Chapitre 8 — Les noms sur la liste

862 Words
La nuit avait envahi la ville depuis longtemps lorsque Gabriella quitta la galerie. La pluie s’était arrêtée, mais l’air restait chargé d’humidité. Les rues brillaient sous les lampadaires comme si la ville transpirait ses secrets. Dans sa voiture, le carnet de Salazar reposait sur le siège passager. Elle jeta un regard vers lui avant de démarrer. Une simple liste de noms. Mais ces noms pouvaient faire tomber des carrières… ou déclencher une tempête. Au commissariat, presque tout le monde était parti. Seules quelques lumières restaient allumées. Marcos leva les yeux quand Gabriella entra. — Tu bosses encore ? — Toujours. Elle posa le carnet devant lui. — On a un problème. Marcos l’ouvrit. Les pages défilèrent lentement sous ses doigts. Puis il s’arrêta. — Merde. Gabriella hocha la tête. — Exactement. Marcos releva les yeux. — Tu sais qui c’est ? — Oui. Il désigna un des noms. — Celui-là est conseiller au ministère. Puis un autre. — Et lui… propriétaire de la moitié du port. Il referma le carnet. — Si ça sort, c’est un scandale national. Gabriella s’assit. — Salazar les faisait chanter. — Avec le tableau ? — Peut-être. Marcos se frotta le visage. — Et maintenant il est mort. Gabriella fixa le carnet. — Quelqu’un voulait récupérer ces informations. — Ou les faire disparaître. Elle pensa immédiatement à Adrien. Son calme. Sa manière de toujours être un pas en avance. Marcos observa son silence. — Tu penses à quelqu’un ? Gabriella hésita. — Peut-être. Le lendemain matin, Gabriella décida de revoir un endroit. La galerie. Mais lorsqu’elle arriva, quelque chose était différent. La porte était entrouverte. Son instinct se tendit immédiatement. Elle entra lentement. — Adrien ? Pas de réponse. La galerie était silencieuse. Trop silencieuse. Elle sortit son arme. Puis elle avança entre les sculptures et les tableaux. Un bruit. Derrière le bureau. Gabriella contourna lentement le meuble. Et trouva Adrien. Assis au sol. Une coupure sur la tempe. Du sang avait séché sur sa joue. — Merde. Elle s’accroupit. — Adrien. Ses paupières bougèrent. Il ouvrit les yeux avec difficulté. — Inspectrice… — Qui a fait ça ? Il essaya de se redresser mais grimaça. Gabriella l’aida à s’asseoir. — Ils sont venus cette nuit. — Qui ? Adrien secoua légèrement la tête. — Deux hommes. — Ils voulaient quoi ? Il la regarda. — Le tableau. Le cœur de Gabriella accéléra. — Il est où ? Adrien eut un léger sourire fatigué. — Si je le savais… vous pensez que je serais encore en vie ? Gabriella observa la pièce. Les tiroirs ouverts. Des papiers au sol. Ils avaient clairement fouillé. — Ils ont trouvé quelque chose ? Adrien murmura : — Non. Elle fronça les sourcils. — Comment tu peux en être sûr ? Il soutint son regard. — Parce que je sais ce qu’ils cherchaient. Le silence retomba. Gabriella sentit la méfiance revenir. — Tu sais beaucoup de choses pour quelqu’un qui prétend être innocent. Adrien la fixa quelques secondes. Puis il répondit calmement : — Et vous êtes très rapide à revenir ici pour quelqu’un qui prétend ne pas me faire confiance. La remarque la piqua. — J’enquête. Adrien eut un léger sourire. — Bien sûr. Gabriella se leva. — On va t’emmener à l’hôpital. — Pas nécessaire. — Tu saignes. — Rien de grave. Il se releva lentement. Un peu trop lentement. Gabriella le rattrapa par le bras. Le contact les immobilisa tous les deux une seconde. Le regard d’Adrien glissa vers le sien. Plus proche. Beaucoup plus proche. L’air entre eux devint soudain chargé d’une tension différente. Gabriella sentit son souffle contre sa peau. Elle se força à lâcher son bras. — Tu devrais faire attention. Adrien murmura : — À quoi ? — Aux gens qui te suivent. — Ou aux gens qui me posent trop de questions ? Elle croisa les bras. — Les deux. Adrien resta silencieux. Puis il dit : — Inspectrice… vous êtes en danger. Gabriella eut un sourire sceptique. — C’est moi la police. — Justement. Il s’approcha d’un pas. — Les noms dans ce carnet… Il parla plus bas. — Ces hommes ne tomberont pas sans se défendre. Gabriella soutint son regard. — Tu as peur ? Adrien secoua doucement la tête. — Non. Il s’approcha encore légèrement. — Mais je sais comment ces gens protègent leurs secrets. Un silence s’installa. Puis Gabriella demanda : — Pourquoi tu m’aides ? Adrien réfléchit quelques secondes. — Peut-être parce que vous êtes la seule personne dans cette affaire qui ne joue pas un double jeu. Elle le regarda fixement. — Tu es sûr ? Adrien eut un sourire presque imperceptible. — Pas totalement. Leurs regards restèrent accrochés. Puis un téléphone vibra dans la poche de Gabriella. Elle répondit. La voix de Marcos était tendue. — Gabi. — Quoi ? — On a un problème. — Quel genre ? Un court silence. Puis Marcos dit : — Le conseiller du ministère. — Celui du carnet ? — Oui. Il inspira. — On vient de le retrouver mort. Gabriella ferma les yeux une seconde. La guerre venait de commencer. Et quelqu’un éliminait les noms… Un par un.
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