Chapitre 6 — Les ombres du passé

1149 Words
Le commissariat était presque vide lorsque Gabriella Reines arriva le lendemain matin. L’aube filtrait à peine à travers les grandes fenêtres du bâtiment, donnant aux couloirs une teinte grisâtre. Quelques agents fatigués terminaient leur service de nuit, les yeux encore marqués par les heures passées sous la lumière crue des néons. Gabriella posa son sac sur son bureau. La nuit avait été courte. Et agitée. Elle repensait encore à la conversation avec Adrien Delcourt. Chaque mot. Chaque regard. Quelque chose chez lui était déroutant. Une assurance étrange, comme s’il évoluait dans cette affaire avec une longueur d’avance. Mais ce qui l’inquiétait le plus… c’était l’impression qu’il essayait de la guider. Pas directement. Plus subtilement. Comme quelqu’un qui placerait des pièces sur un échiquier. — Tu es arrivée tôt. Gabriella leva les yeux. Marcos venait d’entrer dans la pièce avec deux cafés. — J’avais besoin de réfléchir, répondit-elle. Il posa un gobelet devant elle. — Bonne nouvelle. — Il y en a ? Marcos sortit un dossier épais. — On a fouillé les comptes de Salazar. Gabriella s’adossa à sa chaise. — Et ? — Et ton intuition était bonne. Il ouvrit le dossier. Plusieurs documents apparurent. Transactions. Relevés bancaires. Transferts d’argent. — Salazar recevait régulièrement de grosses sommes d’argent, expliqua Marcos. — Des ventes d’art ? — Officiellement. Il tourna une page. — Mais certaines transactions ne correspondent à aucune vente. Gabriella fronça les sourcils. — Du blanchiment ? — Probablement. Elle parcourut les documents. Puis quelque chose attira son attention. Un nom. Adrien Delcourt. Elle leva les yeux. — Il apparaît souvent. Marcos hocha la tête. — Très souvent. Un silence passa. — Tu crois qu’il était impliqué ? demanda Marcos. Gabriella réfléchit. — Je crois qu’il était proche de Salazar. — Assez proche pour le faire disparaître ? Elle referma lentement le dossier. — Je ne sais pas encore. Mais une chose était sûre. Adrien Delcourt était beaucoup plus lié à cette affaire qu’il ne l’avait laissé entendre. La galerie Delcourt ouvrait tard dans la matinée. Lorsque Gabriella arriva, les premières lueurs du soleil illuminaient les grandes vitrines donnant sur la rue. Elle entra. L’intérieur était calme. Presque silencieux. Adrien se tenait devant un tableau immense, les mains dans les poches. Comme s’il l’attendait. — Inspectrice Reines. Elle s’approcha. — Vous saviez que je viendrais. Un léger sourire apparut sur ses lèvres. — Vous êtes prévisible. — Ou peut-être que vous espériez me revoir. Adrien tourna légèrement la tête vers elle. — Peut-être un peu des deux. Gabriella sortit une feuille du dossier. — Vos transactions avec Salazar. Adrien jeta un coup d’œil. Mais son expression ne changea pas. — Oui. — Vous étiez partenaires ? — Occasionnellement. Gabriella croisa les bras. — Étrange que vous n’en ayez pas parlé hier. Adrien haussa les épaules. — Vous ne l’avez pas demandé. Le silence retomba entre eux. Gabriella observa la galerie. Les tableaux. Les sculptures. Tout semblait calme. Trop calme. — Salazar faisait du chantage, dit-elle finalement. Adrien resta silencieux quelques secondes. Puis il répondit : — Oui. — Sur qui ? Adrien s’approcha d’elle. — Sur des gens puissants. — Des collectionneurs ? — Des hommes politiques. Gabriella sentit son estomac se nouer. — Et vous ? Adrien la regarda. Longuement. — Peut-être. Leur proximité devint soudain très perceptible. Gabriella pouvait sentir la chaleur de son corps. — Si Salazar vous faisait chanter… vous aviez une raison de le faire disparaître. Adrien esquissa un sourire. — Et pourtant vous êtes ici. — Pour comprendre. Adrien se pencha légèrement vers elle. Sa voix devint presque un murmure. — Ou peut-être parce que vous êtes curieuse de savoir si je suis capable de ce genre de chose. Gabriella soutint son regard. Son cœur battait plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. — Et vous en êtes capable ? Un silence passa. Puis Adrien leva lentement la main et effleura une mèche de cheveux tombée sur son épaule. Le geste était simple. Mais incroyablement intime. — Tout dépend des circonstances. Le contact fit naître un frisson inattendu le long de la nuque de Gabriella. Elle resta immobile. Adrien observa sa réaction avec une attention presque troublante. — Vous voyez… murmura-t-il. — Quoi ? — Vous devriez me détester. Leurs regards se croisèrent. — Et pourtant vous êtes encore là. Gabriella se redressa légèrement. — Je suis là pour mon enquête. Adrien sourit doucement. — Bien sûr. Il se détourna et se dirigea vers une petite porte au fond de la galerie. — Venez. — Pourquoi ? — Parce que je vais vous montrer quelque chose. Gabriella hésita une seconde. Puis elle le suivit. La pièce derrière la porte était plus sombre. Un espace privé. Des étagères remplies de caisses en bois. Adrien s’arrêta devant l’une d’elles. Il souleva le couvercle. À l’intérieur reposait un tableau soigneusement protégé. Il retira la toile de protection. Gabriella resta immobile. Le tableau représentait une scène étrange. Un homme riche entouré de silhouettes sombres. Et au centre… Une signature. Victor Salazar. — Il peignait ? murmura Gabriella. — Non. Adrien croisa les bras. — Il collectionnait les secrets. Gabriella observa le tableau. Puis elle remarqua quelque chose. De petits symboles dissimulés dans la peinture. — Ce sont des codes ? Adrien hocha la tête. — Des noms. — Des noms de qui ? Adrien la regarda. Son expression était devenue sérieuse. — Des personnes que Salazar faisait chanter. Un silence lourd tomba dans la pièce. Gabriella sentit son cœur accélérer. — Combien de personnes ? Adrien eut un léger sourire. — Suffisamment pour faire tomber beaucoup de monde. Gabriella comprit soudain. Si ce tableau était réel… Alors la disparition de Salazar n’était pas simplement un crime. C’était peut-être une tentative de faire disparaître des preuves. Elle se tourna vers Adrien. — Pourquoi me montrer ça ? Adrien soutint son regard. — Parce que maintenant vous comprenez à quel point cette affaire est dangereuse. — Ou peut-être parce que vous voulez que je la résolve. Adrien esquissa un sourire mystérieux. — Peut-être. Gabriella s’approcha du tableau une dernière fois. Puis une pensée lui traversa l’esprit. Un détail troublant. Elle se tourna vers Adrien. — Une chose me dérange. — Laquelle ? — Si Salazar utilisait ce tableau pour faire chanter des gens… Elle marqua une pause. — Pourquoi était-il venu vous voir la nuit de sa disparition ? Adrien resta silencieux. Puis il répondit calmement : — Parce qu’il voulait me vendre ce tableau. Gabriella sentit son estomac se serrer. — Et vous avez refusé ? Adrien la fixa. Ses yeux brillaient légèrement dans la pénombre. — Disons simplement… Il marqua une pause. — que notre conversation ne s’est pas très bien terminée. Le silence qui suivit était lourd. Et pour la première fois depuis le début de cette enquête, Gabriella comprit une chose troublante : Adrien Delcourt était peut-être beaucoup plus dangereux qu’elle ne l’avait imaginé.
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