1. Bogotá, Colombie, années 2000

830 Words
1 Bogotá, Colombie, années 2000.Federico comprit soudain qu’il n’aurait jamais dû suivre cette p**e. Il regarda le taxi s’éloigner vers la ville en se maudissant de ne pas lui avoir demandé d’attendre. L’avenue en pente de ce quartier pauvre de Bogotá était à moitié déserte et la nuit n’allait pas tarder à tomber. Sur le trottoir, des gamins criaient en tapant dans une balle faite d’élastiques entrecroisés et quelques vieilles regardaient dans le vide, posées comme des statues sur leurs chaises de paille. Une voiture américaine des années soixante passa en faisant des bruits de matelas à ressorts, à l’intérieur les quatre jeunes aux tee-shirts sales avaient braqué leurs yeux sur le jeune avocat planté devant l’hôtel de passe. La p**e l’attendait dans l’entrée, elle fit un signe de la main à un des jeunes dans la voiture et l’autre lui répondit d’un sourire carnassier. C’est à cet instant que Federico comprit. Il jeta un œil sur la fille. Elle s’encadrait dans la porte, des jambes interminables, un petit cul rebondi de Latina et des seins fins et pointus extrêmement agressifs et bandants. C’est ce qui avait tourné la tête à Federico dans ce café un peu classe où il venait de se rendre juste à la fin de sa journée de travail. Il avait l’habitude des filles de luxe mais aucune n’avait jamais eu la sensualité de cette « bomba ». Elle puait le sexe à fleur de peau. Cela provenait, sans doute, de son côté populace et sale. Ses cheveux étaient teints en blond à l’eau oxygénée et son maquillage bon marché s’étalait grossièrement sous ses yeux qu’elle avait grands et marron, semblables à ces personnages de mangas japonais. Mais plus que tout, sa poitrine obnubilait le regard. On avait envie de se saisir d’un de ses seins comme d’un levier de vitesse. Le levier de vitesse d’une Ferrari. Il aurait pu la remonter dans son bureau mais cet idiot s’était laissé embobiner à la suivre dans un hôtel qu’elle connaissait. Tenu soi-disant par sa mère, le coup classique pour attendrir et rassurer le client. Par un drôle de hasard, un taxi miteux avait surgi devant eux à la sortie du café, et la fille s’était laissée peloter les seins et le cul tout le long du trajet tout en lui tirant sur le sexe, Federico avait une barre à mine entre les jambes et transpirait du cerveau tant il était excité. La p**e promettait. De la coke dans son portefeuille devait le maintenir en forme jusqu’au bout de la nuit. C’est lorsqu’il descendit du taxi en s’essuyant le visage où collait la transpiration acide de la fille qu’il se rendit compte qu’il avait déconné. La barre à mine s’était transformée en ver de terre. Federico commença à s’inquiéter. Il n’avait pas le choix, il s’engouffra à la suite de la fille dans l’hôtel crasseux. Un type derrière un comptoir dévoila des dents noirâtres en guise de bienvenue, tout en tendant la main. — 100 pesos ! lâcha le gars. On sentait qu’il se marrait dans sa tête. L’avocat cracha la tune en se demandant où se trouvait la mère de la p**e, quand quatre ombres vinrent obstruer l’entrée du petit couloir. — Hola, amigo ! T’en as d’autres, des pesos ? Federico sentit la sueur lui dégouliner entre les jambes, le cliquetis de couteaux à cran d’arrêt et le reflet de pistolets chromés annonçaient la couleur : il s’était fait poisser. La blonde ne minaudait plus. Son sourire était parti en cavale et ses seins pointaient vers la sortie. Il sentit la fille le bousculer et la vit se glisser entre les quatre jeunes pour disparaître dans la rue. Le plus grand se mit à rire en lançant : — Amigo, j’espère que tu en as bien profité dans la voiture ! Les autres s’esclaffèrent à leur tour, ils connaissaient la combine de la fille pour que le client ne regarde pas la route durant le trajet. Le plus petit, un gamin d’une douzaine d’années avec un bandeau noir sur l’œil gauche, s’approcha de l’avocat et lui arracha le portefeuille des mains. Il jeta son œil valide à l’intérieur et releva la tête d’un air incrédule en se tournant vers les autres. — Eh, les gars, vous savez qui c’est, ce crétino ? Les types le regardèrent intéressés. — C’est un avocat ! Un p****n d’avocat, et attendez, il a son propre cabinet dans le quartier des richards ! Ce con est une pompe à fric, les gars ! Aussitôt le plus grand intervint. — C’est du lourd, Loco, il faut prévenir le boss et tous les autres, eux, ils sauront faire ! — T’as raison, Niño, t’as raison. Va chercher mon frère, il saura quoi faire, et qu’ils viennent avec des gars et des flingues. Ce bâtard, il faut pas qu’il reparte avant d’avoir tout craché ! Allez ! Dépêche-toi ! Le jeune détala à la vitesse d’un lièvre tandis que le petit borgne braquait l’avocat avec un Colt à barillet. — Maintenant on va monter et on va parler amigo. Oh pardon, je devrais plutôt dire : monsieur l’avocat de la finance ! Ha ! Ha ! Ha ! Les Niños allaient le rincer puis l’abandonner dans l’état d’une loque ensanglantée au fond d’une ruelle. Federico avait envie de chialer, il était foutu, il n’avait personne pour le sortir de là. La b***e allait verrouiller le quartier et pas un flic n’oserait s’approcher. Et, en plus, si l’un de ses associés, ou clients, l’apprenait, il passerait pour le dernier des connards de la terre… À moins que… Il restait peut-être un espoir. Un seul.
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