76« Je suis bête », murmura Giuditta en ouvrant les yeux à l’aube, tandis que le son de la Marangona vibrait par-dessus les toits de Venise. Toute la maison était en désordre. Depuis plusieurs jours, elle avait cessé de ranger, de laver le linge, de coudre. Elle s’était enfermée dans un mutisme hargneux et ne répondait plus que par monosyllabes. Personne ne pouvait l’approcher et encore moins tenter de connaître ses pensées, pas même Ottavia. La vie n’était tout simplement plus intéressante. Elle regardait la vaisselle s’amonceler sans la voir. Elle entendait les bruits de la vie et les paroles échangées sans les écouter. Transportée dans un autre monde, si loin de celui où elle vivait que nul ne pouvait l’y atteindre. « Je suis vraiment bête », répéta-t-elle cependant ce matin-là, en se

