chapitre 5

907 Words
POV Marc Les gens me connaissent comme un homme d’affaires. Un nom. Une réputation. Un empire. C’est tout ce qu’ils voient. Et c’est tout ce que je leur laisse voir. Personne ne sait d’où je viens réellement. Personne ne connaît le sang qui coule dans mes veines. Je viens d’une famille royale marocaine. Mais je ne porte pas ce nom. Pas officiellement. Pas publiquement. J’ai été écarté. Renier serait un mot trop simple. Disons simplement… mis de côté. Et ça me convient. Mon père est roi. Un homme respecté. Craint. Intouchable. Ma mère… Était une servante du palais. À l’époque, mon père n’était encore qu’un prince. Et malgré les règles, malgré les regards, ils se voyaient en secret. Une relation qui n’aurait jamais dû exister. Puis elle est tombée enceinte. Et tout a basculé. Mon grand-père est mort brutalement, d’une crise cardiaque. Mon père est devenu roi. Et avec la couronne… sont venues les obligations. Il a dû épouser une femme de son rang. Une princesse. La reine actuelle. Ma belle-mère. Elle ne savait rien. Rien de ma mère. Rien de moi. Et mon père… a choisi le silence. Ma mère a appris le mariage. Elle est allée le voir. Une dernière fois. Sans lui dire qu’elle portait son enfant. Sans rien demander. Elle est repartie… brisée. Elle a quitté le palais. La ville. Tout. Quand mon père a appris plus tard qu’elle était enceinte, il a essayé de la retrouver. Mais elle avait disparu. Comme si elle n’avait jamais existé. Elle a vécu dans la misère. Avec moi. Je ne me souviens pas de tout… mais certains souvenirs restent. Le froid. Les nuits sans manger. Sa fatigue. Son regard. Toujours fatigué. Toujours triste. Elle est morte quand j’avais sept ans. C’est sa cousine qui m’a récupéré. Quand elle a découvert qui était mon père, elle m’a emmené au palais. Et là… Tout a changé. On m’a reconnu. Mais pas accepté. J’ai grandi entouré de luxe… et de distance. Trois demi-frères. Une demi-sœur. Une famille. Mais jamais la mienne. Aujourd’hui, je vis loin d’eux. Par choix. Par nécessité. ✧ — Tu t’es encore perdu dans tes pensées. La voix de mon meilleur ami me ramena à la réalité. J’étais assis dans mon salon, un verre de vin à la main. La nuit enveloppait la villa dans un calme presque irréel. — Ça arrive. Il sourit légèrement. — Depuis le gala ? Je ne répondis pas tout de suite. Il s’appelait Yassine El Fassi. Mon meilleur ami. Mon assistant. Le seul à pouvoir me parler sans filtre. — Le gala était intéressant, dis-je simplement. — Intéressant comment ? Business ou… autre ? Je pris une gorgée de vin. — Business, comme toujours. Il me fixa. — Tu mens mal. Je levai les yeux vers lui. — Une femme. Son sourire s’élargit immédiatement. — Ah… enfin. — N’exagère pas. — Elle était comment ? Je marquai une pause. — Avec le peintre. — Jérémie ? Je hochai la tête. — Attends… la grande, peau caramel ? Je ne répondis pas, mais il comprit. — Marlene Tianome Khalil. Je reposai lentement mon verre. — C’est ça. — Elle est magnifique. — Ce n’est pas le sujet. Il arqua un sourcil. — Alors c’est quoi ? Je pris quelques secondes avant de répondre. — Son regard. — Encore cette histoire de regard ? — Oui. Je me redressai légèrement. — Elle me regardait… d’une manière étrange. — Intéressée, sûrement. — Non. Je secouai légèrement la tête. — C’était différent. — Comment ça ? Je fronçai les sourcils, cherchant les mots. — Insistant. — Et ? — Presque… dérangeant. Il éclata de rire. — Toi, tu deviens compliqué. — Peut-être. Je repris calmement : — Mais elle me met mal à l’aise. — Tu ne la connais même pas. — Justement. Je croisai son regard. — Et pourtant, j’ai cette impression. Il devint un peu plus sérieux. — Tu vas loin. — Je dis ce que je ressens. Un silence passa. Puis il soupira. — Moi je pense juste que t’as croisé une femme qui t’a marqué… et que tu refuses de l’admettre. Je ne répondis pas. Parce que ce n’était pas ça. Pas du tout. On reprit notre discussion. Affaires. Investissements. Projets en cours. Le concret. Le maîtrisé. Plus tard dans la nuit… Yassine était parti. Et la villa avait retrouvé son silence. On frappa à la porte. Je savais déjà pourquoi. Une femme entra. Envoyée. Comme souvent. Belle. Soignée. Parfaite sur le papier. Mais sans importance. Tout se passa rapidement. Sans émotion. Sans douceur. Un moment vide. Mécanique. Elle faisait ce qu’on attendait d’elle. Et moi aussi. Aucune connexion. Aucun regard qui reste. Aucune trace. Quelques minutes plus tard… Je me relevai, déjà détaché. Je pris mon portefeuille, en sortis une liasse que je lui tendis. — Merci. Ma voix était neutre. Elle prit l’argent, en silence. — Vous voulez que je reste… ? — Non. Simple. Clair. Elle hocha légèrement la tête et quitta la pièce. Je restai quelques secondes immobile. Puis je me dirigeai vers la salle de bain. L’eau coula longtemps. Comme pour effacer quelque chose. Mais il n’y avait rien à effacer. Parce qu’il n’y avait rien eu. Plus tard, allongé dans mon lit, les yeux fixés au plafond… Une image revint. Sans que je ne le veuille. Un regard. Le sien. Je fermai les yeux. Agacé. — Ridicule… Mais malgré moi… Elle était toujours là.
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