Chapitre 6 : La Vérité Dérangeante.

1298 Words
Louane "Ton petit ?" Je répète, la gorge serrée, consciente que je dois avoir l’air complètement paumée. Mais comment tu veux que je réagisse ? On dirait un mauvais rêve. "De quoi tu parles ?" Il y a encore quelques jours, j’aurais pu me perdre à admirer Fabian Solberg, sa puissance, son charisme… Mais là, il me fait peur. Une vraie peur. J’ai connu des mauvais mecs, mais aucun ne m’a jamais fait cet effet-là. Lui, c’est comme s’il dégageait quelque chose de… pas humain. Une énergie brute qui me donne juste envie de reculer et de me cacher. "Toi." Ses yeux se plissent. Il pointe Nelly, puis moi. "C’est ça que t’as fait avec mon sperme ? T’as inséminé ton amie ?" "Mais non !" réplique Nelly, la voix ferme, mais qui tremble un peu quand même. "Oui, j’ai inséminé Louane la semaine dernière, mais pas avec votre échantillon. Elle a choisi un donneur comme tout le monde." "Tu mens." Son ton claque comme une évidence. "Louane savait très bien ce qu’il en était. Elle est même venue plaider ta cause." Nelly se retourne vers moi, les yeux écarquillés. "T’as fait ça ?" "Oui… mais c’était pour t’aider." Je souffle, honteuse. "Je croyais qu’il se montrerait plus humain en voyant que tu ne risquerais jamais ta carrière. Je suis désolée Nelly, je voulais juste bien faire." "Ça va." me rassure-t-elle doucement, serrant ma main avant de se tourner de nouveau vers Fabian. "Mais ça ne veut rien dire. Ok, je l’ai inséminée le jour où votre échantillon a disparu, mais… non, c’est pas possible. Il était dans un frigo séparé…" Elle s’interrompt net, figée devant l’écran de l’échographie. Ses yeux s’ouvrent en grand. "Mon Dieu…" "Quoi ?" je demande, paniquée. "Ce n’est pas… humain." murmure-t-elle, presque pour elle-même. Puis, elle se retourne vers Fabian, complètement terrifiée. "Je vous jure que j’ai rien fait exprès. Je comprends pas comment c’est arrivé !" "Pourquoi tu continues de dire que ce n’est pas humain ?" je crie presque. "C’est quoi, alors ? Un alien ?" "Arrête ton cinéma." gronde Fabian, et sa voix résonne comme un grondement animal. "Ne fais pas semblant que tout ça n’était pas prévu." La main de Nelly tremble dans la mienne. "Lou… je t’ai pas tout dit sur les échantillons." Elle inspire profondément. "J’ai dû signer des tas de papiers de confidentialité. Parce qu’il y a un secret derrière ceux de M. Solberg." Je la fixe, le souffle coupé. "Quel secret ?" Nelly jette un coup d’œil à Fabian, puis lâche d’une voix blanche, "Il n’est pas humain. C’est un loup-garou." Un rire nerveux m’échappe. "Sérieux ? C’est ça ton explication ?" "Je suis sérieuse." insiste-t-elle, les yeux brillants de peur. "Fabian Solberg est un loup-garou." "Nelly…" Je secoue la tête. "Les loups-garous, ça n’existe pas." "Moi aussi, je croyais que c’était des contes." souffle-t-elle. "Jusqu’à ce que je bosse ici. Ce labo est connu parce qu’il a deux faces. Celle qu’on montre au public… et celle qu’on cache, réservée aux métamorphes." Je la regarde, abasourdie. "T’es sous quelque chose ? T’as pris un truc ?" "Elle n’a rien pris." gronde Fabian. Et là, mon cœur s’arrête. Ses yeux. Je les vois changer. Briller. Un vert éclatant, presque surnaturel, qui pulse d’une lueur impossible. Tout est là, devant moi. Mais mon cerveau refuse d’y croire. Un vertige brutal m’emporte. Puis, plus rien. Le noir. Quand je rouvre les yeux, Nelly a disparu. Je me redresse doucement sur la table d’examen, la tête encore lourde. Les images reviennent par à-coups — l’étrangeté, la peur, et surtout ses yeux. Fabian Solberg est assis en face de moi, immobile, me regardant comme s’il lisait en moi. Ils ne brillent plus, mais je sais que je les ai vus luire de l’intérieur. Et je me rappelle aussi sa vitesse quand il a sauvé Ken. Sur le coup, j’avais cru à l’adrénaline ; maintenant, je n’en suis plus si sûre. "Comment tu te sens, Louane ?" demande-t-il, étonnamment calme. "Je crois que je deviens folle," je souffle. "Tout ça peut pas être réel." "C’est bien réel," répond-il. "Ton amie n’aurait jamais dû accepter de te laisser tenter de me piéger, en connaissant la vérité." "Nelly ne m’a rien laissé faire, et je n’essayais pas de te piéger ! Je voulais juste… un bébé." Il ricane, un sourire glacial au coin des lèvres. "S’il te plaît. J’ai creusé ton passé, je sais que tu es ruinée. Tu t’es dit que si tu portais mon enfant, je paierais tes dettes. Tu t’es trompée." Ses mots me frappent comme une gifle. "C’est absurde !" Je m’indigne. "Mon identité a été volée, je ne suis pas ce genre de femme qui attend qu’un homme règle ses problèmes. Jamais." "Tes excuses n’intéressent personne," tranche-t-il. "Les faits sont contre toi." "On ne sait même pas si c’est ton enfant !" je lui rappelle. "Peut-être que… peut-être que ce n’est pas humain, mais ça n’implique pas que ce soit à toi." Un grondement sourd monte de sa poitrine, me glace le sang. "Je sais que c’est le mien. Je peux le sentir. Ma lignée est en toi." Je reste bouche bée. Il peut… sentir ça ? Mon cerveau refuse d’y croire. "C’est dingue," balbutié-je. "Si les loups-garous existaient vraiment, tout le monde le saurait." Fabian lève la main. Sous mes yeux, ses ongles s’allongent et deviennent des griffes. Mon estomac se noue entre le dégoût et l’effroi. "Comment tu fais ça ?" je demande, incapable de détourner le regard. "Je vais être indulgent : je suppose que c’est ton choc qui parle, pas ton intelligence," réplique-t-il sec. Je le fixe, oubliant un instant qu’il est deux fois plus grand que moi et, apparemment, dangereux. "Tu n’as pas le droit de me parler comme ça parce que tu as de l’argent ou parce que tu es un loup-garou." Il arque un sourcil sombre. Un petit mouvement aux commissures de sa bouche me donne l’impression qu’il va sourire. "Tu es culottée, je te l’accorde." "Je ne veux rien de toi," j’insiste. "Laisse-moi tranquille." Ses yeux prennent une lueur menaçante. "Ça, ce n’est pas possible. Tu portes mon louveteau." J’avale difficilement. "Ton… louveteau ? Comme… quatre pattes et une queue ?" "Non. Ça ne marche pas comme ça." "Alors explique-moi. Comment ça marche ?" Il s’adosse, toujours sans me lâcher du regard. "Les loups-garous naissent humains. On grandit comme vous, sauf que nos sens sont plus vifs. La vraie transformation vient plus tard ; ça demande du temps et de l’entraînement. Pour les enfants, c’est difficile, ça se travaille. Une fois adultes, ça devient naturel." Je hoche la tête, encore perdue. "Mais comment je peux être enceinte… si je ne suis pas comme vous ?" Pour la première fois, il paraît un peu moins sûr. "Je n’en sais rien. C’est inédit. Notre monde vit à côté du vôtre, et seuls quelques humains connaissent la vérité. Ton amie faisait partie de ceux-là." "Donc il existe un monde dans l’ombre, plein de loups-garous, qui vit sous le nez des humains ?" résume-je. "Ouais, on peut dire ça comme ça." "Et les meutes, les alphas… tout ce qu’on lit dans les livres paranormaux ?" "Pas de pleine lune qui te transforme d’un coup, mais sinon beaucoup de choses sont vraies. On est plus rapides, plus forts, et organisés en meutes. Pense à des provinces dans un royaume." "Un royaume ?" je répète. "Comme un roi, une reine ?" "Oui." Il dit ça en évitant un truc. J’ai l’impression qu’il m’en cache une. Puis il reprend, plus froid. "Bon, si t’as fini tes questions, parlons sérieusement." "Sérieusement ? Y a-t-il quelque chose de plus sérieux que de me flinguer la vie ?" Son regard brûlant tombe sur mon ventre. "À propos de ce bébé."
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