Mon cœur ne cessait de battre, et la peur refusa d'abdiquer autant que la crainte qui me saisissait.
Ma grand-mère était ce qui me restait sur cette terre. Je ne voulais accepter la présomption de l'idée qu'elle me quitterait.
Lorsque son fils, mon père, avait décidé d'épouser une domestique, qui plus est noire, dont il était tombé amoureux, elle avait supporté son choix malgré le désapprouvement du reste de sa famille. Elle avait fait fi de ce que penseraient leurs connaissances, leurs amies, de cette situation. Elle avait juste souhaité le bonheur de son second enfant, de son dernier fils.
Lorsque son petit-fils naquit avec une peau bistrée, elle fut la seule du côté de mon père à l'aimer, et à prendre soin de lui. Le reste de sa famille, autant ses frères, ses parents, et même son premier enfant, avaient tourné le dos à ma mère, à mon père, et à moi.
Je l'aimais autant que ma mère, que mon père. C'était le seul membre des Loyd qui m'aimait, et que j'aimais.
— Grand-mère, êtes-vous bien sûre qu'il n'est que question d'une simple grippe ?
— Oh, mon petit, ne vous faites pas tant de soucis pour moi. Je suis vieille, et ce genre de maladie peut me faire paraître en agonie, mais il n'en naît rien.
— Si vous le dites, alors je veux bien vous croire.
— Comment s'est passé l'enterrement ?
— Simple. Je savais qu'elle aurait aimé que ce soit pompeux, comme les fêtes qu'elle organisait d'antan. Mais c'était sobre, au vu des moyens dont on disposait.
— J'aurais bien voulu parler à Edouard, pour le remercier du soutien dont il a fait preuve. Il a bien fait d'organiser la cérémonie ainsi, de toute façon, je ne porte guère dans mon cœur les cérémonies ostentatoires. C'était ce côté d'Elisa qui m'était peu appréciable.
— Moi également.
Ma grand-mère et moi par la suite avons abordé d'innombrables sujets de conversation. Durant toute cette fin d'après-midi, elle m'avait tenu sur le fait de savoir être fort et courageux même dans la détresse et la peine.
— Vous semblez être plus que fatiguée, je pense qu'il est plus judicieux de vous laisser vous reposer à présent. Je vais rejoindre Sarah dans la cuisine pour vous préparer un bouillon de poulet. Ça vous aidera à reprendre des forces.
— Merci mon enfant, dit-elle en caressant ma joue, un regard tendre à mon égard. Mais avant que vous ne me quittiez, je tenais à vous dire ceci. Sachez, très cher à mon cœur, vous méfier des apparences. Certains se couvrent de peaux d'agneau pour cacher leurs diableries. Vous devez les reconnaître et vous en éloigner, pour n'en point souffrir. Car le pire qu'il soit sur cette terre, c'est de côtoyer un diable qui dit vous aimer. Retenez de moi cette leçon. S'il arrive que je m'en aille, je souhaiterais que vous puissiez retenir que votre confiance, il ne faut pas la donner aisément, ce n'est guère un présent, la vie est peu belle lorsqu'elle découvre son visage.
L'entendre prononcer ces paroles m'affecta. Toutefois, je me forçais à lui sourire, malgré les quelques larmes qui glissèrent sur mes joues.
— Et avant que vous vous en alliez, sachez que j'ai pris toutes les dispositions nécessaires pour vous épargner d'une quelconque souffrance financière. Mon fils n'ayant pas volonté à vous éduquer, c'est à sa femme que je confie cette tâche si malheur vient à m'arriver...
— Ne dites pas cela, grand-mère, lui répondis-je en posant ma tête sur son torse, les larmes ravageant mon visage.
— Là... là... mon enfant, déclara-t-elle en me caressant les cheveux.
— Je ne souhaite pas que vous me quittiez. C'est juste une grippe, vous allez guérir et on passera ensemble de longues années.
— Ce n'est que cela que je souhaite mon enfant. Mais dans cette maladie, il est de mon devoir de vous mettre en sécurité. On ne détient guère les clés du futur. Sinon, nous serions des dieux. Alors laissez moi faire ce que ma conscience, et vos défunts parent attendent de moi. termina-t-elle en m'embrassant le front.