II C’était dans un appartement de garçon, une chambre tapissée de bleu. Aux fenêtres, des rideaux bleus ; sur le parquet, un tapis bleu. Et partout des trophées, des statuettes élégamment campées, de longues pipes turques accrochées à la muraille. Ce matin-là, Hélène était venue, toute tremblante d’être surprise et aussi tout heureuse de son audace. Après m’avoir sauté au cou, elle me dit, en tirant sa montre : – J’ai jusqu’à midi et demi. Moi qui mourais de faim, je ne trouvai rien de mieux à lui répondre que cette phrase doublement ingénieuse : – Tu vas déjeuner avec moi ! Hélène prit un petit air boudeur. – Comment ! monsieur ? Il s’agit bien de déjeuner ! Je n’ai pas faim, entendez-vous ? Voilà, sur ma foi, un amoureux bien poétique ! – Ma chère amie, l’amour malheureux peut se

