3. Le déluge

430 Words
3. Le délugeNingkong envisagea de lancer des ponts sur les voies d’eau. Il commença par l’Irrawady. Les neuf frères, fils de Layau Kanzaw, roturier fort jaloux de sa gloire, firent tout ce qu’ils pouvaient pour l’en empêcher. Ils rusèrent et mentirent. Ils firent dire à Ningkong que son frère était mort, espérant que cette nouvelle le ferait interrompre son entreprise. Mais Ningkong dit : – S’il est mort, rien à faire ! On lui trouvera un remplaçant. Et il se remit à l’ouvrage. Les neuf frères revinrent à la charge, lui annonçant la mort de sa mère et de sa sœur. Même réponse. Ils revinrent lui annoncer la mort de son père. Ningkong répondit : – Un père ne peut être remplacé. Et il fondit en larmes. Dans son chagrin, il détruisit le pont qu’il avait commencé. Il jeta ses outils à l’eau. Son marteau devint une île. Son soufflet et son enclume donnèrent naissance à deux cascades. Ningkong décida de rentrer à la maison. Il grimpa sur un éléphant, mais le sentier était trop étroit. Il prit un cheval, qui, très vite, succomba sous le poids. Il continua à pied. On peut voir encore ses empreintes. Une fois qu’il eût regagné son palais au milieu de la terre, il fut bien surpris de trouver toute sa famille saine et sauve, bien vivante. Il dit aux neuf frères : – Vous m’avez menti ! Je ferai pleuvoir sur vous neuf jours. – Fais pleuvoir tout ce que tu veux ! Nous ne craignons rien. – Je ferai surgir neuf soleils ! – Nous n’avons pas peur ! – J’enverrai un déluge ! – Pas peur ! – Soit ! que le déluge se déchaîne ! que l’humanité périsse ! Ils auront de l’eau jusqu’aux chevilles ! Et les femmes jusqu’aux genoux ! Néanmoins, Ningkong avait avec lui deux orphelins, un frère et une sœur, qu’il aimait beaucoup. Il les plaça dans un tambour avec neuf coqs, neuf aiguilles, neuf boules de cire, neuf gâteaux de riz. Il déchaîna alors le déluge, qui tua tout le monde, sauf ces deux-là, qui flottèrent sur l’eau. Le premier jour, ils mangèrent un gâteau. À travers un trou du tambour, ils jetèrent dehors un coq, une aiguille et une boulette de cire. Ils entendirent seulement le plouf que firent dans l’eau ces objets. Ils firent de même les jours suivants. Toujours le même plouf ! Désespérant ! Arriva le neuvième jour. Ils mangèrent le neuvième gâteau, jetèrent pardessus bord le neuvième coq, la neuvième aiguille et la neuvième boulette. Celle-ci dit paf, l’aiguille dit : pif et le coq cria : kiri kiki. Le déluge était fini. Les deux enfants, tout gais, sortirent du tambour. Tout tristes, néanmoins, car ils se trouvaient seuls, sans compagnons. Le cœur bien maussade, ils erraient. Pendant ce temps-là, les nat, oiseaux et rois n’étaient pas inquiétés par le déluge.
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