chapitre 8 — “Classée”

734 Words
POV Marc Le lendemain matin. Je n’y pensais déjà presque plus. Presque. Je descendis dans mon bureau, café noir à la main. Calme. Silencieux. Comme j’aime. Mon téléphone vibra. Un message. Court. Efficace. “Infos prêtes.” Je ne répondis pas. Je savais déjà. Quelques secondes plus tard, un dossier apparut. Nom : Marlene Tianome Khalil Je m’adossai à mon fauteuil. Puis j’ouvris. Je lisais. Sans émotion. Sans précipitation. Juste… méthodiquement. Styliste. Marque personnelle. Indépendante. Je descendis. Famille. Parcours. Puis— Je m’arrêtai légèrement. Enfance difficile. Précarité. Père absent. Je continuai. Adolescence instable. Substances. Expulsion. Je ne réagis pas. Je lisais. Encore. Relation toxique. Strip-tease. Un silence. Je reposai légèrement mon téléphone sur la table. Pas choqué. Pas surpris. Juste… attentif. Je repris. Formation en couture. Reconstruction. Création de marque. Je hochai légèrement la tête. — Discipline… Puis je continuai. Je refermai le dossier. Je restai silencieux quelques secondes. Les informations tournaient dans ma tête. Pas émotionnellement. Structurellement. — Profil instable au départ… Je croisai les doigts. — Puis reconstruction. Je regardai devant moi. — Ambition. Un silence. — Forte. Je me levai lentement. Je marchai dans la pièce. Calme. Réfléchi. — Elle n’est pas stupide. — Elle n’est pas vide. — Elle n’est pas faible. Mais— Je m’arrêtai. — Elle veut monter. Simple. Clair. Je retournai vers le bureau. Je pris mon téléphone. Je regardai son nom une dernière fois. Puis je murmurai : — Classique. Pas méchant. Pas insultant. Juste… factuel. Dans mon monde, ce genre de profil existe en quantité. Des personnes qui ont souffert. Qui se sont relevées. Qui veulent plus. Toujours plus. Et souvent… Trop vite. Je verrouillai l’écran. — Elle n’est pas différente. Un silence. — Elle est comme les autres. Je posai le téléphone. Et avec ça… Je passai à autre chose. Plus tard dans la journée, j’étais dehors. Terrasse privée. Endroit discret. Comme toujours. Autour de la table : Yassine El Fassi — mon assistant. Rayan Kader — calme, observateur. Idriss Benali — direct, sans filtre. Malik Sarr — posé, stratégique. Nassim Daoud — imprévisible, mais efficace. Mes hommes. Mon cercle. Les verres étaient posés. L’ambiance… légère. — Tu fais une tête de mec qui a trop réfléchi, lança Idriss. Je levai un regard vers lui. — Mauvaise analyse. Nassim ricana. — Non, il a raison. Yassine me fixa. — Tu as bossé ce matin ? — Toujours. Je pris une gorgée. — Rien d’intéressant. Malik se pencha légèrement. — Nouveau projet à Casablanca avance bien. Je hochai la tête. — Continue. Rayan ajouta : — On a un souci mineur sur les contrats. — Gère. Simple. Clair. Efficace. Peu à peu, la discussion dériva. Moins sérieuse. Plus… humaine. Idriss racontait une histoire ridicule. Nassim riait trop fort. Yassine secouait la tête. Et moi… J’écoutais. Sans vraiment participer. Mais présent. C’était ça, ma normalité. Pas les galas. Pas les regards. Pas les jeux. Ça. Ce cercle. Ces hommes. Silencieux quand il faut. Présents toujours. ✧ Elle (absente) Et elle ? Marlene ? Rien. Plus rien. Aucune pensée. Aucune image. Elle était déjà… sortie. Le soir, je rentrai. Comme d’habitude. Silence. Ordre. Contrôle. Je passai par la cuisine. Et là— — Tu es rentré. Je tournai la tête. Amina. Ma cuisinière. Elle était là depuis longtemps. Très longtemps. — Oui. Elle me regarda quelques secondes. — Tu as mangé ? — Non. Elle soupira doucement. — Assieds-toi. Je ne discutai pas. Je m’assis. Elle posa un plat devant moi. Chaud. Fait maison. Simple. Je commençai à manger. Elle resta là. À observer. Comme toujours. — Tu travailles trop, dit-elle. Je ne répondis pas. — Tu ne dors pas assez. Je continuai de manger. — Et tu ne parles jamais. Je levai légèrement les yeux. — Je parle. Elle haussa un sourcil. — Quand c’est utile. Un silence. Puis elle sourit légèrement. — Toujours pareil. Je ne disais rien. Mais je restais. Je ne partais pas. Je mangeais. Calmement. Parce que… C’était le seul endroit où je n’avais rien à contrôler. Elle posa une main sur la table. — Fais attention à toi. Je hochai légèrement la tête. — Toujours. Mais elle savait. Moi aussi. Ce n’était pas toujours vrai. Plus tard, dans ma chambre. Allongé. Silencieux. Je regardais le plafond. Aucune pensée inutile. Aucune distraction. Tout était clair. Sous contrôle. Marlene ? Classée. Terminée. Je fermai les yeux. Et pour moi… Elle n’existait déjà plus.
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