Le silence dans l’appartement d’Adrien devint brutalement lourd.
Gabriella tenait toujours le téléphone contre son oreille.
— Tu es sûr de toi ? demanda-t-elle à Marcos.
— Absolument.
Sa voix était basse, tendue.
— Delmas a signé un mandat pour t’arrêter pour obstruction à une enquête fédérale.
Le cœur de Gabriella battait plus vite.
— C’est absurde.
— Peut-être. Mais il a aussi demandé ton badge et ton arme.
Elle resta immobile quelques secondes.
Puis elle murmura :
— Merci de m’avoir prévenue.
— Gabi… écoute-moi.
— Quoi ?
— Si Delmas est la fuite… ça veut dire qu’il travaille avec les gens du carnet.
Elle regarda la clé USB sur la table.
— Je sais.
— Alors ne retourne surtout pas au commissariat.
— Je n’en avais pas l’intention.
La ligne se coupa.
Adrien l’observait.
— Mauvaise nouvelle.
Gabriella posa le téléphone.
— Mon chef veut m’arrêter.
Adrien ne sembla pas surpris.
— Intéressant.
Elle leva les yeux vers lui.
— Tu trouves ça intéressant ?
— Oui.
Il croisa les bras.
— Ça confirme que la clé USB contient quelque chose de très dangereux.
Gabriella prit l’objet et le fixa quelques secondes.
— On va vérifier.
Adrien sortit un ordinateur portable.
Ils s’assirent côte à côte sur la table basse.
La pièce était silencieuse.
Trop silencieuse.
Gabriella inséra la clé.
Un dossier apparut immédiatement.
Protégé par mot de passe.
Adrien haussa un sourcil.
— Salazar était prudent.
Gabriella réfléchit quelques secondes.
Puis elle tapa un mot.
“V.Salazar”
Erreur.
Elle essaya autre chose.
“Galerie”
Erreur.
Adrien observa l’écran.
— Il devait utiliser quelque chose de personnel.
Gabriella se rappela alors d’un détail dans le carnet.
Une phrase écrite en marge.
"L’art révèle toujours la vérité."
Elle tapa :
“Veritas”
L’écran s’ouvrit.
Des centaines de fichiers apparurent.
Comptes bancaires.
Contrats.
Photos.
Gabriella sentit son estomac se nouer.
— Mon Dieu.
Adrien regarda lui aussi.
— Voilà pourquoi ils tuaient.
Il ouvrit un document.
Une liste de paiements.
Des millions transférés à des noms connus.
Politiciens.
Juges.
Chefs d’entreprise.
Gabriella murmura :
— Corruption massive.
Adrien ouvrit un autre fichier.
Des photos.
Des réunions secrètes.
Des signatures.
Puis un dernier dossier.
Nom : DELTA
Adrien l’ouvrit.
Un unique document apparut.
Gabriella lut la première ligne.
Et sentit son sang se glacer.
— Non…
Adrien fronça les sourcils.
— Quoi ?
Elle tourna l’écran vers lui.
Le document décrivait une organisation clandestine.
Un réseau de pouvoir.
De chantage.
De manipulation politique.
Nom du groupe :
Le Cercle Delta
Adrien lut rapidement.
Puis son expression changea.
— Ce n’est pas juste de la corruption.
— Non.
Gabriella murmura :
— C’est une organisation secrète.
Elle continua à lire.
— Salazar travaillait pour eux… avant de les faire chanter.
Adrien s’appuya contre le dossier du canapé.
— Mauvaise idée.
Gabriella hocha la tête.
— Et Delmas ?
Adrien fit défiler le document.
Un nom apparut.
Commissaire Alain Delmas
Membre actif.
Gabriella ferma les yeux une seconde.
— Merde.
Un bruit sourd retentit dans le couloir.
Les deux se figèrent.
Adrien leva lentement la tête.
— Tu attends quelqu’un ?
Gabriella murmura :
— Non.
Le bruit revint.
Cette fois plus proche.
Des pas.
Lentement.
Gabriella se leva immédiatement.
Son instinct venait de reprendre le contrôle.
Elle sortit son arme.
Adrien chuchota :
— Police ?
— Je ne pense pas.
Les pas s’arrêtèrent devant la porte.
Le silence.
Puis…
BANG
La serrure explosa.
Un homme entra.
Masque noir.
Arme équipée d’un silencieux.
Gabriella tira immédiatement.
Le tueur plongea derrière le mur.
Une balle traversa la lampe.
L’appartement plongea dans une pénombre partielle.
Adrien attrapa Gabriella par le bras.
— Par ici.
Ils se glissèrent derrière le canapé.
Le tueur avança lentement.
Professionnel.
Silencieux.
Gabriella murmura :
— Delmas.
Adrien hocha la tête.
— Il veut récupérer la clé.
Le tueur tira.
La balle frappa la table.
Le tableau tomba au sol.
Adrien attrapa Gabriella.
— On sort.
Ils coururent vers la porte arrière de l’appartement.
Une autre balle siffla.
Le verre d’une fenêtre explosa.
Ils franchirent le couloir de service.
Puis l’escalier.
Trois étages descendus à toute vitesse.
Gabriella sentit l’adrénaline brûler dans ses veines.
Ils sortirent dans une ruelle sombre.
Adrien verrouilla la porte derrière eux.
— Ta voiture ?
— À deux rues.
Ils commencèrent à courir.
La pluie recommençait à tomber.
Légère.
Froide.
Gabriella jeta un regard derrière elle.
— Il nous suit ?
Adrien secoua la tête.
— Pas encore.
Ils atteignirent la voiture.
Gabriella démarra immédiatement.
Le moteur rugit.
La ville défila autour d’eux.
Personne ne parlait.
Puis Adrien dit calmement :
— Maintenant vous êtes officiellement une fugitive.
Gabriella eut un sourire nerveux.
— Tu sais quoi ?
— Quoi ?
— Je commence à m’y habituer.
Adrien la regarda.
Un sourire discret apparut sur ses lèvres.
Puis il murmura :
— Inspectrice…
— Gabriella.
— Gabriella.
Le ton de sa voix changea légèrement.
— Cette guerre vient seulement de commencer.
Gabriella accéléra.
Les lumières de la ville défilaient devant eux.
Derrière eux…
Des hommes puissants venaient de perdre leur secret.
Et ils feraient tout pour le récupérer.
Même si cela signifiait les éliminer tous les deux.