Alia
Je me réveille avec un mal de crâne si intense que j’ai l’impression que ma tête va exploser. Chaque pulsation de mon cœur résonne comme un tambour dans mon crâne. Mes paupières sont lourdes, et j’ai la gorge sèche. Lentement, je redresse la tête, puis le haut du corps. Il me faut quelques secondes pour m’ajuster à la lumière naturelle qui filtre à travers les immenses rideaux blancs d’une fenêtre que je ne reconnais pas.
Je fronce les sourcils.
Je ne suis pas chez moi.
La chambre est grande, luxueuse. Les murs sont d’un blanc crème raffiné, décorés de tableaux modernes. Le lit dans lequel je me trouve est immense, recouvert de draps soyeux. Une douce odeur de lavande flotte dans l’air. Tout est trop propre, trop parfait, trop… cher.
Mon cœur se met à battre plus vite.
Où suis-je ?
Je passe mes mains sur mon front en sueur. Mon esprit est flou, les souvenirs de la veille sont flous, emmêlés comme dans un rêve brumeux. Et puis, un frisson me parcourt l’échine.
Karine.
Je me souviens vaguement… d’un homme… d’un van… d’une voix grave. Une sensation d’être soulevée… emportée…
Je bondis hors du lit, titubant légèrement, prise d’un vertige. J’ai encore la robe que je portais hier soir… ou du moins ce qui semble être hier. J’essaie de reconstituer le fil des événements, mais rien n’a de sens. Tout semble flou, décousu.
Avant que je puisse faire un pas de plus, la porte s’ouvre.
Je sursaute.
Une femme âgée entre avec un plateau bien garni entre les mains : du pain, des fruits, du jus, du thé fumant. Elle a les cheveux gris attachés en un chignon serré, porte un tablier blanc impeccable et son expression est impassible.
— Bonjour, mademoiselle. Le petit déjeuner, dit-elle calmement.
Je la fixe, les yeux écarquillés.
— Où suis-je ?! Qui êtes-vous ?! Qu’est-ce que je fais ici ?! ma voix tremble, chargée de panique.
La femme ne bronche pas. Elle pose doucement le plateau sur la petite table près de la fenêtre.
— Mangez pendant que c’est chaud, ce serait dommage de laisser refroidir, répond-elle simplement.
— Non mais vous vous foutez de moi ?! criai-je presque. J’ai été enlevée ! Je ne sais même pas où je suis ! Et mon amie ?! Où est Karine ?!
La femme lève enfin les yeux vers moi.
— Mademoiselle, je suis la gouvernante de cette maison. On m’a simplement demandé de veiller à ce que vous soyez nourrie et que vous ne manquiez de rien. Ce n’est pas à moi de répondre à vos questions.
— Qui vous a demandé ça ?! rugis-je.
Elle esquisse un sourire léger, presque maternel.
— Vous le découvrirez bien assez tôt.
Je serre les poings. Mon regard se tourne vers la porte, encore entrouverte. Une envie folle de courir, de fuir cette maison, me traverse. Mais mes jambes tremblent, mon corps me rappelle qu’il est encore trop faible. Et puis, si je cours, où vais-je aller ? Je ne sais même pas dans quel pays je suis…
La gouvernante reprend la parole :
— Mangez, mademoiselle. Vous en aurez besoin. Croyez-moi.
Elle quitte la pièce en silence, laissant derrière elle le parfum du thé et une montagne de questions. Je reste figée, les bras ballants, le cœur battant à tout rompre. Je me sens prisonnière d’un cauchemar.
J’avance lentement vers le plateau, observant chaque détail de la chambre, cherchant une caméra, un signe, un indice. Mais rien. Tout est soigneusement entretenu, luxueusement décoré. Rien ne trahit une quelconque hostilité… Et pourtant, je suis retenue ici contre ma volonté.
Je m’assois au bord du lit.
Je pense à Karine. Est-elle ici aussi ? Est-ce qu’elle va bien ? Ou lui est-il arrivé quelque chose de pire ?
Et cet homme… ce regard froid… ces yeux sombres… Ce n’était pas un voleur, ni un simple ravisseur. Il dégageait une autorité, un pouvoir silencieux qui fait frissonner même en son absence.
Qui est-il ?
Et qu’est-ce qu’il me veut ?
Mon regard tombe sur un petit jus d’orange sur le plateau. J’hésite. Et s’il y avait un somnifère dedans ? Ou pire ? Je repousse le verre doucement.
Je ne toucherai à rien tant que je n’aurai pas de réponses.
Je regarde par la fenêtre. Pas de grillage, pas de barreaux. Rien. Pourtant je sais que je suis enfermée dans une prison dorée.
Je suis seule.
Et j’ai peur.
J’avais mille questions, et aucune réponse.
Je me levai lentement du lit, le crâne toujours douloureux. Mes jambes étaient légèrement tremblantes, mais je refusais de rester passive. J’explorai la chambre — spacieuse, raffinée, un parfum léger flottait dans l’air. Rien à voir avec mon petit studio. Trop de luxe, trop de mystère.
Mon regard fut attiré par une grande armoire en bois sombre. En l’ouvrant, je découvris une rangée de vêtements, presque tous… provocants. Des robes moulantes, des dentelles, des hauts aux décolletés vertigineux, des ensembles deux pièces presque transparents.
Mon cœur rata un battement. C’était quoi cet endroit ?
Je fouillai plus loin et finis par mettre la main sur une robe un peu plus décente. Une robe fluide couleur crème, sans fioritures ni transparence, qui tombait juste au-dessus des genoux. Je soupirai de soulagement et partis en direction de la salle de bain attenante.
Tout était d’un blanc éclatant, orné de marbre et de dorures. La baignoire faisait la taille de mon salon. J’entrai sous la douche en soupirant. L’eau chaude coula sur moi, apaisant légèrement mes tensions. Mais l’angoisse restait là, dans ma poitrine, oppressante.
Une fois propre, j’enfilai la robe, puis retournai m’asseoir au bord du lit, les cheveux encore mouillés, les mains croisées sur mes genoux.
Je repensai à ma vie d’avant. Ma mère… mon petit job de serveuse, mes études que je tentais tant bien que mal de poursuivre. Et Karine. Mon amie, ma sœur de cœur. Elle avait voulu m’accompagner à cette soirée pour me changer les idées. Si elle lui était arrivé quelque chose, jamais je ne me le pardonnerais.
J’avais l’impression que tout venait de basculer. J’étais prisonnière dans un monde inconnu, et aucune échappatoire ne semblait possible.
Je sursautai lorsqu’une voix se fit entendre derrière la porte. On frappa deux coups secs.
Je n’eus pas le temps de répondre que la porte s’ouvrit. Mon cœur bondit.
Une silhouette entra lentement, mais je ne pouvais distinguer son visage tout de suite. Je me levai précipitamment, le souffle court, prête à demander des explications. Mais la personne ne dit rien immédiatement, se contentant de refermer la porte derrière elle, calmement.
Et là, le stress, l’épuisement, l’incompréhension… tout m’écrasa d’un seul coup.
Ma vue se brouilla.
Ma respiration se coupa.
Et le noir m’envahit.