Prologue
Prologue
Je dormais profondément lorsque le bruit me réveilla. Au début, je crus que je rêvais. Ma chambre était plongée dans l'obscurité, et pendant quelques secondes, je restai complètement immobile, les yeux encore fermés, essayant de comprendre ce qui m'avait tirée de mon sommeil. Puis je l'entendis. Des pas. Des voix. Des bruits qui n'avaient rien à faire dans notre maison. Mon cœur commença lentement à accélérer. À huit ans, on ne comprend pas toujours ce que la peur signifie réellement. On ne sait pas reconnaître le danger. On sait seulement qu'une chose n'est pas normale. Quelque chose dans l'air avait changé. Quelque chose venait de briser la sécurité dans laquelle j'avais toujours vécu. Je me redressai doucement dans mon lit, prête à appeler mes parents, lorsque la porte de ma chambre s'ouvrit brusquement. Maman entra. Mais ce n'était pas la maman que je connaissais. Celle qui souriait toujours. Celle qui trouvait une solution à tout. Celle qui me répétait que rien ne pouvait m'arriver tant qu'elle était là. Cette fois... Elle avait peur. Ses yeux parcouraient rapidement la pièce avant de se poser sur moi. Elle posa immédiatement un doigt sur ses lèvres pour me demander de rester silencieuse. Puis elle traversa la chambre en quelques secondes et me prit dans ses bras. Je me souviens encore de cette sensation. Ses bras autour de moi. Son parfum. La chaleur de son corps contre le mien. La façon dont elle me serrait comme si elle essayait de me protéger de quelque chose qu'elle savait déjà impossible à arrêter. Elle m'emmena jusqu'à mon dressing et repoussa doucement les vêtements avant de créer un petit espace où je pourrais me cacher. Je la regardai sans comprendre.
- Maman... qu'est-ce qu'il se passe ? demandais je d'une petite voix.
Elle s'agenouilla devant moi. Ses mains vinrent encadrer mon visage. Elles tremblaient. Je n'avais jamais vu ma mère trembler.
- Alicia... Sa voix était basse. Presque un murmure. Écoute-moi bien.
Je fronçai les sourcils, incapable de comprendre pourquoi elle parlait ainsi.
- Pourquoi tu parles comme ça ? chuchotais je.
Elle détourna les yeux une seconde. Comme si elle essayait de retenir quelque chose. Une émotion. Une peur. Puis elle me regarda de nouveau.
- Ton père et moi on t'aime plus que tout au monde. me dis telle des larmes roulant sur ces joues.
Je ne compris pas pourquoi elle me disait ça. Pourquoi maintenant. Pourquoi avec cette expression dans les yeux.
- Maman... dis je en la serrant contre moi pour la consoler.
des larmes glissa lentement sur sa joue. Et ces larme me fit plus peur que tous les bruits qui résonnaient dans la maison.
- Des monstres sont entrés dans la maison. dis telle à voix basse.
À cette époque, je pensais encore que les monstres n'existaient que dans les histoires. Je pensais qu'ils vivaient sous les lits. Dans les placards. Dans les cauchemars des enfants. Je ne savais pas encore que les vrais monstres pouvaient avoir un visage humain. Qu'ils pouvaient sourire. Parler. Et tenir une arme entre leurs mains. Maman posa son front contre le mien.
- Tu vas rester cachée ici. me dis telle d'un ton doux mais ferme.
Je secouai immédiatement la tête.
- Mais toi ? demandais je sentant la peur monter en moi.
Son regard se brisa pendant une seconde. J'eus l'impression qu'elle voulait me dire quelque chose. Quelque chose d'important. Quelque chose que je n'étais pas censée savoir. Mais elle se contenta de sourire. Un sourire triste.
- Je reviendrai te chercher. me promis telle.
Je la crus. Parce qu'un enfant croit toujours aux promesses de ses parents. Même lorsque ces promesses sont impossibles à tenir. Elle m'embrassa une dernière fois sur le front. Puis elle partit. Et la porte se referma. La première chose dont je me souviens après ça... C'est le froid. Un froid glacial qui traversait mes vêtements et s'infiltrait jusque dans mes os. Je ne savais pas combien de temps j'étais restée cachée. Quelques minutes ? Quelques heures ? Une éternité ? À huit ans, le temps n'a pas la même importance. Quand on attend que les monstres disparaissent... On ne compte pas les secondes. On compte les battements de son cœur. Et le mien frappait tellement fort dans ma poitrine que j'avais peur qu'ils puissent l'entendre. Alors je suis restée immobile. Je n'ai pas pleuré. Je n'ai pas bougé. Parce que maman me l'avait demandé. Mais dehors... Ma maison était en train de changer. Les rires avaient disparu. Les voix familières avaient disparu. Elles avaient été remplacées par des cris. Des bruits de pas. Des sons que je n'aurais jamais dû entendre. L'odeur rassurante de notre maison avait laissé place à une autre odeur. Une odeur que je n'oublierais jamais. La fumée. La peur. Le sang. Cette nuit-là, j'ai compris une chose. Les monstres n'étaient pas ceux des contes pour enfants. Les vrais monstres existaient. Et parfois... Ils venaient directement frapper à votre porte. Je ne me souviens pas de tout ce qui s'est passé ensuite. Certains souvenirs sont restés enfermés dans cette nuit. Comme si mon esprit avait décidé de me protéger de ce que je ne pouvais pas supporter. Mais je me souviens d'une chose. Quand tout fut terminé... Je n'étais plus la même. La petite fille qui croyait encore que le monde était juste avait disparu. À sa place... Il restait quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui avait appris trop tôt que personne ne viendrait toujours vous sauver. Quelqu'un qui avait compris que survivre demandait parfois de faire des choses que l'on ne pensait jamais être capable de faire. Cette nuit-là, ils pensaient avoir détruit une enfant. Ils pensaient avoir créé une victime. Ils avaient tort. Ils avaient créé une survivante. Des années plus tard, lorsque les gens rencontrent Alicia Moreau, ils voient seulement une jeune femme souriante. Une femme qui plaisante. Une femme qui provoque. Une femme qui semble ne rien craindre. Mais personne ne connaîtrait la vérité. Personne ne sait ce qui s'était réellement passé cette nuit-là. Personne ne sait ce qu'une enfant de huit ans avait dû devenir pour continuer à vivre. Parce que certains secrets ne disparaissent jamais. Ils attendent simplement le bon moment pour refaire surface. Et le jour où mon passé reviendrait me chercher... Tout le monde découvrirait enfin qui était réellement Alicia Moreau.