire à l’état de femme comblée.
Le hic, c’était que rien de tout cela ne s’était produit. Concluant que ce genre de choses n’arrivait jamais dans la vraie vie, elle s’était alors résignée à ce que son optimisme forcené ne lui apporte, au final, que quelques années supplémentaires d’errance. Elle avait donc continué à vivre dans l’insouciance la plus totale, à se laisser ballotter par les éléments et à butiner, quitte à se perdre.
Mais maintenant non fort heureusement. Pas cette fois-ci.
Et en aucun cas dans un lieu aussi enchanteur que Providence.
C’est d’un pas sûr, qu’elle monta les marches de bois qui menaient au porche étonnamment solide de la première maison. Elle ouvrit la porte, passa rapidement l’intérieur en revue, à la recherche d’araignées, et entra avec détermination.
Pour ce qui est du moment, Providence n’était encore qu’un ensemble de constructions en piteux état, envahie par les mauvaises herbes, et cernée par une nature inhospitalière. Et elle, Johansson Munrow, allait en faire une grande attraction touristique. Une destination prisée des habitants du Wyoming et, pourquoi pas, de tous les Américains. Elle la transformerait en un petit musée pittoresque. Cette ville fantôme serait sa fierté, la réussite de toute son existence.
Elle sortirait de cette restauration triomphante, elle n’en doutait pas un seul instant.
* * *
Sept jours s’étaient passé depuis, elle était presque convaincue du contraire. En fait, cette ville allait la mener à sa perte, être un échec chaotique.
Le trust pour la rénovation de Providence était composé de cinq personnes plus ou moins aimables, toutes sexagénaires. Parmi elles, deux avaient été mariées au fondateur et membre bienfaiteur du trust, un certain Anselme Trojan. Bien évidemment ce n’était pas au même moment ; on était dans le Wyoming, pas dans l’Utah. L’une des deux femmes de Anselme Trojan — et pas la première, dont le devenir n’était pas clair — était restée avec lui pendant quarante ans. La suivante, qui n’avait passé que cinq années en sa compagnie, avait été celle qui l’avait vu mourir, ce qui lui donnait, du moins à ce qu’elle pensait, certaines prérogatives. Les trois autres membres du trust étaient des hommes qui se targuaient tous d’avoir été très proches de Anselme, à un moment donné.
Les assemblées bimensuelles du Providence Legend site auraient donc dû avoir un petit goût de réunion de famille. Or, cela était vain. Ses membres ne tombaient d’accord sur aucun sujet. Pire, ils avaient une conception étrange de leur fonction première. A se demander s’ils se souvenaient de ce pourquoi le trust a été crée.
— Par pitié, donnez-moi quelque chose à faire, supplia Johansson pour la troisième fois, ce jour-là. N’importe quoi !
Irminda, l’une des ex-épouses, fit un oui de la tête avec vigueur.
— Ce n’est pas le classement qui manque, mon petit !
— Je sais. J’ai passé des heures à le faire, et j’ai terminé la semaine dernière.
— Ah bon ? Dans ce cas, vous devriez aller voir les gens du Cercle Historique de Hendsum, fit remarquer Michael. Cela allait bien nous aider. Ils doivent avoir tout un tas de photos ou d’archives diverses, et je crois savoir que…
— C’est fait, ça aussi, annonça Johansson.
Pratiquement au même moment, elle se reprocha d’avoir coupé la parole à son aîné et ajouta :
— Je veux dire… bien entendu, c’est une excellente idée, Michael. Seulement vous m’avez déjà envoyée là-bas la semaine dernière. J’ai passé des heures à éplucher les dossiers, et il semblerait que Anselme m’ait devancée. En tout cas, je n’ai rien découvert de nouveau.
— La bibliothèque, vous l’avez essayé ? demanda Melissa, la troisième et dernière épouse du fondateur.
— Affirmatif, répondit Johansson avec un sourire forcé. J’y ai emprunté tous les ouvrages touchant de près ou de loin à l’histoire locale, seulement…
Tex O’Brian donna un coup si puissant sur la table que Johansson laissa échapper un petit cri de frayeur.
— Une idée me traverse ! s’exclama-t-il. Si on demandait l’aide de la Société pour le Patrimoine du Comté de Gretet ?
Arrivé sur ça, Johansson dressa l’oreille. C’était le seul organisme qu’elle avait omis de joindre. Son enthousiasme fut de courte durée cependant. Il y avait peu de chances pour que cela fasse évoluer les choses.
— Je vais entrer en contact avec les responsables, promit-elle. Toutefois, si je puis me permettre, vous m’avez fait venir pour créer un musée. Pour attirer des visiteurs à Providence. C’était bien la volonté de M. Trojan, n’est ce pas ?
Son interrogation fut accueillie par un murmure vaguement approbateur.
— Eh bien, c’est ce que je veux, moi aussi, enchaîna-t-elle avec fermeté. Alors bien sûr, je peux photocopier d’autres croquis et rassembler davantage d’informations sur les fondateurs de la ville ou sur l’inondation qui a causé sa destruction, seulement ce n’est pas cela qui éveillera la curiosité des foules. Ce qu’il nous faut, c’est du concret. Nous devons faire restaurer les bâtiments. Cimenter la route. Construire un parking. Engager des ouvriers. Bref, il est temps que l’on passe à l’action.
Melissa fut prise d’une quinte de toux suspecte et jeta un regard appuyé à Michael… qui se tourna vers Tex.
— Bien sûr, je… C’est là que le bât blesse, répondit ce dernier avant de sortir un mouchoir de sa poche pour s’éponger le front. Voyez-vous, mon petit, il se trouve que nous sommes confrontés à un léger ennui.
Un frisson d’angoisse parcourut la jeune femme. Elle ne faisait pas l’affaire. Après mûre réflexion, ces braves gens étaient parvenus à la conclusion qu’elle manquait vraiment trop d’expérience.
— Un problème ? Quel problème ? Si c’est mon CV qui vous inquiète, rassurez-vous. Je suis presque une néophyte, dans le domaine qui nous intéresse, et j’en ai parfaitement conscience. Toutefois, je peux vous assurer que vous aurez du mal à trouver plus motivée que moi. Je suis amoureuse de Providence, vous comprenez ? J’ai l’impression de l’avoir fondée moi-même, cette petite ville.
— Votre CV n’a rien à voir là-dedans, déclara Irminda avec assurance. Bien au contraire. Vous êtes une véritable aubaine pour nous, mon petit. Nous n’aurions jamais pu nous offrir les services d’une experte, avec nos revers de… Aïe !
Elle s’interrompit, le temps de foudroyer Melissa du regard.
— Je rêve ou tu m’as donné un coup de pied ? lança-t-elle.
— Je te trouve d’une indélicatesse rare, ma chère, rétorqua Melissa sans se démonter.
Johansson réprima une grimace.
Elle était une aubaine… Autrement dit une affaire, par rapport à quelqu’un de plus expérimenté qu’elle. Un pis-aller, en quelque sorte… Enfin, elle s’estimait trop heureuse d’être là pour s’en offusquer vraiment. Elle ferait ses preuves, voilà tout !
— C’est Tex qui a eu cette idée, je te rappelle ! rétorqua Irminda, manifestement ulcérée.
— C’est quoi l’idée ? s’enquit Johansson, tandis que les autres tentaient par divers moyens plus ou moins discrets de faire taire la bavarde.
Tex dut se rendre compte que le mal était fait, car il poussa un gros soupir, s’épongea de nouveau le front, et rangea son mouchoir d’un geste las.
— Nous… Hum… Nous avons un petit souci avec la justice, avoua-t-il.
— Avec la justice ? répéta Johansson, atterrée.
— De petits tracas, oui. Rien d’insurmontable, assura-t-il, croisant ses mains sur la table. Hormis Providence en elle-même, Anselme a légué toutes ses terres à un de ses petits-fils. Or la ville ne l’intéresse pas, et il conteste l’existence de notre trust. De sorte que l’argent est bloqué en attendant la décision du juge et que nous… hum… Disons que nous sommes légèrement à court, côté trésorerie, en ce moment.