L’ascenceur

4337 Words
William était pensif... encore sur un nuage apres sa nuit... torride... il pensait aussi à la boulimie de sa compagne. Il savait qu'il lui ferait du mal en la confrontant, mais il ne pouvait pas la laisser être mal... il pousse un soupir... son ami l'interpelle : "Ho Will !! Ici la terre mec !", Alex donne une tape à son superieur qui sursaute : " sorry... je suis ailleurs - je vois ça... on nous appelle, une bagarre sur les berges de la Jordanne, c'est v*****t apparement... - ho.... et bien allons y.... "la bleue !?"" La nouvelle reccrue leve la tête, le brigadier-chef lui avait donné des papiers à trier : " oui lieutenant ? - tu viens avec nous, allez ! Come on !". Elle s'empresse d'obeir, enfin de l'action ! Diana bâille en remplissant son chariot. Sa journée commence par les courses pour l’un de ses bénéficiaires, un vieil homme qui mange toujours la même chose : plats préparés, soupes en brique, desserts industriels. Il n’a jamais appris à cuisiner ; autrefois, c’était sa femme qui s’occupait de tout. Ironie du sort, il était son chauffeur de bus quand elle était au lycée. Le monde est décidément petit. Le magasin est en plein travaux. Les rayons ont été déplacés, rebaptisés, mélangés. Elle tourne en rond, demande son chemin à deux employés différents pour le même produit, finit par retrouver l’essentiel et passe en caisse, légèrement agacée mais soulagée d’en avoir terminé. Juste à côté du parking, sur le sentier de promenade qui rejoint le magasin, l’ambiance est tout autre. " LÂCHE-MOI, VIEUX CROÛTON ! — C’EST TOI QUI AS COMMENCÉ, ESPÈCE DE CHAROGNE !" Les policiers ont un mal fou à séparer deux hommes… qui s'échangent des coups de canne. Deux octogénaires, pensionnaires de la maison de retraite voisine, se livrent un duel aussi acharné qu’improbable. Les insultes fusent, les badauds s’attroupent, certains tentent d’intervenir avant de battre prudemment en retraite, menacés par des cannes levées. Quand William et Alex arrivent sur les lieux, ils échangent un regard… puis éclatent de rire. " Sérieusement ?" murmure Alex. " J’avais parié sur une bagarre de voisins, pas sur un remake de Highlander version Ehpad, " répond William. Alex parvient à maîtriser l’un des papys pendant que William tente de passer les menottes à l’autre. Mauvais timing : le premier se débat, se libère et fonce sur son adversaire. Celui-ci se baisse au dernier moment… et le poing finit sa course sur la tempe d’un policier un peu trop proche. Une chaussure vole. Personne ne sait vraiment comment. Elle atterrit directement sur la tête d’un collègue. " COUPS ET BLESSURES SUR REPRÉSENTANT DE L’AUTORITÉ DANS L’EXERCICE DE SES FONCTIONS ! " hurle William. L'autre papy ricane "TU VAS PRENDRE CHER, VIEUX CON ! — FUMIER ! " crie l’autre. "T’AS FAIT EXPRÈS DE TE BAISSER !" En sortant du magasin, Diana entend un retentissant : " s**t! BASTARD!" Elle s’approche, intriguée. Deux voitures de police, une foule hilare, et son compagnon au milieu, essayant tant bien que mal de contenir deux papys furieux. Elle se retrouve derrière une petite mamie impeccable, chignon parfait et manteau élégant, entourée de jeunes qui filment la scène. " Oh là là…" souffle l’une d’eux. " Le flic a du avoir mal !". Diana s'interroge à voix haute : " Mais… pourquoi ils se battent, au juste ?" La petite dame se retourne, sourire malicieux. " Pas pourquoi, ma petite… pour qui." Son petit rire satisfait fait sourire Diana. " Du coup… vous pariez sur lequel ?" chuchote-t-elle. "Oh, sur aucun des deux séniles, voyons. Mais le joli blond, là-bas… je pensais que ce seraient les gendarmes qui interviendraient. Finalement, je ne suis pas déçue." Diana esquisse un sourire fier. " Je vous le confirme… c’est mon petit ami." Et pendant que les cannes claquent encore et que la foule s’amuse, elle se dit que, vraiment, certaines journées ne s’inventent pas. Elle lui fait un regard amusé : "Hoooo… petite veinarde… " soupire la mamie en lorgnant la scène. "Qu’est-ce que je donnerais pour ravoir votre âge… il a l’air bien bâti… l’autre aussi…" Alex, lui, réussit enfin à arracher la canne des mains du grand-père qui se débat comme un beau diable. " LÂCHE-MOI, JEUNE FRELUQUET ! CRS SS !" Il parvient à lui passer les menottes. " Freluquet ? Sérieusement papy, on est en 2022. Traite-moi de s****d, fais un effort…" L’octogénaire lui assène aussitôt un coup de pied dans la cheville. " n***e TA MÈRE ! Tiens ! Ça t’apprendra à me traiter de papy ! — PUT… ! " siffle Alex en boitant. "Les gars ! Embarquez-moi ça ! Avec le respect dû à son âge, bien sûr ! — JE T’EN FOUTRAIS DE MON ÂGE, GAMIN !" De son côté, William s’est fait avoir comme un bleu. L’autre vieux a simulé une douleur, il a desserré sa prise, l’a aidé à s’asseoir dans son fauteuil électrique… et, le temps de se retourner pour demander qu’on appelle les pompiers, le papy a démarré en trombe. Diana grimace. Elle sait très bien à quelle vitesse ça peut filer, ces engins. "Sérieusement…" murmure William en levant les yeux au ciel avant de se mettre à courir. Le grand-père savoure sa fuite… trop vite. La batterie rend l’âme quelques mètres plus loin. Le fauteuil s’arrête net. " Oh non… merde… — Alors ?" lance William en arrivant derrière lui. "Le coup de la panne ? Fini de rire, grand-père." Menottes. Retour à la case départ. " Mettez-le avec l’autre, "ordonne-t-il. "Et appelez la maison de retraite, voir s’ils n’ont pas perdu deux pensionnaires. — On les emmène au poste, lieutenant ?" Il porte la main à son œil déjà douloureux. " Of course. Troubles à l’ordre public, coups et blessures sur représentants de l’autorité, sur autrui… bref, leurs proches viendront les récupérer. Faites circuler." Son regard accroche alors, dans la foule, le visage mi-amusé mi-inquiet de Diana. Elle lui fait un petit signe et s’éclipse. Sur le parking, William rejoint Alex et la nouvelle recrue, puis cherche la voiture de sa Foxy. Il la repère à l’autre bout… Diana lutte avec deux sacs bien trop lourds pour elle. Il soupire, esquisse un sourire " Attendez-moi deux secondes… j’arrive, " lance William. Alex et Sophie le regardent s’éloigner vers la voiture de Diana. En le voyant lui prendre les sacs, le brigadier soupire. " Ah… lieutenant Blake… toujours prêt à aider la veuve et l’orphelin." Ils montent dans la voiture et se rapprochent un peu. Sophie ne quitte pas le couple des yeux. Alex le remarque et la prévient, faussement détendu : " Sophie, c’est ça ? Je préfère te dire… Blake ne sort pas avec ses collègues. Et il est déjà pris." Sophie sourit, amusée. " Oh je sais… c’est pas le lieutenant que je regarde." Alex réfléchit une seconde, puis s’éclaire : " Ooooh… sérieux ? Tu préfères les filles ? On a un point commun alors ! — Exactement," répond-elle en riant. " Et franchement… elle est canon, non ?" Alex acquiesce, un sourire en coin, déjà décidé à pousser le jeu. " Très belle femme, oui. Je l’ai déjà vue sans sa blouse… mais pas pour moi. Trop sérieuse. — Vous plaisantez ? Les rousses, c’est les pires," souffle Sophie avec aplomb. " Et souvent, celles qui ont l’air sages réservent des surprises… elle a un jolie cul" Alex se racle la gorge, sourire crispé. Le bizutage prend une tournure intéressante. " Possible… mais elle doit être hétéro. — On verra bien. Si j’ai son numéro, je suis sûre qu’elle changera vite d’avis. — Tu pourrais demander au lieutenant, " suggère Alex innocemment. "Il la connaît un peu… — Vous croyez ? — Certain." William revient à ce moment-là. Alex lui lance un clin d’œil appuyé. " Alors chef ? Votre amie va bien ? — Oui… je l’aidais à porter ses sacs. — La nouvelle la trouve vraiment canon. Vous pourriez lui filer son numéro ?" William se fige. Il regarde Sophie, puis Alex, qui lutte clairement pour ne pas rire. " C’est vrai ça ?" demande-t-il, méfiant. Sophie hoche la tête, sourire assuré. " Et ce serait pour… une soirée ou plus ?" demande William, de plus en plus suspicieux. " Une femme comme elle ? Plusieurs nuits, sans hésiter." Alex se mord la lèvre. " Je ne suis pas sûr qu’elle soit intéressée… — Oh, elles disent toutes ça au début…" William comprend enfin. Il jette un regard vers Diana, presque prête à partir, puis revient vers Sophie avec un calme trompeur. " Très bien. Je vais voir ce que je peux faire. Mais je vous préviens… ce ne sera pas gratuit. — Comme vous voulez, chef. — Vous êtes drôlement sympa aujourd’hui," murmure Alex. William s’éloigne en courant. " Foxy ! Attends !" Diana se retourne, inquiète. " Quoi ? Il y a un problème ? — Non… j’ai juste oublié quelque chose. — Quoi donc ?" Depuis la voiture, Sophie observe la scène, ravie… jusqu’à ce que William prenne Diana par la taille, lui caresse la joue et l’embrasse longuement. Diana passe les bras autour de son cou, souriante. Le sourire de Sophie se fige. " …Oh." Alex ne peut s’empêcher de lâcher : " Oups." La nouvelle brigadière pâlit, comprenant trop tard qu’elle vient de fantasmer à voix haute sur la compagne de son supérieur. Alex éclate de rire, jusqu’à en essuyer une larme. " Bienvenue dans la maison, la bleue…" Il se tourne vers Sophie, un sourire moins moqueur mais toujours taquin. " Fais pas cette tête. Didi, tu risques de la croiser souvent… c’est mieux pour toi que tu passes à autre chose. Elle est très amoureuse. Et très fidèle." Sophie blêmit. " Je vais me faire tuer, c’est sûr… — Engueuler, oui. Tuer, non," répond Alex. " Il ne tolère pas le manque de respect, surtout envers les femmes. C’est un gentleman." Il marque une pause. "J’aurais pu te dire direct qu’ils étaient ensemble… mais bon. L’occasion fait le larron. — Vous l’appelez Didi… vous la connaissez ? — Le lieutenant, c’est mon cousin. Et Diana, c’est comme ma sœur. — Ah…" Sophie comprend trop tard l’ampleur de la bourde. Se mettre à dos son lieutenant et son brigadier-chef le premier jour, c’était un exploit. Elle respectait Blake, sa réputation n’était plus à faire. Elle avait bossé dur pour obtenir cette affectation — pour être près de sa mère en chimio, oui, mais aussi pour travailler sous ses ordres. Elle avait cru, naïvement, que ici ce serait comme ailleurs. À l’école, elle avait appris à parler fort, cru, à s’endurcir pour ne pas être la proie. De mauvaises habitudes, prises pour survivre… et qu’elle traînait encore. Pendant ce temps, Diana met fin aux baisers de William, un sourire amusé aux lèvres. " Je vais finir en retard… Je croyais que tu n’aimais pas t’afficher devant les nouvelles recrues ?" Il lui résume la situation. Elle hésite entre rire et soupirer. " Ne sois pas trop dur… Alex a surtout voulu lui faire une blague. — Je ne suis pas jaloux," répond William calmement. "Mais je ne supporte pas ce langage. Même Alexis ne parle pas comme ça des femmes. — Et c’est pour ça que je vous apprécie tous les deux." Elle réfléchit. " Elle a peut-être juste voulu s’intégrer… La police reste un milieu très masculin. - Peut-être. J’espère surtout qu’elle changera. — Ne t’inquiète pas pour moi. Qu’elle soit lesbienne ou bi ne me dérange pas. J’ai déjà oublié. Si on se recroise, elle s’excusera, et on passera à autre chose." Ils s’embrassent une dernière fois. Diana file vers son bénéficiaire — à dix minutes près, elle était en retard. William remonte dans la voiture. Sophie s’empresse de parler, rouge jusqu’aux oreilles. " Lieutenant Blake, je suis vraiment désolée… si j’avais su que c’était votre compagne— — Ce n’est pas à moi que vous devez des excuses, " coupe-t-il, sans hausser la voix. " Et que ce soit ma compagne ne rend pas vos propos plus graves… ni moins." Il la regarde droit dans les yeux. " J’attends de chaque membre de mon équipe un comportement exemplaire. Vous avez remarqué que nous traitons beaucoup de plaintes pour harcèlement, violences, agressions ? Ce n’est pas un hasard. Je me bats pour faire évoluer les mentalités ici. Je ne tolérerai pas qu’on sabote ce travail." Sophie baisse la tête. " Oui, lieutenant. — Ce que vous faites hors uniforme ne me regarde pas. Mais parler d’une civile — n’importe quelle civile — en ces termes est inadmissible. Si vous banalisez ça, comment puis-je vous faire confiance face à une victime ? — Je vous promets que ça ne se reproduira plus. — J’espère." Ils rentrent au commissariat. William envoie Sophie prévenir les familles, puis attrape Alex par le bras. " Toi… on va discuter." Alex sourit, à peine. "J’imagine. - qu'avais je dit sur les bizutages ? - j'ai pas pu resister lieutenant. je me suis dit qu'une petite leçon ferait pas de mal - hum... je me suis dit douté que tu avais une idee en tete vu ton regard... mais, tu aurais pu lui dire directement qu'on etaient ensemble - ça aurait ete moins drole ... - excuses toi quand meme... j'imagine qu'elle a crue qu'ici, on etaient tous comme Bonnette...". Les deux hommes se mettent au travail. Première mission : faire taire les papys qui continuent de s’insulter à travers le couloir. Deuxième mission : de la glace sur l’œil du lieutenant, déjà bien violacé. Une fois le calme relatif revenu, Blake installe l’un des deux octogénaires en salle d’interrogatoire. Le vieil homme s’assoit péniblement, bras croisés, regard bougon. " Alors… expliquez-moi pourquoi vous en êtes venus aux mains. — Ça ne vous regarde pas, jeune homme. — Vous m’avez collé une droite," répond Blake sans sourciller. "Donc si, ça me regarde. Sinon, vous passez la nuit ici." Le papy soupire, vaincu. "Bon… c’est pas pourquoi… c’est pour qui." Blake lève un sourcil. " Ne me dites pas que c’est pour une aide-soignante ? — On est vieux, mais pas séniles. On sait bien qu’on n’a aucune chance avec la jeunesse…" Il prend un air presque rêveur. " Non… c’est pour la petite Lulu. — …La petite Lulu ? — Ah… Lulu… Elle en fait tourner des têtes, vous savez." Blake se masse l’arête du nez. " Et elle vous a demandé de vous battre ? — Bien sûr que non ! Fallait juste lui montrer lequel de nous deux en avait des plus grosses." Un silence. Très long. "…Vous avez donc décidé de régler ça à coups de canne, devant un centre commercial, des enfants et une foule de passants ? — À la maison de retraite, c’était pas possible. Trop de témoins." Il baisse la voix. " On a profité de l’animation accordéon pour se tirer discrètement. — Vous vous êtes enfuis sans autorisation. — Quand vous aurez notre âge, vous comprendrez. — J’en doute, " marmonne Blake. Il reprend. "Donc Lulu… c’est une résidente ? — Oui. Mais c’est la mère de la directrice. Elle a plus de libertés." Blake referme le dossier, partagé entre l’envie de rire et celle de soupirer très fort. " Très bien. Je vais prévenir vos proches." Il se lève. "En attendant, je vous conseille de régler ce genre de rivalité autour d’un jeu de cartes. Ou d’une belote. C’est moins dangereux pour tout le monde. - Vous y connaissez rien à l’amour, jeune homme… — Possible, "concède Blake. " Mais je connais bien les rapports d’incident." Il quitte la pièce, secouant la tête. Se battre pour les faveurs d’une femme… À vingt ans, passe encore. À quatre-vingts, à coups de canne et de fauteuil électrique, ça relevait presque de la performance sportive. Presque. Il retourne à son bureau mais est vite interrompu par le commandant et Alex hilarent, il interroge son superieur : " commandant ? C'est le fait qu'un vieux m'ai mis une droite qui vous fait rire ? - ho non, pas du tout même si j'avoue que c'est risible aussi cette histoire... mais c'est mon frere... - et qu'est ce que le commissaire à fait pour que vous vous moquiez tout les deux ?" Son ami affiche un grand sourire : " il est coincé dans un ascenceur - ha... en effet... c'est assez drôle..." le commandant acquiese : " apres il doit etre plutot content il est avec une femme... enfin vu que c'est dans la residence ou vit sa belle mere elle doit plus être toute jeune..." Le brigadier rit : " je plaint cette pauvre femme...". Il s'arrête. Net. " dis moi Will ... Diana devait pas intervenir dans une residence aujourd'hui ? Si ça se trouve c'est avec elle qu'il est bloqué". William lache un rire nerveux : " vu sa poisse se serait pas etonnant... je vais prendre de ses nouvelles...." . Après avoir rangé les courses de son bénéficiaire, Diana s’était rendue chez Monsieur Bonnette pour lui préparer son déjeuner. À son grand soulagement, Guillaume était absent. Elle avait fait un peu de ménage, préparé une assiette pour le fils — malgré son comportement désagréable — convaincue qu’en restant polie et en refusant d’entrer dans son jeu, il finirait peut-être par changer. L’intervention terminée, elle prend congé. Son ventre, lui, ne tarde pas à protester. Elle appelle l’ascenseur. Juste au moment où les portes se referment, un homme se glisse à l’intérieur. Diana grimace immédiatement en reconnaissant le visage. " Commissaire… bonjour. — Mademoiselle Roux… quelle surprise. Je ne m’attendais pas à vous croiser aujourd’hui. — Moi non plus…" Elle appuie sur le bouton RDC et se cale contre la paroi, décidée à l’ignorer. " Vous m’en voulez pour notre dernière rencontre, je suppose ? — Vous êtes perspicace, commissaire…" Victor esquisse un sourire. Elle était toujours aussi directe. Il ne savait pas qu’elle intervenait ici aujourd’hui, mais malgré les regards noirs qu’elle lui lançait, sa présence avait quelque chose d’apaisant… et d’inconfortable à la fois. "Je reconnais que j’ai tenu des propos… peu élégants. Alexis et moi avons un tempérament similaire. Je m’en excuse. — C’est vous qui avez commencé," lâche-t-elle. "Il s’est défendu. — C’était mesquin, " admet-il simplement. L’ascenseur arrive au rez-de-chaussée. Diana appuie sur le bouton d’ouverture. Rien. Elle appuie encore. Puis encore. " Oh non… c’est pas vrai… Je vais être en retard !" Victor soupire. " Cet ascenseur est capricieux. Il va falloir être patiente." Il appuie sur le bouton d’appel d’urgence et explique calmement la situation au service de dépannage, puis envoie un message à son frère pour prévenir de son retard. Diana, elle, tourne en rond comme un fauve en cage. Elle envoie un SMS à William, tente d’appeler le secrétariat de son travail. Pas de réponse. Elle laisse un message bref, la voix déjà un peu trop tendue à son goût. " La dernière fois, j’ai attendu deux heures, " dit Victor en desserrant sa cravate. "J’espère que vous n’aviez rien de prévu. — Je vais finir par me faire virer… Entre mes arrêts, les incidents, et maintenant ça… — Vous avez un certain talent pour les situations… particulières. — Je ne le fais pas exprès, croyez-moi. Je préférerais être au travail que coincée dans un ascenseur." Elle regarde son téléphone. " William me dit qu’il sentait que ça ne pouvait arriver qu’à moi…" Elle soupire. " Plus de réseau. Je déteste cette résidence." Victor observe discrètement son agitation. Elle évite soigneusement son regard. " Alexis reste l’un de mes hommes, reprend-il doucement. Son comportement devenait difficile à gérer… retards, absences… Je devais intervenir. Je m’y suis mal pris, sans doute. Mais découvrir qu’on a un enfant… ce n’est pas simple." Diana s’arrête net. " J’étais jeune, " continue-t-il. "Inconscient. Pour moi, à l’époque, un avortement… c’était abstrait. Jamais je n’aurais imaginé que cela puisse mal tourner. Ni que le bébé puisse y survivre." Il marque une pause. " Si je pouvais revenir en arrière, je l’aurais reconnu. Assumé. Même de loin." Le silence retombe. L’ascenseur vibre légèrement, toujours bloqué. Diana ne dit rien tout de suite. Sa respiration se fait plus lente. La colère est toujours là, mais quelque chose d’autre s’y mêle — une compréhension qu’elle n’avait pas prévue. " Ça n’excuse pas ce que vous lui avez dit," finit-elle par murmurer. "Mais… au moins, c’est la première fois que je vous entends être honnête." Victor incline légèrement la tête. " J’essaie. Tardivement, sans doute." Elle soupire, pose son dos contre la paroi, les bras croisés. " Bon… si on doit attendre… autant éviter de se battre dans trois mètres carrés." Un mince sourire passe sur le visage du commissaire. " Sage décision, mademoiselle Roux." L’ascenseur, comme pour se moquer d’eux, émet un ding inquiétant… puis se tait de nouveau. Victor reprend "L’enfant en question est aujourd’hui un adulte, avec ses rancœurs et son caractère bien trempé… reprend Victor. Je ne demande qu’à mieux le connaître. Mais il n’est pas prêt. Contrairement à Daniel, je ne sais pas ce que c’est qu’être père… et le nôtre n’a jamais vraiment été un modèle." Diana fronce les sourcils. Elle n’arrive pas à savoir s’il est sincère ou s’il essaie simplement de l’enrober de belles paroles. Elle reprend ses allers-retours, incapable de rester en place. " Commencez déjà par être plus gentil avec lui… et par vous excuser," lâche-t-elle. Puis, plus nerveuse : " Ça fait une éternité qu’on est là ! Pourquoi il n’arrive pas ? Je déteste être enfermée." Victor esquisse un sourire en coin. Détester est un mot faible. Elle ressemble à une renarde prise au piège : elle soupire, se résigne quelques secondes, puis soudain cette lueur farouche revient dans ses yeux, comme si elle se souvenait brusquement qu’elle n’est pas faite pour les cages. Lorsqu’elle passe devant lui une nouvelle fois, il lui attrape doucement le bras. " Cessez de vous agiter, vous me fatiguez. — Je ne supporte pas d’attendre sans rien savoir. — La seule chose que vous devez savoir, c’est qu’un réparateur va venir." Le contact lui donne la chair de poule. Ce parfum… trop entêtant. Elle se laisse guider malgré elle et s’assoit à côté de lui, un peu raide. Le temps s’étire. Le tic-tac régulier de la montre du commissaire finit par l’apaiser malgré elle. Sa respiration ralentit. Au bout d’un moment, Victor rompt le silence : " Parlez-moi d’Alexis. — Je… je ne sais pas quoi dire. Pour moi, il est presque parfait. C’est mon ami. Respectueux, loyal, honnête, blagueur… compréhensif." Elle esquisse un sourire. " Il est parfois trop tête brûlée, trop intrépide. William le connaît bien mieux que moi… il doit même connaître sa taille de vêtements. Il aime le rugby, il a failli être kiné… et il masse très bien. — Et William ? A-t-il des défauts ? — Il est têtu aussi. Au début, je le prenais pour un sale con prétentieux et arrogant…" Elle hausse les épaules. " Et Alex aussi, d’ailleurs. Je pensais que c’était un beau parleur sans cervelle. — Je vois…" Il marque une pause, puis : " Et moi ? Quelle a été votre première impression ? — Je ne suis pas sûre que vous vouliez vraiment savoir…" Victor sourit et plante son regard dans le sien. Il y lit tout : l’inquiétude, la colère, le mépris, la peur… mais aussi la curiosité et le doute. Elle est déstabilisée, et il le sait. Il se penche légèrement vers elle et murmure : " Je plaisante. Rassurez-vous." Elle baisse aussitôt les yeux, croise les bras. Victor s’étire ostensiblement, occupant un peu plus d’espace — une façon détournée de réduire encore la distance. " J’ai l’habitude de passer pour un connard prétentieux, autoritaire, à l’ego démesuré. Je n’y prête plus attention. Je suis commissaire, pas enfant de chœur. Mais je ne suis pas toujours comme ça. — Hum… — J’aimerais beaucoup que vous me parliez encore d’Alexis, un de ces soirs… autour d’un verre. — Je… je vous l’ai dit. William en parlerait mieux que moi. — Il m’en a déjà beaucoup parlé. Mais votre point de vue m’intéresse. Vous êtes sensible, empathique… vous comprenez mieux que lui certains états d’âme. - Si vous le dites… Mais je ne sais pas si j’aurai le temps. Et… je préfère ne pas faire ça dans son dos. — Oh, je suis patient." La fatigue commence à tomber sur Diana. La matinée a été éprouvante, le stress aussi. L’ascenseur est petit, la proximité du commissaire la met mal à l’aise… et pourtant, son contact n’est pas désagréable, ce qui l’agace encore plus. Elle gigote légèrement, le frôle parfois sans le vouloir. Victor regarde sa montre. " Ça ne devrait plus tarder. Et rassurez-vous… je connais un peu votre président. Il ne vous renverra pas pour ce contretemps. J’y veillerai. — Merci…" Elle murmure à peine. Victor sourit, amusé par cette compagne d’infortune nerveuse et farouche, coincée dans une boîte métallique… " ils entendent enfin une voix famillere : " Diana ? Commissaire ?" Elle sourit, l'air soulagé : " William ! Je n'avais plus de reseau - le depanneur se met de suite au travail, il n'y en a plus pour longtemps" Blake était impatient de retrouver sa compagne. La savoir enfermé n'etait deja pas rassurant, mais avec le commissaire... il se doutait qu'il ne lui sauterait pas dessus, mais quand même. Il etait arrivé en meme temps que le reparateur. Il avait l'habitude de le reparer car c'etait un appareil capricieux. Au bout de trois long quart d'heure, les portes s'ouvrent enfin et sa petite amie se jette dans ses bras : " dis moi que tu as pensé à me prendre à manger ? - ton sandwich preferé t'attend dans ma voiture...vous allez bien commissaire ? - tres bien lieutenant... merci de vous inquieter pour moi " . Les ennuis ne faisaient que commencer...
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