- Vous êtes prête ?
- Oui monsieur Carvalho.
- Très bien. Je vais envoyer l’un de mes chauffeurs vous chercher.
- Je peux vous rejoindre à l’aéroport en taxi monsieur.
- J’ai dit qu’il passerait.
- D’accord.
Solenne raccrocha et se laissa choir sur une chaise. Elle s’était levée du mauvais pied et n’avait aucune envie de s’attirer en plus les foudres de son patron. Le jour était enfin venu qu’elle parte pour l’Espagne avec lui et sa dulcinée. Solenne appréhendait énormément le voyage mais il n’y avait pas moyen de faire machine arrière. Les dés étaient jetés et vu que cela contribuera à la réalisation de son plan, il fallait simplement qu’elle joue le jeu. Vaguement, elle fixa sa valise puis se leva et alla dans sa chambre où elle ouvrit un tiroir et en sortit un cadre qui avait l’air ancien.
- On aurait pu être tellement heureuses si tout ça ne s’était pas passé… chuchota-t-elle. Cette séparation me fait tellement souffrir mais je dois rester forte. Pourquoi il a fallu que tu nous fasses subir ça ?
Une larme roula sur sa joue. Elle baisa la photo et la reposa à l’endroit où elle l’avait prise avant de revenir dans son salon. La sonnette ne tarda pas à retentir. Le chevalier servant était visiblement là. Solenne tira sa valise et alla lui ouvrir.
- Bonjour mademoiselle.
- Bonjour, répondit-elle d’un air évasif.
- Laissez-moi vous aider.
- Merci.
Le chauffeur lui prit la valise, la rangea dans le coffre puis ils se mirent en route. Le trajet fut très court. Lorsqu’arrivée à l’aéroport Solenne vit Dany et sa petite amie, elle eut un pincement au cœur.
- Bienvenue mademoiselle Willems ! l’accueillit Dany lorsqu’elle les rejoint.
Il la détailla rapidement du regard et parut surpris de la voir habillée aussi décontracté. Elle s’était séparée de son éternel chignon, ramenant simplement ses cheveux en queue de cheval lâché et portait un pantalon large avec des baskets. Un petit haut par-dessus duquel elle avait mis son manteau. Simple mais élégante, pensa-t-il. Seul bémol, elle ne s’était pas démaquillée et il trouva cela dommage. Dany aurait bien voulu la voir sans cet artifice… Soudainement conscient du genre de pensée qu’il commençait à avoir, Dany haussa simplement les épaules alors que Xénia curieuse lui demandait en plissant le front :
- Qui c’est ?
Elle regarda Solenne de la tête aux pieds puis reporta son attention sur Dany en attente d’une réponse.
- Mon assistante ! répondit ce dernier les yeux plantés dans ceux de Solenne qui soutenait son regard.
- Elle vient avec nous ?
- Oui.
- Mais… comment ça ton assistante vient avec nous ? C’est sensé être un voyage en amoureux non ? s’offusqua-t-elle.
- Evidemment mais nous allons rester assez longtemps et il me faudra gérer certains dossiers. J’aurai donc besoin de Tara. Tara, je te présente Xénia Avandeiev, ma petite amie, ajouta-t-il.
- Mais vous ne pouvez pas le faire en télétravail ? répliqua Xénia qui ne voulait nullement en démordre. Aujourd’hui on peut tout faire via internet. Pourquoi elle ne reste pas ici et…
- Non, la coupa Dany. Tara vient avec nous.
Xenia avait l’air furieuse.
- Tu n’as même pas daigné m’en informer Dan !
- Excuse-moi, je ne pensais pas que tu y trouverais un inconvénient mais ne t’en fais pas. Tu la verras moins souvent que tu ne le crois.
- Je me ferai aussi petite qu’une souris, renchérit Solenne sans aucune once d’émotion.
- Voilà !
- Ceci ne me plait pas du tout, continua Xenia de plus en plus en colère. C’est comme ça que tu compte arranger les choses entre nous Dan ? Tu m’invite en voyage et tu veux en profiter pour gérer tes affaires. Ecoutes, si je me rend compte ne serait-ce qu’une seule fois que ton travail prend le plus de temps que la normale dans ce voyage, je rentre immédiatement.
- Si ça ne te dérange pas Xenia, on en reparlera une fois arrivés s’il te plait. Il est temps d’y aller !
Silencieuse, Solenne leur emboita le pas alors que Xénia toujours mécontente la lorgna furieusement en prenant Dany par le bras.
***
Solenne s’était préparée à toute éventualité mais elle sentait déjà mal le voyage. Comme elle l’avait pensé, Xenia avait vraiment l’air invivable. Une fille de riche pourrie gâtée. Elle se croyait surement supérieure aux gens et la façon dont elle avait accueilli la nouvelle selon laquelle elle devait venir avec eux, ne la surprit guère. De toutes façons, Solenne n’en avait rien à cirer. Son objectif était de mettre Dany à ses pieds et elle était déterminée à le faire quitte à confronter n’importe quelle pimbêche.
Une fois dans l’avion elle alla s’installer aussi loin que possible du couple. Entre les innombrables baisés que Xenia donnait à Dany, les rires et les attouchements, elle n’avait qu’une envie, c’était qu’ils atterrissent pour qu’elle puisse aller s’enfermer dans sa chambre. Lassé de regarder les nuages à travers le hublot, Solenne prit un roman dans son sac et entreprit de le lire pour faire passer le temps qui n’allait néanmoins pas être très long. Il s’agissait d’une collection à l’eau de rose d’une célèbre auteure qui parlait d’un amour toxique entre un couple. Au moment où elle se perdait dans sa lecture, Solenne entendit une voix derrière elle lui demander :
- Que lisez-vous ?
C’était Dany.
- Une romance toxique, s’empressa-t-elle de répondre.
- Ah ! je ne vous savais pas fan de ce genre d’histoire.
- Vous ne me connaissez pas, répliqua-t-elle.
- Vous avez raison. Pourtant, j’ai un sentiment bizarre à chaque fois que je vous vois.
Le cœur de Solenne se mit à battre.
- Comment… ça ? bégaya-t-elle.
- Vous avez des airs de ma défunte fiancée.
Oh non !
- Des airs de votre défunte fiancée ? reprit-elle en s’efforçant d’avoir l’air surprit.
- Oui. Mais ce n’est qu’une impression bien évidemment.
- Oui c’est ça. Il y a beaucoup de gens avec des traits en communs dans ce monde.
- Soit ! lança Dany d’un air morose. Elle était unique de toute façon. Bref ! je venais juste voir si tout allait bien. Il reste quelques minutes pour l’atterrissage.
- Tout va bien, merci.
- Très bien. J’espère que la petite scène de Xenia ne vous a pas trop mise mal à l’aise.
- Je ne lui tint pas rigueur. Elle a raison de réagir de la sorte, vu que de base c’est un voyage romantique.
- Pas faux mais… je ne suis pas vraiment habitué à lâcher mes affaires.
- Je vois.
Un court silence s’installa mais déjà Dany reprit.
- Je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Je vous laisse à votre lecture.
- Je vous remercie.
Il s’éloigna mais Solenne resta troublée. Il ne fallait pas que Dany se rende compte de qui elle était vraiment. Même si c’était difficile de cacher son apparence, c’était beaucoup trop tôt pour qu’il découvre tout. Tout ne devait pas finir à l’eau alors que ça n’avait même pas encore commencé.
Elle pensa à cet air triste qui était apparu dans ses yeux lorsqu’il avait évoqué sa défunte fiancée et cela la troubla encore plus. Jouait-il la comédie ou avait-il vraiment ressenti cette émotion ? se demanda-t-elle.