chapitre 2

1199 Words
​​POV de Marlene ​Je suis sortie de la salle à manger toute affolée, en larmes et me suis directement dirigée vers ma chambre de jeune fille. J’ai pris le sac de voyage avec lequel j’étais venue chez mes parents, j’y ai mis mes fringues que j’allais déjà retirer, je pris mon sac à main et mon téléphone. La seule chose qui était dans ma tête était que je devais sortir de cette maison, je pleure tellement que ma respiration en était devenue irrégulière. Après avoir pris mes affaires je descendis, mon père, ma mère et Kadrija étaient toujours en train de manger dans la salle à manger « comme si de rien n’était », « comme si il ne venait pas d’ouvrir une blessure qui allait déjà cicatriser ». Je suis sortie de la maison et suis montée dans un taxi ... Je montai dans le taxi en claquant la portière, comme si ce simple geste pouvait couper tout lien avec cette maison. — Où on va, mademoiselle ? demanda le chauffeur en me jetant un regard dans le rétroviseur. Je mis quelques secondes avant de répondre. Ma gorge était serrée, mes mains tremblaient. — Kintambo… s’il vous plaît. Il hocha la tête et démarra. Le silence s’installa. Seulement brisé par le bruit du moteur et… mes sanglots que je tentais d’étouffer. Je tournai la tête vers la fenêtre. Les lumières de la ville défilaient, floues à cause des larmes qui brouillaient ma vue. Un an. Un an pour me marier. Un rire nerveux m’échappa. — Ils sont sérieux… vraiment sérieux… Je passai une main sur mon visage, essuyant mes larmes avec agacement. Pourquoi ça me faisait si mal ? Ce n’était pas seulement leurs mots. C’était… la pression. Le regard des autres. Cette impression d’être un projet inachevé dans leur vie. Et au milieu de tout ça… Lui. Marc. Son prénom traversa mon esprit comme une évidence. Mon cœur accéléra. Je sortis mon téléphone, presque mécaniquement. J’ouvris i********:. Son compte apparut immédiatement — comme s’il m’attendait. Photo parfaite. Costume noir. Regard froid. Intouchable. Inaccessible. Je déglutis. — Toi… murmurai-je presque inaudiblement. Un an. Si je devais me marier… Alors ce serait lui. Pas un autre. Jamais un autre. Une chaleur étrange monta en moi, mélange de peur et de détermination. C’était insensé. Complètement insensé. Il ne me connaissait même pas. Mais au fond de moi, une voix murmurait : “Fais en sorte qu’il te remarque.” Je serrai mon téléphone un peu plus fort. — Je vais y arriver… Le chauffeur ralentit. — On est arrivés. Je relevai la tête, comme sortie d’un rêve. Ou plutôt… d’un début de folie. Je payai rapidement et sortis du taxi. Devant mon immeuble, je restai immobile quelques secondes. L’air de la nuit était frais, mais ma tête brûlait. Un an. Un défi. Et un homme qui ne savait même pas que j’existais. Je laissai échapper un léger sourire. — Marc Ibrahima Mansouri… murmurai-je. Cette fois, ma voix ne tremblait plus. — Tu vas me voir. Je montai les escaliers lentement, comme si chaque marche pesait des tonnes. Arrivée devant ma porte, je restai quelques secondes sans bouger, les clés suspendues entre mes doigts. Pourquoi j’avais l’impression que tout venait de basculer ? Je soupirai puis ouvris enfin. L’odeur familière de mon appartement m’accueillit. Calme. Silencieux. À l’opposé du chaos que j’avais laissé derrière moi. Je refermai la porte derrière moi et m’y adossai, laissant mon sac tomber au sol. Et là… je craquai. Mes jambes cédèrent et je glissai contre la porte, ramenant mes genoux contre ma poitrine. — Un an… murmurai-je. Mes épaules tremblaient encore. Un an pour changer toute une vie. Un an pour devenir… quelqu’un d’autre ? Je secouai la tête. Non. Un an pour l’avoir lui. Je me redressai brusquement, comme réveillée par ma propre pensée. Je pris mon téléphone. Mon doigt hésita une seconde avant d’appeler. Sandrine. Ça sonna à peine deux fois. — Allô ? lança-t-elle d’une voix énergique. Dis-moi que t’as survécu à la cuisine. Je laissai échapper un petit rire nerveux. — Sandrine… Un silence. Elle comprit immédiatement. — Qu’est-ce qui s’est passé ? Ma gorge se noua à nouveau. — Ils veulent me marier. — …Comment ça, “ils veulent” ? — Mon père m’a donné un an. Un an, Sandrine ! Si je ne trouve personne… il choisira pour moi. Un silence lourd s’installa à l’autre bout du fil. — Attends… attends… reprit-elle. Tu es sérieuse là ? — Tu crois que je plaisante ? — Non mais c’est… c’est abusé ! On est en quelle année déjà ? Je laissai échapper un soupir tremblant. — Je suis partie. Je suis chez moi. — T’as bien fait. Franchement, t’as bien fait. Sa voix s’adoucit. — Et toi… ça va ? Je regardai le vide devant moi. — Non. Un mot. Brut. Honnête. — J’ai l’impression… d’étouffer. Comme si peu importe ce que je fais, ça ne sera jamais suffisant pour eux. — Hé… dit-elle doucement. Tu ne vis pas pour eux. Je fermai les yeux. — C’est facile à dire. — Non, c’est nécessaire à comprendre. Je ne répondis pas. Parce qu’au fond… je savais qu’elle avait raison. Mais une autre pensée prit toute la place. Je me mordis la lèvre avant de parler. — Sandrine… — Oui ? — Et si… j’avais déjà quelqu’un ? — Pardon ?! Je laissai échapper un léger sourire. — Enfin… pas vraiment. — Marlene, parle français s’il te plaît. Je pris une inspiration. — Il y a quelqu’un. — QUI ? — Marc. Silence. Puis— — Attends… le Marc ? — Oui. — Le Marc riche, inaccessible, intouchable, “je-regarde-personne” ? — Lui-même. — MARLENE ?? Je ne pus m’empêcher de rire légèrement. — Quoi ? — Tu veux mourir ou comment ? — Je suis sérieuse. — Non. Non non non. Toi, t’es en train de dérailler. Je me levai lentement, marchant dans mon salon. — J’ai un an, Sandrine. — Et alors ? — Alors… si je dois me marier… Je m’arrêtai. — Ce sera avec lui. Un silence. Plus long cette fois. — Tu te rends compte de ce que tu dis ? demanda-t-elle enfin. — Oui. — Il ne te connaît même pas. — Ça peut changer. — Marlene… Sa voix devint plus ferme. — Fais attention. Ce que tu dis là… ça peut mal finir. Je regardai mon téléphone, puis mon reflet dans le miroir en face de moi. Mes yeux étaient encore rouges… mais il y avait autre chose maintenant. Une lueur. — Peut-être, répondis-je doucement. Je marquai une pause. — Mais je veux essayer. Sandrine soupira. — Toi, quand tu as une idée en tête… — Tu me connais. — Justement. Et c’est ça qui me fait peur. Je souris légèrement. — T’inquiète. Je gère. — Ouais… c’est ça. Un petit silence. Puis elle ajouta : — Promets-moi juste une chose. — Quoi ? — Ne te perds pas dans ça. Je baissai légèrement les yeux. Trop tard… peut-être. — Je te promets, dis-je malgré tout. Mais au fond de moi… Je savais déjà que ce n’était pas vrai. ​
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