La nouvelle tomba comme un couperet.
Le conseiller du ministère était mort.
Gabriella resta immobile dans la galerie, le téléphone encore contre son oreille.
— Comment ? demanda-t-elle.
La voix de Marcos était grave.
— Même chose que Salazar.
— Interrogatoire ?
— Probablement.
Le silence se fit un instant.
Puis Marcos ajouta :
— Gabi… quelqu’un a prévenu ces types.
Elle se raidit.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Seules trois personnes connaissaient l’existence du carnet.
Le regard de Gabriella glissa instinctivement vers Adrien.
— Toi. Moi. Et…
— L’équipe d’analyse, termina Marcos.
Gabriella ferma les yeux une seconde.
— Tu penses à une fuite.
— Je pense que quelqu’un leur dit exactement qui éliminer.
Elle serra le téléphone.
— Ne parle de ce carnet à personne d’autre.
— Trop tard pour ça.
— Pourquoi ?
Un court silence.
Puis Marcos répondit :
— Parce que quelqu’un a fouillé mon bureau cette nuit.
Le cœur de Gabriella se serra.
— Tu es sûr ?
— Certain.
Elle inspira profondément.
— On se voit demain.
— Fais attention à toi.
La ligne se coupa.
Adrien n’avait pas bougé.
Il observait Gabriella depuis l’autre côté de la pièce.
— Mauvaise nouvelle ?
Elle glissa le téléphone dans sa poche.
— Un autre nom du carnet est mort.
Le regard d’Adrien s’assombrit légèrement.
— Alors quelqu’un nettoie la liste.
Gabriella hocha la tête.
— Et quelqu’un dans la police parle.
Le silence tomba entre eux.
Adrien se passa une main sur la nuque.
— Ça complique les choses.
— Pour qui ?
Il la regarda.
— Pour vous.
Gabriella fronça les sourcils.
— Explique.
Adrien hésita.
Un geste rare chez lui.
— Si quelqu’un dans votre service travaille avec ces gens…
Il marqua une pause.
— Alors chaque information que vous découvrez devient une arme contre vous.
Gabriella resta immobile.
Cette pensée lui avait déjà traversé l’esprit.
Mais l’entendre à voix haute la rendait beaucoup plus réelle.
Elle croisa les bras.
— Tu sembles très concerné.
Adrien eut un sourire discret.
— Disons que je préfère éviter que vous mouriez.
— Touchant.
Elle fit quelques pas dans la pièce.
Puis se retourna brusquement vers lui.
— Il y a autre chose.
Adrien la regarda.
— Quoi ?
— Les hommes qui sont venus cette nuit.
— Oui.
— Ils cherchaient le tableau.
— Exact.
Gabriella plissa les yeux.
— Et toi tu savais exactement ce qu’ils voulaient.
Adrien resta silencieux.
Une seconde.
Puis deux.
Et Gabriella comprit.
— Tu sais où il est.
Adrien soupira légèrement.
— Oui.
Le mot tomba dans la pièce comme un poids.
Gabriella sentit son cœur accélérer.
— Depuis le début ?
— Presque.
— Tu m’as menti.
— Je vous ai protégée.
Elle eut un rire bref.
— Ne me prends pas pour une idiote.
Adrien s’approcha lentement.
— Si vous aviez su où était ce tableau…
Il baissa la voix.
— Vous seriez devenue une cible encore plus vite.
Gabriella soutint son regard.
— Et maintenant ?
Adrien resta à quelques pas d’elle.
— Maintenant vous êtes déjà dans le jeu.
Le silence devint lourd.
— Où est-il ? demanda-t-elle.
Adrien la fixa longuement.
Puis il dit simplement :
— En sécurité.
Gabriella soupira.
— Tu es impossible.
Adrien haussa légèrement les épaules.
— C’est ce qui me maintient en vie.
Elle le regarda quelques secondes.
Puis elle dit :
— Emmène-moi le voir.
Adrien secoua la tête.
— Pas ici.
— Pourquoi ?
— Parce que quelqu’un pourrait nous observer.
Elle observa les fenêtres de la galerie.
La rue sombre.
Les lampadaires.
Adrien avait peut-être raison.
— Alors où ?
Adrien hésita.
Puis il répondit :
— Chez moi.
L’appartement d’Adrien était situé dans un immeuble ancien du centre-ville.
Minimaliste.
Silencieux.
Trop silencieux.
Gabriella entra lentement pendant qu’Adrien fermait la porte derrière eux.
— Tu vis seul ?
— Oui.
Elle observa l’espace.
Livres.
Quelques sculptures.
Et un immense mur vide.
— Le tableau n’est pas là, dit-elle.
Adrien eut un léger sourire.
— Vous êtes observatrice.
— C’est mon métier.
Il s’approcha du meuble du salon.
Puis il ouvrit un compartiment dissimulé.
Gabriella retint légèrement son souffle.
Adrien sortit un objet enveloppé dans un tissu sombre.
Il le posa doucement sur la table.
— Voilà.
Gabriella s’approcha.
Adrien retira lentement le tissu.
Le tableau apparut.
Petit.
Ancien.
Mais étrangement captivant.
Les couleurs semblaient presque vivantes.
Gabriella murmura :
— C’est donc ça.
Adrien hocha la tête.
— Oui.
Elle se pencha pour observer les détails.
— Pourquoi tout le monde le veut ?
Adrien s’approcha derrière elle.
Très près.
Sa voix devint plus basse.
— Parce que ce tableau cache quelque chose.
Gabriella tourna légèrement la tête.
— Quoi ?
Adrien posa doucement ses doigts sur le cadre.
Puis il fit pivoter une petite pièce dissimulée.
Un compartiment secret s’ouvrit.
À l’intérieur…
Une clé USB.
Gabriella resta figée.
— Salazar stockait ses dossiers là ?
Adrien hocha la tête.
— Les preuves. Les comptes. Les noms.
Elle releva les yeux vers lui.
— Donc tu as tout ça depuis le début.
— Oui.
— Et tu ne l’as donné à personne.
Adrien la regarda intensément.
— Parce que je devais savoir à qui je pouvais faire confiance.
Le silence tomba.
L’air semblait soudain plus lourd.
Gabriella sentit la proximité d’Adrien derrière elle.
Son parfum.
La chaleur de sa présence.
Elle se tourna complètement vers lui.
Ils étaient très proches.
— Et maintenant ?
Adrien murmura :
— Maintenant je pense que vous êtes la seule personne capable d’utiliser ça correctement.
Leurs regards restèrent accrochés.
Gabriella sentit son souffle se raccourcir.
La tension entre eux, accumulée depuis des jours, semblait soudain prête à éclater.
— Tu prends beaucoup de risques, dit-elle.
— Pas autant que vous.
Elle esquissa un sourire.
— C’est vrai.
Adrien leva une main.
Il hésita un instant.
Puis ses doigts effleurèrent la joue de Gabriella.
Un geste lent.
Presque fragile.
Elle ne recula pas.
Au contraire.
Elle se rapprocha légèrement.
— Inspectrice…
— Gabriella.
Le murmure de son prénom sembla suspendre le temps.
Adrien posa finalement sa main contre sa nuque.
Et l’embrassa.
Ce n’était pas un b****r prudent.
Ni calculé.
C’était un b****r chargé de tension accumulée.
De regards retenus.
De mots non dits.
Gabriella sentit une chaleur intense traverser son corps.
Ses mains glissèrent contre la poitrine d’Adrien.
Puis derrière sa nuque.
Il la rapprocha davantage.
Leurs corps se pressèrent l’un contre l’autre.
La retenue disparut peu à peu.
Les gestes devinrent plus lents.
Plus profonds.
Plus intimes.
Gabriella sentit son dos toucher le bord de la table.
Le tableau était toujours là.
Silencieux témoin.
Adrien s’arrêta un instant.
Leurs souffles mêlés.
— On ne devrait peut-être pas…
Gabriella posa un doigt sur ses lèvres.
— Tais-toi.
Puis elle l’embrassa de nouveau.
Cette fois avec une intensité encore plus forte.
Le monde extérieur semblait avoir disparu.
Il ne restait que la chaleur de leurs corps.
Leurs mains.
Leurs souffles.
Et cette étrange certitude que tout était en train de changer.
Le téléphone de Gabriella vibra soudain.
Elle se figea.
Adrien aussi.
Elle décrocha.
La voix de Marcos était urgente.
— Gabi.
— Quoi ?
— On a identifié la fuite.
Le cœur de Gabriella se serra.
— Qui ?
Le silence au bout du fil dura une seconde.
Puis Marcos dit :
— Le commissaire Delmas.
Le supérieur direct de Gabriella.
— Et il sait que tu as le carnet.
Le sang se glaça dans ses veines.
— Comment ?
— Parce qu’il vient d’émettre un mandat pour t’arrêter.
Gabriella resta immobile.
Le piège venait de se refermer.
Et désormais…
Elle était du mauvais côté de la loi.